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La légende d’Edmund Horne ou la naissance de Noranda

4 avril 2018 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

 

 Note de l’auteur : Ce texte est principalement basé sur le livre Noranda de Leslie Roberts, un très bon ami de James Murdoch, premier directeur de l’entreprise Noranda, ainsi que sur des légendes qui circulent à Rouyn-Noranda. Certains faits pourraient ne pas correspondre à l’histoire réelle. 

 

Plusieurs villes ont un héros fondateur dont la vie est pleine d’aventures et de légendes. Rouyn-Noranda n’y fait pas exception. Le célèbre prospecteur Edmund Henry Horne est celui qui donna naissance à cette ville en découvrant des gisements de cuivre d’une grande richesse.

 

Né en 1865 à Endfield en Nouvelle-Écosse, Edmund Horne parcourt le Colorado, la Colombie-Britannique, le Labrador et la Californie avant de s’établir, en 1908, dans le nord-est de l’Ontario. La recherche d’un filon d’or qui ferait de lui un homme riche devient son leitmotiv. Néanmoins, ce n’est pas l’appât du gain qui est la motivation première de sa quête, mais plutôt l’amour! Selon la légende qui circule à Rouyn-Noranda, Horne est tombé amoureux d’une jeune fille qui lui a dit : « Je vais t’épouser la journée où tu seras riche ». Fort de ses connaissances acquises dans les mines de la Nouvelle-Écosse, c’est avec cette promesse en tête qu’il se lance dans la grande aventure de la prospection. Le premier long voyage qu’il entreprend en 1911 ne lui est pas fructueux, bien qu’il passe près de découvrir un gisement important à Kirkland Lake, dans le nord-est de l’Ontario. Malheureusement pour lui, le bon filon est découvert par un autre prospecteur qui se trouve sur le terrain situé en face du sien.

 

 

Edmund Horne lors d’un de ses voyages en canot dans le canton de Rouyn, entre 1911 et 1922. BAnQ Rouyn-Noranda, Fonds Fonderie Horne (P123,S4,P1247). Photographe non identifié.

 

 

Nullement découragé, Horne prend alors la décision de franchir la frontière qui sépare l’Ontario et le Québec. Il est convaincu que cette ligne imaginaire ne fait pas de différence dans la formation géologique du sol. Cette idée mûrit dans sa tête depuis quelques années, même s’il sait qu’il lui sera difficile de convaincre les investisseurs de financer un voyage dans un endroit isolé et accessible seulement par canot. Horne est conscient que cette aventure pourrait tourner à l’échec, mais il se console en se disant qu’elle lui permettra au moins de chasser un gros orignal et de faire bonne pêche.

 

En 1911, il convainc Bob Bryden, un vétéran prospecteur du nord-est de l’Ontario, de l’accompagner lors de son premier voyage. Les deux hommes naviguent donc en canot de Haileybury jusqu’au lac Osisko. Ils explorent principalement la rivière Kinojévis, pour finalement revenir à Cobalt les mains vides, mais la tête pleine d’espoir. À tout le moins pour Horne, car son partenaire ne voudra plus jamais y retourner.

 

 

Edmund Horne, à gauche, en compagnie de monsieur E. Tremblay à Haileybury, 1926. BAnQ Rouyn-Noranda, Collection Société d’histoire de Rouyn-Noranda (P117,S2,P2249). Photographe non identifié.

 

 

Cela lui prend trois ans afin de convaincre de nouveaux partenaires de le suivre. Il entreprend finalement son deuxième voyage en 1914. Cette fois-ci, il se rend sur le site de l’éventuelle mine Noranda. Une fois sur place, il a de la difficulté à concevoir la manière dont il pourrait exploiter un territoire aussi isolé. Après avoir discuté longuement avec ses partenaires, il décide de ne pas enregistrer le terrain. Ainsi, cela lui évitera de répandre la rumeur qu’il existe de l’or dans la région. Il ramène seulement quelques échantillons du minerai pour les faire analyser. À son retour, il est frappé par le découragement. Non seulement il apprend que la Première Guerre mondiale est en cours, mais il découvre que ses échantillons sont composés principalement de pyrite de fer.

 

Est-ce de l’amour, de la folie ou de l’entêtement à trouver de l’or? Personne ne le saura jamais, mais le rêve d’Edmund Horne est toujours bien vivant malgré les mauvaises nouvelles. On peut l’entendre parler de ses voyages au Québec dans tous les hôtels du nord de l’Ontario. C’est ainsi qu’il rencontre Dave Salomon dans un salon de quilles de New Liskeard. Cet homme l’accompagne lors de son troisième périple en 1917. Au cours de ce séjour qui dure environ un mois, Horne trouve les premières traces du gisement qui le rendra célèbre quelques années plus tard. Toutefois, puisqu’il s’agit d’une veine de cuivre et que les coûts pour extraire ce minerai sont exorbitants, il ne croit pas bon, encore une fois, d’enregistrer le terrain. Un homme toujours fauché comme lui n’a pas les 10 millions de dollars1 nécessaires à la construction d’un haut fourneau. Il regrette néanmoins cette décision lorsqu’il croise des prospecteurs sur le chemin du retour.

 

La crainte de perdre son terrain le motive à réunir des investisseurs pour former le Tremoy Lake Syndicate, ce qui lui permet de financer ses prochaines excursions. En 1920, c’est donc avec un budget de 225 $ qu’il entreprend son quatrième voyage en compagnie de son associé Ed. Miller. Ce voyage lui permet d’enregistrer le fameux terrain situé sur les rives du lac Osisko.

 

L’année 1921 marque un tournant dans l’histoire de Noranda. C’est à ce moment que les deux hommes découvrent enfin les premières veines d’or intéressantes. Elles sont évaluées à une teneur d’environ 32 $ par tonne. Lorsqu’ils retournent à Haileybury, les échos de leur succès déclenchent officiellement la ruée vers l’or dans le canton de Rouyn, si bien qu’ils décident de retourner au lac Osisko pour s’approprier le plus de territoire possible. Ils reviennent à Haileybury juste avant que la glace ne s’installe définitivement.

 

Comble de malchance, en débarquant son équipement, Horne laisse tomber le sac d’échantillons au fond du lac Témiscamingue. Il passe donc les journées suivantes au bout du quai pour tenter de repêcher les résultats de son labeur qui se trouve à une profondeur de six mètres d’eau glaciale. Après près d’une semaine d’efforts, il réussit in extremis à récupérer ses échantillons avant que l’hiver ne s’installe.

 

 

 

Les photographies d’Edmund Horne sont plutôt rares. Pensez-vous que celle-ci en est une? L’homme au centre lui ressemble étrangement. BAnQ Rouyn-Noranda, Fonds Comité du 50e anniversaire de Rouyn-Noranda (P34,S3,D20,P36). Photographe non identifié.

 

 

 

Finalement, c’est en 1922 que son rêve se concrétise. Plus déterminés que jamais, Horne et ses partenaires décident de partir avant la fin de l’hiver pour devancer la horde de prospecteurs qui planifient de se rendre dans le canton de Rouyn au printemps. Ils font une partie du trajet en train et en traineau de bûcheron. À leur arrivée au lac Opasatica, ils poursuivent leur périple en raquettes jusqu’à Rouyn à travers un blizzard aveuglant. Ils parcourent alors en neuf jours un trajet qui leur prend habituellement une journée en canot. Ce voyage leur permet d’ajouter 400 acres de terrain à leur concession minière. Ils reviennent à Rouyn au mois de juin. Cette fois-ci, la chance leur sourit. Lors de la dernière journée d’échantillonnage, une torche qui sert à éloigner les moustiques tombe au sol et provoque un incendie dans les buissons près de leur campement. Horne et Miller se précipitent alors dans le lac pour éviter d’être brulés vifs. Lorsque le vent tombe et que les flammes se résorbent, Horne a la brillante idée d’explorer la roche qui a été dépouillée par le feu. C’est à cet endroit précis qu’il découvre le célèbre gisement « A » qui justifie la présence d’une mine dans le canton de Rouyn.

 

 

 

Trajet fait en raquettes par Horne lors de son voyage de 1922. Extrait de la carte du Pontiac Nord de 1907. BAnQ Rouyn-Noranda, Fonds Société du patrimoine de Rivière-des-Quinze (P1,P230).

 

 

 

Cette découverte attire l’attention des investisseurs américains. S. C. Thompson et H. W. Chadbourne achètent finalement la concession minière du Tremoy Lake Syndicate pour la somme de 320 000 $. Enfin, Edmund Horne devient riche.

 

Malheureusement, la suite de l’histoire ne dit pas si, à son retour en Nouvelle-Écosse, il a épousé la jeune dame dont il était tombé amoureux plusieurs années plus tôt.

 

 

 

Signature d’Edmund Horne dans le registre de l’Hôtel Osisko, le 18 juin 1925. BAnQ Rouyn-Noranda, Fonds Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (S3,S1,D5-143).

 

 

 

Que l’histoire soit véridique ou partiellement romancée, elle est tout de même à l’origine du projet minier qui a donné naissance à la ville de Noranda, qui a été officiellement incorporée le 11 mars 1926. Même l’origine du nom Noranda est nébuleuse. D’après les dires du curé Albert Pelletier, premier prêtre catholique de Rouyn, la légende voudrait que le nom initialement choisi lors de l’incorporation de la compagnie en 1922 était Norcanda, une contraction de « Northern Canada ». Toutefois, un imprimeur se serait vraisemblablement trompé en rédigeant les entêtes des lettres et des enveloppes de la compagnie. Il aurait oublié la lettre C, ce qui donna « Noranda ». Cette appellation plut à l’un des officiers de la mine qui proposa de la conserver. Après tout, le succès de la mine ne dépendait pas que d’un simple C.

 

 

 

Sébastien Tessier, archiviste-coordonnateur – BAnQ Rouyn-Noranda

 

 

 

〈1〉 Montant avancé par Monseigneur Albert Pelletier dans le livre J’ai vu naître et grandir ces jumelles d’Annette Lacasse-Gauthier, 1967.

 

 

Références :

LACASSE-GAUTHIER, Annette. J’ai vu naître et grandir ces jumelles. Rouyn-Noranda, 1967.

ROBERTS, Leslie. Noranda. Clarke, Irwin & Company Limited, Toronto, 1956.

2 commentaires pour “La légende d’Edmund Horne ou la naissance de Noranda”

  1. Quelle aventure! Tu la racontes aussi bien que l’aurait fait le Capitaine Bonhomme. Et pour moi, c’est tout un compliment!

  2. Sébastien,
    Une référence à consulter pour la vie d’Edmund Horne à Endfield en Nlle-Écosse.
    Référence trouvée pour un article produit pour l’Association québécoise du patrimoine industriel

    HAWKINS, John. Renfrew Gold : The Story of a Nova Scotia Ghost Town.
    Lancelot Press, 1995, E.H. Horne- Founder of Noranda : pp. 50-59

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