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Il y a cent ans : les émeutes de Québec de 1918 faisaient quatre morts

29 mars 2018 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

 

Au printemps 1918, les tensions sont fortes au Québec et plus particulièrement à Québec. La Première Guerre mondiale fait rage. Les besoins en soldats s’accroissent dramatiquement avec les pertes au front et le retrait, en mars 1918, des Russes aux prises avec les conséquences de la révolution d’Octobre de 1917. Le Canada, entré en guerre automatiquement derrière la Grande-Bretagne en août 1914, a d’abord eu recours au volontariat, mais cela ne suffit plus. Malgré des promesses contraires, le gouvernement fédéral passe la Loi du service militaire en juillet 1917 obligeant tous les hommes âgés de 20 à 35 ans, célibataires ou sans enfants, à s’enregistrer auprès des autorités. Bien que les résultats de l’élection fédérale de décembre 1917 aient clairement démontré l’opposition des Québécois à la conscription, ils donnent cependant la légitimité au gouvernement fédéral de l’imposer. Elle débute donc le 1er janvier suivant.

 

Les comportements inacceptables des « spotters », ces individus chargés de retrouver les conscrits récalcitrants, suscitent une vague de manifestations majeures à partir du 28 mars 1918. Durant les cinq jours qui suivent, des milliers de manifestants prennent d’assaut la rue, déclenchant ce qu’on appelle « Les émeutes de Québec de 1918 ». Les actes de vandalisme et les échanges verbaux avec les militaires et les forces policières ne font qu’exacerber les tensions. Parmi les scènes de violence qui se produisent, les bureaux de l’Auditorium, où sont situés les bureaux du registraire du service militaire, sont saccagés et les fenêtres de deux journaux pro-conscriptionnistes sont fracassées.

 

Quartier Vieux-Québec – Place D’Youville – Édifices, août 1904. BAnQ Québec, Fonds Fred C. Würtele (P546,D3,P33). Photographe : Fred C. Würtele.

 

Les efforts d’apaisement des autorités locales et de certains leaders canadiens-français se butent à la volonté d’Ottawa. Le gouvernement fédéral craint que les émeutes dégénèrent en insurrection générale et il s’obstine à utiliser la force pour briser le mouvement. Sous le commandement du major-général François-Louis Lessard, le plus haut gradé francophone des forces fédérales, la cavalerie et l’infanterie en provenance de l’Ontario et du Manitoba quadrillent les rues de la basse-ville le soir du lundi 1er avril 1918. Un peloton se tient à l’embranchement des rues Saint-Joseph, Bagot et Saint-Vallier. Après une brève sommation en anglais, les soldats tirent sur la foule avec une mitrailleuse.

 

La Presse, édition du mardi 2 avril 1918. Collection numérique de BAnQ : http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/3197533 (consultée le 23 mars 2018).

 

Vue générale, St-Sauveur et St-Malo, Québec, vers 1920. BAnQ Québec, Collection Magella Bureau (P547,S1,SS1,SSS1,D1-12,P747R). Auteur inconnu.

 

Atteints par des balles explosives, Édouard Tremblay, Georges Demeule, Honoré Bergeron et Alexandre Bussières succombent. Selon ce que révèle l’enquête du Coroner, ces victimes n’étaient que de simples citoyens non armés qui passaient par là, au mauvais endroit et au mauvais moment. À titre d’exemple, Honoré Bergeron, un menuisier de 49 ans habitant le quartier de Saint-Sauveur et père de six enfants âgés de dix mois à 19 ans, sort tout simplement pour aller chercher ses enfants. Il est alors frappé dans le dos à la hauteur du cœur par une balle explosive. Il ne reviendra pas chez lui. Des dizaines de personnes sont également blessées.

 

Verdict du coroner concernant la mort d’Honoré Bergeron, avril 1918. BAnQ Québec, Fonds Cour des sessions de la paix – Greffe de Québec – Enquêtes du Coroner (TP12,S1,SS26,SSS1,D39/1918).

 

Le maintien de l’ordre par les 2 000 militaires envoyés à Québec s’applique ensuite avec toute sa sévérité. Les soldats ont ordre de tirer pour tuer, « Shoot to kill ». Des arrestations ont lieu. Le 4 avril, le gouvernement Borden applique la loi martiale à Québec et suspend l’habeas corpus. Une présence militaire massive se fait ensuite sentir pendant de longs mois.

 

Aujourd’hui, le monument Québec, printemps 1918, érigé au coin des rues Bagot, Saint-Joseph et Saint-Vallier, sur les lieux de la tuerie, rappelle le caractère dramatique des événements survenus il y a cent ans.

 

Monument Québec, printemps 2018, à l’angle des rues Saint-Joseph et Bagot, 17 mars 2018. Photographe: Rénald Lessard.

 

Monument Québec, printemps 2018, à l’angle des rues Saint-Joseph et Bagot, 17 mars 2018. Photographe: Rénald Lessard.

 

Afin de souligner cet événement majeur de l’histoire du Québec, BAnQ a mis en ligne dans Pistard les 502 pages de l’enquête du coroner Jolicoeur tenue entre les 8 et 13 avril 1918 (E17,S10,D1661/1918). Cet ensemble de témoignages constitue une source essentielle pour comprendre la trame des événements. De plus, les quatre verdicts du coroner sont également disponibles en ligne (TP12,S1,SS26,SSS1,D39/1918 ; TP12,S1,SS26,SSS1,D40/1918; TP12,S1,SS26,SSS1,D41/1918; TP12,S1,SS26,SSS1,D42/1918).

 

Le plan d’assurance-incendie de 1910 permet de bien comprendre la configuration des lieux de la tuerie. Enfin, les journaux de l’époque complètent l’enquête du coroner. Signalons que sur le Portail de BAnQ, dans BAnQ numérique, on retrouve plusieurs journaux de cette époque, dont La Presse et Le Devoir, qui peuvent faire l’objet d’une recherche en texte intégral.

 

Rénald Lessard, archiviste-coordonnateur – BAnQ Québec

 

Bibliographie :

Courtois, Charles-Philippe et Laurent Veyssière. Le Québec dans la Grande Guerre. Engagements, refus, héritages. Québec, Les Éditions du Septentrion, 2015, 212 p.

Provencher, Jean. Québec sous la Loi des mesures de guerre 1918. Lux, 2014, 161 p. Coll. «Mémoire des Amériques». Une première édition avait été publiée en 1971 par les Éditions du Boréal Express.

Renaud, Pierre-Yves et Martin Pâquet. « La Grande Guerre dans les rues de Québec », Le Devoir, 10 mars 2018, p. B10.

Richard, Béatrice. « 1er avril 1918 Émeute à Québec contre la conscription : résistance politique ou culturelle? », dans Pierre Graveline (Sous la direction de), Dix journées qui ont fait le Québec, Montréal, VLB éditeur, 2013, p. 136-159.

Richard, Béatrice. « Le 1er avril 1918 – Émeute à Québec contre la conscription : résistance politique ou culturelle? » conférence donnée dans le cadre de la série Dix journées qui ont fait le Québec diffusée sur le Portail de BAnQ. (http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2337125)

 

Reportage spécial :

Préparé par le journaliste Alain Rochefort, un reportage sur les émeutes de 1918 a été diffusé par la télé de Radio-Canada vendredi le 30 mars.

 Capsule sur les émeutes de 1918 :

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2 commentaires pour “Il y a cent ans : les émeutes de Québec de 1918 faisaient quatre morts”

  1. Bonjour,

    Provencher, Jean. Québec sous la Loi des mesures de guerre 1818. Lux, 2014, 161 p. Coll. «Mémoire des Amériques». Une première édition avait été publiée en 1971 par les Éditions du Boréal Express.

    Lire plutôt : 1918 (et non 1818)

    JLG

  2. Nous vous remercions de votre commentaire. La « coquille » a été corrigée dans le texte.

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