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Elle perd son emploi parce qu’elle est une femme

8 mars 2018 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

 

Dans une lettre datée du 14 mars 1944 (1), le directeur de la station de radio montréalaise CKAC, Phil. [Louis-Philippe] Lalonde (1900-1978), apprend à la journaliste et présentatrice Jacqueline Savard (1918-1961) qu’elle va perdre son emploi une dizaine de jours plus tard.

 

 

 

Jacqueline Savard, [1948]. BAnQ Vieux-Montréal (P855,S1,D3). Photographe non identifié.

 

 

 

Phil. [Louis-Philippe] Lalonde, 1943. BAnQ Vieux-Montréal (P833,S1,D0870). Photographe non identifié.

 

 

 

La longue lettre, conservée dans le fonds Jacqueline Savard (P855), présente, entre autres, les motifs invoqués par Monsieur Lalonde pour justifier l’imminent  licenciement  d’une personne à laquelle il admet pourtant n’avoir que des félicitations à offrir pour la manière dont elle s’est acquittée de sa tâche à CKAC. Il reconnaît également l’intérêt qu’elle a porté à son travail ainsi que la loyauté et l’initiative dont elle a toujours fait preuve. Néanmoins, les bons et loyaux services de Madame Savard, de toute évidence, ne suffisent plus, car il a :

 

«… pu constater que l’annonceur masculin jouit d’une bien plus grande popularité et que l’auditeur en général – tant de la ville que de la campagne – accueille avec plus de sympathie et d’intérêt le message transmis par l’annonceur masculin que celui présenté par l’annonceur féminin.

 

Lors de mon récent séjour à Québec, durant le congrès du Canadian Association of Broadcasters, j’ai eu l’occasion de discuter, à plusieurs reprises, de la question annonceur féminin avec mes collègues, qui représentent les postes privés à travers le Dominion. L’opinion générale semble être que l’annonceur féminin à la radio est un luxe que peu de postes peuvent se permettre, sauf dans certains endroits où il est absolument impossible d’obtenir des hommes.

 

Je regrette que, dans les circonstances, il nous faudra nous dispenser de vos services à compter du 25 mars [1944]. J’en profite toutefois pour vous signaler qu’il existe certains domaines là où la femme est particulièrement indiquée : émissions portant sur la beauté, la mode, les arts domestiques, etc. Pour le moment, malheureusement, nous n’avons rien à vous offrir dans ce sens. » (1)

 

Par conséquent, Jacqueline Savard sera remplacée par un annonceur masculin «… qui a complété avec succès son stage d’essai. » (1)

 

Les mentalités ont, fort heureusement, évolué depuis les années 1940.

 

(1) Extraits de la lettre de Phil. [Louis-Philippe] Lalonde à Jacqueline Savard, 14 mars 1944. BAnQ Vieux-Montréal (P855,S2,D3).

 

Marthe Léger, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

 

3 commentaires pour “Elle perd son emploi parce qu’elle est une femme”

  1. Quelle histoire révoltante. Tant de contributions, d’aptitudes et de talents ainsi sabotés. Savez-vous ce qu’est devenue madame Savard par la suite ? A-t-elle persévéré dans la profession ?

  2. Effectivement, c’est désolant. Toutefois, faut se rappeler aussi du contexte de l’époque. Les femmes québécoises avaient obtenu le droit de vote que quelques années auparavant, soit en 1940. Et aujourd’hui? On entend encore de telles monstruosités. Mais heureusement, on les dénonce.

  3. Merci Marthe Léger pour cette découverte. Jacqueline « Jackie » Savard s’est installée à Saranac Lake en 1949 et dix ans plus tard elle était admise au Sanatorium Will Rogers Memorial Hospital et elle a vécu jusqu’à son décès. Elle souffrait de tuberculose. Un court article annonçant son décès a été publié dans le Post-Standard (Syracuse,NY) le 17 janvier 1961. Sa dépouille a été transportée à Montréal et les funérailles ont eu lieu à la Cathédrale Marie-Reine du Monde. BAnQ conserve un article dans la Revue populaire (janvier 1945) sur « la jeune et jolie speakerine du poste CKAC » et Jacqueline Savard a publié un article « La femme au micro » dans la même revue en avril 1948.

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