Portail BAnQ Nétiquette
Instantané, le blogue des archivistes.

L’œuvre de Jordi Bonet au Grand Théâtre de Québec

21 février 2018 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

 

Jordi Bonet entreprend la création de son œuvre au Grand Théâtre de Québec en janvier 1969. Pendant près de trois mois, il s’ingénie à couvrir plus de 11 000 pieds carrés de treillis métalliques avec 50 tonnes de béton, chaudière après chaudière, tout en modelant et en sculptant, au bout de son seul bras, une œuvre colossale qui ébranle la société québécoise.

 

 

Le Grand Théâtre de Québec, mars 1970. BAnQ Saguenay (P66,S5,D1-0060,P129). Photographe: Johann-Natale Krieber.

 

 

Même s’il n’a jamais utilisé le béton auparavant, l’artiste fait preuve d’une vision globale phénoménale pour construire un tout cohérent. Sans avoir recours à une maquette préparatoire, il réalise cet exploit au sein d’un grand chantier rempli d’échafaudages, de poulies, de cordages et de chaudières et comptant de nombreux employés. Le tout se déroule dans un environnement froid, humide et sombre qui doit être éclairé par des projecteurs.

 

Malgré l’ampleur de sa réalisation, une phrase, gravée dans le béton, attire l’attention et suscite un vif débat : « Vous êtes pas écœurés de mourir bande de caves! C’est assez! ».

 

 

 

L’œuvre de Jordi Bonet au Grand Théâtre de Québec, mars 1970. BAnQ Saguenay (P66,S5,D1-0060,P171). Photographe: Johann-Natale Krieber.

 

 

Cette phrase, du poète et écrivain Claude Péloquin, engendre plusieurs réactions et fait couler beaucoup d’encre dans les journaux de la province.

 

 « Une belle saloperie » : Le Soleil, le mardi 19 janvier 1971, page 4;

« À l’âge de la vulgarité » : Le Soleil, le vendredi 29 janvier 1971, page 4;

« Grand Théâtre : des « bandes de caves » écœurés » : Le Devoir, le samedi 6 février 1971, page 2;

« Injurieuse inscription » : L’Action, le mardi 9 février 1971, page 4;

« La murale d’un supercave? » : Le Soleil, le mercredi 10 février 1971, page 4;

« Québec est-elle devenue aliénée? » : L’Action, le mercredi 17 février 1971, page 4.

 

La possibilité de censurer à coups de truelle la phrase controversée est même évoquée (La Presse, le samedi 27 février 1971, page H13). Toutefois, un mouvement s’élève alors au sein de la population afin de préserver l’œuvre dans son intégralité. Entre autres, près de 1700 personnes se rendent à la manifestation du Comité de la défense de la murale de Jordi Bonet le 8 mars 1971. De même, plus de 8500 signatures appuyant la sauvegarde de l’œuvre sont recueillies en une semaine (Le soleil du Saguenay-Lac-Saint-Jean, le mardi 9 mars 1971, page 13).

 

Malgré la controverse et le débat entourant la liberté de création, l’œuvre de Jordi Bonet demeure finalement en place. Elle résiste même au tremblement de terre de 1988 grâce aux treillis métalliques qui absorbent une partie des vibrations. Des travaux de restauration sont toutefois nécessaires en 1995.

 

BAnQ Saguenay conserve le fonds du photographe Johann-Natale Krieber (P66) dans lequel le dossier 1-0060 contient plus de 250 négatifs noir et blanc sur le Grand Théâtre de Québec et sur la murale de Jordi Bonet. Voici quelques images de l’œuvre.

 

 

 

L’œuvre de Jordi Bonet au Grand Théâtre de Québec, mars 1970. BAnQ Saguenay (P66,S5,D1-0060,P043). Photographe: Johann-Natale Krieber.

 

 

 

L’œuvre de Jordi Bonet au Grand Théâtre de Québec, mars 1970. BAnQ Saguenay (P66,S5,D1-0060,P073). Photographe: Johann-Natale Krieber.

 

 

 

L’œuvre de Jordi Bonet au Grand Théâtre de Québec, mars 1970. BAnQ Saguenay (P66,S5,D1-0060,P212). Photographe: Johann-Natale Krieber.

 

 

 

L’œuvre de Jordi Bonet au Grand Théâtre de Québec, mars 1970. BAnQ Saguenay (P66,S5,D1-0060,P304). Photographe: Johann-Natale Krieber.

 

 

 

L’œuvre de Jordi Bonet au Grand Théâtre de Québec, mars 1970. BAnQ Saguenay (P66,S5,D1-0060,P387). Photographe: Johann-Natale Krieber.

 

 

Pour voir Jordi Bonet travailler sur cette œuvre : http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2489287

 

André Leblanc, agent de bureau – BAnQ Saguenay

4 commentaires pour “L’œuvre de Jordi Bonet au Grand Théâtre de Québec”

  1. Merci à André Leblanc pour nous avoir fait partager ce moment de notre histoire – en photos- et la controverse que l’oeuvre Jordi Bonet suscita. Les liens vers les articles de journaux et vers d’autres informations enrichissent le texte. Merci encore !

  2. Très bon article, bien ficelé et donnant le goût d’en connaître encore plus sur le personnage évoqué! Le vidéo est aussi très impressionnant et on réalise, en le visionnant, que Jordi Bonet est un véritable artiste, dans tous les sens du terme.

  3. Un artiste de la même lignée que Gaudi à Barcelone, autant diversifié et surréaliste. Voir ses chemins de croix (Jonquiere, Ste -Foy et autres murales réalisées au Québec. Un imaginaire sans cesse renouvelé.

  4. Bravo à André Leblanc pour avoir fait découvrir deux grands Québécois qui ont cru au pays pour être venus s’y établir; Jordi Bonet, le Catalan et Johann Krieber, l’Autrichien. Ces deux-là, comme beaucoup d’autres, ont laissé un formidable héritage aux Québécois. Nous connaissons moins Johann mais mieux sa fille Janine. Mais le père a vécu beaucoup d’aventures, lui qui avait fait partie des Jeunesses hitlériennes et vécu la guerre de l’autre côté, comme soldat de la Wehrmacht.
    Quant à Jordi Bonet, son renom n’est plus à démontrer car ce créateur a laissé un grand nombre d’œuvres partout au Québec, des murales comme des œuvres en trois dimensions.
    Encore une fois, bravo!

Laissez un commentaire




© Bibliothèque et Archives nationales du Québec