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L’hôtel Magog ravagé par les flammes

18 janvier 2018 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

 

L’hôtel Magog de Sherbrooke, qui a été détruit par un incendie le 20 décembre dernier, a connu une longue histoire. En voici quelques étapes :

 

Le relais de diligence

 

Le site sur lequel l’hôtel Magog a été érigé est d’abord celui d’une auberge, le Magog House construit en 1836 par le marchand Charles Frederick Henry Goodhue[1]. Au milieu du XIXe siècle, seule cette auberge, devenue propriété d’Elias Cheney, semble posséder les garanties nécessaires à l’établissement des services de diligence et de malle-poste[2], les autres hôtels et auberges de la ville étant peu prospères. C’est ainsi que l’endroit devient tout naturellement le premier relais de diligence de Sherbrooke : d’ici partent les diligences qui rattachent le village aux autres relais situés à Granby, Stanstead, Magog ou Dudswell, permettant ainsi d’atteindre les États-Unis, Montréal ou Québec. Le Magog House remplit cette fonction de relais jusqu’en 1886, année du dernier trajet vers Magog[3].

 

L’hôtel en 1881. Image tirée de BAnQ numérique, sous le titre The Magog House, Sherbrooke, P. Q. F. P. Buck, proprietor

 

Augmentée en 1873 de 2 étages et dotée d’un toit à la Mansart, l’auberge est alors une belle bâtisse en bois, peinte en blanc, et pourvue d’un immense porche. À l’arrière, une écurie de 114 pieds de long (35 mètres) jouxte une remise à charrettes et une grange. L’eau utilisée à l’auberge est captée dans des sources situées près de la rue Winter. L’édifice possède une glacière de 120 pi3 (3,5 m3) où la glace, qui sert durant l’été, est entreposée à partir de la fin de l’hiver. Selon le budget dont ils disposent, les voyageurs peuvent choisir de dormir dans un lit de paille ou dans un lit de plume[4].

 

Le site de l’hôtel. La façade donne sur la rue Water (aujourd’hui rue des Abénaquis). L’écurie à l’arrière est identifiée par une bâtisse portant un X en son centre. Capture d’écran, tirée de H. W. Hopkins, sup, City Atlas of Sherbrooke, Province of Quebec, From Actual Surveys, Based upon the Cadastral Plans Deposited in the office of the Department of Crown Lands, S. l., Provincial Surveying and Pub. Co., 1881, planche A (extrait)

 

Les heures de gloire

 

En 1890, Henry H. Ingram devient propriétaire du Magog House. Il le reste jusqu’à son décès qui survient en 1943[5]. Dès lors, il anime l’endroit et parvient à intéresser diverses clientèles. C’est ainsi que le 19 octobre 1901, l’hôtel héberge en ses murs le géant Édouard Beaupré, alors en tournée; celui-ci ne se produit finalement pas sur scène à Sherbrooke, car les négociations entre ses gérants et les promoteurs échouent. Mais on raconte que, désirant utiliser les services du barbier, le géant parvient difficilement à emprunter un siège qui peut le contenir et que ses pieds dépassent par la porte du commerce : vérité ou légende?

 

En 1902, l’hôtel est reconstruit en brique. La partie d’origine est déplacée vers l’arrière du nouvel édifice auquel elle est rattachée. L’hôtel, comportant 4 étages et un sous-sol, est doté de longues galeries aux deux premiers niveaux et d’un balcon central supporté par des colonnes ioniques au troisième niveau. L’édifice est couronné d’une balustrade, ce qui en fait l’un des plus beaux lieux d’hébergement de la ville.

 

En 1916, une publicité paraît dans l’annuaire de la ville. On y apprend que l’hôtel compte plus de 100 chambres dont au moins 65 comportent un bain, ou du moins un lavabo, avec eau chaude et eau froide[6].

 

L’hôtel vers 1920. La façade est sur la rue Dufferin. BAnQ Sherbrooke (P14,S71,P88). Photographe : A. Z. Pinsonneault

 

L’édifice tel que présenté en plan en 1917. La partie neuve en brique est accolée à un enchevêtrement de parties en bois. À l’avant, la taverne est identifiée par Bar. L’espace identifié par un S (Store) est probablement le salon de barbier. Tiré de l’Insurance Plan of Sherbrooke, édité par Charles E. Goad en 1917, planche 12 (extrait)

 

L’hôtel Magog est non seulement reconnu pour la réception d’hôtes de marque, mais également pour les réunions des nombreux clubs sportifs de la ville et pour les assemblées politiques qui y sont tenues.

 

En effet, c’est à l’hôtel Magog que Maurice Duplessis est élu chef intérimaire du Parti conservateur du Québec le 4 octobre 1933. L’assemblée d’investiture, tenue les 3 et 4 octobre, attire 800 délégués : le clan Gagnon loge au New Sherbrooke, tandis que les partisans de Duplessis s’installent au Magog[7].

 

La fin d’une époque

 

Entre 1920 et le début des années 1950, les parties arrière en bois sont démolies, réduisant ainsi le nombre de chambres disponibles. En 1954, sous la gouverne des propriétaires d’alors, la famille Saint-Onge, l’hôtel Magog est complètement rénové. C’est à ce moment que disparaissent les galeries superposées, balustrade et colonnes. Un revêtement de façade en Perma-Stone (panneaux d’agrégats de pierre) rompt l’harmonie de la devanture, mais il faut être de son temps! Les 40 chambres sont rénovées, de même que la taverne et le salon de barbier[8].

 

L’hôtel Magog, après la rénovation de 1954. Tiré du Sherbrooke Daily Record, du 14 août 1954, p. 11 (extrait)

 

 

L’hôtel ferme ses portes vers 1978[9], mais le salon de barbier et le bar-discothèque Opus 31 demeurent. Le reste de l’édifice est converti en bars, en restaurants et en chambres avec bail et locaux divers. Parmi les locataires qui marquent les décennies 1980-1990, notons la radio communautaire CFLX, le restaurant italien Casa Chirico et le Bar Les Beaux Dimanches Bistro. Plus récemment, le Dépanneur du Coin et les bars Le Duplessis, L’Otre Zone, Magog et Saloon occupent le rez-de-chaussée et le sous-sol de la bâtisse.

 

Au printemps 2017, un premier incendie oblige la fermeture de l’édifice. Un second incendie, qui survient le 20 décembre 2017, est fatal à l’hôtel qui a connu plus de 170 ans d’histoire.

 

Hélène Liard, agente de bureau – BAnQ Sherbrooke

 

[1] Jean-Pierre Kesteman, Guide historique du Vieux Sherbrooke, 2e édition, Sherbrooke, La Société d’histoire de Sherbrooke, 2001, p. 51.

[2] J. P. Kesteman, Histoire de Sherbrooke Tome 1 : De l’âge de l’eau à l’ère de la vapeur (1802-1866), Collection Patrimoine, Éditions GGC, 2000, p. 209.

[3] André Tessier, « Au temps jadis », Sherbrooke, Bulletin municipal, mars 1995, p. 15.

[4] Jean-Pierre Kesteman, « Et si on allait prendre une bière tiède au “Magog”..? »,  L’Estrie, magazine régional, décembre 1979, p. 5-6.

[5] André Tessier, « Au temps jadis », Sherbrooke, Bulletin municipal, mars 1995, p. 15.

[6] Annuaire de la Cité de Sherbrooke et du Village de Lennoxville pour 1916-1917, Sherbrooke, La Société de Publication de l’Annuaire de la Cité de Sherbrooke (Enr.), p. 248.

[7] Conrad Black, Maurice Duplessis, Québec, les Éditions de l’Homme, 1999, p. 93.

[8] « Fine Modern Facilities at Comfortable Hotel Magog », Sherbrooke Daily Record, 14 août 1954, p. 10.

[9] J. P. Kesteman, Histoire de Sherbrooke Tome 4 : De la ville ouvrière à la métropole universitaire (1930-2002), Collection Patrimoine, Éditions GGC, 2002, p. 383. Selon Kesteman, c’est vers 1988 qu’il ferme ses portes. En réalité, l’hôtel ne s’affiche plus dès le bottin téléphonique de 1979.

Un commentaire pour “L’hôtel Magog ravagé par les flammes”

  1. J’ai demeuré là de 1945 à 1951 alors que mon père Emile Beaurivage en était le propriétaire et j’en ai de très bons (et aussi mauvais )souvenirs !

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