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Le grand éboulement de Québec : une tragédie oubliée?

27 septembre 2017 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

 

Si vous avez déjà visité le Vieux-Québec, il est probable que vous ayez déambulé dans les rues de la Basse-Ville que surplombent le Château Frontenac et la terrasse Dufferin. Peut-être avez-vous visité quelques boutiques de la rue du Petit-Champlain, ou longé le fleuve nonchalamment en profitant des charmes de la promenade Samuel-De Champlain. Bien qu’il n’en subsiste aujourd’hui aucune trace, c’est à deux pas de ce lieu enchanteur que s’est produite l’une des pires tragédies de l’histoire de la capitale.

 

Quartier Vieux-Québec-Basse-Ville — Rue Champlain et rue Petit-Champlain, [vers 1880]. BAnQ Québec (P1000, S4, D59, P55). L. P. Vallée.


Le 19 septembre 1889 à 19 h 30, un bloc de roc se détache de la falaise, déclenchant un immense éboulis qui s’effondre sur le quartier ouvrier Cap-Blanc. En l’espace de quelques secondes à peine, sans que quiconque ait eu le temps de réagir, 13 logements sont ensevelis sous plusieurs tonnes de roches, avec les 36 familles qui y résident.

 

Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P560, S1, P377-1). Photographe non identifié.

 

Tant par l’initiative de la population environnante que par celle des autorités, les opérations de sauvetage débutent rapidement. Plusieurs jours durant, policiers, pompiers, militaires et volontaires tentent d’extirper les survivants des décombres, sous le regard attentif des curieux qui s’agglutinent à proximité.

 

Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P560, S1, P377-2). Photographe non identifié.

 

Les journalistes de l’époque racontent avec beaucoup de détails la scène morbide qui s’offre à eux : les corps des victimes étalés, les lamentations des survivants qui émanent encore de la montagne de gravats, les cris et les pleurs des témoins à chaque funèbre découverte… Ils racontent aussi le cas de Joseph Kemp, 74 ans, qui aurait survécu 113 heures sous les décombres avant d’être finalement déterré le 24 septembre. Immédiatement transféré à l’hôpital, il y serait mort de ses blessures le soir même.

 

Extrait de la page couverture du quotidien « La Justice », édition du lundi 23 septembre 1889. Collection numérique de BAnQ : http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2039742 (consultée le 17 mai 2017)

 

Insurance plan of the City of Quebec, Canada [volume I]. Montréal, Toronto, London, Charles Edward Goad. Extrait de la planche 5, 1898. À noter : la mention « Fallen Rock », plus à gauche (sud), qui identifie le site de l’éboulement, ainsi que l’absence des adresses 133 à 155, jamais reconstruites. Collection numérique de BAnQ : http://services.banq.qc.ca/sdx/cep/document.xsp?id=0003028680 (consultée le 18 mai 2017).


Ce n’est pas la première fois qu’un tel drame s’abat sur la communauté principalement irlandaise du quartier Cap-Blanc. Un autre éboulis similaire, quoique de moindre importance, s’est produit en 1841. Dans les deux cas, la cause serait la même : la ville aurait reçu des pluies torrentielles dans les jours précédents. L’eau, en s’infiltrant dans les fissures de la falaise du cap Diamant, aurait précipité l’érosion de la paroi rocheuse qui s’est finalement détachée.

 

Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P560, S1, P377-6). Photographe non identifié.

 

Même avant que ne surviennent ces tragédies, les autorités avaient été mises au courant du fort risque d’affaissement que représentait le cap. Il aura toutefois fallu que survienne cette dernière catastrophe de 1889, avec son décompte final de 43 morts et d’environ 75 blessés, pour que la falaise et les fondations de la terrasse Dufferin soient solidifiées. Fait intéressant : tous les décombres n’ont pas été retirés du site. Au contraire, les pierres ainsi que certains débris de murs et de fondations ont été intégrés à la falaise, afin d’aider à sa stabilisation.

 

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Légendes complètes des images du diaporama :

– Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P546, D1, P1). Fred C. Würtele.

– Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P546, D1, P2). Fred C. Würtele.

– Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P546, D1, P3). Fred C. Würtele.

– Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P546, D1, P4). Fred C. Würtele.

– Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P560, S1, P377-5). Photographe non identifié.

– Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P560, S1, P516). Photographe non identifié.

– Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P585, D14, P11). Philippe Gingras.

– Quartier Cap-Blanc — Rue Champlain – Catastrophe, septembre 1889. BAnQ Québec (P600, S6, D1, P753). Saml H. N. Kennedy.

 

En complément :

Nous trouvons plusieurs photographies de cette catastrophe à BAnQ Québec dans la Collection initiale (P600) ainsi que dans les fonds Fred C. Würtele (P546), J.E. Livernois Ltée (P560) et Philippe Gingras (P585). Il est à noter que certaines images du fonds J.E. Livernois Ltée, plus troublantes (photographies des victimes, dont des enfants), n’ont pas été intégrées au diaporama afin de ne pas choquer nos lecteurs. Ces images portent les cotes P560, S1, P377-3 et P377-7. Les chercheurs intéressés et avertis pourront les visualiser en ligne à l’aide de notre moteur de recherche Pistard.

 

Les enquêtes du coroner concernant Joseph Kemp et les autres victimes de l’éboulement sont conservées à BAnQ Québec, dans le fonds Cour des sessions générales de la paix du district de Québec, série Enquêtes du coroner (TL31, S26), contenant 1960-01-353/2352, année 1889, dossier 188. Le compte de 43 victimes, utilisé dans cet article, est tiré du nombre d’enquêtes du coroner que contient ce dossier.


Dans les registres de l’état civil de la paroisse de Saint-Patrick (CE301,S98), dans les jours qui suivent le 20 septembre 1889, on retrouve plusieurs actes de sépulture qui portent la mention « Accidentally killed by a landslide ». Ces actes ont été numérisés et sont accessibles en ligne dans la Collection numérique de BAnQ.

Voici également quelques journaux d’époque numérisés qui couvrent l’événement :

– The Quebec Mercury (1804-1903)

– La Justice (1886-1892)

– Le Canadien (1806-1909)

 

Pour en savoir plus sur l’éboulement ou sur l’histoire du quartier Cap-Blanc de Québec :

– SAINT-PIERRE, Jacques. Les malheurs d’une époque, 1859-1979. Publications du Québec. Québec, 2010, 203 p.

– BLANCHET, Danielle. Vieux-Québec Cap-Blanc : place forte et port de mer. Ville de Québec. Québec, 1989, 80 p.

– PROVENCHER, Jean. L’histoire du Vieux-Québec à travers son patrimoine. Publications du Québec. Québec, 2007, 277 p.

 

Charles André Téotonio, technicien en documentation – BAnQ Québec

10 commentaires pour “Le grand éboulement de Québec : une tragédie oubliée?”

  1. Bravo! Très beau reportage! Nous avons souvent entendu parler de l’écrasement du Pont de Québec mais très peu de ces éboulements.

  2. J’ai vécu quelques années à Québec et je n’avais jamais entendu parlé de cet événement. Très intéressant !

  3. Triste mais tout de même très intéressant. Je ne regarderai plus la rue Champlain de la même façon. Merci pour le bel article.

  4. Des archives méconnues de la plupart d’entre nous. J’ai vécu à Québec durant mes études à l’Université Laval et je ne connaissais pas cette tragédie.

  5. Triste mais j’aime toujours découvrir ces récits du passé

  6. Il aurait été pertinent d’ajouter les registres de l’état civil disponibles dans la Collection numérique de BAnQ. À titre d’exemple et entre le 20 septembre et le 1er octobre 1889, les registres de la paroisse Saint-Patrick de Québec font état de 32 actes de sépultures où il est précisé que les personnes ont été «Accidentally killed by a landslide.»

  7. Bonjour M. Cayouette,

    Nous vous remercions pour cette suggestion. Nous avons ajouté une mention à cet effet en fin d’article.

    Merci de l’intérêt que vous portez à BAnQ.

  8. Je suis née à Quebec et j’ai ÉMIGRÉ à Montréal en 1971 et je n’avais jamais entendu parler de cet éboulement! Dommage

  9. […] Instantanés remembers the great 1889 landslide of Old Quebec, in Quebec City. They position this as one of the great forgotten events of history, and I’m sad to say that even though my dad was born and raised in Quebec City, this is the first time I’ve heard of this tragedy. […]

  10. Ma mère qui est née en 1905 et Native de Quebec ne m’a jamais parlé de cet évenement !! Cet article est extrèmement intéressant !! Merci beaucoup .

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