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Il y a 75 ans, la conscription… et ses suites!

3 mai 2017 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

Dès le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, des Canadiens s’enrôlent volontairement pour freiner les visées d’Adolf Hitler en Europe alors que d’autres se précipitent dans le mariage car, dit-on, les hommes mariés seraient épargnés d’un appel sous les drapeaux.

En 1940, l’élection fédérale porte au pouvoir William Lyon Mackenzie King qui promet qu’il n’y aura pas de conscription au pays pour combattre outre-mer. Les soldats volontaires canadiens qui traversent l’Atlantique sont encore suffisamment nombreux pour faire face à l’envahisseur.

 

Paul Boucher, juin 1941. Le jeune soldat fait partie des volontaires canadiens qui s’embarqueront pour le front européen. BAnQ Sherbrooke (P5,S1,D1,P88). Photographe non identifié.

 

Mais la situation change radicalement à la fin de 1941, après l’attaque japonaise contre Pearl Harbour. Le gouvernement canadien doit réévaluer la situation. Sous la pression des forces armées et du Canada anglais, Mackenzie King convoque, le 27 avril 1942, un référendum posant la question suivante aux Canadiens : « Consentez-vous à libérer le gouvernement de toute obligation résultant d’engagements antérieurs restreignant les méthodes de mobilisation pour le service militaire? ».

Sans surprise, les citoyens du Québec se prononcent aux trois quarts contre la conscription, alors que le reste du pays s’engage à plus de 80 % en sa faveur. En raison de cette disparité, le gouvernement King retarde l’application des mesures d’enrôlement. Ce n’est finalement qu’après le débarquement de Normandie en juin 1944, que King impose la conscription devant le manque de volontaires. Mais, dès 1943 déjà, un vaste mouvement de résistance à la Loi sur la mobilisation des ressources nationales avait débuté.

 

Le cas de Madame Provencher

BAnQ – Sherbrooke possède dans le Fonds Cour de magistrat pour le district de Saint-François (TL227), le cas de madame Théodore Provencher (née Rose-Alma Dubreuil), une citoyenne de Sherbrooke, qui voit dans cette résistance une occasion d’affaires. Avec quelques acolytes, elle met sur pied divers stratagèmes pour préserver les jeunes hommes du Québec d’un départ forcé pour le front.

Dans un premier temps, Madame Provencher se contente de fournir une fausse discharge [certificat de démobilisation] aux jeunes hommes qui refusent l’enrôlement. Le papier, d’allure officielle, porte le nom d’une autre personne. Madame Provencher invite ensuite les recrues à aller bûcher du bois, au camp d’un dénommé Bouchard, à Saint-Léon, dans le canton de Marston. C’est ainsi qu’Eugène Gosselin est capturé dans la région de Lac-Mégantic. Il est ensuite expédié à Longueuil, où il écope de 27 jours de détention à purger à l’île Sainte-Hélène. Après cette détention, il retourne au civil car on l’a jugé inapte au service militaire.

 

Témoignage d’Eugène Gosselin à l’enquête préliminaire d’Arthur Thibault, un complice de madame Provencher. Cour du magistrat, 12 mai 1944. TL227,S1,SS1, dossier 4580 (extrait).

 

Témoignage d’Eugène Gosselin à l’enquête préliminaire d’Arthur Thibault, un complice de madame Provencher. Cour du magistrat, 12 mai 1944. TL227,S1,SS1, dossier 4580 (extrait).

 

Témoignage d’Ildé Côté à l’enquête préliminaire d’Arthur Thibault, un complice de madame Provencher. Cour du magistrat, 12 mai 1944. TL227,S1,SS1, dossier 4580 (extrait).

 

Le dernier stratagème employé par madame Théodore Provencher consiste à faire prendre des médicaments aux jeunes hommes appelés sous les drapeaux.

Parfois Madame Provencher remet directement aux recrues des pilules pour les rendre malade et être ainsi inaptes au service militaire. À une autre occasion, elle incite une jeune épouse à envoyer à son époux, mobilisé à Terre-Neuve, un paquet contenant une boîte de crème à raser dont le contenu a été remplacé par un bloc du sucre du pays qui a été précédemment imbibé du mystérieux médicament.

Madame Provencher est accusée à 16 reprises durant la période 1944-1945. Lorsqu’elle est condamnée, ce n’est que pour le temps déjà purgé en prison en attente de son procès et pour des amendes de 25 $ ou 1 mois de prison additionnel. Dans quelques causes, elle réussit même à obtenir un non-lieu, car l’une de ses astuces est de faire payer ses services à une tierce personne ; elle acceptait rarement elle-même l’argent. Dans certains cas, le prétexte employé pour recevoir de l’argent est la vente d’un tableau.

 

Jugement du co-accusé de madame Provencher, Auguste Thibault. Cour du magistrat, 31 août 1944. TL227,S1,SS1, dossier 4592 (extrait).

 

Jugement du co-accusé de madame Provencher, Auguste Thibault. Cour du magistrat, 31 août 1944. TL227,S1,SS1, dossier 4592 (extrait).

 

Acte d’accusation de madame Provencher. Cour du magistrat, 16 novembre 1944. TL227,S1,SS1, dossier 4588 (extrait).

 

Durant la Deuxième Guerre mondiale, nombreux sont ceux qui ont déserté et ceux qui ont aidé les déserteurs, mais le cas de madame Provencher est intéressant par les astuces déployées et par la faiblesse des condamnations qu’elle a reçues.

 

Hélène Liard, agente de bureau – BAnQ Sherbrooke

Un commentaire pour “Il y a 75 ans, la conscription… et ses suites!”

  1. Super intéressant, surtout pour une personne commme moi, historien de formation et passionné par la Seconde guerre mondiale.

    Merci!

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