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La frénésie de la Deuxième Guerre mondiale à Rouyn-Noranda

29 mars 2017 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

Il n’y a pas à dire, la population des villes sœurs a contribué activement à l’effort de guerre durant les années 1939 à 1945. Les Rouynorandiens ont démontré leur support aux troupes qui combattaient outre-mer en défilant dans les rues et en rendant hommage aux soldats de la région. Durant cette période, le Union Jack flottait partout dans la ville. Toutefois, le point culminant de cette frénésie a été la 6e campagne des emprunts de la Victoire de 1944.

 

Parade lors de la fête de Confédération du Canada sur la 2e Avenue (devenue avenue Murdoch) à Noranda, 1er juillet 1942. (On remarque la présence d’un militaire qui salue; à l’arrière-plan, l’église Notre-Dame-de-Protection, l’épicerie Desrosiers et le Sam Bucovetsky). BAnQ Rouyn-Noranda (P124,S20,P317-42-7). Photographe : Joseph Hermann Bolduc.

 

Personnes hissant le drapeau du Royaume-Uni (site actuel de l’aréna Iamgold, coin 9e Rue et rue Murdoch). BAnQ Rouyn-Noranda (P124,S20,P317-44-4). Photographe : Joseph Hermann Bolduc.

 

Façade du magasin Simpson’s, situé au 54, avenue Principale à Rouyn-Noranda, qui présentait fièrement le Union Jack ainsi que des affiches de la campagne des emprunts de la Victoire. On remarque également la pancarte d’une Canadienne fièrement vêtue en militaire, 11 novembre 1944. BAnQ Rouyn-Noranda (P124,S22,D24,P135-44-2). Photographe : Joseph Hermann Bolduc

 

Défilé d’anciens militaires dans la gadoue de la rue Perreault à Rouyn-Noranda, 1944. BAnQ Rouyn-Noranda (P124,S20,P317-44-12). Photographe : Joseph Hermann Bolduc

 

L’apport important des mineurs

Dans un premier temps, les organisateurs de la campagne comptaient beaucoup sur les mineurs pour atteindre leurs objectifs. Si bien que l’on prévoyait amasser plus d’argent dans les mines du secteur de Rouyn-Noranda que dans les deux villes. À elle seule, la  Noranda Mines Ltd avait comme objectif d’amasser 175 000$ comparativement à 250 000$ pour Rouyn et Noranda. L’objectif total étant de 600 000$ pour tout le district minier. Le directeur de la mine Noranda, H. L. Roscoe, était le représentant de l’industrie minière au Quebec Advisory Economic Council.

Afin de stimuler la générosité de leurs employés, les compagnies organisaient des compétitions interdépartementales et offraient des prix aux plus généreux qui se voyaient octroyer des bons de la Victoire de 50 ou de 100 dollars. À la mine Noranda, un tableau affichait la contribution des différentes unités de travail. Celle qui était en tête était identifiée par la queue de diable de la caricature d’Hitler.

 

Fanion à l’effigie d’un Hitler diabolique qui identifiait l’équipe de mineurs de la mine Noranda qui était en avance dans l’achat des obligations de la Victoire en 1944. On peut y lire « L’équipe en tête. Plus de crêpes de deuil pour le diable ». L’équipe C était en avance avec des dons de 23000$. BAnQ Rouyn-Noranda (P123,S3,P101). Photographe non identifié.

 

Pour faciliter l’achat des bons, les ventes étaient déduites directement sur la paie des ouvriers. Ils étaient invités à des rencontres qui avaient lieu dans les différents environnements de travail de la mine. Le 25 avril 1944, messieurs Roméo Guillemette, du Comité national du financement de guerre et J. J. Penverne, avocat de Montréal, se sont adressés aux mineurs dans la salle des machines et dans le vestiaire des mineurs, communément appelé « la dry », à 6h40 du matin!

 

Conférencier dans le vestiaire de la mine Noranda, 25 avril 1944. BAnQ Rouyn-Noranda (P123,S3,P5). Photographe non identifié.

 

Conférencier dans la salle des machines de la mine Noranda, 25 avril 1944. BAnQ Rouyn-Noranda (P123,S3,P6). Photographe non identifié.

 

La compagnie n’hésitait pas à déployer de grandes affiches sur son site afin de souligner l’effort de guerre. Les images de propagande ont eu un rôle important durant la guerre.

 

Affichage des montants amassés par chacun des départements à la sortie de la mine Noranda durant la 6e campagne des emprunts de la Victoire, 26 avril 1944. BAnQ Rouyn-Noranda (P123,S3,P102). Photographe non identifié.

 

Affichage des montants amassés par chacun des départements à la sortie de la mine Noranda durant la 7e campagne des emprunts de la Victoire, 27 octobre 1944. BAnQ Rouyn-Noranda (P123,S3,P103). Photographe non-identifié.

 

Affiches de propagande lors de la 7e campagne des emprunts de la Victoire sur des panneaux géants installés devant la mine Noranda, 23 octobre 1944. BAnQ Rouyn-Noranda (P123,S3,P103). Photographe non identifié.

 

Un lancement de campagne surréaliste

Le lancement de la campagne des villes de Rouyn et Noranda s’est fait dans un contexte complètement surréaliste. L’événement était prévu le lundi 24 avril 1944, mais a été reporté au lendemain en raison des conditions météorologiques. Afin d’apporter sa contribution à l’effort de guerre, Ted Soucie, le propriétaire du théâtre Alexander, et lieutenant du Régiment de Hull, a décidé de littéralement transformer son cinéma en chantier de guerre. Des murailles en sacs de sable étaient dressées devant l’immeuble, les murs étaient placardés d’affiches de la 6e campagne des emprunts de la Victoire avec comme leitmotive « La victoire d’abord » et la marquise était prête à accueillir les musiciens du Régiment de Hull.

 

Théâtre Alexander, situé au 115, avenue Principale à Rouyn-Noranda, lors des préparatifs pour l’ouverture de la 6e campagne des emprunts de la Victoire, 25 avril 1944. BAnQ Rouyn-Noranda (P117,S2,P1484). Photographe non identifié.

 

Le journal le Rouyn-Noranda Press du 20 avril 1944 invitait toute la population à se regrouper sur la rue Principale, fermée pour l’occasion, afin de procéder à l’achat des obligations de la Victoire. On y prévoyait que lorsque les objectifs de vente seraient atteints qu’un Hitler en chiffon serait brûlé sur la place publique…sous la supervision de la brigade des pompiers de Rouyn bien sûr!  On y annonçait également que des hommes d’affaires et des professionnels seraient sollicités publiquement afin d’acheter leurs bons et que devant un refus de leur part, des soldats vêtus d’uniformes nazi iraient envahir leurs domiciles et les escorteraient de force sur l’estrade des animateurs de foule.

La population a répondu à l’appel en grand nombre. Des milliers de personnes ont envahi la rue Principale à partir de 20h. Selon le journal La Frontière plus de 3000 citoyen s’y sont présentés. La rue était tellement bondée que les gens grimpaient sur le toit des édifices adjacents pour voir la scène.

 

Début des festivités devant le théâtre Alexander sur l’avenue Principale à Rouyn-Noranda. On y voit très bien les gens qui s’étaient installés sur le toit des édifices adjacents, 25 avril 1944. BAnQ Rouyn-Noranda (P124,S20,P320-44-1). Photographe : Joseph Hermann Bolduc

 

L’événement, animé par Ted Soucie et par Albert Aubé, animateur à CKRN, a été diffusé en simultané sur les ondes de CKRN Radio. D’entrée de jeu, le maire de Rouyn, Romuald Gagné et J. E. Desrosiers, principal organisateur de la campagne, se sont adressés à la foule pour souligner l’importance de leur contribution. L’officier C. A. Giroux a dirigé des simulations militaires de soldats du Régiment de Hull pour démontrer à la population la réalité quotidienne des militaires outre-mer. Chaque souscription, dont la plus remarquable provenait d’un enfant de 7 ans, était soulignée par une salve de mitrailleuses et carabines du régiment. Au total, la soirée aura rapporté plus de 28 000$ et à 21h15, le Hitler en chiffon a été brûlé au grand plaisir de la foule!

 

La cérémonie durant la soirée. On peut y voir le Hitler en chiffon pendu à droite de la scène ainsi que des gens attroupés sur le toit du S.S. Kresge au coin de la rue Gamble, 25 avril 1944. BAnQ Rouyn-Noranda (P124,S20,P320-44-3). Photographe : Joseph Hermann Bolduc

 

Une campagne difficile

Malgré un départ canon, la campagne s’est essoufflée rapidement. Comparativement à la 5e campagne, les ventes n’allaient pas au rythme prévu. Le propriétaire du théâtre Alexander a alors décidé de présenter des films de propagande pour stimuler l’achat de bons. On y montrait des images, provenant de l’armée canadienne et de l’armée américaine, qui décrivaient les horreurs de la guerre et les ennemis de la nation. Cette stratégie a été payante puisqu’au final, le district de Rouyn-Noranda a dépassé son objectif de plus de 125% en amassant un total de 750 450$.

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à venir consulter les journaux et les fonds d’archives conservés à BAnQ Rouyn-Noranda. Notre équipe se fera un plaisir de vous aider.

 

Sébastien Tessier, archiviste-coordonnateur – BAnQ Rouyn-Noranda

6 commentaires pour “La frénésie de la Deuxième Guerre mondiale à Rouyn-Noranda”

  1. Merci, M. Tessier! On va encore se coucher moins niaiseux à soir!

  2. Ces photos sont superbes. Je suis née en 1939. Mon père a commencé à travailler à la Noranda en 1937. Il a même été pompier à la mine. Il aimait son travail. Merci de nous remémorer ce que nous avons vécu dans ces années de guerre.

  3. Vraiment de belles et historiques photos. Bravo et Merci! Cela nous fait prendre conscience que la guerre, bien que se déroulant hors du pays (sauf la guerre sousmarine!) avait de concrètes répercussions dans les régions du Québec. Ce serait un beau sujet d’études supérieures. Par exemple, comment a-t-on vécu cela dans ma région du Saguenay-Lac-Saint-Jean?

  4. Je crois que les deux grosse cheminees que l’on voit sur une certaine photo a fait plus de victimes a Rouyn-Noranda que la querre.

  5. […] week Instantanés takes a look at the lengths to which the people of Rouyn-Noranda went to support their soldiers fighting in […]

  6. Photos superbes. J’ai mis l’article sur mon Facebook. Je n’ai reçu que d’excellents commentaires. Ce qui a le plus impressionné, c’est le décor en murailles de sacs de sable. Bravo!

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