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L’affaire Corridart : quand la justice juge l’art…

21 juillet 2016 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

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L’affaire Corridart : cartes postales, [1977]. BAnQ Vieux-Montréal (P905, S6, D1)

Nous soulignons, cet été, le 40e anniversaire du démantèlement de l’exposition Corridart, présentée rue Sherbrooke à Montréal. Organisée dans le cadre des activités culturelles des Jeux olympiques de Montréal, l’exposition débute le 7 juillet 1976 et devait se prolonger pendant toute la durée des festivités entourant cet événement sportif mondial. Toutefois, le maire de Montréal, Jean Drapeau, décide dans la nuit du 13 au 14 juillet, de démanteler sans préavis et sans raisons apparentes les œuvres de plusieurs artistes, dont Pierre Ayot, Marc Cramer, Laurent Gascon, Michael Haslam, Kevin McKenna, Guy Montpetit et Françoise Sullivan.

Quelques jours après ce démantèlement, les artistes entament une poursuite en Cour supérieure du Québec contre la Ville de Montréal pour réparer tous les dommages subis. Ce n’est que cinq années plus tard, en mai 1981, que le verdict tombe. Dans son jugement de 70 pages, le juge Ignace Deslauriers donne raison à la Ville de Montréal : « Trop d’œuvres exposées dans Corridart présentaient des images défavorables de la ville, de sa population, de son éducation. Une exposition artistique ne doit pas ignorer les règles de l’esthétique. L’art ne doit pas insulter les gens. Corridart aurait dû propager la joie. Il était plutôt de nature à engendrer la tristesse. » Constat stupéfiant et contestable selon Madeleine Forcier, coordonnatrice du projet Corridart et fondatrice de la Galerie Graff avec Pierre Ayot : « Un juge qui se permet de faire complète abstraction des témoignages d’experts et qui retient plutôt l’opinion de Monsieur Tout-le-Monde pour conclure que Corridart n’était que pollution visuelle (sic) et que la beauté – selon les critères de magistrat – était absente de l’exposition, fait preuve non seulement d’un manque flagrant d’objectivité mais démontre clairement son incompétence à juger une telle cause. »

 

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Extrait d’un témoignage de Léo Rosshandler lors du procès, 8 octobre 1980. BAnQ Vieux-Montréal (P905, S2, D9)

 

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« Répéter, ne rien faire ou pécher » texte de René Payant [197?]. BAnQ Vieux-Montréal (P905, S2, D9)

Malgré cet échec, les artistes n’abandonnent pas la partie et continuent la bataille pour obtenir justice. Ils lancent d’ailleurs, en 1982, un album de sérigraphies et écrits d’experts en art afin de financer la poursuite des démarches judiciaires. Cependant, avant que la cause ne soit jugée par la Cour d’appel du Québec, cette saga, connue aujourd’hui sous le nom de « l’affaire Corridart », sera réglée hors cour avec la Ville de Montréal qui, 12 ans plus tard, mettra fin à la procédure et offrira un dédommagement de 85 000$ à 13 artistes de Corridart.

Des documents entourant l’exposition Corridart sont conservés dans le fonds Pierre Ayot (P905, S2, D9) et le jugement est également accessible dans la salle de consultation de BAnQ Vieux-Montréal (TP11, S2, SS2, SSS2 / dossier 025220-763).

Quant à l’album de sérigraphies et écrits d’experts en art intitulé « Corridart 1976- » il peut être consulté à BAnQ Rosemont-La Petite-Patrie.

Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter l’article de Jérôme Delgado dans Le Devoir, 16 juillet 2016, « Quand le maire définissait l’art ».
 

Sébastien Gouin, archiviste, et Daniel Filion, technicien en documentation – BAnQ Vieux-Montréal

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