Portail BAnQ Nétiquette
Instantané, le blogue des archivistes.

Elles abandonnent leurs enfants et les laissent mourir

27 avril 2016 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

Qui n’a jamais entendu parler d’une grand-tante ou d’une petite-cousine prenant rapidement du poids et se disant malade et que la famille cache ou envoie discrètement en voyage de « ressourcement » pendant quelques mois ? Qui n’a jamais entendu parler d’une mère, allant déposer pendant la nuit sa « petite-fille », née la veille, à la crèche de la ville. Ces choses sont monnaie courante avant la Révolution tranquille.

À l’époque de la Nouvelle-France, la population mettait au ban les femmes ayant des enfants hors mariage. Certaines, par peur du scandale ou de la honte, abandonnaient leur nouveau-né sur le porche de l’église alors que celles qui n’avaient pas froid aux yeux, défiaient les autorités en gardant leurs bébés. Il semblerait aussi que certains enfants aient été remis à des « Sauvages » ou encore que des enfants aient été laissés à leur triste sort pour mourir quelques heures après leur naissance.

Pour contrer ces actes excessifs, comme celui de Marie-Barbe Dupont, ou encore celui de Marie-Geneviève Gaudreau accusée d’avoir caché sa grossesse et d’avoir tué son enfant, l’intendant Michel Bégon exige, en 1722, que « de trois mois en trois mois aux prônes des messes paroissiales », les curés et les vicaires des paroisses de la colonie publient l’édit du Roi Henri II du mois de février 1556 qui établissait la peine de mort contre les femmes qui, devenues enceintes par rapt illicite, ne déclaraient point leur grossesse et tuaient ou laissaient mourir leurs enfants. Il interdisait de transporter les nouveau-nés d’une paroisse à une autre sans que ces derniers n’aient été préalablement baptisés.

 

06M_TL4S35P007g

« Édit du Roy henry second du mois de février 1556, contre les femmes qui ont cele Leur grossesse …. » BAnQ Vieux-Montréal (TL4,S35,P007)

 

L’ordonnance ajoutait « qu’aucun enfant français » ne doit être donné en adoption aux Amérindiens, ou aux veuves qui ne peuvent se permettre les services d’une nourrice. Que toutes les femmes enceintes d’un enfant illégitime doivent déclarer leur grossesse au procureur du roi ou au curé de leur paroisse. Les autorités jugent essentiel de punir de 300 livres d’amende toute personne qui remettrait un enfant naturel à un Amérindien. Les enfants abandonnés par leurs parents seront remis à des nourrices rémunérées. Elles recevront la somme de 45 livres pour les trois premiers mois de pension, et 30 livres pour les quartiers subséquents.

Le 9 juin 1736, une ordonnance de l’intendant Hocquart est publiée :

«  (…) Qu’à commencer au 1er juillet prochain il ne sera plus payé aux nourrices pour la nourriture et subsistance des enfants nés par voies illicites, et qui leur sont ou seront remis par les procureurs du roi ou fiscaux, que la somme de sept livres par mois immédiatement après que les dits enfants auront atteint l’âge de dix-huit mois et jusqu’à ce qu’ils soient engagés, lesquels engagements seront faits par les procureurs du roi aussitôt que les dits enfants auront quatre années et même plus tôt, s’il se peut. »

Pour conclure, les ordonnances et les dossiers judiciaires de l’époque de la Nouvelle-France vous intéressent? Vous pouvez les retrouver sur notre site Internet au www.banq.qc.ca via la base de données PISTARD en version numérique.

 

Maryse Dompierre, technicienne en documentation – BAnQ Trois-Rivières


CN401,S30001(a)

« Ordonnance de l’intendant établissant la peine de mort contre les femmes devenues enceintes par voies illicites et qui cachent leur enfant et le laisse mourir, 2 août 1717. », BAnQ Trois-Rivières (CN401,S30)

 

CN401,S30002(a)

« Ordonnance de l’intendant établissant la peine de mort contre les femmes devenues enceintes par voies illicites et qui cachent leur enfant et le laisse mourir, 2 août 1717. », BAnQ Trois-Rivières (CN401,S30)

 

CN401,S30003(a)

« Ordonnance de l’intendant établissant la peine de mort contre les femmes devenues enceintes par voies illicites et qui cachent leur enfant et le laisse mourir, 2 août 1717. », BAnQ Trois-Rivières (CN401,S30)

 

CN401,S30004(a)

« Ordonnance de l’intendant établissant la peine de mort contre les femmes devenues enceintes par voies illicites et qui cachent leur enfant et le laisse mourir, 2 août 1717. », BAnQ Trois-Rivières (CN401,S30)

 

CN401,S30005(a)

« Ordonnance de l’intendant établissant la peine de mort contre les femmes devenues enceintes par voies illicites et qui cachent leur enfant et le laisse mourir, 2 août 1717. », BAnQ Trois-Rivières (CN401,S30)

Un commentaire pour “Elles abandonnent leurs enfants et les laissent mourir”

  1. Très bon article sur un pan de notre histoire méconnue.

Laissez un commentaire




© Bibliothèque et Archives nationales du Québec