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Le témoignage d’un crime vieux de 165 ans enfin retrouvé

23 mars 2016 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

Les greffes des notaires renferment des informations précieuses concernant la vie de nos ancêtres. Toutefois, trouver la déposition d’une victime d’un crime dans un greffe constitue un fait inhabituel.

Le samedi 11 octobre 1851, le notaire François Renaud de la paroisse de Saint-Lin-des-Laurentides demande au jeune notaire Pierre-Antoine Viau de rédiger un acte spécial et de le conserver dans son greffe. Le notaire Viau s’exécute et note la déposition du notaire Renaud qui se dit victime d’un vol inusité :

[…] que le vingt-neuf ou le trente du mois d’août dernier, un individu est entré en son office et lui a dit que le tuteur de sa femme dissipait tous ses biens et même les droits de sa femme, et que désirant avoir l’opinion du dit Sieur Renaud, que ce dernier a cherché la minute du contrat de mariage de l’individu en date le dit contrat du trois février mil huit cent cinquante sous numéro Deux mille neuf cent vingt cinq, en a pris communication et ensuite donné son opinion à l’individu et remis la minute à sa place, alors l’individu lui dit qu’il voudrait bien ne pas avoir fait de contrat afin de toucher les droits de sa femme vu qu’en vertu de ce contrat le dit individu avait accordé délai au dit tuteur jusqu’à l’âge de majorité de son épouse actuelle [NDLA : l’âge de la majorité est alors de 21 ans] (seule clause que le sieur Renaud se souvient) alors l’individu dit mais qu’arriverait-il si la minute était perdue ou brûlée le dit Sieur Renaud déclare lui avoir répondu ce qu’il en pensait à ce sujet.

Déclare ce dernier que le trente et un du dit mois d’août et le premier de septembre qu’il s’est absenté de son office, et que qu’à son retour a cru s’appercevoir que la serrure du coffre où sont déposés ses minutes avait été forcée ou ouverte, qu’il a immédiattement pensé à ce que lui avait dit l’individu a aussitôt cherché la minute sus dite et la dite minute n’y était plus.

Déclare enfin le dit Sieur Renaud avoir depuis ce temps fait plusieurs recherches mais inutilles.

 

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Déclaration par François Renaud, 11 octobre 1851. BAnQ Vieux-Montréal (CN606,S30)

 

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Déclaration par François Renaud, 11 octobre 1851. BAnQ Vieux-Montréal (CN606,S30)

 

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Déclaration par François Renaud, 11 octobre 1851. BAnQ Vieux-Montréal (CN606,S30)

 

Le notaire Renaud soupçonne un individu, mais, faute de preuve, il ne peut le nommer et encore moins porter des accusations. Le vol de cette minute a-t-il eu des conséquences? A-t-il profité à son auteur? Des questions qui demeureront sans réponse. Toutefois, grâce aux indices donnés par le notaire Renaud, le nom du suspect a facilement été découvert. Cependant, à l’instar du notaire, nous ne disposons que de faits circonstanciels et du mobile mais d’aucune preuve tangible pouvant incriminer le suspect. Est-ce là un crime parfait?

Ajoutons pour conclure que le malheur frappera une nouvelle fois le notaire François Renaud. En effet, celui-ci verra son greffe détruit lors du grand incendie de la ville de Hull, le 26 avril 1900.

 

Pierre Beaulieu, agent de bureau, BAnQ Vieux-Montréal

 

 

2 commentaires pour “Le témoignage d’un crime vieux de 165 ans enfin retrouvé”

  1. BRAVO! Un témoin très rare.

  2. Super intéressant!

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