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1816 : L’année sans été

14 octobre 2015 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

Le 11 décembre 1816, des habitants de l’Islet adressèrent une pétition au major de milice Joseph Couillard-Després, afin que ce dernier transmette leurs doléances au gouverneur John Coape Sherbrooke. Dans cette requête, ils expliquaient que les récoltes de l’année 1816 avaient été misérables et que les grains avaient subi les conséquences des gelées fréquentes de l’été. La misère et la détresse dans laquelle la paroisse se trouvait alors, faisait en sorte qu’il était impossible pour plusieurs habitants, de subsister. Finalement, les pétitionnaires terminaient la lettre en priant le gouverneur de les assister le plus rapidement possible. La crise alimentaire et la détresse dont témoignent ce document, toucha l’ensemble du Bas-Canada en 1816.

Le 5 avril 1815, un volcan situé sur le Mont Tambora, en Indonésie, entra en éruption. L’intensité et la durée de cette éruption (10 jours), fit de celle-ci la plus dévastatrice jamais enregistrée (environ 70 000 morts). Les cendres projetées dans l’atmosphère se dispersèrent et bloquèrent les rayons du soleil, causant ainsi un hiver volcanique, qui bouleversa le climat de l’hémisphère Nord pendant l’été 1816, principalement sur la côte Est américaine. Les contemporains, que ce soit au Bas-Canada ou dans le nord des États-Unis, subirent trois grandes vagues de froid à l’été 1816, apportant gels fréquents, neige, poudrerie et glace atteignant parfois l’épaisseur d’une piastre. Cette température improbable provoqua de graves conséquences au niveau des récoltes. Si les gens de l’époque ne purent que subir les affres du climat sans en comprendre l’origine, ce n’est que récemment, avec le développement de la climatologie historique, que les scientifiques découvrirent les causes de l’épisode que l’on baptisa : L’Année sans été.

Cet été catastrophique entraîna une rareté alimentaire, qui fit augmenter le prix des denrées. Plusieurs habitants du Bas-Canada s’endettèrent. L’exemple de la région de Rivière-Ouelle est marquant : près d’une soixantaine de paroissiens achetèrent à crédit auprès de la Société Casgrain et Dionne. Le greffe du notaire Thomas Casault démontre bien cette détresse à l’automne 1816.

Finalement, après l’épuisement de leurs ressources, les Bas-Canadiens se tournèrent vers le gouvernement, afin d’obtenir de l’aide. C’est ce que témoigne la pétition des paroissiens de l’Islet.

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Pétition des habitants de l’Islet, 11 décembre 1816. BAnQ Québec (P52)

 

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Pétition des habitants de l’Islet, 11 décembre 1816. BAnQ Québec (P52)

 

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Pétition des habitants de l’Islet, 11 décembre 1816. BAnQ Québec (P52)

 

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Pétition des habitants de l’Islet, 11 décembre 1816. BAnQ Québec (P52)

 

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Pétition des habitants de l’Islet, 11 décembre 1816. BAnQ Québec (P52)

 

Jean-Philippe Asselin, agent de bureau – BAnQ Québec

3 commentaires pour “1816 : L’année sans été”

  1. Bonjour, je m’intéresse à la météorologie de L’Islet et je voudrais savoir si vous posséder d’autres articles, références météorologiques où livres traitant de ce domaine pour notre région (Je suis résident de L’Islet). Merci beaucoup

  2. Bonjour Monsieur Thibault,
    La revue l’Ancêtre ( http://www.sgq.qc.ca/revue-ancetre/l-ancetre ) publiera prochainement un article détaillé du même auteur. Nous vous invitons également à consulter le catalogue Iris ( http://iris.banq.qc.ca/iris.aspx )qui pourrait vous indiquer des publications intéressantes sur la question. Enfin, vous pourrez également sans doute recueillir des informations intéressantes dans les journaux numérisés disponibles sur le portail de BAnQ. ( http://www.banq.qc.ca/collections/collection_numerique/journaux-revues/ )

  3. Bonjour. En janvier 2015 j’ai publié aux éditions La Persée un ouvrage intitulé « L’année sans été » qui développe la chronique d’un paysan jurassien sur cette année 1816, chronique tenue dans le livre de comptes familial sur une quarantaine de pages. Ce manuscrit est rarissime à plus d’un titre: créé à la fin du 17è siècle il contient diverses annotations mentionnées par plusieurs générations d’une même famille sur plus de 150 ans (1697-1860), le chef de famille qui rapporte le dérèglement climatique de 1816 fournit un document remarquable par la qualité de son écrit et par la justesse de son analyse, la conservation du manuscrit pendant 3 siècles tient du prodige, la cause de tout cela est l’éruption extraordinaire du Tambora dont je fais mention. En effet j’ai précédé le document (les multiples écrits des membres de la famille Verguet) d’une présentation et terminé par un épilogue évoquant l’explosion du volcan et le passage de Byron à Genève. Le manuscrit a été enregistré aux archives départementales du Jura et le livre que j’en ai tiré (1816 année sans été) est disponible sur la plupart des sites commerciaux (FNAC, Cdiscount, Amazone, Leclerc etc..) et aux éditions Persée. Je vous remercie de recevoir ma contribution à la commémoration de l’évènement climatique exceptionnel que fut 1816. Cordialement.

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