1816 : L’année sans été

Le 11 décembre 1816, des habitants de l’Islet adressèrent une pétition au major de milice Joseph Couillard-Després, afin que ce dernier transmette leurs doléances au gouverneur John Coape Sherbrooke. Dans cette requête, ils expliquaient que les récoltes de l’année 1816 avaient été misérables et que les grains avaient subi les conséquences des gelées fréquentes de l’été. La misère et la détresse dans laquelle la paroisse se trouvait alors, faisait en sorte qu’il était impossible pour plusieurs habitants, de subsister. Finalement, les pétitionnaires terminaient la lettre en priant le gouverneur de les assister le plus rapidement possible. La crise alimentaire et la détresse dont témoignent ce document, toucha l’ensemble du Bas-Canada en 1816.

Le 5 avril 1815, un volcan situé sur le Mont Tambora, en Indonésie, entra en éruption. L’intensité et la durée de cette éruption (10 jours), fit de celle-ci la plus dévastatrice jamais enregistrée (environ 70 000 morts). Les cendres projetées dans l’atmosphère se dispersèrent et bloquèrent les rayons du soleil, causant ainsi un hiver volcanique, qui bouleversa le climat de l’hémisphère Nord pendant l’été 1816, principalement sur la côte Est américaine. Les contemporains, que ce soit au Bas-Canada ou dans le nord des États-Unis, subirent trois grandes vagues de froid à l’été 1816, apportant gels fréquents, neige, poudrerie et glace atteignant parfois l’épaisseur d’une piastre. Cette température improbable provoqua de graves conséquences au niveau des récoltes. Si les gens de l’époque ne purent que subir les affres du climat sans en comprendre l’origine, ce n’est que récemment, avec le développement de la climatologie historique, que les scientifiques découvrirent les causes de l’épisode que l’on baptisa : L’Année sans été.

Cet été catastrophique entraîna une rareté alimentaire, qui fit augmenter le prix des denrées. Plusieurs habitants du Bas-Canada s’endettèrent. L’exemple de la région de Rivière-Ouelle est marquant : près d’une soixantaine de paroissiens achetèrent à crédit auprès de la Société Casgrain et Dionne. Le greffe du notaire Thomas Casault démontre bien cette détresse à l’automne 1816.

Finalement, après l’épuisement de leurs ressources, les Bas-Canadiens se tournèrent vers le gouvernement, afin d’obtenir de l’aide. C’est ce que témoigne la pétition des paroissiens de l’Islet.

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Pétition des habitants de l’Islet, 11 décembre 1816. BAnQ Québec (P52)

 

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Pétition des habitants de l’Islet, 11 décembre 1816. BAnQ Québec (P52)

 

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Pétition des habitants de l’Islet, 11 décembre 1816. BAnQ Québec (P52)

 

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Pétition des habitants de l’Islet, 11 décembre 1816. BAnQ Québec (P52)

 

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Pétition des habitants de l’Islet, 11 décembre 1816. BAnQ Québec (P52)

 

Jean-Philippe Asselin, agent de bureau – BAnQ Québec