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Drummondville sous la plume d’Everett C. Hugues

19 août 2015 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

À l’occasion du bicentenaire de Drummondville, les autorités municipales, en collaboration avec l’Université de Montréal et les Éditions Boréal, ont lancé la réédition de Rencontre de deux mondes, une monographie d’Everett C. Hughes publiée pour la première fois en anglais en 1943.

Selon les mots de l’auteur : « Le livre traite d’une petite ville récemment animée et troublée par l’installation d’un certain nombre de grandes industries toutes mises en marche et dirigées par des anglophones. Les faits, les relations sociales et les changements découverts dans cette localité se rencontrent aussi dans un grand nombre d’autres. Toutes ensemble, ces petites villes industrielles constituent le front animé où les recrues des paroisses rurales font face, pour la première fois, à la vie industrielle et urbaine moderne; où les Canadiens français de classe moyenne doivent affronter une classe de gérants anglophones dont la mentalité et les façons de travailler sont différentes des leurs ; et où, finalement, les institutions traditionnelles du Québec traversent des crises provoquées par la présence des institutions de l’industrialisme et du capitalisme extrêmes. » (p. 38)

Drummondville n’est certes plus cette « petite ville animée et troublée » telle que la voit Hughes en 1937, mais Rencontre de deux mondes demeure un classique de notre littérature sociologique qui mérite d’être lu ou relu, du moins pour découvrir ce que fut Drummondville autrefois. Si, pour les besoins de son étude le sociologue rend anonyme la localité centriquoise en la nommant Cantonville, à la lecture, les Drummondvillois n’auront aucune peine à reconnaître leur ville dans ses moindres détails.

 « Si le visiteur arrive par la route nationale, il rencontre d’abord un village-rue composé de maisons à charpente et en forme de boîtes à savon, de maisons dans le style traditionnel du Québec et  de petits magasins éparpillés. Un coude de la route nous fait soudainement déboucher sur une rue plantée d’ormes et d’érables majestueux ombrageant des maisons à l’air bourgeois. C’est là la Basse-Ville à son plus beau, le centre des familles dont les noms sont liés à l’histoire de la ville et de la région. Parallèles à la voie ferrée qui passe à un demi-coin de rue de distance, et séparant le vieux quartier des affaires de la partie haute de la ville, viennent le cimetière anglican, un parc municipal et la principale église catholique de la ville. » (p.105-106)

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La rue Heriot, à Drummondville, s’ouvrant au sud sur le parc Saint-Frédéric, vers 1940. Société d’histoire de Drummond (P17). Yolande Allard

 

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La rue Heriot, à Drummondville, en 1943. Société d’histoire de Drummond (C1-3.1D9). Collection régionale

 

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Le centre-ville de Drummondville, à l’intersection des rues Heriot et du Pont, en 1957. Société d’histoire de Drummond (P184-010052). Pierre Dozois

 

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Le parc Saint-Frédéric, rue Heriot à Drummondville, en 1938. Société d’histoire de Drummond (P181, D5, P5). Lorne Cavell Elder

 

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L’église anglicane St. George, rue Heriot à Drummondville, en 1992. Société d’histoire de Drummond (P215). Église anglicane St. George

 

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L’église catholique Saint-Frédéric, rue Brock à Drummondville, vers 1960. Société d’histoire de Drummond (P184-000608). Pierre Dozois

 

« Au-delà de cette série de frontières, l’ancienne rue commerciale se perd au milieu de maisons et de boutiques indescriptibles. Il faut aller à deux coins de rue vers l’ouest pour trouver une rue large et pavée à neuf qui se donne l’air de s’étirer très loin. C’est la nouvelle rue commerciale conduisant vers les grandes usines. » ( p. 106)

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La rue Lindsay, à Drummondville, vers 1940. Société d’histoire de Drummond (P17-2). Yolande Allard

 

 « …sur une distance de quelques coins de rues, se dessine une prairie sablonneuse en direction des faubourgs ouvriers. Là, toute construction est nouvelle et pauvre, tout terrain est aride, tout le monde est canadien-français. »  (p. 107)

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La rue Saint-Jean, à Drummondville, et ses logements ouvriers, vers 1930. Société d’histoire de Drummond (C1-2.4A18). Collection régionale

 

 « À Cantonville, il y a deux sortes d’industries. Les premières, propriétés des Canadiens français, sont de petits ateliers manufacturant des produits pour la vente sur le marché local. On compte ainsi comme industries des manufactures de portes et de châssis, une crèmerie moderne et une grande imprimerie. Elles ne font pas grandir la ville, mais grandissent avec elle… » (p. 119)

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La manufacture de portes et fenêtres Mercure, au coin des rues des Écoles et Saint-Jean, à Drummondville, vers 1940. Société d’histoire de Drummond (C1-2.4E13). Collection régionale

 

« Les industries de la seconde catégorie, les grandes industries, sont la propriété de compagnies étrangères. Les gérants locaux sont des Anglais et les produits qu’elles manufacturent sont vendus sur les marchés du pays et de l’extérieur. Ce sont elles qui ont fait de la petite ville commerciale d’autrefois l’un des plus grands centres industriels de la province. » (p. 119)

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Le complexe industriel de la Canadian Celanese Limited Co. de Drummondville, en 1935. Société d’histoire de Drummond (P90-1.1-27). Fonds Celanese

 

En marge de son enquête, Everett C. Hughes se mêle aux rites, aux événements et aux fêtes qui donnent corps à la culture ambiante et se prend d’affection pour la ville qu’il a choisi d’étudier :  « Je serais curieux de me retrouver à Cantonville pour savoir quelle allure ont prise les discussions dont j’ai connu la version de 1937. Alors, comme aujourd’hui, Cantonville était une ville humainement intéressante dans sa vie quotidienne et laborieuse. Alors, comme aujourd’hui, Cantonville, ainsi que l’ensemble du Québec, était un lieu privilégié pour l’observation d’échanges sociaux qui se répètent à l’échelle du monde entier. » (p. 33)

Everett C. Hughes, Rencontre de deux mondes. La crise d’industrialisation du Canada français, Montréal, Boréal, 2014, 432 p. Ouvrage disponible à la bibliothèque municipale Côme-Saint-Germain de Drummondville pour le prêt et la consultation sur place.

 

Martin Bergevin, archiviste – Société d’histoire de Drummond

2 commentaires pour “Drummondville sous la plume d’Everett C. Hugues”

  1. C’est un vraie plaissir de voir les débuts de notre ville.
    Je possède quelques photos des années 1926-27. Lorsque le pont des trains
    est tombé en 1927, le parc Ste-Thérèse lors du moulin a bois,la drave.
    Gustave Mercure, mon père y traveillait dans les années 30 et c’est de lui
    que je possède c’est vieilles photos.
    Merci de nous montrer ces photos, ca me rappel beaucoup
    de vieux souvenir! Claude

  2. Bravo pour cette monographie qui nous informe sur une période d’une ville qui nous est chère et que beaucoup d’entre nous n’avons pas connue.
    Drummondville : une ville dynamique qui s’est développés au rythme de la société québécoise grâce à ses hommes d’affaire visionnaires et à ses administrateurs avisés.
    Soyons fiers du legs que les Drummondvillois laissent aux futures générations.

    Paul Sigouin, Montréal.

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