Les archives de Gabrielle Messier à BAnQ : portrait d’une artiste-peintre

Le traitement définitif des archives de Gabrielle Messier, l’une des premières artistes-peintres ayant fait carrière au Québec, vient récemment d’être complété. Ce fonds est accessible à BAnQ Vieux-Montréal et permet aux chercheurs ainsi qu’au grand public de découvrir la vie et la carrière de cette artiste hors-norme. En effet, celle-ci a commencé sa carrière à une époque où son domaine est encore dominé par les hommes.

Gabrielle Messier est fille d’une famille aisée de Mont-Saint-Hilaire et est née en 1904. Attirée par les arts picturaux dès son enfance, elle se lie d’amitié avec un garçon du voisinage, Paul-Émile Borduas, le futur peintre de grande renommée.

En 1940, elle devient l’élève, puis l’assistante de l’artiste tout aussi réputé Ozias Leduc et le demeurera jusqu’à la mort de ce dernier en 1955. Elle est notamment sa proche collaboratrice pendant le dernier grand projet du maître, c’est-à-dire la décoration de l’église Notre-Dame-de-la-Présentation à Almaville-en-Bas (devenue Shawinigan-Sud), travail qu’elle termine seule en 1956.

 

Gabrielle Messier et Ozias Leduc [vers 1945]. BAnQ Vieux-Montréal (P895). Photographe non identifié.
Gabrielle Messier et Ozias Leduc [vers 1945]. BAnQ Vieux-Montréal (P895). Photographe non identifié.

 

Après ce projet d’envergure, Gabrielle Messier poursuit sa carrière artistique. Elle participe en son propre nom à plusieurs concours d’art et expose ses œuvres dans les galeries québécoises, autant en solo qu’avec d’autres artistes. Elle enseigne également la peinture et le dessin pendant le reste de sa carrière, partageant son art avec les enfants et les adultes inscrits à ses cours. Parallèlement, elle demeure tout de même dévouée à son dernier maître et à son travail, participant à de nombreux projets et expositions mettant en valeur les œuvres d’Ozias Leduc. Elle collabore notamment à la réalisation du film Correlieu – nom donné par Ozias Leduc à son atelier de travail – avec Jean Palardy et Clément Perron pour l’ONF.

Durant les dernières années de sa vie, Gabrielle Messier s’installe à Port-Daniel au bord de la Baie-des-Chaleurs pour découvrir de nouveaux paysages à peindre. Ses œuvres – plus de 675 au total – sont dispersées auprès de collectionneurs privés, mais aussi dans quelques musées, dont le musée des Beaux-arts de Québec. Elle s’éteint en 2003 à l’hôpital de Chandler en Gaspésie.

Son fonds laisse ainsi entrevoir une bonne partie de son parcours professionnel. De plus, l’influence du « Sage de Saint-Hilaire » est palpable dans ses œuvres et ses archives : tout au long de sa carrière, on peut, en effet, retracer ses nombreuses collaborations avec des auteurs, des cinéastes, des étudiants ou des collectionneurs en quête d’informations sur la vie et l’œuvre d’Ozias Leduc. La pièce maîtresse du fonds est d’ailleurs le journal de travail de Gabrielle Messier, relatant entre autres l’avancement du projet de décoration de Notre-Dame-de-la-Présentation jusqu’à la fin des travaux et détaillant le processus de création de la dernière œuvre de Leduc, classée patrimoine culturel en 1975.

 

Première page du journal de travail de Gabrielle Messier, datant du début du projet de décoration de l’Église Notre-Dame-de-la-Présentation à Almaville-en-Bas. 1941. BAnQ Vieux-Montréal (P895).
Première page du journal de travail de Gabrielle Messier, datant du début du projet de décoration de l’Église Notre-Dame-de-la-Présentation à Almaville-en-Bas. 1941. BAnQ Vieux-Montréal (P895).

 

Outre ce journal de travail, on peut trouver dans le fonds de cette artiste d’autres documents de nature professionnelle dont des livres d’or et un catalogue des œuvres de Messier, en plus de conventions et de contrats avec diverses institutions. Le fonds contient également plus de 500 documents photographiques portant sur les œuvres et la carrière de l’artiste et témoignant, entre autres, de son passage à Shawinigan-Sud. Quant aux autres documents, les journaux intimes et la correspondance volumineuse disponible témoignent d’une personne adorable et chaleureuse, qui a entretenu des liens d’amitié durables avec plusieurs artistes, collaborateurs et anciens élèves.

 

Photographie montrant «Verger en fleurs», 1994. BAnQ Vieux-Montréal (P895). Photographe non identifié
Photographie montrant «Verger en fleurs», 1994. BAnQ Vieux-Montréal (P895). Photographe non identifié.

 

Catherine Lamarche, stagiaire de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information (supervisée par Julie Fontaine, archiviste) – BAnQ Vieux-Montréal