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Un parc pour 1 million de dollars?

16 avril 2015 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

Niché au cœur de l’île de Montréal, le parc du Mont-Royal est sans conteste un maillon fort de l’identité de la ville depuis son inauguration, il y a près de 140 ans. Ce lieu bucolique voit le jour en 1876 à la suite d’expropriations visant à mettre la main sur des terrains convoités qui appartiennent pour la plupart à des notables montréalais. Le volumineux dossier de la Cour supérieure relatif à l’expropriation en 1872 d’un des terrains de Stanley Clark Bagg, le principal propriétaire terrien de l’île après les Sulpiciens, illustre l’importance de l’expropriation comme levier du développement urbain.

 

Ordonnance d'expropriation à l'endroit de Stanley Clark Bagg, 1872. BAnQ Vieux-Montréal, Fonds Cour Supérieure (TP11,S2,SS2,SSS42).

Ordonnance d’expropriation à l’endroit de Stanley Clark Bagg, 1872. BAnQ Vieux-Montréal, fonds Cour supérieure (TP11, S2, SS2, SSS42).

 

Le terrain en question forme un espace rectiligne au pied de la montagne et aux limites de la ville, à cheval entre Montréal et le village de Saint-Jean-Baptiste. Il s’étend jusqu’à l’actuelle avenue du Mont-Royal, évoluant de part et d’autre du tracé de la future avenue du Parc. C’est en quelque sorte un terrain vague fréquenté par du bétail paissant en toute quiétude et des citadins intéressés par les courses de chevaux organisées au Fletcher Field (aujourd’hui le parc Jeanne-Mance).

L’enjeu crucial de l’opération d’expropriation est évidemment la compensation financière versée aux propriétaires. Les commissaires du parc engagent à grands frais le célèbre paysagiste américain Frederick Law Olmsted pour réaliser son aménagement et des dizaines d’expropriations de terrains dont plusieurs sont très vastes doivent être effectuées. Plusieurs propriétaires de terrains expropriés, dont Stanley C. Bagg, contestent en cour la valeur accordée à leurs terrains. À terme, en 1876, la Ville aura dépensé plus de 1 000 000 $ pour acquérir les terrains. D’ailleurs, le coût exorbitant de ces contestations judiciaires force Olmsted à retourner à la table à dessin et à revoir son aménagement en ne tenant plus compte de certains terrains trop difficiles à obtenir. Stanley C. Bagg et sa femme Catharine Mitcheson reçoivent finalement une somme de 69 498 $ en or. Quelques mois avant son décès, Bagg déclare qu’il aurait pu empocher encore plus si son souhait initial, lotir le terrain et le rattacher au réseau de rues avoisinantes, avait pu se matérialiser.

Des documents judiciaires conservés à BAnQ Vieux-Montréal relatent la bataille entre l’entité municipale, solennellement nommée « Le Maire, les Échevins et les Citoyens de la Cité de Montréal » et les experts que Bagg convoque pour attester que son terrain est sous-évalué. Pas moins de 28 témoins se présentent à la barre; ils ont pour la plupart examiné in situ le terrain et font référence à leur connaissance du marché immobilier montréalais afin d’échafauder une valeur approximative. Des avocats, des ingénieurs, des hommes d’affaires francophones et anglophones, des fonctionnaires provinciaux et municipaux viennent faire une déposition témoignant de leur implication, à différents niveaux certes, dans la vie socioéconomique de la métropole.

 

Plan du terrain de Stanley C. Bagg avant l'expropriation, 1872. BAnQ Vieux-Montréal, Fonds Cour Supérieure (TP11,S2,SS2,SSS42).

Plan du terrain de Stanley C. Bagg avant l’expropriation, 1872. BAnQ Vieux-Montréal, fonds Cour supérieure (TP11, S2, SS2, SSS42).

 

Emplacement du terrain en 1881, quelques années après l’inauguration du parc. Notons la projection du tracé de la rue Bleury qui ne se concrétisera que 2 ans plus tard. Atlas of the City of Montreal, 1881.  BAnQ Rosemont-La Petite-Patrie.

Emplacement du terrain en 1881, quelques années après l’inauguration du parc. Notons la projection du tracé de la rue Bleury qui ne se concrétisera que deux ans plus tard. BAnQ Rosemont-La Petite-Patrie. Atlas of the City of Montreal, 1881.

 

Le dossier d’expropriation de Bagg (TP11, S2, SS2, SSS42, nos 777 et 1597) ainsi que les dossiers des autres expropriations dans le cadre du parc du Mont-Royal, notamment celles de Hugh Allan (no 819/1886) et de Pierre-Étienne Picault (no 488/1888), peuvent être consultés à BAnQ Vieux-Montréal. On y trouve aussi un dossier de plans d’aménagement du parc du Mont-Royal.

Hyacinthe Munger, agent de bureau – BAnQ Vieux-Montréal

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