Le parcours singulier d’un notaire intrépide et courageux

La fonction notariale laisse rarement présager des drames comme celui vécu par Adolphe Lecours, notaire résidant à l’asile Saint-Jean-de-Dieu de Montréal de 1884 à 1890 (aujourd’hui l’hôpital Louis-Hippolyte-Lafontaine). Inaugurée en 1863 par le gouvernement du Québec, l’institution est administrée par les Soeurs de la Providence et compte près de 250 employés et 1200 patients. Le matin du 6 mai 1890, Adolphe Lecours est témoin et victime d’un violent incendie qui ravage le bâtiment. Voici comment il relate cet événement :

Le feu qui a éclaté dans le troisième étage du centre de l’édifice et dans une salle avoisinante à mon bureau a été si soudain et si rapide que même au péril de ma vie, je n’ai pu sauver qu’une partie des minutes de mes actes. Un bon nombre d’originaux sont devenus, à mon immense chagrin la proie des flammes. Mon répertoire et index ont eu le même sort et sont disparus dévorés par cet horrible incendie, de sorte que dans le répertoire nouveau, je n’ai pu constater que les actes qui me sont restés. J’ai cependant conservé dans le répertoire la place et les numéros des contrats (minutes) disparus afin d’y classer les copies qui me seront remises et les déposer comme minutes chaque fois que l’occasion s’en présentera, suivant et en autant que la loi peut me le permettre en pareil cas. 

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Scène saisie au lendemain de l’incendie ayant fait plusieurs dizaines de victimes à l’asile Saint-Jean-de-Dieu de Montréal, 1890. BAnQ Vieux-Montéal (P750).

Selon une source journalistique contemporaine, Adolphe Lecours transporte des actes notariés enveloppés dans un drap et parvient à fuir le brasier. Sans l’intervention intrépide et courageuse d’Adolphe Lecours lors de la tragédie et ses efforts soutenus à reconstituer son répertoire et la quasi-totalité des minutes de son greffe, une partie importante du patrimoine archivistique témoignant de l’histoire de l’est de l’île de Montréal aurait été perdue.

Né à Longueuil le 21 février 1830, Adolphe Lecours est reçu notaire le 22 novembre 1853 à Pointe-aux-Trembles. Il pratique successivement à Pointe-aux-Trembles (1853-1860), Acton Vale (1860-1862), Saint-Laurent (1862-1880 et 1890-1897), Hochelaga (1880-1884) et Longue Pointe (1884-1890). Mélomane et musicien, il dirige une fanfare à Saint-Laurent et enseigne la musique au collège de cette municipalité. Au moment de son décès, survenu en août 1897, il laisse dans le deuil sa deuxième épouse, Marie-Louise Legault.

Les actes du notaire Lecours se trouvent dans la Collection numérique de BAnQ

 

Mireille Lebeau, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal,  et Carole Ritchot, technicienne en documentation – BAnQ Vieux-Montréal