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DES QUÉBÉCOIS PRÉFÈRENT LA PRISON AU CHAMP DE BATAILLE !

17 février 2015 par Instantanés | Domaine(s) : Diffusion et mise en valeur

Le 17 février 1815 – il y a 200 ans aujourd’hui – le président américain ratifiait le Traité de Gand qui mettait fin à la « Guerre de 1812 ».

Les procès criminels impliquant des miliciens francophones du Québec est un aspect moins bien connu de cette guerre. Les accusations portées concernent l’opposition à la lecture publique de l’Acte de la milice (Militia Act), la participation à des conversations séditieuses ; la participation à des émeutes ; l’assaut contre un officier de milice, la désertion et la haute trahison.

Bien que la Chambre d’assemblée du Bas-Canada ait accepté de voter une nouvelle Loi de la milice en avril 1812, c’est à partir du mois de juin que les officiers furent confrontés au refus de plusieurs miliciens de marcher vers les points de ralliement en s’attroupant « illicitement, tumultueusement et séditieusement ».

À Pointe-Claire, en juin 1812, Eustache Benêche dit Lavictoire, Eustache Brunet, Noel Legault dit Deslauriers, Jacques Trottier, Louis Paiement et une centaine d’autres personnes, « déréglées et perturbatrices de la paix » et « d’un esprit mutin et indomptable », armés de fusils, d’épées, de baïonnettes et de bâtons, enlèvent Louis Léveillé, un déserteur, et le remettent en liberté après avoir « frappé, battu, blessé et maltraité » le major Jean-Philippe Leprohon « de manière à faire grandement désespérer de sa vie ».

Le 1er juillet, plus de 400 personnes se sont assemblées à Lachine et plusieurs sont armées. Les autorités craignent un soulèvement populaire ; des troupes sont envoyées avec deux canons. L’ordre est donné de tirer sur la foule et un homme est tué. Les leaders sont arrêtés : Joseph Sicard, Luc Courville, François Courville, Guillaume Mallet, Louis Laurin, Jean-Baptiste Thivierge, Joseph Binet et Bernard Courville sont accusés de conspiration, d’assemblée illégale et séditieuse pour délivrer les miliciens du 2e bataillon de la milice incorporée ; de s’être battus contre les troupes du roi et d’avoir organisé une émeute. Ils risquent la peine capitale.

Acte d’accusation contre Joseph Sicard pour haute trahison, 10 août 1812. BAnQ Vieux-Montréal, Cour du banc du roi, matières criminelles, TL19,S1,SS38.

Acte d’accusation contre Joseph Sicard pour haute trahison, 10 août 1812. BAnQ Vieux-Montréal, Cour du banc du roi, matières criminelles, TL19,S1,SS38

En 1813, Étienne Dumas, d’Odelltown, et son fils Joseph sont accusés « de pratiques séditieuses en informant l’ennemi de l’état des fortifications de l’Île-aux-Noix » et d’avoir déclaré qu’il serait plus avantageux pour les Canadiens de vivre sous le gouvernement américain.

Voilà quelques-uns des nombreux documents inédits conservés dans les archives criminelles du district de Montréal qui illustrent l’état d’esprit des hommes appelés pour combattre les Américains. Ils permettent de tirer un portrait de la situation des Québécois francophones qui ont refusé de joindre les rangs de l’armée britannique, comme plusieurs le feront lors des deux grandes guerres au 20e siècle.

À BAnQ Vieux-Montréal, les chercheurs pourront consulter dans le TL19,S1 Cour du banc du roi, matières criminelles en général, pour les années de la guerre, les dossiers classés en ordre chronologique (TL19,S1,SS1); les registres des procès-verbaux d’audiences (TL19,S1,SS11); les actes d’accusations grand format, (TL19,S1,SS38).

Dossiers criminels contre diverses personnes, pendant la Guerre de 1812. BAnQ Vieux-Montréal, Cour du banc du roi, matières criminelles, TL19,S1,SS1

Dossiers criminels contre diverses personnes, pendant la Guerre de 1812. BAnQ Vieux-Montréal, Cour du banc du roi, matières criminelles, TL19,S1,SS1

 

 

 

Denyse Beaugrand-Champagne, archiviste – BAnQ Vieux-Montréal

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