MORTS SUFFOQUÉS ET PIÉTINÉS !

Le dimanche 9 janvier 1927, soixante-dix-huit enfants décédaient dans l’incendie du cinéma Laurier Palace situé rue Sainte-Catherine Est à l’angle de la rue Dézéry. Ce jour-là des centaines d’enfants assistaient au visionnement de Get ‘em young avec Stan Laurel avant que ce dernier ne forme un duo avec Oliver Hardy.

Le lendemain du drame, les médecins légistes Wilfrid Derome et Rosario Fontaine avaient la lourde tâche d’examiner les corps et concluaient que la majorité des victimes étaient mortes par suffocation et les autres par compression thoracique i.e. piétinées à mort dans l’escalier en tentant de s’enfuir. Une enquête du coroner Ed. McMahon concluait qu’Ameen Lawand, propriétaire du cinéma et ses employés, Michel Arie et Camille Bazzy étaient criminellement responsables.

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Escalier du Laurier Palace où les jeunes victimes ont trouvé la mort, janvier 1927. BAnQ Vieux-Montréal (TP9,S2,SS1,SSS2, 1927 no. 233). Photographe non identifié.
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Guichet du cinéma Laurier Palace suite à l’incendie, janvier 1927. BAnQ Vieux-Montréal (TP9,S2,SS1,SSS2, 1927 no. 233). Photographe non identifié.



 

Un procès devant jury à la Cour du banc du roi (TP9,S2,SS1,SSS7, no.233) se termina en octobre 1927 avec la condamnation de Lawand à deux ans de travaux forcés, Arie et Bazzy à douze mois chacun. Le dossier fut porté en appel (TP9,S2,SS1,SSS2, no.233) et en mai 1928, la Cour du banc de la reine de la juridiction des appels en matières criminelles (TP9,S2,SS7,SSS1, no.71) cassa la condamnation et annula la peine.

Suite à la tragédie et devant les hauts cris de tout un chacun dont une grande part du clergé catholique, une commission royale d’enquête (E135) sous la présidence du juge Louis Boyer entendit plus de 400 témoins et examina des centaines de documents. Dans son rapport, le juge déclara que l’incendie avait été … causé par une cigarette ou une allumette jetée par un imbécile ou un inconscient ... La cause principale du désastre est donc la panique occasionnée par le feu, et la cause incidente le tournant dans l’escalier.

 Quant à la question de permettre l’ouverture des cinémas le dimanche, le juge Boyer répondit au clergé: tout le monde n’a pas le goût ni l’âge des sports …non plus le goût de la lecture, et après tout le cinéma n’est-il pas un livre où l’image prédomine sur le texte et où l’on n’a pas l’obligation de tourner les feuilles ? Le clergé obtiendra que les moins de 16 ans soient interdits en tout temps dans les salles de cinéma et cette règlementation fut en vigueur jusqu’en 1961.

POUR EN SAVOIR PLUS :

Plusieurs journaux ont couvert les événements dont La Patrie; la Complainte du « Laurier Palace » publiée dans le Passe-Temps; La Presse de 1977 souligne l’anniversaire. Le Service des Archives de Montréal possède un dossier; Le Devoir présente une courte vidéo des funérailles.

Denyse Beaugrand-Champagne, archiviste de référence – BAnQ Vieux-Montréal