Paul Buissonneau nous lève son chapeau une dernière fois (1926-2014)

Dans la nuit de samedi à dimanche s’est éteint l’un des grands hommes du théâtre québécois, Paul Buissonneau. Ancien Compagnon de la chanson pour les uns, Picolo de La Boîte à surprise pour les autres, il crée avec Claude Robillard le premier théâtre ambulant pour enfants, La Roulotte, et cofonde le Théâtre de Quat’sous.

C’est à Paris que naît et grandit Paul Buissonneau dans le modeste arrondissement du XIIIe. Orphelin dès l’âge de quinze ans, en pleine Seconde Guerre mondiale, la rudesse de la vie a tôt fait de développer chez lui la débrouillardise, la ténacité et sans doute le caractère bien fougueux qu’on lui connaît. Il est rembourreur dans une carrosserie lorsque le destin lui réserve un heureux sort. Les Compagnons de la chanson le recrutent, en effet, en 1946. Pour celui qui est déjà féru de théâtre – il est alors membre d’une troupe d’amateurs – c’est l’occasion inespérée de plonger dans le monde du spectacle avec une passion qui ne le quittera jamais par la suite.

En 1950, c’est avec la même passion qu’il rompt sa collaboration avec le groupe de chanteurs, pourtant au sommet de leur gloire, pour immigrer au Québec par amour pour Françoise Charbonneau, une spectatrice québécoise rencontrée lors d’une tournée des Compagnons.

La suite est bien connue, après deux années difficiles où il travaille au magasin Archambault, il fonde, en 1953, le théâtre pour enfants La Roulotte où toute une pléiade d’artistes feront leurs débuts sous l’égide d’un Buissonneau toujours généreux, mais très exigeant. Ce sont, notamment, les Jean-Louis Millette, Robert Gravel, Gabriel Arcand, Marcel Sabourin, Marie Eykel et bien d’autres encore. De la Roulotte, se forme la troupe de Quat’Sous, en 1956, laquelle jette les bases de la fondation du théâtre du même nom, en 1965. Parmi les nombreux spectacles novateurs qui y seront mis en scène, notons l’incontournable et controversé « Osstidcho » qui propulse, en 1968, les carrières d’Yvon Deschamps, de Robert Charlebois et de Louise Forestier. Parallèlement, en plus d’enseigner l’art théâtral et le mime dans lequel il excelle, Buissonneau contribue à l’époque faste que furent les années 1950 et 1960 à la télévision de Radio-Canada où il incarne son personnage de Picolo, 1956 à 1975.

Paul Buissonneau et Julien Poulin devant une maquette de décor de la pièce « Pierre et le loup » pour la Roulotte, 1968. (MSS565). Ville de Montréal

Paul Buissonneau et Julien Poulin devant une maquette de décor de la pièce « Pierre et le loup » pour la Roulotte, 1968. BAnQ Vieux-Montréal (MSS465). Photographe : Ville de Montréal

 

Bibliothèque et archives nationales du Québec (BAnQ) a l’honneur de conserver les archives de ce grand créateur. Le fonds Paul Buissonneau (MSS465) acquis par lots en 2000, 2009 et 2014 préserve ainsi la mémoire et les réalisations de cet artiste. On y trouve des archives reflétant ses activités en tant qu’auteur dramatique, metteur en scène et comédien : des textes de pièces originales ou adaptées par Buissonneau, des textes de chansons notamment pour l’émission Picolo de la plume de l’auteur, des croquis de décors et de costumes ainsi que des notes de mises en scène, de la correspondance, des photographies de plusieurs comédiens et productions et nombre de documents sonores, dont des entrevues réalisées avec le créateur.

 

Manuscrit de « L’histoire du petit poisson triste » devenu en tapuscrit final pour Radio-Canada « L’histoire du fleuve Saint-Laurent » pour l’émission Picolo, vers XXXX. (MSS565, 465/001/010 P01 et P03), [1967?]. Textes de Paul Buissonneau.

MSS465_001_010_P03

Manuscrit de « L’histoire du petit poisson triste » devenu en tapuscrit final pour Radio-Canada « L’histoire du fleuve Saint-Laurent » pour l’émission Picolo, vers 1967. BAnQ Vieux-Montréal (MSS565, 465/001/010 P01 et P03).

 

Mentor de nombreux artistes québécois aujourd’hui réputés, BAnQ conserve également les fonds de plusieurs de ces acteurs marquants dans l’histoire culturelle du Québec. Mentionnons les fonds d’Yvon Deschamps, de François Barbeau, de Clémence DesRochers et de Claude Léveillée.

 

Julie Fontaine, archiviste avec la collaboration de Marthe Léger et de Johanne Mont-Redon, archivistes – BAnQ Vieux-Montréal