Le jouet Écran magique (Etch a Sketch) et le règne de l’éphémère

OLYMPUS DIGITAL CAMERAÀ l’approche de Noël, l’envie me prend de me pencher sur un jouet. Inventé à la fin des années 50 par André Cassagnes, l’Écran magique (Etch a Sketch) est sans doute le jouet le plus populaire du monde occidental depuis les années 1960. Si l’on en croît Wikipédia (2013), il se serait vendu à 100 millions d’exemplaires. Il semblerait même qu’on en vende encore beaucoup aujourd’hui, ce qui est assez étonnant compte tenu que n’importe quel écran de téléphone, de tablette ou d’ordinateur parvient à un résultant de beaucoup supérieur au Télé-Écran, nom sous lequel il a été d’abord commercialisé en France. Qu’est-ce qui explique un tel succès ? Probablement parce que cette invention est contemporaine de la télévision, innovation triomphante des années 1960, et qu’elle a bénéficié d’un certain momentum. Toujours est-il qu’à l’instar du stylo Bic et du rasoir jetable, l’Écran magique représente une sorte de symbole de la modernité et, en quelque sorte, de la société de consommation.
 
Du point de vue archivistique, toutefois, l’Écran magique est une invention plutôt diabolique qui constitue la preuve irréfutable qu’on ne peut pas tout archiver… À cause de ce jouet qui a bercé l’enfance de plusieurs d’entre nous, des milliers dessins d’enfant se sont irrémédiablement perdus.  Valait-il la peine d’être conservés, ces dessins d’enfant ? Tout dépend de l’enfant, me direz-vous. Et de ce qu’il est devenu par la suite… Tout comme les milliers de blogues qui se perdent chaque mois sans que quiconque prenne la peine de les archiver, la perte de ces dessins ne s’avère sans doute pas une si grande catastrophe pour la patrimoine archivistique de l’humanité. Néanmoins, la question mérite d’être posée.  
 
Au moins, l’Écran magique a le mérite de clouer le bec à ceux qui proclament haut et fort que le numérique correspond au règne de l’éphémère ? On dit tellement d’inepties sur le numérique… Quoiqu’on pense, les documents éphémères ont toujours existé. On n’a qu’à penser aux palimpsestes, ces parchemins mille fois réutilisés en raison de la rareté et, surtout, de la cherté de ce support. Alors, que certains documents se perdent dans la nuit des temps… Cela dit, si l’enfance d’un peintre célèbre a été bercé par l’Etch a Sketch, il est tout de même dommage qu’on n’ait pu en conserver quelques-uns… 
 
 
Daniel Ducharme, archiviste – Centre d’archives de Montréal
 
Source de l’image: Ignacio Icke, Imagen de un telesketch estadounidense, 2006. Image sous licence Creative Commons, source: Wikipédia.fr : http://commons.wikimedia.org/wiki/File:EtchASketch10-23-2004.jpg