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Des théodolites fabriqués à Montréal

29 mars 2019 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

Alban Berson, Cartothécaire, Direction de la recherche et de la diffusion des collections patrimoniales
Daniel Chouinard, Bibliothécaire, Direction du dépôt légal et des acquisitions

Un théodolite est un instrument d’arpentage inventé au XVIe siècle dont l’usage se répand à partir du XVIIIe. Muni de lentilles, il sert à mesurer les angles horizontaux et verticaux à partir d’un point précis et fixe. Le théodolite est encore couramment utilisé aujourd’hui, avec des fonctions numériques intégrées.

 

L’acquisition d’un tel instrument par BAnQ est inusitée puisque le mandat patrimonial de l’institution porte essentiellement sur l’acquisition et la conservation de documents publiés ou de documents d’archives. Mais lorsque au cours de l’automne 2018, un particulier nous a approchés pour nous offrir quelques documents cartographiques anciens ainsi que trois théodolites, nous avons été sensibles à la valeur patrimoniale de ces instruments bien conservés ainsi qu’à l’utilisation que nous pourrions en faire lors de la mise en valeur de notre collection de cartes géographiques anciennes.

 

Au moins deux des trois théodolites acquis par BAnQ ont été fabriqués à Montréal par Charles Hearn au début des années 1860. Né en Angleterre, Hearn s’installe d’abord à Toronto en 1857 puis déménage à Montréal en 1860 ou 1861, au 154 de la rue Notre-Dame, où il s’établit, comme en témoignent les annuaires Lovell, en tant qu’« opticien et fabricant d’instruments de mathématiques ».

 

Entrée pour Charles Hearn dans l'annueaire Lovell.

Entrée dans l’annuaire Lovell

 

 

 

Carte montrant le lieu de fabrication des théodolites.

Lieu de fabrication des théodolites (entouré en bleu) , Atlas of the city and island of Montreal, Henry W. Hopkins, 1879, pl. 38

 

 

Photo de la boussole avec nom du fabricant et lieu d'origine de théodolite.

Le nom de Charles Hearn et le lieu de fabrication « Montréal » inscrits dans la boussole intégrée à un théodolite

 

Charles Hearn décède en 1865. Les théodolites produits lors de ses quatre années passées à Montréal sont les premiers fabriqués au Québec.

 

Des inscriptions sur les boîtes en bois servant à transporter les appareils ainsi que des informations obtenues lors de l’acquisition attestent que ces instruments ont appartenu à la famille Vincent, dont trois générations ont exercé le métier d’arpenteur.

 

Né à Longueuil en 1867, Arthur Vincent reçoit sa commission d’arpenteur en 1890. Ses compétences lui permettent de travailler également comme ingénieur civil et architecte au sein de la firme Vincent & Girouard. Cette société devient Vincent, Girouard & Vincent en 1920, quelques mois avant que le fils d’Arthur, Roch-Arthur Vincent, diplômé en génie civil, reçoive à son tour sa commission d’arpenteur. À la mort de son père en 1949, pour conserver la clientèle de ce dernier, Roch-Arthur exerce cette profession ainsi que celle d’ingénieur sous la raison sociale « Arthur Vincent incorporée, arpentage ». Ses bureaux sont situés au 517 de la rue Saint-Laurent, à Montréal, presque au coin de la rue Saint-Jacques. Les activités de la compagnie cessent en 1972. En 1935, l’épouse de Roch-Arthur, Marie Taschereau, met au monde un garçon prénommé Louis-Errol. Ce dernier obtient une licence en sciences agronomiques à la Faculté d’agronomie du collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière puis une maîtrise en géographie de l’Université Laval. Il entreprend sa carrière d’arpenteur au Bureau d’aménagement de l’Est du Québec, puis devient rédacteur scientifique à la Commission géologique du Canada en 1970. On lui doit notamment l’ouvrage Regards sur les paysages canadiens, écrit en collaboration avec R. G. Blackadar. Il s’éteint à Montréal en 1994.

 

Arthur, puis Roch-Arthur ont utilisé les théodolites dans le cadre de leurs activités professionnelles. Louis-Errol Vincent, qui disposait d’appareils de mesure plus modernes, les a probablement conservés en leur souvenir. BAnQ détenant dans ses fonds d’archives de nombreux plans produits à l’aide de ces outils, nous nous félicitions de cette acquisition qui contribue à éclairer le contexte de création de pièces importantes du patrimoine documentaire québécois. 

 

Alban Berson utilisant le théodolite.

Notre cartothécaire, Alban Berson, utilisant un théodolite fabriqué à Montréal au début des années 1860.


Catégorie(s) : Acquisition, Les chercheurs de la Bibliothèque nationale

Le charme désuet des cartes picturales

20 février 2019 par Carnet de la Bn   2 Commentaires

par Alban Berson, cartothécaire 
Direction de la recherche et de la diffusion des collections patrimoniales

 

Ministère du tourisme, de la chasse et de la pêche, Direction générale du tourisme, Laurentides (nord de Montréal), Gatineau, Outaouais, Québec, 1966, p. 57

 

Le terme « carte ornée » évoque plus les somptueuses productions des XVIe et XVIIe siècles aux cartouches baroques et peuplées de monstres marins et de caravelles aux voiles gonflées que les travaux des cartographes du XXe siècle. Pourtant, entre les années 1920 et 1960 se développe un genre cartographique basé sur l’image : les cartes picturales. Très prisées en leur temps, elles sont omniprésentes : livres, revues, brochures et guides touristiques en proposent toujours de nouvelles et elles servent d’élément de décoration dans les maisons, les écoles et les clubs sociaux en tous genres. Cette cartographie à la fois didactique et ludique nait de la conjonction de deux phénomènes : d’une part, le développement des techniques de reproduction des documents anciens qui remet au goût du jour les cartes anciennes richement ornées, d’autre part, l’épanouissement d’une culture populaire iconographique sous la forme du dessin de presse, de la bande-dessinée et, à partir de 1928, du dessin animé[1]. Sous cette double influence, la cartographie renoue alors avec l’image, un de ses éléments constitutifs mais qu’elle avait longtemps délaissée, et entame une cure de jouvence. BAnQ conserve plusieurs de ces œuvres emblématiques de la première moitié du XXe siècle.

 

Précurseur de la carte picturale

Si, en cartographie, le XIXe siècle n’est pas celui de l’ornement, il existe toutefois quelques travaux qui préfigurent l’ère des cartes picturales. Il s’agit le plus souvent d’œuvres figurant dans des atlas comme cette carte de l’Arctique publiée à Edinburgh en 1856 :

A. Fullarton & Co, Arctic regions, Edinburgh, 1856

 

Toutefois, sur ce type de document, les images sont périphériques à la topographie. Elles n’y sont pas organiquement insérées comme c’est le cas sur cette carte du Vieux-Montréal de 1939 commémorant la visite du roi George VI et de la reine Elizabeth et qui se veut un survol historique de la métropole :

 

 

L’auteur de cette carte, une des quelques cartes picturales produites au Québec, est l’architecte Wilson Percy Roy (1900-2001), qui étudie à l’Université McGill sous les auspices du spécialiste de l’architecture traditionnelle québécoise Ramsay Traquair (1874-1952) et ouvre son cabinet à Montréal en 1927.

 

Une carte picturale à assembler

La charmante carte reproduite ci-dessus présente un format pour le moins inhabituel. Elle est composée de 50 petits cartons à collectionner, en forme de tuile, distribués à l’unité dans des emballages de chocolat. Cette carte casse-tête intitulée Mapa de America del Norte y Central est confectionnée en Espagne autour de 1940 par la compagnie Litografía B. Baño pour promouvoir le chocolatier Orthi. Le cartographe et illustrateur ne semble pas très familier avec l’Amérique du Nord : l’écusson sur le drapeau du Canada (le Red Insign) est caduc depuis 1907 et certains ornements sont disposés de manière incongrue tel cet alligator hantant les Grands Lacs.  Tout comme l’artiste, le gourmand ayant rassemblé les 50 tuiles est demeuré anonyme.

 

Archétype de la carte picturale

La représentation du Canada ci-dessus, archétype de la carte picturale dans le foisonnement de ses ornements, est l’œuvre de l’artiste torontois Stanley F. Turner (1883-1953). Conçue dans un contexte publicitaire, la carte souligne et célèbre le rôle joué par les postes de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson dans l’histoire du Canada depuis la fondation de la compagnie, le 2 mai 1670. Certaines des nombreuses illustrations témoignent toutefois d’évènements bien antérieurs à cette date, tels que l’arrivée de Leif Erikson (ca. 970-ca. 1020) au Vinland vers l’an 1000. Les ornements, plus particulièrement ceux situés dans les océans, semblent faire écho à l’iconographie de l’âge d’or de la cartographie. Ainsi, le kayak situé près de l’île Southampton évoque l’America gravée par Jodocus Hondius en 1606[2]. De même, les phoques rappellent celui que Samuel de Champlain fait figurer sur sa Carte geographique de la Nouvelle Franse en 1613. Quant aux baleines, castors et poissons volants, ce sont des espèces endémiques sur les cartes géographiques du XVIe au XVIIIe siècle. 

 

Le père de Bécassine…

Pinchon, J. P., Canada, 1948

Joseph Porphyre Pinchon (1871-1953) est connu en premier lieu pour être le père de l’héroïne de bande-dessinée Bécassine, stéréotype de la provinciale balourde telle que perçue par les élites parisiennes. Pour notre plus grand plaisir, Pinchon s’adonne aussi occasionnellement à la cartographie picturale comme sur cette carte du Canada tirée d’un atlas de 1948 destiné aux écoles françaises et intitulé L’épanouissement du monde. L’iconographie y fait la part belle aux grands personnages de la Nouvelle-France tels que Cartier, Champlain et Montcalm. Ceux-ci interagissent avec des Amérindiens ainsi qu’avec des habitants. En revanche, pas la moindre trace de présence britannique sur ces dessins censés illustrer le Canada. Il est vrai que l’atlas ne consacrant qu’une seule ligne à la Conquête, Pinchon n’avait pas à mettre en exergue cette « anecdote » pour les écoliers français d’après-guerre.

 

Carte picturale promotionnelle

Association des hôteliers de Québec-Gaspésie, Québec et la Gaspésie, Métis Beach, 1963

Non signée, cette Carte de vacances : Québec et la Gaspésie est également l’œuvre de Stanley F. Turner. Il s’agit à l’origine d’un outil  promotionnel réalisé dans les années 1940 pour le compte de la marque de bière Brading’s Capital Brewery, aujourd’hui connue sous le nom de Carling O’Keefe. Cette version de 1959 est commanditée par un groupe d’hôteliers de Québec et de la péninsule gaspésienne. Si quelques éléments annexes à la carte sont traduits en anglais, l’ensemble des éléments textuels intégrés à la topographie, des informations historiques pour la plupart, apparaissent en français. Tout comme sur sa carte réalisée pour la Compagnie de la Baie d’Hudson, Turner semble s’inscrire dans une certaine tradition cartographique par le choix de ses ornements.

 

Cette affinité avec les grands cartographes de jadis est parfois même involontaire : la représentation du chemin de portage amérindien entre le lac Pohénégamook (dans l’actuel comté de Témiscouata) et la rivière Saint-Jean (aujourd’hui au Nouveau-Brunswick) est récurrente depuis que Jean-Baptiste-Louis Franquelin (vers 1651 – après 1712) en signale l’existence en 1678 sur sa Carte pour servir à l’éclaircissement du papier terrier de la Nouvelle-France. Bien qu’il soit très improbable que Turner ait eu connaissance de cette carte manuscrite conservée en France, il est plaisant de constater que les deux cartographes, à presque 300 ans d’écart, symbolisent tous deux ce chemin de portage par des ornements similaires :

 

Du moyen-âge à nos jours, l’image a contribué à enrichir la cartographie. Si elle a pu s’estomper par période, c’est toujours pour mieux revenir sous une forme renouvelée, en réinventant son rapport informationnel à la topographie. Les cartes picturales ont joué un rôle dans la vulgarisation du savoir historique et géographique jusque dans les années 1960. Elles sont aujourd’hui plus rares, cantonnées aux atlas pour enfants tels que le superbe Cartes d’Aleksandra Mizielinska et à quelques dépliants touristiques. À consulter des cartes topographiques, hydrographiques ou tout simplement l’application cartographique de son téléphone, on pourrait croire à une nouvelle disparition de l’image de l’univers cartographique. On se méprendrait : il existe aujourd’hui de nombreuses plateformes permettant de géolocaliser une illustration, une photographie ou une carte postale sur une carte géographique ancienne ou contemporaine. C’est le cas notamment de Historypin, un site web collaboratif auquel contribue BAnQ en épinglant sur le fond de carte de Google Maps une partie de ses collections iconographiques, à l’endroit exact où se trouvait l’objet représenté sur l’image. Plus d’un millénaire de représentation de la Terre en témoigne : l’image et la carte sont faites l’une pour l’autre.

 

Master, Oliver et Arthur Edwards, Dominion of Canada, Ottawa, 1928, p. 9

 

1] Voir Hornsby, Stephen J., Picturing America: The Golden Age of Pictorial Maps, Chicago, The University of Chicago Press, 2017, 289 p.

[2] Voir Berson, Alban, Monstres marins et autres ornements sur une carte de Jodocus Hondius de 1606, in Carnet de la bibliothèque nationale, 30 août 2018.


Catégorie(s) : Cartes géographiques, Diffusion, Les chercheurs de la Bibliothèque nationale

Jean-Paul Sartre à Montréal : revue de presse

14 février 2019 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

par Simon Mayer, bibliothécaire

 

À l’hiver 1946, le philosophe et écrivain existentialiste Jean-Paul Sartre a été l’objet d’une vive attention à Montréal. D’abord, au tournant du mois de février, la troupe l’Équipe de Pierre Dagenais présente pendant une semaine, au Gesù, la pièce Huis clos du célèbre intellectuel français. Ce dernier est ensuite de passage à l’hôtel Windsor le 10 mars pour donner une conférence dans le cadre du thé-causerie annuel de la Société d’étude et de conférences, club qui attire l’élite sociale féminine canadienne-française.

 

Enregistrée par Radio-Canada, la conférence intitulée « La littérature française de 1914 à 1945; la littérature clandestine » a été couverte par la plupart des médias écrits montréalais.

 

Contexte philosophique au Québec

Depuis le XIXe siècle et l’encyclique papale Æterni Patris de 1879, la philosophie et son enseignement sont dominés au Québec par l’étude de l’œuvre de saint Thomas d’Aquin, docteur de l’église du XIIIe siècle, qui a tenté de concilier le savoir hellénique antique et le christianisme. Le néothomisme, dont la figure de proue en France, Jacques Maritain, exerce une influence notable sur la philosophie québécoise dans les années 1930, vise entre autres à défendre une cohabitation de la foi avec la raison et l’expérience.

 

Pendant ce temps, grâce aux étudiants qui reviennent de séjours d’études à l’étranger ainsi qu’à la présence des congrégations enseignantes ayant de forts liens outre-Atlantique, l’université québécoise s’intéresse aux idées en vogue en Europe. C’est ainsi que, dès 1930, paraissent dans la Revue dominicaine deux articles tirés d’une thèse d’Antonio Barbeau sur la psychanalyse. Le père dominicain Marie-Ceslas Forest, longtemps doyen de la Faculté de philosophie de l’Université de Montréal, n’est pas pour rien dans cette ouverture. En 1946, il apporte d’ailleurs son appui au projet de la Société d’étude et de conférences d’inviter Jean-Paul Sartre à son thé-causerie annuel.

 

L’existentialisme fait jaser

Rapidement, les idées de Sartre se propagent non pas par le milieu universitaire, mais plutôt par le truchement des médias, qui en font un phénomène mondain. Il faut dire qu’avec Sartre, l’existentialisme est sorti des cercles restreints de la philosophie pour emprunter les chemins plus populaires du roman et du théâtre.

 

L’intérêt a d’abord été attisé grâce au succès critique et populaire de la pièce Huis clos présentée du 27 janvier au 3 février 1946, qui fait presque l’unanimité. Malgré une critique élogieuse écrite de sa main le lendemain de la première, André Langevin, alors responsable des pages littéraires du Devoir, prend une nouvelle position le 2 février en se montrant très acerbe face au travail de Sartre. Le Devoir publie ensuite durant le mois de février quelques articles repiqués de revues françaises qui condamnent l’œuvre du philosophe sans économie de termes orduriers. En septembre suivant, Langevin va même jusqu’à endosser la prohibition de l’œuvre du philosophe.

 

 

La liberté comme responsabilité

Après avoir été annoncée dans les pages mondaines des grands quotidiens montréalais, la conférence de Sartre du 10 mars fait aussi noircir du papier le lendemain, alors que La Patrie, Le Canada et La Presse offrent, sur un ton neutre, un long compte rendu de la présentation et qu’une photo du philosophe paraît même à la une du Canada. Ce même journal publie le lendemain une caricature de Sartre, œuvre de Robert LaPalme. Pendant ce temps, au Devoir, André Langevin tourne d’abord en dérision le caractère mondain de l’événement et le physique du conférencier, avant de passer à une relation plutôt fiable de la conférence. Durant sa présentation, Sartre dresse un portrait des orientations prises par la littérature française au contact de la guerre, et de l’engagement de l’écrivain mené par une liberté individuelle qui ne peut, conformément à l’existentialisme tel qu’il le propose, être réellement atteinte que si tous les hommes sont libres. La responsabilité d’atteindre cet idéal incombe selon lui à l’écrivain. L’événement suscite d’autres réactions. La Revue dominicaine met en garde contre la tentation du désespoir, L’Action universitaire titre «Littérature dissolvante», alors que dans La Nouvelle Relève, Guy Sylvestre se fait plus pédagogique et présente les courants existentialistes.

 

La responsabilité comme liberté

Pendant quelques mois en 1946, le nom de Jean- Paul Sartre a été sur bien des lèvres à Montréal, et pour cause. Comment résister à la force de cette formule utilisée par Sartre pour illustrer la responsabilité comme source de liberté : « Les problèmes moraux sont des conflits de devoirs. La solution morale est une solution d’invention; la vie morale est une vie d’invention1»?

1.Propos relatés par Alfred Ayotte dans « Philosophie de M. Sartre »,La Presse, 11 mars 1946, p. 12.

 

Bibliographie

 

 

 

 

 


Catégorie(s) : Diffusion, Les chercheurs de la Bibliothèque nationale, Revues et journaux

Faux ou fac-similé? Tout est dans l’intention…

17 janvier 2019 par Carnet de la Bn   1 Commentaire

par Alban Berson, cartothécaire
Direction de la Collection nationale et des collections patrimoniales

Quelle est la différence entre un fac-similé et un faux?

Matériellement, il n’y en a pas : ce sont des copies ressemblant en tout point, ou presque, à l’original. La différence se trouve dans l’intention du copiste ou de certains revendeurs. Tandis qu’un fac-similé est une fidèle reproduction utile pour étudier un document lorsqu’on n’a pas accès à l’original, un faux est conçu pour tromper et faire croire qu’on tient en mains l’original, généralement à des fins mercantiles.

Le fac-similé

Beaucoup de fac-similés sont conservés à BAnQ Rosemont-La Petite-Patrie. Avant le développement du numérique, c’était des outils indispensables pour quiconque s’intéressait à des documents précieux, parfois uniques, dont les originaux étaient conservés à l’étranger. Certains servaient également d’élément de décoration.

Le faux

Les faux sont beaucoup plus rares. Nous avons récemment repéré un document au sujet duquel il est difficile de trancher entre faux et fac-similé. Il s’agit de cette carte, prétendument l’œuvre du géographe flamand Jodocus Hondius (1563-1612) :

 

America

 

A priori, elle présente peu de différences avec l’original conservé à BAnQ Rosemont-La Petite-Patrie et dont les ornements ont déjà fait l’objet d’un article du Carnet de la Bibliothèque nationale :

 

America / Jodocus Hondius, excudit

 

Les couleurs, toujours ajoutées à la main sur les cartes anciennes, ne sont pas  significatives. À l’œil nu comme à la table lumineuse, le papier chiffon est d’une facture très similaire au travail d’un papetier du XVIIe siècle. En passant le doigt sur l’image, on sent les reliefs indicateurs d’un procédé d’impression par gravure. Ceci exclut les techniques modernes de type laser. En revanche, l’absence de pliure au milieu est suspecte, puisqu’il s’agit d’une carte censée avoir été extraite d’un atlas. Mais après tout, il pourrait s’agir d’un exemplaire tiré à part.

Une date suspecte

Ce qui révèle qu’il ne s’agit pas d’un authentique document ancien, c’est la volonté du copiste de dater une carte qui, à l’origine, ne l’était pas. En effet, en haut à droite, dans le petit cartouche situé au-dessus du voilier, il inscrit « Anno 1588 » :

 

Carte équivoque, détail

 

Or, la plaque qui a servi à produire plusieurs éditions de cette carte durant trente ans a été gravée en 1606. De plus, certains ornements sont inspirés des illustrations de Théodore de Bry, un graveur français qui ne publie ses ouvrages sur l’Amérique qu’à partir de 1590. Cette datation est donc douteuse. Sur l’original, ce petit cartouche ne contient pas de date, mais plutôt la description en latin du bateau japonais représenté en-dessous :

 

America / Jodocus Hondius, excudit, détail.

 

Le producteur du document a-t-il antidaté la carte pour impressionner les acheteurs potentiels ? Auquel cas il s’agirait d’une contrefaçon éhontée. Ou bien a-t-il délibérément altéré cette partie de l’information pour distinguer sa production destinée à un usage décoratif de l’œuvre originale de Jodocus Hondius?

Une signature en filigrane

Il faudrait connaître cet habile copiste et ses intentions pour répondre à cette question avec assurance. Le seul indice qu’il nous ait laissé de son identité est ce filigrane visible à la table lumineuse représentant une femme nue ou une nymphe assise au creux de la lettre C :

 

Carte équivoque, détail.

 

Tout lecteur qui serait en mesure d’associer ce mystérieux emblème à son propriétaire est invité à nous contacter.

 

Fort heureusement, les faux documents anciens sont rares et les spécialistes de collection savent les identifier… ou à tout le moins, dans des cas comme celui-ci, savent les placer dans la « zone grise » entre faux et fac-similé de décoration. De fait, les faux de qualité sont si inusités qu’ils ont paradoxalement éveillé l’intérêt de certains collectionneurs amateurs de cartes insolites.

 

Au moment où ces lignes sont écrites, un exemplaire de cette carte équivoque est en vente sur eBay au prix de 335$. Une somme sujette à caution : bien trop modeste pour une véritable carte de Hondius, mais beaucoup trop élevée pour un fac-similé en mauvais état de conservation. Un document décidément très ambigu.

 

 


Catégorie(s) : Cartes géographiques, Diffusion, Les chercheurs de la Bibliothèque nationale

À quoi servent les ornements sur les cartes anciennes?

21 novembre 2018 par Carnet de la Bn   4 Commentaires

par Alban Berson, cartothécaire
Direction de la Collection nationale et des collections patrimoniales

 

Les ornements sur les cartes anciennes attirent le regard autant que les informations géographiques elles-mêmes. Omniprésents sur les cartes d’une période s’étendant du Moyen-âge jusqu’au XVIIIe siècle, on les trouve encore occasionnellement sur des œuvres cartographiques contemporaines, par tradition ou en hommage aux grands géographes de l’histoire tels que Gérard Mercator (1512-1594), Abraham Ortelius (1527-1598), ou encore les trois générations de la famille hollandaise des Blaeu, tous maîtres dans l’art subtil d’illustrer leurs œuvres. Après un déclin progressif d’un siècle et demi, le début du XXe a vu la réémergence de l’ornement à travers la mode des cartes picturales éducatives ou touristiques. Sur ce type de document, l’information géographique est limitée à un fond de carte rudimentaire. À ce dernier, se superpose une iconographie didactique, comme sur cette mappemonde, ou un parcours d’attractions et d’activités, comme sur cette carte des Laurentides. Au contraire, les cartes antérieures au XIXe siècle, elles, associent les illustrations aux connaissances géographiques les plus à jour et les plus précises de leur temps.

 

Certes, les ornements embellissent les cartes anciennes. Mais cette plus-value esthétique est loin d’être leur unique fonction. Habitants de contrées reculées, animaux, végétaux, créatures fantastiques, vues de ville ou encore cartouches sensationnels,  un examen attentif des cartes anciennes conservées à BAnQ permet de repérer des ornements aux fonctions presque aussi variées que les sujets représentés[1]. Ces fonctions ne sont pas exclusives les unes des autres. Au contraire, elles s’additionnent et s’entrelacent souvent, contribuant à faire des cartes géographiques des documents extrêmement composites, au confluent de la science, de l’art, de la politique et de l’histoire de la pensée. Sans prétendre ni à l’exhaustivité ni à la systématicité, nous exposons ici douze fonctions assurées par les ornements dans l’ensemble informationnel que constitue une carte géographique ancienne.

 

Embellir

 

North America performed under the patronage of Louis Duke of Orleans…

Le cartouche de cette carte intitulée North America performed under the patronage of Louis Duke of Orleans enchante l’œil. Autour de l’information textuelle se déploie un décor végétal circulaire. À gauche, deux chérubins folâtrent. L’un d’eux porte sous le bras une morue dont la signification sera traitée plus bas.  À droite, on reconnait une Amérindienne à sa nudité, sa coiffe, son arc et son carcan. Comme souvent, ses traits et son morphotype évoquent davantage une Européenne. Les couleurs ajoutées à la main renforcent cette impression. Entre les sujets humains, un alligator poursuit un castor rétif. Le tout n’est pas sans ressemblance avec les tableaux rococo qui lui sont contemporains. Cependant, le contexte documentaire de la carte géographique confère à l’image des fonctionnalités spécifiques.

 

Le grand maître de la peinture baroque hollandaise, Johannes Vermeer (1632-1675) vécut durant l’âge d’or de la cartographie aux Pays-Bas. Un de ses sujets de prédilection est la science géographique : cartes murales, globes et même un géographe et un astronome au travail occupent plusieurs de ses tableaux[2]. Peintre de génie, Vermeer n’en est pas moins versé dans les sciences, en particulier l’optique géométrique qu’il met à profit dans l’élaboration de son œuvre. Le cas de Vermeer fait apparaitre une idée essentielle : si des catégories telles que « l’art » ou « la science » sont nécessaires à la réflexion puisque penser exige un certain niveau d’abstraction, il convient de ne pas pour autant demeurer captif de ces catégories. Plus particulièrement lorsqu’il s’agit de cartes géographiques. L’art et la science n’y sont pas simplement juxtaposés dans le sens où à un élément purement scientifique (la topographie) se superposerait un élément purement esthétique (l’ornement). Toute carte est d’emblée une représentation au sein de laquelle, pour reprendre une célèbre formule de Hegel « beauté et vérité sont une seule et même chose ». Ornement et topographie sont en mise en valeur mutuelle et dialogue constants. D’ailleurs, certains ornement relèvent du documentaire (ce qui les rapprocheraient plus de la science), tandis que bien des observateurs ne sont pas insensibles à la beauté de cartes topographiques dénuées d’illustration.

 

Au demeurant, la valeur esthétique des cartes anciennes n’est pas une illusion rétrospective attribuable à nos inclinations post-modernes. C’est en fait dès le XVIe siècle un aspect saillant de la production de cartes géographiques imprimées[3], en particulier pour des raisons commerciales dont il sera question en fin d’article, mais pas seulement. Certes, la beauté du dessin peut, comme dans les beaux-arts, se suffire à elle-même, être en elle-même sa propre fin. Mais dans le cas des ornements sur les cartes géographiques, l’iconographie est souvent un moyen déployé en vue d’une certaine fin : l’enrichissement informationnel du document[4].

 

Combler

 

L’Amérique septentrionale suivant les nouvelles observations de mess.rs de l’Academie royale des sciences…

C’est un reproche souvent adressé aux géographes : sur leurs œuvres, ils meubleraient  à l’aide d’ornements bien commodes les espaces correspondant à des terres inconnues. Ainsi, dans son poème intitulé  On Poetry: A Rhapsody Jonathan Swift (1667-1745) écrit non sans humour :

 

“ So geographers, in Africa maps,
With savage pictures fill their gaps,
And o’er uninhabitable downs
Place elephants for want of towns.”

 

Il est indéniable que des illustrations soient parfois placées exactement à l’endroit représentant les zones inexplorées pour lesquelles le géographe ne possède aucune source fiable. Jonathan Swift évoque l’intérieur des terres du continent africain. Il aurait tout aussi bien pu prendre l’exemple du Nord-Ouest de l’Amérique du Nord. La carte de Pieter van der Aa (1659-1733), intitulée L’Amérique septentrionale suivant les nouvelles observations de mess.rs de l’Academie royale des sciences est caractéristique de cette pratique. Les territoires situés à l’ouest de la baie d’Hudson étant totalement inconnus du Hollandais, il y fait graver son cartouche décoré d’Amérindiens et du dieu Neptune.

 

Mais on se méprendrait à voir là une quelconque forme de malhonnêteté intellectuelle. En 1707 comme aujourd’hui, le lecteur familier des cartes comprend que le cartouche ne sert nullement à masquer l’ignorance. Le géographe l’a placé à cet endroit de la feuille parce que, précisément, l’absence d’information géographique à consigner fait de cette partie l’espace adéquat pour le cartouche. En effet, dans un souci de lisibilité et d’équilibre des éléments graphiques de l’œuvre, il est préférable de le tracer là plutôt que sur une portion où il empièterait sur le tracé des terres ou la toponymie. Sur l’exemple choisi, une vaste étendue est laissée vierge sous le cartouche, preuve de la bonne foi de Pieter van der Aa. Sur d’autres cartes, comme cette œuvre de Jacques Nicolas Bellin (1703-1772), autour du cartouche, des mentions telles que « On ignore si dans cette partie ce sont des terres ou la mer » ou encore « Ces parties sont entièrement inconnues » apparaissent explicitement.

 

Certes, les cartographes utilisent les ornements pour combler des lacunes de connaissance des territoires représentés, mais remplir ce vide n’équivaut pas à dissimuler leur ignorance.

 

Montrer

 

Carte de la Nouvelle France, où se voit le cours des grandes rivières…

Une des conventions graphiques les plus répandues dans le domaine de la cartographie consiste à représenter chaque point de l’étendue comme si l’observateur surplombait ce point selon un angle perpendiculaire à la terre (par opposition à une vue à vol d’oiseau qui est une perspective aérienne oblique sur un territoire). Si cette méthode est particulièrement efficace pour décrire fidèlement des territoires (sur des cartes) ou des milieux urbains (sur des plans), en revanche elle ne permet pas d’embrasser le panorama comme on pourrait le faire à hauteur d’homme (ou d’oiseau).

 

Ainsi, sur sa Carte de la Nouvelle France, Henri Abraham Chatelain (1684-1743) représente la partie la mieux connue de l’Amérique du Nord ainsi que la ville de Québec, à laquelle il consacre un plan dans un carton. Pour compléter ces informations avec un panorama de la capitale de la Nouvelle-France, il emploie un type d’ornement spécifique : la vue. Le lecteur peut ainsi connaitre non seulement la position géographique de Québec (sur la carte), la disposition de ses différents édifices et voies (sur le plan) mais également son aspect selon un certain angle (la vue).

 

Chatelain a un prestigieux précurseur en la personne de Jean-Baptiste-Louis Franquelin (1651- après 1712), hydrographe du roi en Nouvelle-France. Sur sa Carte de l’Amerique septentrionnalle de 1688, celui-ci fait figurer une vue de Québec « d’un réalisme hors du commun » et « représente avec une minutie remarquable le relief et l’environnement bâti de la capitale coloniale » comme le souligne Jean-François Palomino dans sa thèse de doctorat soutenue à l’université de Montréal[5]. Dans le cas de Franquelin, il ne s’agit pas simplement de dépeindre Québec mais également de se positionner comme géographe de terrain, résident de la Nouvelle-France, producteur d’information nouvelle, exacte et exclusive.

 

À l’aide de ce type d’ornement qu’est la vue, non seulement la carte représente, mais elle montre. Ce sont là deux modes complémentaires de description d’un territoire.

 

Se repérer

 

Jacques Nicolas Bellin, simple commis au dessin puis ingénieur hydrographe au Dépôt de cartes et plans de la marine est un des plus illustres et prolifiques cartographes français. Grand connaisseur du fleuve Saint-Laurent, il ne visite pourtant jamais la Nouvelle-France. Par l’intermédiaire du Ministère de la Marine, Bellin confie aux vaisseaux du roi des cartes manuscrites du fleuve afin que les navigateurs y consignent de l’information inédite et y effectuent des corrections. Les cartes de retour à Paris, Bellin consigne scrupuleusement toutes les mises à jour. Ce système lui permet d’obtenir l’hydrographie du Saint-Laurent la plus précise avant la Conquête.

 

Les cartes hydrographiques sont des outils précieux dans la prévention des naufrages. Les relevés bathymétriques, notamment, en indiquant la profondeur des eaux, permettent aux pilotes d’éviter les nombreux pièges tendus par le Saint-Laurent. La représentation des battures (bancs de sable) est également une information précieuse pour les marins. Une catégorie d’illustration contribue elle aussi à assurer de meilleures conditions de navigation en facilitant le repérage : les profils de côte. Communs dans les guides de navigation au XIXe siècle, au XVIIIe on les trouve essentiellement sur les cartes produites par les hydrographes travaillant en lien direct avec des sources de terrain. C’est le cas de Bellin sur Carte du cours du fleuve de Saint Laurent depuis la mer jusqu’a Quebec en deux feuilles IIe feuille. Le profil de côte ci-dessous correspond à une vue des terres situées entre la pointe des Monts-Pelés et la pointe de Manicouagan.

 

Carte du cours du fleuve de Saint Laurent…

 

On obtiendrait cette vue d’un navire situé au point A indiqué sur la carte :

 

Carte du cours du fleuve de Saint Laurent…

 

Ce système de concordance entre un point et une vue permet au navigateur de valider sa position : s’il pense se trouver au point A, il devrait, en observant l’horizon en direction du Nord-Est, constater la présence du profil de cote reproduit sur la carte. Une vue différente serait le signe d’une erreur de repérage. Ce type d’illustration n’est que fortuitement esthétique. Il s’agit principalement d’un outil complémentaire aux instruments de navigation.

 

Instruire

 

Typus cosmographicus universalis…

 

La mappemonde intitulée Typus cosmographicus universalis publiée en 1537 est enrichie de nombreux ornements étonnants parmi lesquels des serpents ailés, une scène de charge d’éléphants, une sirène dans la mer du Japon ou encore le banquet cannibale commenté plus bas[6]. Les angelots utilisant une manivelle pour faire tourner la Terre sur son axe Nord-Sud traduisent de manière imagée une découverte scientifique encore très confidentielle : alors que Nicolas Copernic (1473-1543) ne publiera son traité sur la rotation de la Terre que quelques années plus tard (Des révolutions des sphères célestes, 1543), ses thèses sur l’héliocentrisme circulent déjà au sein d’un groupe restreint d’initiés. Démonstrations mathématiques à l’appui, Copernic soutient que la Terre pivote sur son axe et tourne autour du soleil qui, lui, reste immobile. Une conception exactement inverse à la position géocentrique défendue par l’Église et qui requiert donc la plus grande prudence, y compris en cette période de transition vers la Réforme en Allemagne.

 

Le géographe Sebastian Münster (1488-1552) et le graveur Hans Holbein le Jeune (1497-1543) adhèrent au système de Copernic. Ils le vulgarisent aussi subtilement qu’intelligiblement à l’aide de ces diligents angelots. Ces ornements constituent un clin d’œil à la communauté des savants avisés et un prologue à la diffusion des thèses héliocentristes de Copernic. Ces anges-là sont tout sauf innocents. En 1600, le philosophe Giordano Bruno sera condamné à être brûlé vif pour avoir soutenu, notamment, que l’Univers était infini et, par conséquent, constellé d’une infinité d’astres et dépourvu de centre.

 

Exprimer

 

Accurata delineatio celeberrimæ regionis…

Le cartouche de cette carte de Matthaeus Seutter (1678-1757) est particulièrement soigné. Il dépeint de manière allégorique la tristement célèbre bulle spéculative de la Compagnie du Mississippi de 1719. Les ressources à même d’exploiter les richesses de la Louisiane avaient été largement surévaluées et les actionnaires floués puis ruinés par la publicité mensongère orchestrée par l’économiste écossais John Law.

 

Sur le cartouche, Fortuna, déesse de la chance, verse des joyaux et autres richesses mais elle est perchée sur une bulle, symbole de la précarité. En bas, des chérubins produisent des actions de la compagnie à l’aide d’une presse à imprimer tandis que d’autres soufflent des bulles de savon, entourés de ballots d’actions sans valeur. Autour du socle, des investisseurs se désespèrent, certains se jetant d’un arbre, un autre s’empalant sur son épée ou s’arrachant les cheveux. Au-dessus de leurs têtes, un ange laisse pendre un sac d’argent vide[7].

 

Matthaeus Seutter utilise l’ornement à la manière d’une caricature ou d’une satire. Ce procédé lui permet d’exprimer son sarcasme au sujet de l’actualité d’une partie du territoire cartographié. Le travail des cartographes est souvent influencé par la géopolitique. C’est plus particulièrement le cas s’agissant du tracé des frontières ou de l’attribution à une nation plutôt qu’à une autre de terres nouvellement découvertes[8]. Le commentaire politique via les ornements demeure relativement rare avant la vogue des cartes picturales de la première moitié du XXe siècle.

 

 

 

 

 

Relater

La géographie est « l’œil & la lumière de l’Histoire » écrit Joan Blaeu (1596-1673) dans l’avertissement au lecteur de son Grand atlas[9]. Le géographe hollandais compare la lecture des cartes à une exploration de la Terre accomplie par un voyageur immobile. Mais puisque espace et temps sont indissociables, explique Blaeu, la géographie est également essentielle à la compréhension de l’histoire. Elle déploie donc non seulement une science de l’espace mais fonde aussi un préalable indispensable à la science du temps. En effet, que peut-on comprendre de la traite des fourrures ou du siège de Québec sans une représentation adéquate de l’Amérique du Nord et de la position des groupes humains impliqués dans ces processus et évènements ? Certaines cartes sont même entièrement conçues pour éclairer un épisode historique telles que cette carte de Thomas Jefferys (ca. 1710-1771) consacrée au siège de Québec ou encore cette carte française disponible sur Gallica destinée à expliquer au roi le naufrage de l’Éléphant sur les battures du Cap Brûlé en 1729.

 

Carte d’Amérique divisée en ses principaux pays…

 

Souvent, la topographie est beaucoup plus générale et des évènements notables sont dépeints à l’aide d’ornements périphériques. La carte très abondamment ornée de Jean Baptiste Louis Clouet (1730-?) intitulée Carte d’Amérique divisée en ses principaux pays est typique de cette pratique. En bordure de la carte, vingt vignettes décrivent des évènements importants de l’histoire du continent américain tels que l’exploration du Saint-Laurent par Cartier ou la fondation de Québec par Champlain. Chaque vignette est assortie d’une légende explicative en français et en espagnol. La topographie de Clouet ne constitue pas une avancée majeure dans la connaissance géographique de l’Amérique. L’abbé s’appuie sur les travaux de cartographes plus novateurs que lui. L’intérêt de son œuvre réside ailleurs : Clouet est un pédagogue. Sa carte ornée s’apparente à la base d’un cours d’histoire, une vulgarisation des 300 premières années de l’Amérique post-colombienne.   

 

Fabuler

 

La Nuova Francia

 

On serait bien en peine de pointer sur une carte d’aujourd’hui un vaste archipel ou une île d’importance sur la côte du Labrador. Pourtant, de 1507 au milieu du XVIIe siècle, de nombreuses cartes du Canada ont rapporté la présence inquiétante d’une ou plusieurs « îles aux Démons » dans cette partie de l’Atlantique Nord. La Nuova Francia (1556) de Giovanni Battista Ramusio (1485-1557) accentue le caractère diabolique de l’endroit en y mettant en scène un trio de démons ailés, dotés de queues et de pattes de satyre et dont un arbore les proverbiales cornes lucifériennes.

 

L’île ou l’archipel aux Démons apparait sous le nom d’Insulae Demonium sur la fascinante carte de Johann Ruysch (1460-1533) de 1507, la toute dernière à considérer les récentes découvertes comme étant situées non pas sur un continent distinct mais dans les confins orientaux de l’Asie. Au cœur d’une vaste baie s’étendant du Groenland à Terre-Neuve, le Hollandais insère deux îles en forme de hamburger assorties d’un énigmatique commentaire latin qui pourrait être traduit ainsi : «  On dit que les marins qui se sont approchés de ces îles pour y trouver du poisson et autres denrées ont été tant tourmentés par les démons qu’ils n’ont pu s’en échapper sans danger. » Pendant plus d’un siècle, les géographes les plus éminents tels que Münster, Ortelius, ainsi que Ramusio sur La Nuova Francia, ont reproduit cette information (tout en déplaçant ou en modifiant la  configuration des îles) sur la foi des travaux de Ruysch.

 

Il est concevable que la ou les grandes îles anciennement dites « aux démons » soient en fait les petites îles de Belle Isle et Lark Island ou encore Quirpon, dont on se serait mépris au sujet de l’étendue et de la forme. On imagine sans peine que les vicissitudes de la navigation et la rigueur du climat sous ces latitudes aient évoqué l’enfer aux marins qui fréquentaient ces eaux. Dans son livre sur les lieux fictifs apparaissant sur les cartes anciennes, Raymond H. Ramsay émet une hypothèse captivante : les sagas islandaises relatives au Groenland et au Vinland rapportent la présence d’un peuple appelé « les hurleurs » : Skrælings. Il pourrait s’agir des Béothuks, peuple autochtone de Terre-Neuve disparu au XIXe siècle. Les marins européens du XVIe siècle pourraient avoir été épouvantés par les cris de ces « Skrælings » hostiles à leur survenue[10]. En plus de bipèdes cornus, la carte de Ramusio offre à voir sur l’île des villageois et un chasseur tout ce qu’il y a de plus humains. Qu’il s’agisse ou pas de Béothuks « hurleurs », souvenons-nous qu’une idée datant de l’Antiquité veut que les démons se manifestent communément sous la forme… de voix.

 

Ramusio, dont la carte s’insère dans un recueil de récits de voyages parmi lesquels ceux de Jacques Cartier[11], peut également avoir été inspiré par un épisode de la Deuxième Relation de Cartier. En effet, le chapitre IV de ce texte rapporte le stratagème employé par les Iroquoiens pour dissuader les Français de se rendre à Hochelaga. Selon Cartier, les autochtones  «  firent habiller troys hommes en la façon de troys diables lesquelz avaoient des cornes aussi longues que le bras et estoient vestuz de peauls de chiens blancs et noyrs et avoyent le visaige painct aussi noir que le charbon […] »[12] Certes, Hochelaga est très éloignée de Terre-Neuve et n’apparait même pas sur la carte. Mais Ramusio peut avoir synthétisé en une image deux différents récits de démons relatifs à cette même partie du monde sur laquelle il ne disposait que de peu d’information. Quelque explication qu’on donne à son origine, l’île aux Démons est un exemple emblématique de mirage cartographique[13]. Une fable effroyable renforcée par des ornements cauchemardesques.

 

Symboliser

 

Extrema Americæ, versus boream, ubi Terra Nova…

 

 

Extrema Americæ, versus boream, ubi Terra Nova…

 

Pour tracer sa superbe carte intitulée Extrema Americæ, versus boream, ubi Terra Nova, Nova Francia, adjcentiaq3, Joan Blaeu, auteur de l’Atlas Maior, un des plus somptueux atlas de l’histoire, s’appuie principalement sur les œuvres cartographiques de Samuel de Champlain. Ce sont alors les travaux les plus précis et à jour sur la Nouvelle-France.

 

Sur cette carte, Blaeu prend soin de représenter non seulement les terres de l’Est du Canada mais également les hauts-fonds marins où abondent les morues. Les ornements représentant des angelots et des pêcheurs manipulant ces poissons symbolisent et soulignent l’importance des grands bancs de Terre-Neuve pour l’industrie de la pêche européenne. La morue de l’Atlantique nourrit alors des populations entières sur le Vieux Continent. La portée économique de l’industrie halieutique est telle qu’on parle alors de la morue comme de « la monnaie de Terre-Neuve ». Sur cet exemple, le symbole renvoie à une activité humaine caractéristique d’une région du monde. C’est également le cas des nombreuses images de castors qui évoquent la traite des fourrures en Amérique du Nord, comme ce rongeur hostile placé au pied du cartouche de cette carte de Jean-Baptiste Bourguignon d’Anville (1697-1782).

 

Symboliser est peut-être la fonction principale des ornements, en particulier lorsque le sujet est un animal[14]. De fait, du MoyenÂge jusqu’au début du XVIIe siècle, les animaux sont plus souvent représentés pour ce qu’ils symbolisent dans l’univers mental des Européens que dans un souci naturaliste.

 

Perpétuer

 

Partie orientale du Canada…

Du Moyen-âge à la Renaissance, la baleine constitue l’animal par excellence dépeint pour ce qu’il évoque plutôt que pour ce qu’il est du strict point de vue de l’histoire naturelle. La cause en est peut-être que ces créatures océanes, rarement observées et aux dimensions cyclopéennes, tiennent en cela plus du monstre (c’est-à-dire de la bête étrangère à l’ordre habituel de la nature) que de l’animal (lequel participe de la nature). La référence au bestiaire est essentielle pour comprendre la vision du monde des Européens, du XIe au XVIIe siècle : les fables et images animalières qui y sont consignées traduisent un ensemble de préceptes moraux et doctrinaux que le nouvel intérêt pour l’histoire naturelle à la Renaissance ne relègue que très progressivement, la scission entre le mythe et la science s’opérant sur plusieurs siècles. Au milieu du XVIIe siècle, pour la vaste majorité des lettrés, les cétacés sont encore des monstres dotés d’une forte charge symbolique[15].

 

Or, quelles croyances sont associées à ces monstres marins ? Tout d’abord, on ne peut ignorer la dimension allégorique de la baleine dans le christianisme : Jonas resta prisonnier du ventre de la bête pendant trois jours « et l’Éternel parla au poisson et il vomit Jonas sur la terre » (Jonas, 2 :10). Trois jours, c’est également la durée qui s’écoule entre la mort du Christ et sa Résurrection. La baleine symbolise donc l’épreuve douloureuse et la renaissance qu’elle entraîne. Ce mythe s’applique adéquatement aux marins dont le sacrifice rend les cartes géographiques possibles. Après un périlleux voyage, les aventuriers des contrées lointaines reviennent transfigurés et porteurs de savoirs nouveaux sur le monde. Par ailleurs, une théorie séduisante soutient que, tout comme la carte dévoile un territoire étranger, la mise en scène d’êtres surnaturels offre à l’observateur une vue sur des merveilles de la Création habituellement dissimulées dans les profondeurs océaniques. Ainsi, à l’image de Dieu peuplant les mers de créatures fantastiques après avoir créé l’univers, le géographe parsèmerait sa représentation du monde de monstres équivalents[16]. Il se hisserait ainsi au statut de dieu de cabinet, contemplant sa création, compas et crayon à la main.

 

À l’instar de bien d’autres métiers, la cartographie perpétue un certain nombre de traditions dont l’origine est souvent aussi lointaine qu’obscure. Il est délicat de spéculer sur ce que Jean-Baptiste Nolin (ca. 1657-1708), graveur de Vincenzo Coronelli (1650-1718), a précisément à l’esprit en gravant cette baleine sur la carte intitulée Partie orientale du Canada ou de la Nouvelle France. Le parisien n’ignore rien du Livre de Jonas. Mais trace-t-il cet ornement sciemment ? Ou bien ne fait-il que perpétuer machinalement une longue tradition d’ornements représentant des monstres marins sur les cartes géographiques ? Quel que soit le sens que Nolin ait donné à cette image, le fait est que ce sujet a eu la faveur des géographes pendant plus de sept siècles. Une telle continuité ne saurait être anodine.

 

 Honorer

 

Dans l’entrée Ouest du site de Tolbiac de la Bibliothèque nationale de France sont exposés deux globes de presque quatre mètres de diamètre, l’un terrestre, l’autre céleste, réalisés au début des années 1680 par Coronelli en l’honneur de Louis XIV. La dédicace est à la dimension des globes et du dédicataire :

 

« À l’auguste majesté de Louis le Grand, l’invincible, l’heureux, le sage, le conquérant, […] pour rendre un continuel hommage à sa gloire et à ses héroïques vertus, en monstrant les pays où mille grandes actions ont esté executées et par luy mesme et par ses ordres, à l’estonnement de tant de nations qu’il auroit pu soumettre à son empire si sa modération n’eust arresté le cours de ses conquestes et prescrit des bornes à sa valeur plus grande encore que sa fortune. »

Sans que la flatterie y atteigne de tels cimes,  il est commun, sur les cartes géographiques anciennes, de lire des dédicaces ou de constater la présence d’ornements destinés à honorer un personnage éminent. Ainsi, par exemple, sur la Carte des pays connus sous le nom de Canada, Didier Robert de Vaugondy (1723-1786) reproduit les armoiries de son protecteur, le comte d’Argenson.

 

Carte des pays connus sous le nom de Canada…

Les portraits sont un moyen courant de rendre hommage, en particulier chez Henricus Hondius (1597-1651) qui fait figurer celui de son père Jodocus Hondius (1563-1612) aux côtés de ceux de Ptolémée, de Mercator et de Jules César[17], dans une tentative d’édification d’un curieux mont Rushmore des géographes.

Les honneurs ont parfois un prix. Sur cette carte de de la Cornouaille de 1748, le cartographe anglais Thomas Martyn (1695-1751) reproduit les blasons des 164 souscripteurs ayant permis de financer ses travaux d’arpentage. Cette souscription leur vaut également de voir apparaitre le nom de leur siège de comté sur la carte. Cette pratique, qui ne manque pas de soulever les habituelles interrogations sur l’indépendance du savant à l’égard de ses bailleurs de fonds, nous amène à la douzième et dernière fonction des ornements traitée dans cet article : vendre.

 

 

 

 

 

Vendre

 

Cartographier est un moyen de maximiser les résultats de ses opérations sur un territoire donné. En tant qu’outil de gestion d’entreprises militaires, coloniales ou commerciales, toute carte peut être d’emblée envisagée d’un point de vue économique. Par ailleurs, la géographie est un métier dont le praticien espère tirer profit et au sein duquel la concurrence peut être sévère. L’âge d’or de la cartographie, en particulier en Hollande et en Flandres aux XVIe et XVIIe siècles, voit des rivalités fameuses telles que celle entre Hondius père et Ortelius puis Blaeu. Les atlas sont chers et les consommateurs, lettrés, marchands, bourgeois ou nobles, ont souvent le choix entre plusieurs ouvrages récents. Ce type de marché bénéficie à la science géographique dans la mesure où les géographes doivent redoubler de travail et d’ingéniosité pour obtenir des informations nouvelles, fiables et, préférablement, exclusives. Cette poursuite du produit le plus intéressant et attrayant se traduit par une surenchère ornementale. Joan Blaeu, dont il a été question plusieurs fois ici, est l’archétype du géographe dont les ornements mettent en valeur les œuvres de manière magistrale.

 

Aux XVIe et XVIIe siècles, plusieurs sujets d’illustration contribuent à augmenter l’attractivité des cartes auprès de la clientèle : monstres marins, animaux exotiques, navires, angelots et indigènes des terres lointaines. Parmi ces derniers, une catégorie fascine plus particulièrement le public : les cannibales.

 

Les premières expéditions portugaises au Brésil rapportent la présence de tribus pratiquant l’anthropophagie rituelle. Si leur existence est attestée, l’insistance des explorateurs sur ce phénomène est révélatrice d’une tentative de sensibiliser les autorités à plusieurs de leur revendications telles que l’augmentation des ressources nécessaires à la colonisation, le recours à l’esclavage des Amérindiens ou l’impératif d’évangélisation de ceux-ci[18]. La récurrence du sujet est une aubaine pour les graveurs en quête d’images sensationnalistes et donc lucratives. Au XVIe siècle comme aujourd’hui, effroi et abomination font vendre.

 

Typus cosmographicus universalis

 

Sebastian Münster et Hans Holbein exploitent ce filon sur Typus cosmographicus universalis. L’iconographie située dans la partie inférieure gauche de la carte compose un documentaire fantasmatique sur la routine quotidienne induite par un régime alimentaire cannibale : chasse à l’homme (le gibier est transporté à l’aide d’un cheval, animal à peine introduit en Amérique) ; méchoui anthropophage (le cuistot, tout comme les anges coperniciens, emploie une manivelle) ; découpage des membres à la machette puis séchage d’une jambe, d’une main et d’une tête sur les branches dépassant d’une cabane rudimentaire. Les cannibales vaquent à ces occupations sans manifester la moindre férocité. Leurs visages sont impassibles. C’est une journée comme une autre sous les tropiques. Cette froideur ne les rend que plus monstrueux.

 

Partie occidentale du Canada…

 

Sur Partie occidentale du Canada ou de la Nouvelle France, Jean-Baptiste Nolin grave un homme amputé rôtissant dans le cartouche consacré aux échelles. Le collaborateur de Coronelli fait ici preuve d’une flagrante absence de scrupule puisque sa carte est consacrée à une partie du continent sur laquelle aucun cas d’anthropophagie n’a jamais été recensé. Les graveurs, comme les cannibales, doivent bien se nourrir pour vivre[19].

Le recours à l’ornementation pour augmenter la valeur commerciale des cartes géographiques est une pratique qui a fait ses preuves sur la durée. Aujourd’hui encore, les cartes anciennes richement ornées étant les favorites des collectionneurs, elles sont souvent les plus dispendieuses. À tel point que les plus somptueuses sont la plupart du temps inabordables pour les institutions patrimoniales publiques et accessibles seulement à une clientèle privée plus fortunée.

 

Des images éloquentes

 

Sur une carte géographique, le sens est produit par l’interaction de différentes catégories d’informations : le tracé, les toponymes et autres segments textuels, les symboles, les coordonnées, etc. Les ornements font partie intégrante de cet ensemble organique. S’il est possible de les envisager isolément, tout comme on peut se concentrer sur la partition d’un certain instrument au sein d’une symphonie, il est plus fructueux de les considérer au premier chef comme une partie fonctionnelle du tout duquel ils participent. En effet, comme nous l’avons vu, un ornement n’est pratiquement jamais une pure décoration, sans lien avec le reste de la carte. Et s’il agrémente la topographie, c’est loin d’être son unique rôle. Au contraire c’est un élément informationnel qui s’articule de manière fonctionnelle avec les autres catégories d’éléments cartographiques. Certes, les significations et fonctions des ornements ne sont pas toujours immédiatement compréhensibles, principalement parce que cette compréhension est étroitement tributaire du contexte historique et des circonstances de création de la carte. Une baleine, par exemple, n’a plus la même charge symbolique aujourd’hui qu’au XVIe siècle. Une carte destinée à la navigation est conçue différemment d’une carte complétant un récit de voyage. Mais le contexte historique et les conditions de production de la carte jettent une lumière précieuse sur les ornements, lesquels, à leur tour, contribuent à éclairer davantage la richesse informationnelle des cartes géographiques anciennes.

 

Accurata delineatio celeberrimæ regionis…

 

 

Sources

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Anville, Jean-Baptiste Bourguignon d’, Canada, Louisiane et terres angloises, Paris, Bourguignon d’Anville, 1755

Bellin, Jacques Nicolas, Carte du cours du fleuve de Saint Laurent depuis la mer jusqu’a Quebec en deux feuilles IIe feuille, Paris, Dépôt des cartes et plans de la marine, 1761

Berson, Alban, L’île aux démons : cartographie d’un mirage, in Borealia: A Group Blog on Early Canadian History, 24 octobre 2018

Berson, Alban, Monstres marins et autres ornements sur une carte de Jodocus Hondius de 1606, in Carnet de la bibliothèque nationale, 30 août 2018

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Blaeu, Joan, Le grand atlas, ou, Cosmographie Blaviane : en laquelle est exactement descritte la terre, la mer et le ciel, Amsterdam, Blaeu, 1667

Bolton, Solomon, North America performed under the patronage of Louis Duke of Orleans, First Prince of the Blood, [London], printed for John and Paul Knapton, 1752

Cartier, Jacques, Relations, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 1986, 498 p.

Chatelain, Henri-Abraham, Carte de la Nouvelle France, où se voit le cours des grandes rivières de S. Laurens & de Mississipi, [172-?]

Clouet, Jean Baptiste Louis, Carte d’Amérique divisée en ses principaux pays, Paris, L. Mondhare, 1788

Coronelli, Vincenzo, Partie occidentale du Canada ou de la Nouvelle France où sont les nations des Ilinois, de Tracy, les Iroquois, et plusieurs autres peuples, Paris, chez I.B. Nolin, 1688

Coronelli, Vincenzo, Partie orientale du Canada ou de la Nouvelle France où sont les provinces, ou pays de Saguenay, Canada, Acadie, Paris, chez I.B. Nolin, 1689

Davies, Surekha, Renaissance ethnography and the invention of the human: new worlds, maps and monsters, Cambridge, Cambridge University Press, 2017, 355 p.

Dickenson, Victoria, Drawn from life : science and art in the portrayal of the New World, Toronto, University of Toronto Press, 1998, 320 p.

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Palomino, Jean-François, L’État et l’espace colonial : savoirs géographiques entre la France et la Nouvelle-France au XVIIe et XVIIIe siècles, thèse de doctorat, Montréal, Université de Montréal, Département d’histoire, 2018

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[1] Pour une histoire illustrée des sujets d’ornement sur les cartes anciennes, voir notamment Reinhartz, Dennis, The art of the map : an illustrated history of map elements and embellishments, 2012

[2] Voir Alpers, Svetlana, « The Mapping Impulse in Dutch Art » dans Woodward, David chapitre, Art and cartography : six historical essays, 1987, p. 51-96

[3] Voir notamment Skelton,Raleigh Ashlin, Decorative printed maps of the 15th to 18th centuries : with eighty-four reproductions and a new text, 1965, p. 16-19

[4] Voir Berson, Alban, Monstres marins et autres ornements sur une carte de Jodocus Hondius de 1606, 2018

[5] Palomino, Jean-François, L’État et l’espace colonial : savoirs géographiques entre la France et la Nouvelle-France au XVIIe et XVIIIe siècles, 2018

[6] Voir le commentaire de cette carte in Litalien, Raymonde, Jean-François Palomino et Denis Vaugeois, La mesure d’un continent : atlas historique de l’Amérique du Nord, 1492-1814, 2007, p. 30

[7] Ces deux derniers paragraphes sont en partie tirés de Berson, Alban, Une carte des illusions perdues, in À rayons ouverts, n. 102, 2018, p. 33-34

[8] Voir Palomino, Jean-François, Entre la recherche du vrai et l’amour de la patrie : cartographier la Nouvelle-France au XVIIIe siècle, in Revue de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, n. 1, 2009 p. 84-99

[9] Blaeu, Joan, Le grand atlas, ou, Cosmographie Blaviane : en laquelle est exactement descritte la terre, la mer et le ciel, 1667

[10] Ramsay, Raymond H., No longer on the map: discovering places that never were,119

[11] Ramusio, Giovanni Battista, Delle navigationi et viaggi, 1556

[12] Cartier, Jacques, Relations, 1986, p. 144

[13] Voir Berson, Alban, L’île aux démons : cartographie d’un mirage, 2018

[14] Voir George, Wilma B., Animals and maps, 1969

[15] Voir Dickenson, Victoria, Drawn from life : science and art in the portrayal of the New World, 1998, p. 31

[16] Voir Van Duzer, Chet, Sea monsters on medieval and renaissance maps, 2013, p. 8-12

[17] Possiblement en référence à la description de la Gaule au Livre I de La guerre des Gaules qui ferait de César un géographe.

[18] Voir Davies, Surekha, Renaissance ethnography and the invention of the human: new worlds, maps and monsters, 2017

[19] Nolin n’est pas un parangon de vertu. En 1706, il perd un long procès pour contrefaçon contre le cartographe Guillaume Delisle.


Catégorie(s) : Cartes géographiques, Diffusion, Les chercheurs de la Bibliothèque nationale

L’asclépiade : une plante au fil du temps dans la collection nationale

2 novembre 2018 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

par Céline Simonet,
Bibliothécaire, Direction de la Collection nationale et des collections patrimoniales

Selon la base de données des plantes vasculaires du Canada VASCAN, le genre asclepias correspond à quinze espèces. Au Québec, il existe les quatre espèces indigènes suivantes :

  • l’asclépiade commune ou asclepias syriaca,
  • l’asclépiade incarnate ou asclepias incarnata,
  • l’asclépiade très grande ou asclepias exaltata [espèce peu commune],
  • ainsi que l’asclépiade tubéreuse ou l’asclépiade de l’intérieur ou asclepias tuberosa var. interior [espèce désignée menacée au Québec].

(source : espace pour la vie montréal – Carnet horticole et botanique)

Dans la collection nationale

Au sein de la collection nationale, nous retrouvons les descriptions et illustrations de cette plante dans trois documents, dont deux sont considérés comme majeurs dans l’histoire de la botanique au Québec : ceux de l’abbé Provancher et du frère Marie-Victorin.

 

Léon Provancher, Flore canadienne…, Québec, Joseph Darveau, imprimeur-éditeur, 1862, p. 395.

 

 

Édouard-Zotique Massicotte, Monographies de plantes canadiennes…, Montréal, C.O. Beauchemin & fils, libraires-éditeurs, 1899, p. 86.

 

 

Frère Marie-Victorin, Flore laurentienne, Montréal, Imprimerie de La Salle, 1935, p. 519.

 

Premières mentions

En 1635, le médecin et botaniste parisien Jacques Philippe Cornut donne une description de l’asclépiade dans son livre Canadensium, le premier traité de botanique de l’Amérique du Nord. Toutefois, il n’est pas le premier à mentionner l’existence de cette plante aux fibres soyeuses. L’explorateur Jacques Cartier et l’avocat, voyageur et écrivain Marc Lescarbot l’avaient fait bien avant. Quoi qu’il en soit, cette plante considérée comme une mauvaise herbe défie le temps par l’intérêt que les autochtones, explorateurs, botanistes, soldats, gourmets, scientifiques, ingénieurs et entrepreneurs lui réservent.

 

L’asclépiade: à la fois toxique et utile

Le fruit de l’asclépiade, ou follicule, libère, lorsqu’il vient à maturité, de longues soies blanches appelées aigrettes. Ces dernières disséminent les graines. La « soie d’Amérique » est cette fibre soyeuse produite à partir de l’aigrette de la graine – fibre douce à la propriété isolante utile pour le rembourrage des gilets de sauvetage et des duvets et la fabrication de vêtements chauds. Pour ces raisons, l’asclépiade est appelée herbe à ouate, herbe à coton ou cotonnier. Les Amérindiens utilisaient la fibre des tiges pour fabriquer de la corde. L’asclépiade est connue également sous le nom de cochon de lait, car elle produit un latex de couleur blanchâtre, qui est toxique. C’est une herbe à suc laiteux. Cette substance a déjà été utilisée pour la fabrication de caoutchouc.

 

Le Centre antipoison du Québec classe l’asclépiade dans sa liste des plantes indigènes et cultivées toxiques pour les humains et la majorité des animaux.  En revanche, les boutons floraux, les tiges, les feuilles et les fruits seraient comestibles, mais seulement lorsqu’ils seraient jeunes/en début de maturité. Les jeunes pousses printanières  pourraient être consommées comme des  asperges, d’où son appellation d’asperges sauvages. Les femelles des papillons monarques pondent leurs œufs sur les feuilles de l’asclépiade et les larves se nourrissent exclusivement de cette plante, ce qui les rend toxiques pour les prédateurs. L’asclépiade est donc une plante essentielle à la survie de ces papillons.

 

En outre, le chirurgien, médecin et naturaliste Michel Sarrazin rapporte le premier que le nectar des fleurs d’asclépiade est sucré. Le missionnaire jésuite français Louis Nicolas, quant à lui, évoque même le terme de « miel ». Le chimiste et apothicaire Samuel Sturton attribuait des propriétés magiques aux fleurs de l’asclépiade, car coupées, elles se déplaçaient toutes seules. Le mouvement des fleurs étaient dues en fait à la forte présence d’insectes. L’asclépiade est aussi appelée familièrement petits cochons, petits poissons et oreilles à cause de la forme de ses fruits appelés parfois gousses.

 

Une plante toujours d’actualité

L’asclépiade commune reste au 21e siècle un sujet de recherche. Les scientifiques s’intéressent particulièrement aux fibres de cellulose des soies, des graines et de la tige. Ces dernières ont des propriétés ultra-absorbantes; elles peuvent notamment absorber les huiles, ce qui en fait une plante de premier choix pour la décontamination suite aux marées noires.

 

Avis à tous les amateurs de plantes, d’histoire de la botanique et d’art :  le 15 novembre prochain, Représenter la flore au Québec, une des visites-conférences de la série Mémoire de papier, vous permettra d’admirer des livres anciens, livres d’artistes, cartes postales et affiches, ainsi que des estampes et d’en apprendre plus sur le contexte de leur création. 

 

Bibliographie

ANGIER, Bradford, Guide des plantes sauvages médicinales, La Prairie, Éditions Broquet, 1990, p. 47-51.

ASSELIN, Alain, Curieuses histoires de plantes du Canada, Québec, Septentrion, 2014, tome 1, p. 108-112.

ASSINIWI, Bernard, La médecine des indiens d’Amérique, Montréal, Guérin littérature, 1988, p. 90-91.

BARRIAULT, Diane, « Asclepias syriaca », Comité régional pour la protection des falaises, en ligne.

BOUCHARD, Marie-Pier, « RIDA : une solution à base d’asclépiade en cas de déversement d’hydrocarbures », Ici Mauricie-Centre-du-Québec, en ligne.

DAGENAIS, Danielle, « Commune mais pas banale, l’asclépiade », Le Devoir, 27 juin 1998, p. A10.

DOYON, Dominique, Inventaire des mauvaises herbes dans les cultures du Québec (1980-1984), Québec, Ministère de l’agriculture, des pêcheries et de l’alimentation, 1987.

DUBOIS, Pierre, « L’asclépiade : du coton québécois », Interface, mai 1992, p. 49.

FÉRON, Frédérique, «  L’asclépiade, la plante miracle à tout faire », @Paris Match, 14 décembre 2016, en ligne.

GERMAIN-THÉRIEN, Chloé, Plantes urbaines médicinales & comestibles, Montréal, C. Germain-Thérien, 2009, p. 8-11.

GINGRAS, Pierre, « Asclépiade toxique », LaPresse.ca, 18 octobre 2010, en ligne.

LAMBERT, John, Voyage au Canada dans les années 1806, 1807 et 1808, Québec, Septentrion, 2006, p. 279-281.

LEGAL, Gérald, Aventure sauvage – de la cueillette à l’assiette, Salaberry-de-Valleyfield, Marcel Broquet, 2016, p. 78-82.

« Les asclépiades indigènes du Québec », Espace pour la vie, en ligne.

 


Catégorie(s) : Diffusion, Les chercheurs de la Bibliothèque nationale

Les fées ont soif : revue de presse d’une controverse théâtrale

5 octobre 2018 par Carnet de la Bn   2 Commentaires

par Céline Simonet,
Bibliothécaire, Direction de la Collection nationale et des collections patrimoniales

En cette florissante rentrée théâtrale montréalaise, le Théâtre du Rideau Vert présente la pièce de Denise Boucher Les fées ont soif, dans une mise en scène de Sophie Clément

TNM, saison 78-79 : Les rustres… Les fées ont soif… Le dindon… Le Cid… La nuit des tribades… Chien limier.., affiche, Montréal, TNM, 1978.

 

Il y a de cela 40 ans, le 10 novembre 1978 a eu lieu la première représentation de cette pièce. Jugée blasphématoire, elle est l’objet d’une vive polémique avant même d’être jouée. Jean-Louis Roux, directeur artistique du Théâtre du Nouveau Monde (TNM), l’inscrit au programme de la saison 1978-1979, mais le Conseil des arts de la région métropolitaine de Montréal (CARMM) refuse de lui accorder une subvention d’environ 15 000 $, jugeant la version préliminaire du texte de la pièce irrecevable. Tout le milieu culturel, incluant les directeurs de théâtre, se ligue alors contre le CARMM pour dénoncer la censure.

 

 

Le Devoir, mercredi 31 mai 1978, p. 13.

 

 

Les partisans et les opposants manifestent tour à tour. Plusieurs organismes religieux traduisent en justice le TNM, demandant des injonctions pour empêcher la représentation de la pièce et interdire la diffusion du texte.

 

Le 4 décembre 1978, la première injonction est refusée, la seconde accordée à titre provisoire. La pièce est finalement présentée le 10 décembre. Malgré le succès retentissant, la tempête ne se calme pas pour autant. La guerre judiciaire se poursuit, car le jugement est porté de nouveau en appel. Le tribunal rend le verdict le 25 janvier 1979 et attribue une victoire totale à Denise Boucher et à Jean-Louis Roux.

 

 

La Presse, 26 janvier 1979, p. A3.

 

 

Dans l’introduction de la pièce éditée en 1989 par les éditions l’Hexagone, l’écrivaine et critique littéraire québécoise Lise Gauvin écrivait :

« Les fées ont soif font partie de cette décennie, les années soixante-dix, qu’on a coutume de décrire comme celle de l’émergence du féminisme au Québec. » (p. 9).

Elle rapporte également les mots de Denise Boucher lors de la conférence de presse du 7 juin 1978 :

« Je peux bien vous le dire, je crois que je jouis. C’est une chance extraordinaire de connaître ainsi la censure officielle. Ça permet de porter le débat sur la place publique. J’en connais tant des hommes, et tant et tant de femmes dont la censure a été le silence sur leurs œuvres. Censure plus opprimante et plus morbide que toutes les paroles » (p. 22).

Ces mots résonnent encore aujourd’hui comme un écho infini et sans cesse renouvelé. Au 21e siècle, la polémique est toujours bien vivante. Les controverses qui ont entouré les productions des spectacles Kanata et Slāv et celles qui ont suivi l’expression libérée des femmes grâce au mouvement #MoiAussi le prouvent.

 

Nous vous invitons à découvrir cette affaire qui s’est rendue jusqu’en Cour suprême, par le biais des journaux de l’époque. Vous trouverez ci-dessous les liens vers une sélection d’articles issus de notre base de revues et journaux québécois numérisés.

 

Les fées ont soif, de Denise Boucher, … / graphisme, Luc Mondou.

 


Catégorie(s) : Diffusion, Les chercheurs de la Bibliothèque nationale, Revues et journaux

Reconstituer l’histoire du Québec grâce aux documents d’époque

15 juin 2018 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

par Michèle Lefebvre, bibliothécaire
Direction de la Collection nationale et des collections patrimoniales

Lithographic Views of Military Operations in Canada under His Excellency Sir John Colborne, Londres, A. Flint, 1840

Fondation de Québec, rébellions des Patriotes de 1837-1838, Crise de la conscription de 1917, droit de vote des femmes au Québec en 1940… Ces événements marquants de l’histoire du Québec prennent une nouvelle saveur lorsqu’on parcourt les livres, les gravures, les cartes géographiques, les feuilles volantes, les articles de journaux et les rapports produits au moment où ils se sont déroulés. C’est notamment grâce à ces documents d’époque conservés au fil du temps par des institutions comme BAnQ que nous pouvons aujourd’hui reconstituer la passionnante histoire de notre coin de pays.

Les historiens et autres chercheurs ont le privilège d’explorer ces sources anciennes dites sources primaires; ils publient le fruit de leurs recherches pour le plus grand plaisir d’un public curieux de son histoire. Ce dernier ignore cependant les mille pièges que les historiens doivent éviter afin de décoder adéquatement les documents qu’ils parcourent dans le but de relater de manière objective les événements historiques.

 

Déchiffrer les documents d’époque

« Abitation de Québec », gravure dans Samuel de Champlain, Les Voyages du sieur de Champlain, Paris, chez Jean Berjon, 1613, p. 187.

Ainsi, l’usage d’un français aujourd’hui dépassé dans les écrits du temps de Samuel de Champlain de même que les nombreuses abréviations héritées de la copie de manuscrits médiévaux reproduites dans les premiers imprimés constituent déjà un défi pour comprendre les textes. L’intention du créateur d’un texte ancien ou d’une gravure ainsi que son allégeance politique, par exemple, influencent grandement le message véhiculé. L’historien circonspect se doit de lire entre les lignes. La plupart du temps, déchiffrer des documents anciens ne demande pas que de bons yeux; il faut également posséder une connaissance approfondie de la période couverte et de ses acteurs. Il faut savoir confronter diverses sources si on veut espérer s’approcher de la vérité… si toutefois celle-ci existe…

 

Le 21 juin prochain : une visite-conférence

Dans le cadre de la série Mémoires de papier organisée pour souligner les 50 ans de la Bibliothèque nationale du Québec, BAnQ offre au grand public une occasion unique de décoder une vingtaine de sources anciennes en compagnie d’une bibliothécaire et historienne. Venez découvrir ou redécouvrir les éditions originales des Voyages du sieur de Champlain (1613 et 1619) et de L’Histoire du Canada du frère récollet Gabriel Sagard (1636), qui relatent les premiers temps de la fondation de Québec. Revivez un événement meurtrier grâce aux déclarations sous serment des témoins de l’assaut de l’armée lors de l’émeute de 1832 à Montréal. Installez-vous aux premières loges des rébellions de 1837-1838 en parcourant les feuilles volantes publiées par les Patriotes et les Loyaux ainsi que les images croquées sur le vif par un capitaine de l’armée britannique des batailles de Saint-Charles et de Saint-Eustache. Fredonnez les chansons anti-conscription écrites en 1917 dans la foulée de la Loi sur le service militaire obligeant les jeunes hommes à s’enrôler pour participer aux combats européens de la Première Guerre mondiale. Et suivez les débats éclairants — étonnants? — des députés de l’Assemblée législative du Québec, qui reportent, chaque année pendant 13 ans, la deuxième lecture du projet de loi octroyant le droit de vote aux femmes…

4,000 piastres de recompense!, feuille volante, Québec, John Charlton Fisher & William Kemble, 1837.

Amateurs d’histoire et de documents anciens, réservez votre place! C’est un rendez-vous, le jeudi 21 juin de 18 h à 19 h 30 à BAnQ Rosemont–La Petite-Patrie.

La rencontre sera suivie d’une visite de l’édifice, qui abrite un exemplaire de presque tout ce qui a été publié au Québec à travers le temps.

Address of the Sons of Liberty of Montreal, to the Young Men of the North American Colonies, feuille volante, Montréal, s. é., 1837.


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