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Le 20 juillet 1969 : anecdotes autour des premiers pas de l’homme sur la lune

15 juillet 2019 par Carnet de la Bn   1 Commentaire

par Michèle Lefebvre et Philippe Legault, bibliothécaires,
Direction de la recherche et de la diffusion des collections patrimoniales

 

« – Où iras-tu pendant tes vacances, cet été?
– D’abord, je passe une semaine sur la Lune. Ensuite, je vais sur Vénus. Nous pourrions peut-être nous rencontrer sur Mars, le temps d’un week-end… »

 

L’auteur de cet article publié dans La Patrie prédit qu’une telle conversation sera banale d’ici… l’an 2000! Voilà qui reflète bien la ferveur et l’optimisme démesurés qui envahissent le monde en cette journée du 20 juillet 1969, alors que les astronautes Neil Armstrong et Buzz Aldrin s’apprêtent à poser le pied sur la lune, une première dans l’histoire de l’humanité. Ce soir-là, les policiers de Montréal notent une forte diminution des méfaits… car même les criminels sont sagement assis devant leur téléviseur…

 

 

Le Soleil, 16 juillet 1969, page 1.

 

 

Avant le départ

Mais le suspense entourant la mission Apollo 11 débute plusieurs jours auparavant, comme le rapportent presque tous les journaux du Québec. On se demande avec anxiété si la fusée décollera sans anicroche du Cap Kennedy (l’actuel Cap Canaveral en Floride) le 16 juillet  à 9h32 tel que prévu. Le 15 juillet, Le Devoir publie une chronologie et une fiche technique de toute la mission. Le même jour, Le Soleil mentionne que les échantillons du sol rapportés de la lune seront mis en quarantaine avec des souris en santé pour s’assurer qu’ils ne sont pas nocifs. Les journaux dévoilent aussi que le premier ministre du Canada, Pierre Elliot Trudeau, fera parvenir un message de paix à la lune, à l’unisson avec 72 autres dirigeants de pays étrangers.

 

 

La Presse, 15 juillet 1969, p. 37.

 

 

Le grand jour

La Patrie, 20 juillet 1969, p. 4.

 

Une foule record de 2 millions de personnes est venue sur place pour assister au décollage d’Apollo 11, condition préalable au voyage d’un demi-million de milles (près de 805 000 kilomètres) vers le satellite naturel de la Terre. L’événement est couvert en direct par 3500 journalistes accrédités parlant une trentaine de langues. Ce 16 juillet, L’Action catholique titre : « Cap Kennedy devenu une véritable Babel moderne ». Et bien sûr les télévisions du monde entier sont aux premières loges pour informer les dizaines de millions de téléspectateurs cramponnés à leur appareil. Le réseau CBS fait même appel à un ordinateur dénommé HAL (un clin d’œil au film 2001 Odyssée de l’espace) qui répond aux questions techniques du commentateur. Plus modestement au Québec, TVA propose une émission spéciale sur 5 jours avec Roger Baulu et le « Prof Lebrun », vulgarisateur très connu de l’époque. Même les commerçants mettent leur grain de sel en publiant dans les journaux des publicités inspirées de la prouesse lunaire.

 

 

La Presse, 21 juillet 1969, p. 7.

 

La Presse, 16 juillet 1969, p. 35

 

 

 

Le Soleil, 16 juillet 1969, page 39.

 

 

 

Une contribution québécoise

Les Québécois ont cependant une raison toute particulière d’être fiers de cet exploit technologique : c’est une compagnie de Longueuil, Héroux Machine Shops (aujourd’hui connue sous le nom de Héroux-Devtek), qui a conçu le dispositif d’alunissage du module LEM piloté par les deux astronautes, ou comme certains journalistes s’amusent à les appeler, les « lunautes » ou les « apollautes »… D’ailleurs, ces pattes d’alunissage québécoises, tout comme le drapeau américain, se trouvent encore aujourd’hui sur la surface lunaire après avoir parfaitement joué leur rôle dans l’épopée de 1969.

 

 

La Patrie, 20 juillet 1969, page 6.

 

 

… et le lendemain

 

Le nouvelliste, 24 juillet 1969.

Au lendemain de l’alunissage, les États-Unis reçoivent des félicitations de partout à travers le monde. On apprend ainsi dans Le nouvelliste du 24 juillet 1969, que « le conseil municipal de Princeville (comté Arthabaska) adopte une résolution par laquelle on félicite le gouvernement des États-Unis et les astronautes qui viennent d’accomplir l’extraordinaire exploit d’une première exploration sur la lune ».  L’audace de cette petite municipalité québécoise porte fruit car le 5 septembre 1969 Le nouvelliste souligne que le conseil municipal de Princeville a reçu une lettre de remerciements, signée par le président américain Richard Nixon.

 

 

Dans les jours suivants, l’intérêt ne se dément pas : La Presse publie le 26 juillet un cahier spécial entièrement consacré à cet exploit. Les publicités qu’on y trouve valent à elles seules d’y jeter un coup d’oeil.

 

Les montants astronomiques (sans jeu de mots…) dépensés pour ce voyage vers la lune sont cependant pointés du doigt par certains qui auraient souhaité que de telles sommes profitent plutôt aux déshérités de la Terre. En pleine guerre du Vietnam, l’ancien président des États-Unis, Lyndon Johnson, déclare : « Si nous avons pu atteindre ce but en si peu de temps, je me demande pourquoi nous n’avons pas pu progresser aussi rapidement pour apporter la paix à l’humanité ».

 

Cinquante ans plus tard, l’humanité attend toujours la paix. Après une longue pause, les États-Unis ont annoncé dernièrement une nouvelle mission lunaire en 2024 qui permettrait pour la première fois à une femme de fouler le sol de notre satellite. Les grandes puissances mondiales semblent néanmoins plus intéressées à conquérir la planète Mars, où l’homme pourrait migrer advenant que la Terre n’arrive plus à résister aux agressions qu’il lui inflige…

 

Peu importe, la conquête de l’espace continue de fasciner tout un chacun.

 


Catégorie(s) : Diffusion, Revues et journaux

L’iconographie documentaire : petit guide illustré

26 avril 2019 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

par Isabelle Robitaille, bibliothécaire,
Direction de la recherche et de la diffusion des collections patrimoniales

L’image, grande source d’information, est appréciée pour sa valeur tant artistique qu’historique et documentaire. Ne dit-on pas qu’une image vaut mille mots? La collection d’iconographie documentaire de la Bibliothèque  nationale  a été développée au cours des dernières décennies en fonction de l’intérêt documentaire et historique des illustrations choisies. Hétéroclite de nature, cette collection documente l’imagerie du Québec à une époque où les photographies étaient peu courantes. Les documents faisant partie de cette collection, communément appelés gravures anciennes, étaient pour nos ancêtres des instruments de connaissance, des sources de rêves et parfois des témoignages de conquête de nouveaux territoires.

Avec plus de 875 documents dont près de 85% datent du XIXe siècle, la collection d’iconographie documentaire de la Bibliothèque regroupe au même endroit les images anciennes in-plano provenant de quatre sources différentes : les journaux, les livres, les séries et les publications individuelles. Plusieurs techniques d’impression se côtoient, notamment la gravure sur bois, la gravure en creux, la lithographie et la photogravure, en plus d’autres techniques issues des avancées et des découvertes propres à la fin du XIXe siècle.

 

Les journaux

 

View from Champlain street / Canadian Illustrated News,1880.

View from Champlain street / Canadian Illustrated News, 1880.

La collection d’iconographie documentaire compte en premier lieu de nombreuses illustrations tirées de l’imposant périodique Canadian Illustrated News (1869-1883). Ce journal a été créé à une période marquée par un renouveau industriel, technique et commercial. Achetées en lot d’un libraire torontois dans les années 1970, ces centaines de coupures, prises individuellement, n’ont pas une grande valeur documentaire. Elles deviennent cependant une importante source d’information historique lorsqu’on les regroupe par sujets, lieux ou évènements.

Les illustrations du Canadian Illustrated News sont reproduites par le procédé de leggotypie inventé par l’associé de l’éditeur George-Édouard Desbarats (1838-1893), William Augustus Leggo (1830-1915). Cette technique de reproduction photomécanique permet d’imprimer des dessins et des gravures en même temps que le texte. La rapidité d’impression accrue favorise la diffusion et l’accessibilité et permet de représenter des scènes de la vie quotidienne dans lesquelles les lecteurs se reconnaissent.

 

 

 

 

 

 

Les livres

 

Quebec / Alain Manesson Mallet

Quebec / Alain Manesson Mallet

Le démontage et le découpage de livres anciens afin d’en extraire les planches illustrées étaient des pratiques communes chez certains libraires et collectionneurs (espérons qu’elles sont bien révolues de nos jours!). C’est pourquoi un grand nombre d’estampes se sont retrouvées sur le marché, extraites de leur contexte originel. Ainsi, des gravures anciennes provenant de livres font partie des plus anciens documents de cette collection. Certains d’entre eux, ont été intégrés à la collection d’iconographie documentaire en raison de leur intérêt historique. C’est par exemple le cas de la gravure illustrant aujourd’hui l’ex-libris utilisé par la Bibliothèque, Quebec, la figure CXX de la page 277 tirée de l’ouvrage Description de l’univers d’Alain Manesson Mallet (1630-1706). Publié en cinq volumes en 1683 à Paris par Denys Thierry, cet ouvrage comporte une section sur le Canada où est reproduite cette gravure, ornementée d’un ruban descriptif, sur laquelle on peut voir la ville de Québec entourée de la flotte française.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La série

 

On trouve aussi des gravures anciennes dans cette collection sous forme de séries, c’est-à-dire sous forme de volumes in-plano où plusieurs gravures sont faites pour être publiées dans un ensemble. Avec plus d’une centaine de gravures sur acier, la série de l’artiste typographique anglais William Henry Bartlett (1809-1854) est l’une des plus notables de la collection d’iconographie documentaire. Grand voyageur, surtout au Moyen-Orient, en Europe et en Amérique, Bartlett passe plusieurs mois au Canada en 1838. Au cours de cette période, il dessine non seulement les villes de Québec et de Montréal mais aussi certaines villes des Cantons-de-l’Est. Ses nombreuses gravures qui illustrent les deux volumes de l’ouvrage Canadian Scenery Illustrated, publié par George Virtue à Londres entre 1840 et 1842, constituent une source documentaire d’une grande importance pour notre patrimoine historique.

 

View from the Citadel of Quebec Vue prise de la Citadelle de Québec / W.H. Bartlett

View from the Citadel of Quebec / W.H. Bartlett

 

 

À l’instar de Bartlett, la plupart des artistes dont les œuvres font partie de la collection d’iconographie documentaire ont visité les endroits qu’ils ont immortalisés. Certains illustrateurs et graveurs ont quant à eux choisi de fonder leur travail sur les récits de leurs contemporains, tandis que d’autres sont allés jusqu’à inventer leurs propres représentations des villes. Si ces images ne reflètent pas la réalité, elles expriment du moins les goûts des Européens de l’époque, c’est-à-dire un intérêt marqué pour les illustrations du Nouveau-Monde, bien qu’elles n’aient pas pour nous de valeur historique ou documentaire. C’est le cas de la série Collection des Prospects des Allemands François Xavier Habermann (1721-1796) et Balthazar Frédéric Leizelt (1755-1812), que leur imagination fertile amène à créer cinq vues imaginaires de Québec, probablement publiées autour de 1775. La gravure Vuë de la Place capitale dans la Ville basse a Québec de Habermann donne à Québec des airs de ville européenne. Ces images, ainsi que de nombreuses autres illustrant des lieux du monde entier, étaient destinées à être regardées à travers un appareil d’optique très populaire au XVIIIe siècle, le zograscope. Doté d’une lentille grossissante et d’un miroir, il créait un effet de profondeur et de relief. Pour un certain public européen avide de distractions, ces vues d’optique se substituaient aux périlleux et onéreux voyages en pays étrangers.

 

 

 

Vuë de la Place capitale dans la Ville basse a Quebec / François Xav. Haberman

Vuë de la Place capitale dans la Ville basse a Quebec / François Xav. Haberman

 

Les publications individuelles

 

Les pièces les plus importantes de la collection d’iconographie documentaire de la Bibliothèque se présentent sous forme de « vues ». Elles constituent souvent des représentations évocatrices des endroits illustrés et comportent parfois des légendes détaillées. Ces vues ont, pour  la plupart  été publiées séparément, telles des œuvres d’art devant être exposées. Au milieu du XVIIIe siècle, plusieurs illustrations du Québec mises sur le marché de cette façon étaient basées sur des croquis faits au Canada par des militaires artistes et reproduits en gravure en Europe, particulièrement en Angleterre. Représentation d’une conquête et d’un pouvoir sur un territoire, la vue topographique était d’un grand intérêt pour les collectionneurs. Par la composition iconographique et l’exécution précise de la gravure en creux, l’artiste créait un document de qualité très recherché, autant à l’époque de sa création qu’aujourd’hui.

Acquise il y a quelques années, la gravure A view of the landing place above the town of Quebec, d’après le dessin de Hervey Smyth (1734-1811) illustrant les événements survenus le 13 septembre 1759 sur les plaines d’Abraham, a été publiée individuellement et faisait suite à sa série de six gravures intitulée Six Elegant Views of the Most Remarkable Places in the River and Gulph of St. Lawrence (Londres, 1760).  Ces gravures ont été reproduites dans Scenographia Americana ; recueil de vues de l’Amérique septentrionale et des Indes occidentales […] (Londres, 1768). Lors de son séjour au Québec, Smyth fut capitaine et aide de camp du général Wolfe.

 

A view of the landing place above the town of Quebec describing the assault of the enemy post (…) / Capt. Smyth

 

La collection d’iconographie documentaire de la Bibliothèque  brosse un tableau varié et riche de l’évolution de la vie culturelle et sociale de la province à travers la perception de ses habitants et de ses visiteurs. Couvrant trois siècles, les différentes sources d’iconographie présentées ici nous font connaître quelques artistes ainsi que des techniques d’impression caractéristiques de l’époque.

 

 


Catégorie(s) : Diffusion, Iconographie documentaire, Revues et journaux

1878 : drôle d’année pour la presse québécoise

18 avril 2019 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

par Philippe Legault, bibliothécaire,
Direction de la recherche et de la diffusion des collections patrimoniales

 

Qu’ont en commun Le Perroquet, Le Crapaud, Le Coq, Le Cochon, Le Castor national, ou encore Le Menteur, Le Farceur, Le Cancan et Le Diable à quatre? Tous sont des journaux humoristiques de la fin du XIXe siècle publiés au Québec. L’année 1878 est particulière. Des quelque 21 journaux qui voient alors le jour, plus de la moitié prônent l’humour comme ligne éditoriale. Sur le plan politique, 1878 est marquée par une polémique autour de la loi Angers obligeant plusieurs municipalités à participer à la construction du chemin de fer de la rive nord. Cette dispute fera certes la joie des presses satiriques de l’époque, mais peut-elle expliquer toute cette agitation de plumes en cette seule année?

 

Au cours des dernières décennies du XIXe siècle, la presse écrite plus largement diffusée gagne la faveur du public en encourageant les débats d’idées. « En 1865, Montréal devient […] le centre industriel de l’imprimerie, succédant ainsi à la ville de Québec[i]» et, au début des années 1870, l’arrivée des presses rotatives permet d’augmenter le tirage tout en réduisant les coûts de production. Les hebdomadaires humoristiques tirent parti de cette situation. Ils ont parfois une vie éphémère, sont illustrés d’une ou deux caricatures et entremêlent anecdotes bon enfant, poèmes teintés de drôlerie, jeux de mots faciles et faits politiques traités sous l’angle de la moquerie. Les en-têtes attirent l’œil et il s’agit souvent de belles gravures exécutées par d’excellents artisans. On peut se procurer ces journaux pour un à cinq cents le numéro.

 

Entre perroquet, cochon et autres, la prédominance des titres aux noms d’animaux étonne. Si on ne peut avancer d’hypothèse sur ce courant, il va de soi que les éditeurs justifient leur choix avec humour : « Le Crapaud est le titre de notre journal, comme vous voyez il n’est pas pompeux, il n’est pas séduisant, il est plutôt modeste comme son image[ii]… »

 

Du côté francophone

 

Le Cancan, un hebdomadaire illustré, est publié à Québec d’avril à juillet 1878. Selon son directeur, G. R. Grenier[iii], « le journal est appelé à une grande tâche : désopiler la rate de l’humanité[iv] ». Son nom très explicite peut porter à interprétation. Dès le premier numéro, une mise en garde est donnée : les propos des collaborateurs éviteront de porter atteinte à la vie privée d’autrui. Il faudra attendre trois numéros pour voir apparaître la vignette représentant deux commères à leur fenêtre échangeant les derniers « cancans ». La caricature amusante de l’édition du 27 avril 1878, gravée sur bois fort, est signée Charles Montminy et met en scène le conflit politique de l’heure. Elle représente Henri-Gustave Joly de Lotbinière et Charles-Eugène de Boucherville, deux rivaux, tenant une balance en équilibre. Fait plutôt cocasse, le résultat de l’élection générale du 1er mai sera le plus serré au Québec depuis la Confédération et se traduira par un match presque nul.

 

 

 

Le Perroquet, un journal sorelois, se distingue par son en-tête croquignolet et sa très brève vie (trois numéros). Sa devise « Qui empêche de dire la vérité en riant[v] » accentue la portée des propos de l’éditeur, qui seraient aujourd’hui assurément qualifiés de misogynes : « Du reste notre personnel se compose de perroquets garçons. Nous l’avons voulu ainsi afin que notre journal ait son entière liberté d’action, soit à l’abri des indiscrétions et des querelles de ménage, et surtout afin que la rédaction en soit lucide[vi]. »  Le Farceur, fondé le 26 octobre par Honoré Beaugrand, a connu deux vies : d’octobre 1878 à février 1879, puis d’avril 1883 à mars 1884. C’est certainement le journal humoristique qui connaîtra le plus grand succès. Ses caricatures ainsi que son frontispice sont parmi les plus réussis sur le plan visuel. La gravure au burin, exécutée par la firme Stuart Relief, y est certes pour quelque chose. La qualité exceptionnelle de son en-tête fera d’ailleurs des jaloux et sera même parodiée par Le Grognard en 1881.

 

Les anglophones ne sont pas en reste

 

Les journaux humoristiques publiés en cette rigolote année 1878 ne sont pas exclusifs aux francophones. Quatre journaux anglophones emboîtent le pas : deux à Montréal, The Punch et The Jester, et deux à Québec, Quebec Star et Non Sense. The Jester jouit d’une grande popularité. Publié par George E. Desbarats et Fred J. Hamilton pendant plus d’une année, il cessera de paraître sans raison apparente. Les illustrations et son en-tête gravés au burin évoquent la qualité. À la une, le bouffon appuyé sur un secrétaire donne le ton. Non Sense se reconnaît par son en-tête illustrant un individu bouche ouverte, bras étendus et corps petit et fin. La devise est limpide : « No sense is better than no cents ». Selon Horace Têtu[vii], seulement quatre numéros ont été publiés entre juin et juillet 1878. L’édition de journaux humoristiques n’est évidemment pas exclusive à l’année 1878. Dès le milieu du XIXe siècle se succéderont des titres sans équivoque tels L’Écho des imbéciles, La Mascarade, La Trompette, etc. La Bibliothèque nationale possède plus d’une centaine de revues et de journaux d’humour québécois récents et anciens qui ne demandent qu’à vous faire sourire.

 

 

 

 

 

 

 

 

[i] Éric Leroux (dir.), 1870, du journal d’opinion à la presse de masse – La production industrielle de l’information, Montréal, Petit musée de l’impression / CHM, 2010.

[ii] Le Crapaud, vol. 1, n° 1, 7 juin 1878, p. 2.

[iii] Selon nos recherches dans l’Annuaire Marcotte de 1878, il pourrait s’agir de Gustave Grenier, greffier de l’Assemblée législative.

[iv] Le Cancan, Québec, P. Larose et Cie, vol. 1, n° 1, 12 avril 1878, p. 2.

[v] Le Perroquet, vol. 1, n° 1, 27 août 1878, p. 1.

[vi] Le Perroquet, vol. 1, n° 1, 27 août 1878, p. 2.

[vii] Horace Têtu, Historique des journaux de Québec, Québec, s. é., 1889, p. 84.

 


Catégorie(s) : Diffusion, Revues et journaux

Voltaire au Québec : le débat sur la laïcité ne date pas d’hier…

4 avril 2019 par Carnet de la Bn   4 Commentaires

par Michèle Lefebvre, bibliothécaire,
Direction de la recherche et de la diffusion des collections patrimoniales

Portrait de Voltaire sur la page frontispice de Tancrède, Paris, Chez Prault, 1761.

Portrait de Voltaire sur la page frontispice de Tancrède, Paris, Chez Prault, 1761.

La philosophie des Lumières, dont Voltaire constitue le plus célèbre héraut, a fait l’objet de débats enflammés dans l’espace public québécois des XVIIIe et XIXe siècles. Au cœur du projet des Lumières on trouve le triomphe de la raison et de l’esprit critique sur la superstition et la foi aveugle, la diffusion des connaissances empiriques, la tolérance et la liberté de penser ainsi que la primauté de l’être humain dans une société régénérée par le progrès et la justice.

 

Voltaire est déiste, c’est-à-dire qu’il croit en l’existence d’un Être suprême orchestrant l’univers mais rejette toutes les Églises, qu’il juge arrogantes, trop avides de pouvoir et abusives. Il estime contre nature l’intervention de l’Église catholique dans les affaires de l’État. Selon lui, le dogmatisme religieux mène à un fanatisme sanglant. Bien sûr, de telles positions heurtent de front celles du clergé catholique. Symboles de cette confrontation idéologique, La Gazette littéraire de Montréal, publiée en 1778 et en 1779, et l’Institut canadien de Montréal, au XIXe siècle, deviendront victimes de leurs convictions.

 

 

 

 

La Gazette littéraire de Montréal

 

Le Français Fleury Mesplet, premier imprimeur de Montréal, débarque au Canada dans le sillage de l’invasion américaine de 1775 dirigée par les révolutionnaires du Congrès. Malgré le repli de l’armée américaine et le retour des Britanniques en juin 1776, l’imprimeur, à peine installé, décide de demeurer à Montréal. Il entreprend en 1778 la publication de La Gazette littéraire de Montréal, un hebdomadaire en français rédigé par Valentin Jautard, avocat sympathique à la cause américaine et à la philosophie des Lumières, tout comme Mesplet.

 

Les autorités ont bien avisé l’imprimeur de ne pas se mêler de politique et de religion. Mesplet doit se montrer prudent. Peut-être pour faire connaître Voltaire sans donner l’impression de favoriser ce philosophe, il imprime des extraits du Dictionnaire anti-philosophique qui lui est hostile. Ces extraits suscitent une vive réaction de la part d’admirateurs du grand homme qui répliquent dans La Gazette et fondent une académie à sa défense. Le débat s’engage donc dans le journal sur les idées voltairiennes mais aussi sur la liberté de la presse et sur la médiocrité de l’éducation prodiguée à la jeunesse montréalaise par les Sulpiciens au Collège de Montréal.

 

Le supérieur de ces derniers, Étienne Montgolfier, se plaint de La Gazette au gouverneur Frederick Haldimand tandis que le jésuite Bernard Well, sous le pseudonyme l’« Anonyme », critique la vision anticléricale de Voltaire dans le journal, poussant les défenseurs de ce dernier à se lancer dans une polémique dangereuse sur le déisme. Tous les auteurs en herbe signent d’un pseudonyme, Jautard inclus, ce qui fait reposer l’entière responsabilité des idées publiées sur l’imprimeur et le rédacteur.

 

Des critiques de Jautard concernant certaines décisions juridiques qui le touchent à titre d’avocat achèvent d’irriter Haldimand. Le 2 juin 1779, il fait arrêter Mesplet et Jautard, qui demeureront trois ans en prison, sans motif d’accusation, avant d’être libérés.

 

L’Institut canadien de Montréal

 

Au cours des décennies suivantes, d’autres journaux subissent les foudres de la censure, surtout pour des raisons politiques. La pensée de Voltaire fait évidemment des adeptes parmi les Canadiens les plus progressistes, même si son nom n’est pas brandi comme une bannière. Mais la défaite des Patriotes en 1837-1838 consolide la position du clergé, qui s’est rangé du côté des autorités coloniales au moment de la Rébellion. Dorénavant, l’Église catholique disposera de la force nécessaire pour imposer sa vision du monde aux libres penseurs sympathiques aux idées de Voltaire.

 

Institut canadien, [Entre 1870 et 1920].

Institut canadien, [Entre 1870 et 1920].

 

C’est dans le contexte de la défaite des Patriotes que naît en 1844 l’Institut canadien de Montréal, une association culturelle fondée par de jeunes Canadiens français « dans un but d’union, d’instruction mutuelle et de progrès général ». Doté d’une bibliothèque, l’Institut entend offrir une collection d’ouvrages représentant tous les points de vue, car ses membres croient aux vertus de la discussion raisonnée et du libre examen des idées afin de se forger une opinion éclairée. Sa bibliothèque contient notamment les œuvres complètes de Voltaire ainsi que d’autres écrits des philosophes des Lumières[i]. Plusieurs sont à l’Index.

 

Photo montrant des pages du catalogue manuscrit de l'Institut canadien de Montréal.

Catalogue manuscrit de la bibliothèque de l’Institut canadien de Montréal, s. d. BAnQ Vieux-Montréal,
fonds Institut canadien de Montréal (P768, S6, SS1, D1).

L’Institut est donc porté par une idéologie jugée radicale pour l’époque : liberté de penser, instruction laïque pour tous, libertés civiles et politiques, séparation de l’Église et de l’État. Ultramontain, l’évêque de Montréal Ignace Bourget défend quant à lui la primauté du pape et prône la soumission des fidèles au clergé sur toutes les questions, même politiques. Le choc est inévitable.

 

Dans sa Lettre pastorale contre les erreurs du temps de 1858, Mgr Bourget met ses ouailles en garde contre les pièges et les séductions d’un terrible monstre : « Ce monstre, c’est le Philosophisme, ou l’esprit d’irréligion, qui prit naissance dans le siècle dernier, et qui reconnaît pour père le trop célèbre Voltaire et tous ses disciples, qui formèrent l’École Voltairienne[ii]. »

 

Il s’attaque ensuite, dans la même série de lettres pastorales, à l’Institut canadien de Montréal, qui nourrit selon lui cet esprit de révolte en refusant de censurer sa bibliothèque, et au journal Le Pays qui y est associé. Le clergé cherche manifestement à extirper du Québec toutes les idées non conformes à sa conception ultramontaine d’une société assujettie à l’Église. Et il y réussira. Après une âpre lutte remplie de rebondissements[iii], l’Institut canadien de Montréal doit finalement fermer ses portes en 1880.

 

Voltaire devient officiellement persona non grata au Québec. Et pour longtemps. En 1933, le Bureau de censure du Québec refuse l’entrée au pays du film américain Voltaire, qui trace un portrait flatteur du philosophe à l’opposé de celui véhiculé dans les écoles québécoises. Encore en 1957, le film de Sacha Guitry Si Paris nous était conté est amputé au Québec des passages concernant le grand homme…

 

 

Portrait de Monseigneur Ignace Bourget, évêque de Montréal, 1872.

« [La religion catholique] condamne et repousse avec horreur cette tolérance pratique, mais damnable, qui admet que toute religion est bonne; et cette conquête de la raison, qui est ce fatal rationalisme du jour, qui met la raison de l’homme au-dessus de la raison de Dieu. »

Mgr Ignace Bourget, Lettres pastorales de Mgr l’évêque de Montréal contre les erreurs du temps, Montréal, Plinguet & Laplante, 1858?, p. 356.

 

Portrait de Louis-Antoine Dessaulles, vers 1860.« Mais si la tolérance est une idée anticatholique, cela voudrait donc dire que la réaction [ultramontaine] peut imposer ses idées à l’individu sans se mettre le moins du monde en peine de le convaincre par la discussion! Dieu nous aurait donc inutilement donné l’intelligence et le libre arbitre! Dieu se serait donc trompé! »

Louis-Antoine Dessaulles, [Discours sur la tolérance], dans Annuaire de l’Institut canadien pour 1868, Montréal, Imprimerie du journal Le Pays, 1868, p. 10.

 

[i] BAnQ a acquis la collection d’ouvrages de l’Institut canadien de Montréal en 2006.

[ii] Mgr Ignace Bourget, Lettres pastorales de Mgr l’évêque de Montréal contre les erreurs du temps, Mandements, lettres pastorales, circulaires et autres documents publiés dans le diocèse de Montréal depuis son érection…, Montréal, Plinguet & Laplante, 1858 ?, p.356 .

[iii] Pour de plus amples informations sur l’existence de l’Institut canadien de Montréal et sur sa lutte contre le clergé, consultez le dossier du no 80 d’À rayons ouverts.


Catégorie(s) : Diffusion, Revues et journaux

Jean-Paul Sartre à Montréal : revue de presse

14 février 2019 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

par Simon Mayer, bibliothécaire

 

À l’hiver 1946, le philosophe et écrivain existentialiste Jean-Paul Sartre a été l’objet d’une vive attention à Montréal. D’abord, au tournant du mois de février, la troupe l’Équipe de Pierre Dagenais présente pendant une semaine, au Gesù, la pièce Huis clos du célèbre intellectuel français. Ce dernier est ensuite de passage à l’hôtel Windsor le 10 mars pour donner une conférence dans le cadre du thé-causerie annuel de la Société d’étude et de conférences, club qui attire l’élite sociale féminine canadienne-française.

 

Enregistrée par Radio-Canada, la conférence intitulée « La littérature française de 1914 à 1945; la littérature clandestine » a été couverte par la plupart des médias écrits montréalais.

 

Contexte philosophique au Québec

Depuis le XIXe siècle et l’encyclique papale Æterni Patris de 1879, la philosophie et son enseignement sont dominés au Québec par l’étude de l’œuvre de saint Thomas d’Aquin, docteur de l’église du XIIIe siècle, qui a tenté de concilier le savoir hellénique antique et le christianisme. Le néothomisme, dont la figure de proue en France, Jacques Maritain, exerce une influence notable sur la philosophie québécoise dans les années 1930, vise entre autres à défendre une cohabitation de la foi avec la raison et l’expérience.

 

Pendant ce temps, grâce aux étudiants qui reviennent de séjours d’études à l’étranger ainsi qu’à la présence des congrégations enseignantes ayant de forts liens outre-Atlantique, l’université québécoise s’intéresse aux idées en vogue en Europe. C’est ainsi que, dès 1930, paraissent dans la Revue dominicaine deux articles tirés d’une thèse d’Antonio Barbeau sur la psychanalyse. Le père dominicain Marie-Ceslas Forest, longtemps doyen de la Faculté de philosophie de l’Université de Montréal, n’est pas pour rien dans cette ouverture. En 1946, il apporte d’ailleurs son appui au projet de la Société d’étude et de conférences d’inviter Jean-Paul Sartre à son thé-causerie annuel.

 

L’existentialisme fait jaser

Rapidement, les idées de Sartre se propagent non pas par le milieu universitaire, mais plutôt par le truchement des médias, qui en font un phénomène mondain. Il faut dire qu’avec Sartre, l’existentialisme est sorti des cercles restreints de la philosophie pour emprunter les chemins plus populaires du roman et du théâtre.

 

L’intérêt a d’abord été attisé grâce au succès critique et populaire de la pièce Huis clos présentée du 27 janvier au 3 février 1946, qui fait presque l’unanimité. Malgré une critique élogieuse écrite de sa main le lendemain de la première, André Langevin, alors responsable des pages littéraires du Devoir, prend une nouvelle position le 2 février en se montrant très acerbe face au travail de Sartre. Le Devoir publie ensuite durant le mois de février quelques articles repiqués de revues françaises qui condamnent l’œuvre du philosophe sans économie de termes orduriers. En septembre suivant, Langevin va même jusqu’à endosser la prohibition de l’œuvre du philosophe.

 

 

La liberté comme responsabilité

Après avoir été annoncée dans les pages mondaines des grands quotidiens montréalais, la conférence de Sartre du 10 mars fait aussi noircir du papier le lendemain, alors que La Patrie, Le Canada et La Presse offrent, sur un ton neutre, un long compte rendu de la présentation et qu’une photo du philosophe paraît même à la une du Canada. Ce même journal publie le lendemain une caricature de Sartre, œuvre de Robert LaPalme. Pendant ce temps, au Devoir, André Langevin tourne d’abord en dérision le caractère mondain de l’événement et le physique du conférencier, avant de passer à une relation plutôt fiable de la conférence. Durant sa présentation, Sartre dresse un portrait des orientations prises par la littérature française au contact de la guerre, et de l’engagement de l’écrivain mené par une liberté individuelle qui ne peut, conformément à l’existentialisme tel qu’il le propose, être réellement atteinte que si tous les hommes sont libres. La responsabilité d’atteindre cet idéal incombe selon lui à l’écrivain. L’événement suscite d’autres réactions. La Revue dominicaine met en garde contre la tentation du désespoir, L’Action universitaire titre «Littérature dissolvante», alors que dans La Nouvelle Relève, Guy Sylvestre se fait plus pédagogique et présente les courants existentialistes.

 

La responsabilité comme liberté

Pendant quelques mois en 1946, le nom de Jean- Paul Sartre a été sur bien des lèvres à Montréal, et pour cause. Comment résister à la force de cette formule utilisée par Sartre pour illustrer la responsabilité comme source de liberté : « Les problèmes moraux sont des conflits de devoirs. La solution morale est une solution d’invention; la vie morale est une vie d’invention1»?

1.Propos relatés par Alfred Ayotte dans « Philosophie de M. Sartre »,La Presse, 11 mars 1946, p. 12.

 

Bibliographie

 

 

 

 

 


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La guerre est finie! : l’armistice de 1918 dans les journaux québécois

8 novembre 2018 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

par Michèle Lefebvre, bibliothécaire
Direction de la Collection nationale et des collections patrimoniales

 

« La liberté triomphe » : c’est par cette manchette que le journal Le Soleil ouvre son édition du 11 novembre 1918, annonçant l’armistice qui met fin à la Première Guerre mondiale, alors la plus meurtrière de l’histoire avec ses quelque 20 millions de morts. Les belligérants ont fixé le cessez-le-feu à 11h (heure de Paris), le 11e jour du 11e mois. Le dernier soldat canadien victime du conflit sera George Lawrence Price, tué deux minutes avant l’armistice, au moment où l’armée canadienne reprend à l’ennemi la ville de Mons, en Belgique.

 

 

 

Paix et révolution

 

« L’Allemagne vaincue se livre » déclare La Presse. « Right and justice is triumphant » affirme le Sherbrooke Daily Record. « Officiel – La guerre est terminée » claironne Le Devoir. Ce 11 novembre 1918, il y a cent ans, tous les quotidiens québécois propagent la nouvelle de l’armistice. Ils font état de manifestations de joie spontanées dans les rues au son des cloches d’églises et des sifflets d’usines signalant la fin de la guerre tôt ce lundi matin. Les journaux annoncent les parades et les célébrations à venir ou déjà amorcées.

 

 

Si tous les journalistes de l’époque déplorent le carnage que la guerre a engendré, ils s’entendent aussi pour dire qu’une paix durable ne pouvait être atteinte qu’en écrasant l’impérialisme germanique. Châtiment de Dieu, l’Allemagne est désormais ravagée de l’intérieur par une révolution socialiste semblable à celle qui a bouleversé la Russie l’année précédente. Le Kaiser Guillaume II, l’ennemi détesté, a abdiqué et fui en Hollande, une nouvelle qui marque les esprits tout autant que celle de l’armistice.

 

Le grand sacrifice assurera la fin des guerres

 

Bien sûr, on ne manque pas de commémorer le sacrifice des Canadiens en zone de guerre européenne, et particulièrement celui des Canadiens français, dont la majorité a combattu dans la seule unité militaire de langue française du Canada, le 22e Bataillon. L’Action catholique titre « Les héros canadiens-français » tandis que le maire de Québec, Henri-Edgar Lavigueur, vante la bravoure et la loyauté de nos soldats dans un discours reproduit dans le Quebec Chronicle.

 

On croit alors que les conditions de capitulation très dures imposées au vaincu préviendront pour toujours le retour de l’expansionnisme allemand. Contrainte à libérer les pays envahis depuis 1914, à céder aux vainqueurs ses armes, son équipement et ses véhicules militaires et à réduire presque à néant son armée, l’Allemagne devra en outre, à la signature du Traité de Versailles en 1919, payer à ses adversaires un énorme dédommagement financier en guise de réparation de guerre. Cette situation, vécue par les Allemands comme une terrible humiliation puis aggravée par la crise économique des années 1930, conduira plutôt au déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale…

 

Aujourd’hui, 100 ans plus tard, il convient plus que jamais de se souvenir et d’éviter les erreurs du passé, afin de ne jamais plus avoir à revivre une telle tragédie.

 

Défilé des soldats du 22e Bataillon canadien-français au retour de la guerre, près de la gare du Palais à Québec. Photographie, mai 1919.


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Les fées ont soif : revue de presse d’une controverse théâtrale

5 octobre 2018 par Carnet de la Bn   2 Commentaires

par Céline Simonet,
Bibliothécaire, Direction de la Collection nationale et des collections patrimoniales

En cette florissante rentrée théâtrale montréalaise, le Théâtre du Rideau Vert présente la pièce de Denise Boucher Les fées ont soif, dans une mise en scène de Sophie Clément

TNM, saison 78-79 : Les rustres… Les fées ont soif… Le dindon… Le Cid… La nuit des tribades… Chien limier.., affiche, Montréal, TNM, 1978.

 

Il y a de cela 40 ans, le 10 novembre 1978 a eu lieu la première représentation de cette pièce. Jugée blasphématoire, elle est l’objet d’une vive polémique avant même d’être jouée. Jean-Louis Roux, directeur artistique du Théâtre du Nouveau Monde (TNM), l’inscrit au programme de la saison 1978-1979, mais le Conseil des arts de la région métropolitaine de Montréal (CARMM) refuse de lui accorder une subvention d’environ 15 000 $, jugeant la version préliminaire du texte de la pièce irrecevable. Tout le milieu culturel, incluant les directeurs de théâtre, se ligue alors contre le CARMM pour dénoncer la censure.

 

 

Le Devoir, mercredi 31 mai 1978, p. 13.

 

 

Les partisans et les opposants manifestent tour à tour. Plusieurs organismes religieux traduisent en justice le TNM, demandant des injonctions pour empêcher la représentation de la pièce et interdire la diffusion du texte.

 

Le 4 décembre 1978, la première injonction est refusée, la seconde accordée à titre provisoire. La pièce est finalement présentée le 10 décembre. Malgré le succès retentissant, la tempête ne se calme pas pour autant. La guerre judiciaire se poursuit, car le jugement est porté de nouveau en appel. Le tribunal rend le verdict le 25 janvier 1979 et attribue une victoire totale à Denise Boucher et à Jean-Louis Roux.

 

 

La Presse, 26 janvier 1979, p. A3.

 

 

Dans l’introduction de la pièce éditée en 1989 par les éditions l’Hexagone, l’écrivaine et critique littéraire québécoise Lise Gauvin écrivait :

« Les fées ont soif font partie de cette décennie, les années soixante-dix, qu’on a coutume de décrire comme celle de l’émergence du féminisme au Québec. » (p. 9).

Elle rapporte également les mots de Denise Boucher lors de la conférence de presse du 7 juin 1978 :

« Je peux bien vous le dire, je crois que je jouis. C’est une chance extraordinaire de connaître ainsi la censure officielle. Ça permet de porter le débat sur la place publique. J’en connais tant des hommes, et tant et tant de femmes dont la censure a été le silence sur leurs œuvres. Censure plus opprimante et plus morbide que toutes les paroles » (p. 22).

Ces mots résonnent encore aujourd’hui comme un écho infini et sans cesse renouvelé. Au 21e siècle, la polémique est toujours bien vivante. Les controverses qui ont entouré les productions des spectacles Kanata et Slāv et celles qui ont suivi l’expression libérée des femmes grâce au mouvement #MoiAussi le prouvent.

 

Nous vous invitons à découvrir cette affaire qui s’est rendue jusqu’en Cour suprême, par le biais des journaux de l’époque. Vous trouverez ci-dessous les liens vers une sélection d’articles issus de notre base de revues et journaux québécois numérisés.

 

Les fées ont soif, de Denise Boucher, … / graphisme, Luc Mondou.

 


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