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Créateurs et créatures : un bestiaire dans nos estampes

19 octobre 2018 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

par Élise Lassonde, bibliothécaire
Direction de la Collection nationale et des collections patrimoniales

 

Après les sorciers, voici les bêtes! Sauvage, domestique, familier ou fantastique, l’animal est une composante iconographique incontournable dans l’art. Le bestiaire éclectique tiré de la collection d’estampes de la Bibliothèque nous apprend à lire les univers créatifs québécois et leurs influences.

 

La bête observée

 

Durant la première moitié du XXe siècle, la représentation animale est rarement exploitée comme sujet principal dans les estampes québécoises. Les bêtes qui font l’objet de gravures sont plutôt partie intégrante de l’environnement observé par l’artiste. Pour celui qui évolue en milieu urbain, comme Ernst Neumann (1907-1956), ce sont les chevaux des carrioles du port de Montréal qui contribuent au réalisme de la scène. Pour d’autres, comme Herbert Raine (1875-1951), ce sont des croquis de ses séjours à la campagne qui inspirent la création. Ces dessins préliminaires permettent de reprendre en estampes des scènes rurales auxquelles poules, vaches ou chevaux ajoutent du pittoresque.

Rodolphe Duguay (1891-1973) est fils de fermier, natif de Nicolet où il s’établira pour créer une abondante œuvre gravée et peinte. Ses paysages sont peuplés d’animaux de la ferme, et les ciels constellés d’oiseaux en vol figurent parmi les motifs qui caractérisent son travail. Fin observateur de la nature, Duguay représente également des animaux sauvages. Dans Renard en chasse, au cœur d’un paysage au dessin dramatique, une éclaircie permet de distinguer la silhouette contrastée d’un renard. La composition dynamique et le fort contraste de ce bois gravé expriment la vitesse, l’agilité et la liberté, mais aussi la fragilité de la bête face aux éléments agités.

 

Rodolphe Duguay, Renard en chasse, bois gravé, 1934.

 

 

La créature rêvée

 

À l’instar des précédents exemples, l’art inuit met traditionnellement de l’avant le monde qui l’entoure. Dans les créations inuites imprimées, on trouve une abondance de figures animales, réalistes comme fantaisistes. Ces œuvres sont assez hermétiques aux courants mondiaux de l’art, alors que, inversement, les estampes réalisées plus au sud se réclament d’influences multiples. Dans les années 1950, les natures mortes aux coqs de Paul-Vanier Beaulieu (1910-1996) témoignent de l’esprit cubiste. À la même époque, Roland Giguère (1929-2003) emprunte à la mythologie et à la manière surréaliste pour réaliser l’eau-forte Griffon (1956). On voit également apparaître des créatures aux expressions anthropomorphiques, comme celle de La victime, d’Albert Dumouchel (1916-1971), une linogravure datée de 1945, et une évocation de la gravure japonaise dans Le chat des neiges (1968).

 

 

Roland Giguère, Griffon, eau-forte et aquatinte, 1956.

 

 

Albert Dumouchel, Le chat des neiges, lithographie et gaufrure, 1968.

 

 

Dans une approche plus réaliste, c’est par l’estampe que l’œuvre de Jean Paul Riopelle (1923-2002) fait un retour à la figuration. Ses planches sont remplies de références à la nature, inspirées de ses expéditions de chasse et de pêche. Il use avec une grande liberté de motifs totémiques : la faune ailée (oies, canards, hiboux et même mouches) et quantité d’animaux terrestres et aquatiques.

 

Bestiaire personnel

 

Dans la création actuelle, il se dégage des artistes qui affectionnent l’iconographie animalière et qui en font un usage diversifié et personnel. Cette imagerie peut être exploitée de façon réaliste ou poétique, comme dans les gravures de Marc Séguin (1970-). Plus fantaisistes, les créatures composites d’Arthur Desmarteaux (1979-) et d’Allison Moore contribuent à créer des univers grouillants qui intriguent et amusent, alors que les monstres et autres bêtes écorchées de René Donais (1958-) confrontent à des images violentes, inquiétantes ou érotiques et interpellent de façon crue. Inversement, les animaux de compagnie, comme le chien ou le chat que l’on trouve dans les estampes de Bonnie Baxter (1946-) et de Manuel Lau (1967-), permettent d’aborder des préoccupations de l’intime ou du quotidien.

 

 

René Donais, Barbara II, eau-forte et pointe sèche, 2003.

 

Article publié à l’origine dans le numéro 93 d’À rayons ouverts.


Catégorie(s) : Diffusion, Estampes, Iconographie documentaire

Notre collection d’estampes compte maintenant plus de 30 000 œuvres!

25 mai 2018 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

par Catherine Ratelle-Montemiglio,
Bibliothécaire, Direction de la Collection nationale et des collections patrimoniales

Formant un ensemble unique et important des collections patrimoniales, les estampes conservées à la Bibliothèque nous proposent un voyage à travers les époques, les styles et les techniques propres à cette pratique artistique. La collection s’est enrichie d’année en année  jusqu’à atteindre, tout récemment, le cap symbolique de plus de 30 000 œuvres!

Jean-Pierre Gaudreau, Singe, 2003. Eau-forte, pointe-sèche ; 15 x 32 cm

Développement de la collection d’estampes

Suzie Allen, Mémoire d’or, 2002. Collagraphie ; 39 x 29 cm

Le développement de cette collection se fait principalement par dépôt légal : l’exemplaire déposé intègre les collections patrimoniales et il est conservé dans les meilleures conditions possibles.  Deux fois l’an, le comité d’acquisition, formé d’experts externes, se penche sur les estampes reçues en dépôt légal et recommande, parmi celles-ci, les secondes épreuves qui seront acquises par achat.  Le prochain comité est prévu pour le 11 juin prochain et il est toujours temps de nous faire parvenir vos œuvres.

Numérisation des estampes

Karine Gibouleau, Professeur Brainiak : Scène VIII, le week-end, 2004. Eau-forte, aquatinte ; 58 x 39 cm

Par ailleurs, les efforts de numérisation se poursuivent en parallèle au développement physique de la collection, permettant un accès toujours plus grand au patrimoine iconographique québécois. Plus de 11 500 estampes peuvent donc être admirées directement en ligne sur la plateforme BAnQ numérique. De nombreux ajouts ont été faits au cours des derniers mois et valent certainement le coup d’œil. En effet, plusieurs belles découvertes peuvent être faites parmi les items récemment ajoutés, provenant autant d’artistes ayant façonné le développement de l’estampe au Québec que d’artistes contemporains. Ces derniers ajouts nous permettent d’observer une variété de techniques et de styles adoptés par les artistes, démontrant toute la polyvalence de l’art de l’estampe. Notons par exemple le travail de Karine Gibouleau, dont les œuvres réalisées à l’eau-forte et à l’aquatinte reprennent les codes de la bande dessinée, ou encore les gravures sur bois abstraites de Gaston Petit (Fuji), probablement effectuées à son atelier de Tokyo dans les années 1960. Il est également possible d’observer quelques exemples de collagraphie, une technique de gravure en relief basée sur le collage, comme chez Suzie Allen et Paul Cloutier.

En somme, que vous soyez à la recherche d’inspiration ou que vous souhaitiez en apprendre plus sur l’art de l’estampe, les possibilités sont presque infinies. Nous espérons que ces quelques exemples auront piqué votre curiosité et vous encourageront à explorer cette magnifique collection!

Fuji (i. e. Gaston Petit), Barjône, 1969. Bois gravé ; 57 x 42 cm

Paul Cloutier, Cerf-volant, 2006. Collagraphie ; 57 x 38 cm

René Derouin, Tokio. II-A, 19]68. Bois gravé ; 51 x 40 cm


Catégorie(s) : Acquisition, Diffusion, Estampes




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