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Reconstituer l’histoire du Québec grâce aux documents d’époque

15 juin 2018 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

par Michèle Lefebvre, bibliothécaire
Direction de la Collection nationale et des collections patrimoniales

Lithographic Views of Military Operations in Canada under His Excellency Sir John Colborne, Londres, A. Flint, 1840

Fondation de Québec, rébellions des Patriotes de 1837-1838, Crise de la conscription de 1917, droit de vote des femmes au Québec en 1940… Ces événements marquants de l’histoire du Québec prennent une nouvelle saveur lorsqu’on parcourt les livres, les gravures, les cartes géographiques, les feuilles volantes, les articles de journaux et les rapports produits au moment où ils se sont déroulés. C’est notamment grâce à ces documents d’époque conservés au fil du temps par des institutions comme BAnQ que nous pouvons aujourd’hui reconstituer la passionnante histoire de notre coin de pays.

Les historiens et autres chercheurs ont le privilège d’explorer ces sources anciennes dites sources primaires; ils publient le fruit de leurs recherches pour le plus grand plaisir d’un public curieux de son histoire. Ce dernier ignore cependant les mille pièges que les historiens doivent éviter afin de décoder adéquatement les documents qu’ils parcourent dans le but de relater de manière objective les événements historiques.

 

Déchiffrer les documents d’époque

« Abitation de Québec », gravure dans Samuel de Champlain, Les Voyages du sieur de Champlain, Paris, chez Jean Berjon, 1613, p. 187.

Ainsi, l’usage d’un français aujourd’hui dépassé dans les écrits du temps de Samuel de Champlain de même que les nombreuses abréviations héritées de la copie de manuscrits médiévaux reproduites dans les premiers imprimés constituent déjà un défi pour comprendre les textes. L’intention du créateur d’un texte ancien ou d’une gravure ainsi que son allégeance politique, par exemple, influencent grandement le message véhiculé. L’historien circonspect se doit de lire entre les lignes. La plupart du temps, déchiffrer des documents anciens ne demande pas que de bons yeux; il faut également posséder une connaissance approfondie de la période couverte et de ses acteurs. Il faut savoir confronter diverses sources si on veut espérer s’approcher de la vérité… si toutefois celle-ci existe…

 

Le 21 juin prochain : une visite-conférence

Dans le cadre de la série Mémoires de papier organisée pour souligner les 50 ans de la Bibliothèque nationale du Québec, BAnQ offre au grand public une occasion unique de décoder une vingtaine de sources anciennes en compagnie d’une bibliothécaire et historienne. Venez découvrir ou redécouvrir les éditions originales des Voyages du sieur de Champlain (1613 et 1619) et de L’Histoire du Canada du frère récollet Gabriel Sagard (1636), qui relatent les premiers temps de la fondation de Québec. Revivez un événement meurtrier grâce aux déclarations sous serment des témoins de l’assaut de l’armée lors de l’émeute de 1832 à Montréal. Installez-vous aux premières loges des rébellions de 1837-1838 en parcourant les feuilles volantes publiées par les Patriotes et les Loyaux ainsi que les images croquées sur le vif par un capitaine de l’armée britannique des batailles de Saint-Charles et de Saint-Eustache. Fredonnez les chansons anti-conscription écrites en 1917 dans la foulée de la Loi sur le service militaire obligeant les jeunes hommes à s’enrôler pour participer aux combats européens de la Première Guerre mondiale. Et suivez les débats éclairants — étonnants? — des députés de l’Assemblée législative du Québec, qui reportent, chaque année pendant 13 ans, la deuxième lecture du projet de loi octroyant le droit de vote aux femmes…

4,000 piastres de recompense!, feuille volante, Québec, John Charlton Fisher & William Kemble, 1837.

Amateurs d’histoire et de documents anciens, réservez votre place! C’est un rendez-vous, le jeudi 21 juin de 18 h à 19 h 30 à BAnQ Rosemont–La Petite-Patrie.

La rencontre sera suivie d’une visite de l’édifice, qui abrite un exemplaire de presque tout ce qui a été publié au Québec à travers le temps.

Address of the Sons of Liberty of Montreal, to the Young Men of the North American Colonies, feuille volante, Montréal, s. é., 1837.


Catégorie(s) : Diffusion, Les chercheurs de la Bibliothèque nationale

Henry Wolsey Bayfield : le vieux loup de mer du Saint-Laurent

7 juin 2018 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

par Alban Berson, cartothécaire
Direction de la Collection nationale et des collections patrimoniales

L’Amiral Bayfield, 1795- 1885, A.D. Beaulieu – [vers 1870]

En 1817, après une brève formation en cartographie accomplie sur le tas, le jeune lieutenant Henry Wolsey Bayfield est chargé des levés du lac Érié par le service hydrographique de la marine royale britannique.  L’Hydrographic Office of the Admiralty produit des cartes destinées à aider les marins à naviguer sur toutes les eaux de la planète. Ces cartes décrivent avec une précision croissante les reliefs côtiers et la profondeur des eaux, localisent les îles, récifs, balises, ports et phares. Désormais amiral, Bayfield ne se retirera du service actif qu’en 1856, après avoir méticuleusement cartographié les Grands Lacs, le Saint-Laurent et les côtes des provinces maritimes. En plus de cette entreprise considérable, on lui doit un guide de navigation sur le Saint-Laurent, The St. Lawrence Pilot. Si des relevés hydrographiques du fleuve et du golfe ont été effectués et transcrits sur des cartes antérieures, Bayfield en déplore les lacunes qui causent de nombreuses erreurs de pilotage, parfois fatales.

Les périls du Saint-Laurent

En effet, le Saint-Laurent est un cimetière marin : le Centre national des naufrages répertorie plusieurs milliers de drames ayant eu lieu sur le fleuve et dans le golfe depuis le Elizabeth and Mary de l’amiral Phips, en route pour conquérir Québec, en 1690. Citons également la flotte de l’amiral Walker, elle aussi constituée en vue de conquérir la Nouvelle-France, qui se brise sur les récifs de l’Île aux Œufs lors d’une tempête en 1711, le désastre se soldant par la mort de 900 hommes. Si le golfe emporte plus volontiers les marins anglais, moins bien informés sur ses menaces, il n’en prélève pas moins son tribut chez les Français aussi, notamment lors du naufrage du Corossol en 1693.

Féru d’histoire, Bayfield n’ignore rien de ces évènements malheureux. Lorsqu’il décrit les paysages du Saint-Laurent, il est hanté par les dangers du fleuve, comme dans ce passage du St. Lawrence Pilot au sujet des Îles de la Madeleine, traduit par Faucher de Saint-Maurice :

« Par les jours de gros temps, lorsque le vent d’Est fouette et fait rage, le paysage change. Alors les pics isolés des îles, leurs falaises échiffées, se glissent, apparaissent confusément à travers la pluie, le brouillard, et semblent reliés entre eux par une ceinture de brisants qui masquent presqu’entièrement les bancs de sables et les lagunes. Gare à vous matelots ! N’approchez pas alors impunément de la Madeleine. En voulant la serrer de trop près, vous talonneriez, et vous seriez naufragés avant d’avoir pu même éventer le danger. »

Promenades dans le golfe Saint-Laurent p. 179

L’amiral Bayfield, guide des pilotes

Au XIXe siècle, la démographie croissante des populations bordant le Saint-Laurent augmente le trafic maritime et fluvial. L’ouverture du canal de Lachine en 1825 et ses élargissements successifs entraînent un accroissement considérable du transport de marchandises par cette voie. La mission de l’amiral Bayfield consiste à représenter le plus fidèlement possible la réalité du fleuve afin de prévenir les avaries. Dans son guide à destination des pilotes, Bayfield souligne, en plus de la méconnaissance du relief, plusieurs facteurs qui rendent la navigation sur le Saint-Laurent particulièrement périlleuse, parmi lesquels la banquise dérivante, les vents violents et la présence importante d’oxyde de fer dans les collines alentour dont le magnétisme fausse les aiguilles des boussoles. Mais le danger sur lequel l’amiral insiste est le brouillard : sur le Saint-Laurent, il est fréquent, brusque, et peut survenir en toute saison. Cette observation de vieux loup de mer est confirmée par la météorologie moderne. L’estuaire du Saint-Laurent serait, en effet, la région canadienne la plus propice à la formation de brouillards épais, en particulier au printemps et en été, période d’intense trafic fluvial. C’est d’ailleurs le brouillard qui cause le naufrage du Empress of Ireland, au large de Rimouski en 1914, une des plus grandes catastrophes navales de l’histoire.

Cartographier le Saint-Laurent

Cartographier le Saint-Laurent vers 1830 est un défi technique autant qu’un dur labeur. De mai à septembre, à bord de sa goélette, le Gulnare, Bayfield impose à son équipage un rythme effréné ; les 34 hommes ne s’interrompent que lorsque les intempéries l’exigent. Bayfield mesure la latitude à l’aide d’un sextant et la longitude au moyen d’un chronomètre. Il effectue d’innombrables calculs trigonométriques et consigne scrupuleusement les résultats des sondes. Son journal de bord témoigne des conditions extrêmes dans lesquelles il doit exercer son métier : les moustiques sont un tourment quotidien, des accidents ou des épidémies surviennent à bord, le ravitaillement tarde, la hiérarchie militaire réduit la solde des hommes et, surtout, cette mission de cartographie visant à prévenir les naufrages échappe elle-même plusieurs fois de peu à la tragédie. Ces circonstances poussent certains hommes à déserter, mais le sens du devoir de Bayfield est inébranlable. Il n’abandonne jamais. En hiver, à Québec où il a ses quartiers, il s’emploie au dessin des cartes. Pour un même lieu, il doit consacrer à cette tâche trois fois plus de temps que pour les relevés.

Les cartes du service hydrographique de la marine royale britannique sont reconnues pour leur fiabilité. Celles du Saint-Laurent ont servi aux navigateurs pendant plus de 70 ans, jusqu’à ce que des technologies comme le compas gyroscopique et le sonar voient le jour. Si des naufrages ont continué à se produire dans le fleuve et le golfe, nul doute que l’œuvre de Bayfield en ait prévenu de nombreux. Comme beaucoup de cartes géographiques, elles présentent également une valeur esthétique qui était importante pour l’amiral. Des vues côtières et représentations de phares qui complètent l’information strictement cartographique émane un charme d’aquarelle marine. Occasionnellement, on y rencontre un cartouche joliment orné plutôt inattendu sur une carte militaire du XIXe. Si ces cartes sont aujourd’hui caduques pour la navigation, les chercheurs peuvent y puiser de nombreuses informations sur l’évolution du rivage et du littoral, l’histoire navale ou encore la toponymie. Au Québec, cinq lieux portent le nom de Bayfield, dont un canton de la Côte-Nord et une île de l’archipel de Saint-Augustin.

Plusieurs cartes de l’amiral Bayfield ont été numérisées et sont disponibles dans BAnQ numérique.  

 

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Bibliographie:


Catégorie(s) : Diffusion

Collectionner l’éphémère

30 mai 2018 par Carnet de la Bn   2 Commentaires

Danielle Léger et Isabelle Robitaille, bibliothécaires,
Direction de la Collection nationale et des collections patrimoniales 

Feuillets publicitaires, étiquettes, tracts, cartons d’invitation, brochures, programmes, avis, « vieux papiers », placards : l’expression « documents éphémères » – ou ephemera – traduit bien la nature de ces sources fragiles et innombrables. Peu usités dans les collections institutionnelles, sans doute à cause de la difficulté que posent leur acquisition et leur traitement, ce sont de grands oubliés de l’histoire de l’imprimé. Pourtant, c’est bel et bien l’impression d’un document éphémère qui a précédé de quelques mois la publication par Gutenberg du premier livre imprimé en Occident[1].

Leur proximité temporelle fait des documents éphémères les témoins les plus fiables d’un événement[2]. Il n’en faut pas plus pour susciter l’intérêt des chercheurs, du public et des collectionneurs. Ces « non-livres » ne sont pas destinés à l’origine à être conservés, d’où leur rareté relative. Ils échappent bien souvent au circuit commercial traditionnel et sont étroitement associés à la vie quotidienne, administrative, culturelle, sociale et commerciale, par opposition au livre, objet initialement associé au luxe et à la noblesse[3].

Le vocable ephemera est apparu dans le lexique des bibliothécaires en 1962 avec la publication de l’ouvrage Printed Ephemera : The Changing Uses of Types and Letterforms in English and American Printing de John Lewis[4]. Issu de la forme plurielle grecque ephemeron, elle-même dérivée de epi, « sur, dans, faisant partie », et de hemeros, « jour », le mot désigne ce qui ne dure qu’une journée, ce qui n’est pas fait pour être conservé au-delà de l’actualité de son sujet[5]. Paradoxalement, ces « documents mineurs et passagers de la vie quotidienne » − selon l’expression de Maurice Rickards, fondateur en 1975 de la toute première Ephemera Society[6] − échappent parfois à la corbeille ou au bac de recyclage : souvenirs de spectacles ou de voyage déposés dans une boîte à chaussures, fabuleux albums de cartes postales, liasses de papiers oubliées dans une armoire…

Quelques pièces remarquables

Plusieurs éloquentes traces d’un passé lointain ou récent ont fait leur chemin jusque dans les réserves de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Elles sont pour la plupart regroupées au sein de cinq collections patrimoniales : affiches, cartes postales, feuilles volantes, iconographie documentaire et programmes de spectacles.

Examinons quatre pièces tirées de ces riches corpus.

 

Le 7 juin prochain : une visite-conférence

Pour souligner le 50e anniversaire de la Bibliothèque nationale du Québec, une des visites-conférences de la série Mémoires de papier mettra en vedette plus de 70 imprimés éphémères édités entre 1787 et 2012.

Outre les exemples qui illustrent cet article, vous pourrez y voir une carte publicitaire munie d’une boussole, un billet d’admission à la Bibliothèque paroissiale, des programmes de spectacles, un avis de recherche émis par la Police provinciale, une affiche de tramway des années 1940 qui fait l’éloge de la gomme à mâcher, de petits livres d’artistes à 2 $ diffusés dans les distributrices à cigarettes recyclées de  Distroboto, etc.

Amateurs d’histoire sociale, culturelle, commerciale, publicitaire et de l’imprimé, réservez votre place!  C’est un rendez-vous le 7 juin prochain, de 18 h à 19 h 30 à BAnQ Rosemont−La Petite-Patrie.

Pour en savoir plus

Danielle Léger et Isabelle Robitaille, « Ephemera spectaculi : inventaire et analyse des programmes de spectacles du XIXe siècle de la Collection patrimoniale de BAnQ », Revue de BAnQ, no 1 (2009), p. 100-113.

Danielle Léger, « Les programmes : histoire captivante d’un collection »  , À rayons ouverts, no 101 (hiver 2018), p. 18-20.

Danielle Léger, « Sur les murs de la ville, une pincée d’art offerte à tous », À rayons ouverts, no 79 (printemps 2009), p. 4-8.

Isabelle Robitaille, « Vues de Montréal, gravures anciennes et bouillon de bœuf », À rayons ouverts, no 100 (printemps-été 2017), p. 7-10.

 

[1] Il s’agit d’une « indulgence » de 30 lignes, imprimée par Gutenberg en avril 1455 (voir Michel Brisebois, L’imprimerie à Québec au xviiie siècle : les feuilles volantes et affiches, 1764-1800, Québec, Éditions de la Huit, 2005, p. 7).

[2] Timothy G. Young, « Evidence : Toward a Library Definition of Ephemera », RBM : A Journal of Rare Books, Manuscripts, and Cultural Heritage, vol. 4, no 1, 2003, p. 11-26.

[3] Nicolas Petit, L’éphémère, l’occasionnel et le non livre à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris, Klincksieck, 1997, p. 8.

[4] Young, op. cit., p. 15.

[5] Young, op. cit., p. 14.

[6] Traduction libre de « minor transient documents of everyday life ». Maurice Rickards, The Encyclopedia of Ephemera: A Guide to the Fragmentary Documents of Everyday Life for the Collector, Curator, and Historian, édité et complété par Michael Twyman, New York, Routledge, 2000, p. v.


Catégorie(s) : Diffusion

Notre collection d’estampes compte maintenant plus de 30 000 œuvres!

25 mai 2018 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

par Catherine Ratelle-Montemiglio,
Bibliothécaire, Direction de la Collection nationale et des collections patrimoniales

Formant un ensemble unique et important des collections patrimoniales, les estampes conservées à la Bibliothèque nous proposent un voyage à travers les époques, les styles et les techniques propres à cette pratique artistique. La collection s’est enrichie d’année en année  jusqu’à atteindre, tout récemment, le cap symbolique de plus de 30 000 œuvres!

Jean-Pierre Gaudreau, Singe, 2003. Eau-forte, pointe-sèche ; 15 x 32 cm

Développement de la collection d’estampes

Suzie Allen, Mémoire d’or, 2002. Collagraphie ; 39 x 29 cm

Le développement de cette collection se fait principalement par dépôt légal : l’exemplaire déposé intègre les collections patrimoniales et il est conservé dans les meilleures conditions possibles.  Deux fois l’an, le comité d’acquisition, formé d’experts externes, se penche sur les estampes reçues en dépôt légal et recommande, parmi celles-ci, les secondes épreuves qui seront acquises par achat.  Le prochain comité est prévu pour le 11 juin prochain et il est toujours temps de nous faire parvenir vos œuvres.

Numérisation des estampes

Karine Gibouleau, Professeur Brainiak : Scène VIII, le week-end, 2004. Eau-forte, aquatinte ; 58 x 39 cm

Par ailleurs, les efforts de numérisation se poursuivent en parallèle au développement physique de la collection, permettant un accès toujours plus grand au patrimoine iconographique québécois. Plus de 11 500 estampes peuvent donc être admirées directement en ligne sur la plateforme BAnQ numérique. De nombreux ajouts ont été faits au cours des derniers mois et valent certainement le coup d’œil. En effet, plusieurs belles découvertes peuvent être faites parmi les items récemment ajoutés, provenant autant d’artistes ayant façonné le développement de l’estampe au Québec que d’artistes contemporains. Ces derniers ajouts nous permettent d’observer une variété de techniques et de styles adoptés par les artistes, démontrant toute la polyvalence de l’art de l’estampe. Notons par exemple le travail de Karine Gibouleau, dont les œuvres réalisées à l’eau-forte et à l’aquatinte reprennent les codes de la bande dessinée, ou encore les gravures sur bois abstraites de Gaston Petit (Fuji), probablement effectuées à son atelier de Tokyo dans les années 1960. Il est également possible d’observer quelques exemples de collagraphie, une technique de gravure en relief basée sur le collage, comme chez Suzie Allen et Paul Cloutier.

En somme, que vous soyez à la recherche d’inspiration ou que vous souhaitiez en apprendre plus sur l’art de l’estampe, les possibilités sont presque infinies. Nous espérons que ces quelques exemples auront piqué votre curiosité et vous encourageront à explorer cette magnifique collection!

Fuji (i. e. Gaston Petit), Barjône, 1969. Bois gravé ; 57 x 42 cm

Paul Cloutier, Cerf-volant, 2006. Collagraphie ; 57 x 38 cm

René Derouin, Tokio. II-A, 19]68. Bois gravé ; 51 x 40 cm


Catégorie(s) : Acquisition, Diffusion

Numérisation : petit livre, gros défis!

18 mai 2018 par Carnet de la Bn   3 Commentaires

 Marie-Chantal Anctil,
Coordonnatrice de la section de la reproduction, Direction de la numérisation

Michel Legendre,
Photographe, Direction de la numérisation

Isabelle Robitaille,
Bibliothécaire, Direction de la Collection nationale et des collections patrimoniales

À une époque où chacun peut créer une image et la partager instantanément, la numérisation du plus petit livre des collections de la Bibliothèque peut sembler un exercice de routine. Détrompez-vous! L’ouvrage de bibliophilie The Lord’s prayer entre dans la catégorie des cas exceptionnels,  de ceux qui nous donnent du fil à retordre en studio et demandent de la créativité.

Le document

Tout d’abord, de quel livre s’agit-il? The Lord’s prayer est un livre miniature de 6 mm contenant la prière le Notre-Père en 6 langues: en anglais (deux versions), en français, en allemand, en espagnol, en néerlandais et en norvégien.  Il est le plus petit livre dans les collections patrimoniales de BAnQ et l’un de nos trésor, mais ce n’est pas le plus petit livre au monde. Le concept du livre miniature imprimé existe depuis les débuts de l’imprimerie, inventée par Gutenberg au XVe siècle. Pour être considéré comme miniature, un livre doit mesurer moins de 75mm. Il s’agit dans la plupart des cas de curiosités plutôt que de livres destinés à la lecture. 

Le livre a été fabriqué selon la méthode traditionnelle, soit avec des caractères typographiques en plomb. Cependant, les caractères sont proportionnellement plus gros que pour un livre normal, chaque page contenant à peine 13 lignes. L’impression des caractères est également pâle; il était assurément difficile pour l’imprimeur d’évaluer la quantité d’encre à utiliser. Malgré ces éléments, ce livre constitue un exploit technique et revêt une  grande valeur pour nous puisqu’il a été offert à BAnQ pour inaugurer l’ouverture de la Grande Bibliothèque en 2005. Nous le conservons précieusement dans la collection spéciale des livres de bibliophilie.

Sa numérisation

Pour réaliser une numérisation de qualité, nous avons dû surmonter plusieurs défis. Du haut de ses 6 mm, l’ouvrage était au moment de sa création, en 1958, le plus petit livre imprimé. Le livre est en bon état, mais la reliure est fragile et l’ouverture, restreinte en raison de sa petite taille. Nous voulions photographier le livre ouvert, être capable de voir le texte et laisser transparaître sa petite dimension tout en produisant une image harmonieuse. Plus facile à dire qu’à faire lorsqu’il est question d’un livre si petit!

Avec beaucoup de patience, le photographe Michel Legendre a utilisé des spatules fines pour tourner les pages et trouver celle qui nous intéressait : le Notre-Père en français. Comme le livre est difficile à lire a l’oeil nu, Michel a travaillé avec une loupe. Pour positionner le livre et le maintenir ouvert, il s’est servi de minuscules morceaux  de gomme à effacer.

En macrophotographie (ensemble des techniques photographiques  permettant de photographier des sujets de petite taille), la principale préoccupation est la mise au point et la profondeur de champ. Pour contrer ces difficultés, le photographe a travaillé avec une lentille 120mm Macro sur un appareil de 100 mégapixels et a appliqué une technique qui permet de fusionner des images à des focus différents : dans ce cas-ci 15 images différentes. La prise de vue en mode connecté a été effectuée avec le logiciel CaptureOne, la fusion des images avec HeliconFocus et le traitement final dans Photoshop.        

Il en résulte une photo qui cache très bien les efforts appliqués à sa réalisation et qui nous permet d’admirer et de partager ce minuscule trésor sans l’endommager!

Photos: Michel Legendre et Marie-Chantal Anctil.


Catégorie(s) : Diffusion

Regard sur la Collection nationale de musique

11 mai 2018 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

par Benoit Migneault
Directeur
Bibliothèque Saint-Sulpice

Pauline Julien, CBS Disques, [196-?]

Il serait évidemment facile de dresser une liste de documents rares ou introuvables ailleurs qui sont conservés dans la Collection nationale de musique. On n’a qu’à penser à l’opéra Louis Riel d’Harry Somers, qui reçut une critique louangeuse lors de sa publication en 1985. Et que dire du Vol rose du flamant de Clémence Desrochers, première comédie musicale québécoise jamais enregistrée, qui remonte à 1964?

Festival de musique avec tout l’monde… Oné toutoboutte toutte avec Raoul Duguay et Dyonysos, entre 1971 et 1978.

Toutefois, la Collection nationale de musique est bien plus qu’un lot de raretés: ce qui la caractérise et constitue son ultime richesse, c’est le fait qu’elle rassemble en un seul lieu la totalité du patrimoine musical et sonore québécois, pour le plus grand bénéfice des usagers de BAnQ. Après tout, le concept de trésor est bien variable selon les usagers à qui on demande de le définir.

Certains sont fébriles à l’idée de pouvoir consulter la collection de disques country; pour d’autres, c’est le rock progressif; enfin, d’aucuns jettent leur dévolu sur la musique de films, la musique d’émissions pour enfants ou l’impressionnante collection de 45 tours. On peut par ailleurs se poser la question suivante: si la Collection nationale de musique n’existait pas, où donc trouverait-on un accès aussi convivial et aussi démocratique à ces témoins de notre passé et de notre présent? Il faut en effet garder en tête qu’au-delà de leur contenu musical, ces enregistrements sont également révélateurs d’une société en mouvance. On n’a qu’à songer, par exemple, au parallèle à tracer entre l’émergence des chansonniers à texte et la Révolution tranquille. Évidemment, certains enregistrements sont absents de cette collection, soit parce que BAnQ n’en possède qu’un seul exemplaire, auquel cas il se trouve au Centre de conservation, soit parce que le document est trop fragile pour être disponible en accès libre, ce qui est le cas des cylindres de cire, des 78 tours et des cassettes huit pistes. Dans une telle éventualité, il suffit de s’adresser au personnel de la section Musique et films afin qu’une version numérisée du document soit réalisée pour fins de consultation.

Pour en savoir plus, venez assister à la conférence L’évolution de la chanson populaire au Québec, le 17 mai à BAnQ Rosemont–La Petite-Patrie. De la Nouvelle-France au xxie siècle, une incursion au cœur de la petite et de la grande histoire de la chanson d’ici en compagnie d’une bibliothécaire spécialisée en musique du Québec. La rencontre sera suivie d’une visite de l’édifice qui abrite un exemplaire de presque tout ce qui a été publié au Québec à travers le temps.


Catégorie(s) : Diffusion

Une carte-index interactive pour la recherche de plans d’assurance-incendie de Montréal

8 mai 2018 par Carnet de la Bn   1 Commentaire

par Alban Berson
Cartothécaire
Direction de la Collection nationale et des collections patrimoniales

 

BAnQ, en collaboration avec le Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal est heureuse d’offrir aux chercheurs un tout nouvel outil: une carte-index interactive des plans d’assurance-incendie de Montréal.   

BAnQ possède une collection presque complète de plans d’assurance-incendie décrivant plusieurs villes et villages du Québec entre les années 1880 et 1970. Dressés tout d’abord par l’ingénieur Charles Goad, puis par l’entreprise Underwriters’ Survey Bureau, ces plans étaient dessinés pour aider les compagnies d’assurance à évaluer les risques d’incendie et à tarifer les polices d’assurance. D’une qualité exceptionnelle, ils montrent une grande quantité de détails intéressants, notamment la disposition des bâtiments, les matériaux de construction utilisés, l’adresse, le découpage cadastral et parfois aussi les noms des commerces, des industries et des propriétaires.

D’une grande superficie, le territoire de la ville de Montréal a été découpé en plusieurs volumes numérotés par la firme de cartographie (une liste de ces volumes est disponible ici). Tout au long du XXe siècle, les mêmes numéros de volumes et de planches correspondent aux mêmes sections de Montréal. Par exemple, de la première édition du volume 4 en 1913 à sa dernière édition en 1961, la planche 180 représente toujours le même segment de la rue Saint-Ambroise et le quartier environnant. Au fur et à mesure du développement urbain, certaines planches supplémentaires sont apparues dans les volumes réédités.

Insurance plan of the city of Montreal, volume 4, pl. 180, 1961.

Cette constance facilite les comparaisons et a permis au Partenariat de recherche Montréal, plaque tournante des échanges : histoire, patrimoine, devenir, rattaché au Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal (UQAM), d’établir cette carte-index interactive sur un fond de carte montrant les rues de Montréal aujourd’hui. Le chercheur peut ainsi repérer en un coup d’œil le volume correspondant à la zone qui l’intéresse. Plusieurs volumes comportent également des planches géoréférencées, pour permettre un accès rapide et direct à la planche pertinente.

Pour plus de détails sur la collection de plans d’assurance-incendie et sur la façon de mener des recherches, veuillez consulter le Guide d’utilisation des plans de villes et villages du Québec.


Catégorie(s) : Diffusion

Coup d’œil sur la numérisation

4 mai 2018 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

par Marie-Chantal Anctil,
Coordonnatrice de la section de la reproduction, Direction de la numérisation 

BAnQ conserve dans ses collections plus de 883 000 titres du patrimoine documentaire publié et plus de 65 km du patrimoine documentaire archivistique québécois, de la fondation de la Nouvelle-France à aujourd’hui. Plusieurs de ces documents sont uniques et précieux, ils constituent la mémoire documentaire du Québec.

La numérisation réfère à un ensemble de processus qui convertit des documents analogiques (papier, bande magnétique, etc.) en données numériques. Le document peut alors être diffusé sur les réseaux et les médias numériques. La Direction de la numérisation gère cette activité. À ce jour, c’est plus de 30 millions de fichiers de documents publiés, d’archives et de documents audiovisuels qui ont été numérisés. Les documents numérisés sont destinés à la diffusion principalement, mais certaines collections peuvent aussi être numérisées à des fins de traitement; c’est le cas des collections audiovisuelles, dont le contenu devient inaccessible en raison du vieillissement des supports matériels.

Les collections de BAnQ sont le reflet de ce qui a été publié et créé au Québec. On retrouve des livres, des revues, des journaux, des cartes, des actes de notaires, des registres d’état civil, des affiches, des cartes postales, des photographies, des estampes, des livres d’artistes, des partitions musicales, des enregistrements sonores sur disques, cassettes, CD et cylindres de cire, ainsi que des films et des enregistrements vidéo en formats U-Matic, VHS, Vidéo Hi8, Betacam, etc. En raison de cette diversité des supports contenus dans nos collections, l’équipe de la Direction de la numérisation est multidisciplinaire.

Les employés œuvrant du côté de la reproduction numérique ont des compétences techniques liées à la création des fichiers de tout type : photographie numérique et analogique, microformes, films, enregistrements audio, vidéos, etc. Du côté de la mise en ligne des fichiers, les employés assurant le contrôle de la  qualité, le classement, la conformité des métadonnées, la reconnaissance optique de caractère (OCR) et la mise en ligne ont des connaissances informatiques.  Chaque année, c’est plus d’un million de pages qui sont mises en ligne, rendant ainsi les documents accessibles à tous.  La numérisation est effectuée en respectant des règles précises qui en assurent la qualité.

En amont de la numérisation, l’identification des corpus à numériser, leur traitement documentaire ou archivistique, la libération des droits d’auteurs et la préparation (et parfois la restauration) constituent un travail préalable fondamental. Toutes ces étapes sont effectuées avec minutie afin de minimiser l’impact sur les collections physiques.

Nous aborderons plus spécifiquement les différents aspects du travail dans de prochains billets et nous vous présenterons des cas particuliers rencontrés dans le processus de transformation numérique.


Catégorie(s) : À propos de la Bibliothèque nationale, Diffusion

Regard sur le territoire gaspésien

11 avril 2018 par Carnet de la BN   Pas de commentaires

par Philippe Legault,bibliothécaire à la Collection nationale.

 

Edmond-Joseph Massicotte, « Faucher de Saint-Maurice », Le Monde illustré, vol. 17, n° 850, 18 août 1900, p. 241.

Faucher de Saint-Maurice fait partie du groupe des grands intellectuels québécois de la fin du XIXe siècle. Serge Provencher, dans sa présentation de l’homme, précise que Narcisse-Henri-Édouard Faucher, né le 18 avril 1844, décida à 18 ans de s’attribuer, à la grande surprise de son entourage, le nom à particule « de Saint-Maurice »1. Cet ajout à son nom de famille fait référence à ses origines françaises de Saint-Maurice-les-Brousses, près de Limoges. La production littéraire de Faucher de Saint-Maurice comprend plus de 5000 pages. Il a publié au total huit récits de voyageSon esprit d’aventure l’a, entre autres, mené jusqu’en Gaspésie.

De tribord à bâbord

Publié en 1877, De tribord à bâbord est le récit de trois croisières sur le golfe du Saint-Laurent à bord du CGS Napoléon III. Le navire est un steamer du ministère de la Marine et des Pêcheries qui forme avec quatre autres bâtiments l’embryon de ce qui deviendra, un siècle plus tard, la Garde côtière canadienne. Longtemps, il sera le seul moyen de transport reliant les nombreux villages de la côte gaspésienne. Il faudra attendre 1925 pour qu’une voie routière ceinture la péninsule gaspésienne. Elle prendra l’appellation populaire de « boulevard Perron » en l’honneur du ministre de la voirie de l’époque.

Le Napoléon III avait comme mission le ravitaillement des phares du Saint-Laurent. L’auteur prolifique, curieux et grand érudit, fait une description colorée, voire poétique, de toutes les rencontres et péripéties de son voyage sur la route des phares. L’expédition en territoire gaspésien l’amènera dans la baie des Chaleurs, à Paspébiac, à Port Daniel, à Grande-Rivière, à Percé, à l’île Bonaventure, à Gaspé, à Forillon, à Cap-des-Rosiers, à L’Anse-au-Griffon, à Grande-Vallée, au cap Madeleine, à Mont-Louis et à Sainte-Anne-des-Monts. Il déclare : « Dans le golfe Saint-Laurent tout est puissant, tout est immense. Le Créateur y a semé des paysages les plus grandioses et y a jeté à pleine main archipels enchanteurs, rivières sinueuses et pittoresques, promontoires sombres, riants coteaux»2. Pour l’écrivain voyageur, chaque incident est une occasion d’évoquer des faits historiques, révélant ainsi son érudition. Il souligne l’occupation du territoire en citant des écrits de Cartier, Champlain et Chrestien Le Clercq.

 

« Phares du Bas-Saint-Laurent avec carte de référence », L’Opinion publique, vol. 8, n° 42, 18 octobre 1877, p. 498-499.

 

La Gaspésie

Illustration de la légende du braillard dans La Gaspésie – Histoire, légendes, ressources, beautés, Québec, Office provincial du tourisme, 1933, p. 98.

Faucher de Saint-Maurice est un excellent conteur qui vise autant à décrire les lieux visités qu’à rapporter les contes et légendes associés à chaque coin de la Gaspésie et d’ailleurs. Au phare de Cap Madeleine, situé à Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine, le nom de localité le plus long du Québec, il apprend la légende du Braillard de la Madeleine. Un bruit sinistre terrorise les marins qui viennent jeter l’ancre à l’embouchure de la rivière. Ces derniers entendent des lamentations ou des hurlements furieux. Il faut la bravoure d’un missionnaire pour découvrir la cause du mystère et faire disparaître ce bruit effroyable. L’abbé Charles-François Painchaud, armé d’une hache à sa ceinture, s’enfonce dans la forêt et découvre l’origine du phénomène. Deux arbres, inclinés en forme de X, produisent des bruits alarmants par leur friction lorsqu’ils sont secoués par le vent. Faucher de St-Maurice sait captiver par sa narration vivante des légendes gaspésiennes.

Près de 100 ans plus tard, De tribord à bâbord est imprimé à nouveau. L’édition de 1975 contient une présentation de Jacques Ferron, grand poète, journaliste, médecin et homme politique québécois. Les paysages gaspésiens lui ont d’ailleurs inspiré plusieurs poèmes.

Faucher de Saint-Maurice est allé à la découverte de la Gaspésie alors que la région était peu connue. Encore aujourd’hui, ce coin de pays est à découvrir et à habiter. 

1. Faucher de Saint-Maurice, Contes et récits, présentation de Serge Provencher, Montréal-Nord, VLB, 1980.
2. Faucher de St-Maurice, De tribord à bâbord, présentation de Jacques Ferron, Montréal, L’Aurore, 1975, p. 208.

Cet article provient du numéro 97 d’À rayons ouverts.


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Des atlas publiés en pleine tourmente

21 mars 2018 par Carnet de la BN   Pas de commentaires

Par Marie Trottier, restauratrice d’œuvres sur papier, Centre de conservation du Québec,
et Jean-François Palomino, cartothécaire, BAnQ Rosemont–La Petite-Patrie.

 

 

Pilote americain septentrional pour les côtes de Labrador, Nlle. Ecosse, Nlle. Angleterre, New-York, Pensilvanie, Maryland, Virginie, les 2 Carolines et Floride, 55,4 x 41,3 x 3,1 cm, Paris, chez Le Rouge, 1778. Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

En 2009, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) recevait de la part de la Compagnie de Jésus un don de plusieurs centaines de documents qui ne concernaient pas directement l’histoire de la communauté, notamment deux atlas en trois volumes ayant figuré jadis dans les collections du Collège Sainte-Marie : l’Atlas amériquain septentrional contenant les détails des différentes provinces de ce vaste continent et le Pilote americain septentrional pour les côtes de Labrador, Nlle. Ecosse, Nlle. Angleterre, New- York, Pensilvanie, Maryland, Virginie, les 2 Carolines et Florides. Ces trois volumes sont parmi les rares exemplaires conservés au Canada. S’ils ne concernent pas uniquement le territoire québécois, on y devine en filigrane l’intérêt de la France pour ce territoire nord-américain, quinze ans après avoir abandonné ses colonies nord-américaines à l’Angleterre.

 

Pilote americain septentrional pour les côtes de Labrador, Nlle. Ecosse, Nlle. Angleterre, New-York, Pensilvanie, Maryland, Virginie, les 2 Carolines et Floride, 55,4 x 41,3 x 3,1 cm, Paris, chez Le Rouge, 1778. Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

 

 

Publiés à Paris en 1778, en pleine guerre d’indépendance des colonies anglaises, ces atlas contiennent des cartes d’origine britannique parmi les meilleures de l’époque (comme l’atteste l’extrait d’une lettre de l’Académie royale de marine reproduit en page frontispice). Traduites spécialement pour le lectorat français, les cartes permettaient de suivre le théâtre de la guerre en Amérique alors que la France venait de déclarer la guerre à l’Angleterre, en soutien aux rebelles américains. Plus précises, les cartes du Pilote americain septentrional montrent les plans des principaux ports britanniques (Halifax, Boston, Rhode Island, Philadelphie, etc.); elles sont ainsi utiles aux mariniers français impliqués dans la guerre. Les cartes sont soigneusement dessinées, gravées et imprimées selon les normes de l’époque. Plusieurs comprennent les frontières d’État rehaussées au lavis. Attrayants, les frontispices évoquent d’une part l’exotisme des terres américaines – femme au torse nu, ananas, palmier, canot, volcan – avec, en arrière-plan, des Européens venus exploiter ces ressources et, d’autre part, la rencontre européo-amérindienne fondée sur des échanges commerciaux (on y voit William Penn, fondateur de la Pennsylvanie, en train de négocier avec les Amérindiens).

 

Pilote americain septentrional pour les côtes de Labrador, Nlle. Ecosse, Nlle. Angleterre, New-York, Pensilvanie, Maryland, Virginie, les 2 Carolines et Floride, 55,4 x 41,3 x 3,1 cm, Paris, chez Le Rouge, 1778. Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Le traducteur, compilateur et éditeur de l’ouvrage est Georges Louis Le Rouge, ingénieur cartographe né en Allemagne vers 1712 qui s’est ensuite installé au cœur de Paris, rue des Grands Augustins. L’ouvrage original traduit est l’œuvre du cartographe éditeur britannique Thomas Jefferys, qui publie en 1776 The American Atlas, compilé grâce aux levés exécutés par plusieurs militaires commissionnés par les autorités britanniques pour cartographier leurs colonies nord-américaines (Samuel Holland, Joseph F. W. Des Barres, etc.). On y trouve en tout 58 cartes, parmi les plus prisées des collectionneurs : « Amerique septentrionale par le docteur Mitchel », « Nouvelle carte de la province de Quebec selon l’edit du roi d’Angleterre du 7 8bre 1763 par le capitaine Carver », « Province de New York… par Montresor », « Carte des troubles de l’Amérique… par Sauthier et Ratzer », etc. Ces cartes publiées sont parmi les plus précises de l’époque, et elles le demeureront jusqu’à la publication de l’Atlantic Neptune, quelques années plus tard.

 

 

Article publié à l’origine sous le titre Une seconde vie pour des atlas anciens, dans le numéro 95 d’À rayons ouverts.

Assistez à la conférence de Jean-François Palomino et Alban Berson le 26 avril : Les mystères d’une carte de l’époque de la Nouvelle-France


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