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Pour éclaircir le sujet des sorciers…

12 octobre 2018 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

par Daniel Chouinard
Bibliothécaire
Direction du dépôt légal et de la conservation des collections patrimoniales

« Le jugement qui a été conclu contre une sorcière, auquel je fus appelé le dernier jour d’avril mille cinq cent septante-huit, m’a donné occasion de mettre la main à la plume pour éclaircir le sujet des sorciers, qui semble à toutes personnes étrange à merveille et à plusieurs incroyable.» Ainsi s’ouvre la préface de De la démonomanie des sorciers, l’un des plus importants ouvrages sur la sorcellerie publiés au cours de la Renaissance, que la Bibliothèque a pu acquérir en 2012 grâce à la générosité de deux donatrices, Suzanne et Andrée Milette.

Ce traité est l’œuvre du philosophe, juriste et économiste français Jean Bodin (1530-1596), une figure peu connue du grand public. Contemporain de Montaigne (1533-1592), Bodin est considéré par plusieurs spécialistes comme l’un des plus importants philosophes politiques de la Renaissance, principalement en raison des Six livres de la République (1576), ouvrage fondateur qui se penche sur les principes de la vie en société en s’appuyant sur les données de l’histoire et de la géographie. Au terme de son analyse, Bodin est amené à soutenir le principe d’une monarchie dans laquelle le roi est dépositaire d’un pouvoir fort qui doit être tempéré par le respect des lois fondamentales du royaume. Il est ainsi le premier à avoir établi clairement l’importance de la notion de souveraineté de l’État et certains voient en lui un précurseur du Montesquieu de De l’esprit des lois, ouvrage qui paraîtra en 1748. L’influence de Bodin s’est fait sentir pendant tout le XVIIe siècle et même au-delà.

Véritable homme de la Renaissance, Bodin écrit aussi bien en latin qu’en français. Son traité intitulé Methodus ad facilem historiarum cognitionem (littéralement « Méthode pour un apprentissage aisé de l’histoire »), publié en 1566, insiste sur l’importance de la connaissance du passé pour la compréhension du droit et de la politique. Témoin direct des désordres terribles causés par les guerres de religion qui déchirèrent la France entre 1562 et 1598, Bodin se fera avant tout le défenseur de l’ordre social et de la stabilité du gouvernement.

C’est sans doute dans cette optique qu’il faut considérer la place qu’occupe De la démonomanie des sorciers dans l’œuvre de Bodin. Cet ouvrage, qui vise à établir le caractère démoniaque des sorciers, est considéré par plusieurs comme un classique. Publié d’abord en 1580, il sera réédité à plusieurs reprises, y compris après la mort de l’auteur. Appelé à témoigner en tant qu’expert judiciaire dans des procès pour sorcellerie, qui sont chose courante à l’époque, Bodin tirera parti de son expérience pour rédiger ce traité qui doit aider à faire condamner les sorciers, perçus par lui comme source d’un dangereux désordre social.

Dans la première partie de l’ouvrage, Bodin s’attache à définir ce qu’est un sorcier : « Sorcier est celui, qui par moyens diaboliques sciemment s’efforce de parvenir à quelque chose. » Puis il cherche à prouver que les sorciers possèdent de réels pouvoirs. Il traite également des moyens de se protéger de leurs maléfices, de la façon de les reconnaître et de la démarche à suivre pour prouver le crime de sorcellerie. Il conclut en réfutant longuement et avec une « juste colère » les opinions de Jean Wier (1515-1588), médecin hollandais qui avance, notamment dans Histoires, disputes et discours, des illusions et impostures des diables, des magiciens infâmes, sorcières et empoisonneurs, paru en 1579, que les sorciers sont plutôt la proie d’illusions maladives et qu’ils ne doivent pas être traités comme des criminels. Bodin qualifie ces opinions de « blasphèmes » et affirme au contraire que les sorciers doivent être condamnés au bûcher, un point de vue qui montre qu’il n’était pas à l’abri de l’intolérance religieuse.

 

L’exemplaire acquis par BAnQ appartient à la quatrième édition, parue à Lyon en 1598, soit deux ans après la mort de Bodin. Si l’on en croit les principaux catalogues collectifs consultés, il n’y aurait pas d’autre exemplaire de cette édition dans les bibliothèques canadiennes et un seul exemplaire dans une bibliothèque américaine. Fait remarquable, cette édition se termine par une abondante « table des matières », véritable index de 21 pages répertoriant avec précision les divers sujets abordés, ce qui montre assez bien la volonté que ce livre soit utilisé comme un ouvrage de référence.

 

Enfin, la présence d’un ex-libris nous renseigne sur la provenance de cet exemplaire. En page de garde, on peut voir une marque faite à l’aide d’un tampon encré qui montre un castor surplombant l’inscription « J. P. R. Masson, Terrebonne ». Il s’agit vraisemblablement de Jean Paul Romuald Masson (1832-?), fils de Joseph Masson (1791-1847), important homme d’affaires qui a acquis la seigneurie de Terrebonne en 1832. Ce Jean Paul Romuald Masson eut entre autres une fille nommée Marie Geneviève Pia Masson, née en 1874, qui épousa en 1917 un certain Alphonse Milette, ancêtre des deux dames qui ont généreusement offert cet exemplaire à BAnQ.

 

En nous permettant d’aborder un aspect moins glorieux de l’œuvre de Jean Bodin, cet ouvrage vient avec à-propos nous rappeler que les grands esprits de la Renaissance, comme ceux de toutes les époques sans doute, ont également leur part d’obscurité.

 

Pour en savoir plus, le don de cet ouvrage a fait l’objet d’un article dans le Devoir en novembre 2012.

Article publié à l’origine dans le numéro 88 d’À rayons ouverts.


Catégorie(s) : Acquisition

Un exemplaire très particulier du roman Maria Chapdelaine

21 septembre 2018 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

par Daniel Chouinard, bibliothécaire
Direction du dépôt légal et des acquisitions

 

 

 

Le roman Maria Chapdelaine jouit au Québec d’une telle notoriété que beaucoup ont l’impression de connaître le livre de Louis Hémon sans même l’avoir lu. Publié d’abord sous forme de feuilleton dans le journal français Le Temps en 1914 – soit quelques mois après la mort accidentelle de l’auteur –, il paraît ensuite sous forme de livre à Montréal en 1916, puis à Paris en 1921. En France, ce sera l’un des livres les plus vendus de la première moitié du XXe siècle, puis il tombera peu à peu dans l’oubli. Au Québec, il demeure un classique qui a inauguré le genre du roman de la terre et exercé une influence considérable sur bon nombre de romanciers.

 

L’édition parue à Montréal en 1916 chez J.-A. Lefebvre est considérée comme la première et, à ce titre, est recherchée par les collectionneurs. Elle est relativement rare, sans toutefois être introuvable. La Bibliothèque nationale a ainsi eu l’occasion d’acquérir un exemplaire très particulier de cette édition grâce à la générosité de l’écrivain Louis Gauthier, qui lui a fait don d’une cinquantaine de livres provenant de la bibliothèque de son grand-père, Victor Morin (1865-1960). Ce dernier fut notamment notaire, professeur de droit à l’Université de Montréal, président de la Société historique de Montréal, auteur féru d’histoire et éminent bibliophile.

 

 

 

Cet exemplaire comporte un bel ex-libris de Victor Morin et une reliure qualifiée par celui-ci de « reliure du terroir canadien » en peau de suède avec dessin de catalogne. Il est dédicacé à Victor Morin par Éva Bouchard – qui signe « Maria Chapdelaine » –, cette institutrice de Péribonka qui aurait inspiré Louis Hémon. En regard de l’ex-libris est collée une lettre datée de 1933 sur papier à en-tête de l’entreprise Lewis Brothers, dans laquelle un certain Ralph Lawson explique à Morin que Maria Chapdelaine a été dactylographié dans les bureaux de l’entreprise alors que Hémon y travaillait comme sténographe, un fait connu des spécialistes. Enfin, cet exemplaire abritait également trois lettres manuscrites adressées à Victor Morin en 1925 par Marie Hémon, la sœur de Louis. Entre autres choses, Marie Hémon écrit  : « nous vous remercions une fois de plus, ma mère et moi, de tout ce que vous avez fait pour la mémoire de mon frère. »

Éva Bouchard

On en conviendra, voilà un exemplaire exceptionnel d’un roman qui ne l’est pas moins.

 

Article publié à l’origine dans le numéro 89 d’À rayons ouverts.


Catégorie(s) : Acquisition, Diffusion

Notre collection d’estampes compte maintenant plus de 30 000 œuvres!

25 mai 2018 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

par Catherine Ratelle-Montemiglio,
Bibliothécaire, Direction de la Collection nationale et des collections patrimoniales

Formant un ensemble unique et important des collections patrimoniales, les estampes conservées à la Bibliothèque nous proposent un voyage à travers les époques, les styles et les techniques propres à cette pratique artistique. La collection s’est enrichie d’année en année  jusqu’à atteindre, tout récemment, le cap symbolique de plus de 30 000 œuvres!

Jean-Pierre Gaudreau, Singe, 2003. Eau-forte, pointe-sèche ; 15 x 32 cm

Développement de la collection d’estampes

Suzie Allen, Mémoire d’or, 2002. Collagraphie ; 39 x 29 cm

Le développement de cette collection se fait principalement par dépôt légal : l’exemplaire déposé intègre les collections patrimoniales et il est conservé dans les meilleures conditions possibles.  Deux fois l’an, le comité d’acquisition, formé d’experts externes, se penche sur les estampes reçues en dépôt légal et recommande, parmi celles-ci, les secondes épreuves qui seront acquises par achat.  Le prochain comité est prévu pour le 11 juin prochain et il est toujours temps de nous faire parvenir vos œuvres.

Numérisation des estampes

Karine Gibouleau, Professeur Brainiak : Scène VIII, le week-end, 2004. Eau-forte, aquatinte ; 58 x 39 cm

Par ailleurs, les efforts de numérisation se poursuivent en parallèle au développement physique de la collection, permettant un accès toujours plus grand au patrimoine iconographique québécois. Plus de 11 500 estampes peuvent donc être admirées directement en ligne sur la plateforme BAnQ numérique. De nombreux ajouts ont été faits au cours des derniers mois et valent certainement le coup d’œil. En effet, plusieurs belles découvertes peuvent être faites parmi les items récemment ajoutés, provenant autant d’artistes ayant façonné le développement de l’estampe au Québec que d’artistes contemporains. Ces derniers ajouts nous permettent d’observer une variété de techniques et de styles adoptés par les artistes, démontrant toute la polyvalence de l’art de l’estampe. Notons par exemple le travail de Karine Gibouleau, dont les œuvres réalisées à l’eau-forte et à l’aquatinte reprennent les codes de la bande dessinée, ou encore les gravures sur bois abstraites de Gaston Petit (Fuji), probablement effectuées à son atelier de Tokyo dans les années 1960. Il est également possible d’observer quelques exemples de collagraphie, une technique de gravure en relief basée sur le collage, comme chez Suzie Allen et Paul Cloutier.

En somme, que vous soyez à la recherche d’inspiration ou que vous souhaitiez en apprendre plus sur l’art de l’estampe, les possibilités sont presque infinies. Nous espérons que ces quelques exemples auront piqué votre curiosité et vous encourageront à explorer cette magnifique collection!

Fuji (i. e. Gaston Petit), Barjône, 1969. Bois gravé ; 57 x 42 cm

Paul Cloutier, Cerf-volant, 2006. Collagraphie ; 57 x 38 cm

René Derouin, Tokio. II-A, 19]68. Bois gravé ; 51 x 40 cm


Catégorie(s) : Acquisition, Diffusion

Combien ça vaut? Déterminer la valeur marchande des documents patrimoniaux

25 avril 2018 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

par Daniel Chouinard
Bibliothécaire
Direction du dépôt légal et de la conservation des collections patrimoniales

La question de la valeur marchande des documents patrimoniaux, qu’il s’agissent de livres anciens, de cartes, de disques, etc. est une de celles auxquelles nous devons régulièrement répondre. Comme dans tout commerce qui s’exerce librement, cette valeur est essentiellement déterminée par le jeu de l’offre et de la demande. Voici les principaux facteurs qui peuvent influencer cette valeur.

Daniel Chouinard

La qualité du contenu : les ouvrages qui font autorité dans leur domaine ou qui ont fait date dans l’histoire d’une discipline sont toujours recherchés.

L’importance de l’auteur : la renommée d’un auteur peut jouer un rôle déterminant, au point qu’un ouvrage mineur d’une célébrité peut être plus recherché qu’une œuvre de grande qualité d’un auteur moins connu. De même, une provenance prestigieuse ou la présence d’une dédicace peuvent augmenter la valeur d’un exemplaire en particulier.

L’âge : les ouvrages imprimés avant 1800 sont en général considérés comme anciens et peuvent avoir une bonne valeur s’ils sont en bon état.

La rareté : la rareté peut accroître la valeur d’un document, mais c’est un élément qui est souvent difficile à estimer, car on ne sait pas forcément combien d’exemplaires ont été imprimés. La rareté ne justifie pas à elle seule une valeur élevée : il faut aussi que le document ait d’autres qualités.

Les qualités esthétiques : la présence d’illustrations, de cartes géographiques, d’un papier de qualité, d’une typographie ou d’une reliure soignées sont autant d’éléments qui peuvent pousser la valeur d’un document à la hausse.

La brochure ci-dessous, achetée au coût d’environ 6 000 $ en novembre 2017, illustre bien les facteurs évalués lors d’une acquisition. Publiée en 1777, il s’agit de l’une des rares pièces de théâtre publiée pendant la Guerre d’Indépendance américaine. C’est un exemple de littérature patriotique qui met en scène l’attaque de Québec par le général américain Montgomery, qui y trouvera la mort. Il s’agit de l’un des tout premiers drames historiques américains publié par un des premiers auteurs du genre aux États-Unis.  Sa valeur marchande élevée s’explique notamment par sa grande rareté, son âge, son sujet et son bon état de conservation.  

 

Photos : Isabelle Robitaille

La valeur marchande d’un document résulte donc de la combinaison de plusieurs de ces facteurs et elle peut également être soumise à des effets de mode plus ou moins passagers. Le travail d’évaluation consiste à identifier les facteurs présents et à soupeser leur importance relative. Une évaluation, au fond, c’est l’opinion d’un évaluateur et sa justesse repose sur la compétence de son auteur.


Catégorie(s) : Acquisition

Enquête sur la carte ancienne révélée à l’émission Découverte

20 avril 2018 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

« Son étude, il est vrai, est longue, ingrate et dure, il faut passer des temps considérables à se préparer et à rassembler les connaissances nécessaires, et souvent avec le travail le plus assidu, à peine peut-on se flatter de vaincre les difficultés qui se présentent. »1

par Alban Berson
Cartothécaire
Direction de la Collection nationale et des collections patrimoniales

Plusieurs milliers de curieux sont allés voir, dans les derniers jours, la carte du fleuve Saint-Laurent qui a fait l’objet d’un reportage à Découverte.  Pour ceux et celles qui voudraient en savoir plus, vous trouverez ici, dans ses grandes lignes le raisonnement qui a conduit à l’attribuer à Jacques Nicolas Bellin et le contexte présumé de sa création. 

Nous avons acquis cette carte manuscrite en trois feuillets représentant le fleuve Saint-Laurent, du lac Ontario jusqu’à l’île d’Anticosti, en décembre 2016. La carte étant anonyme, non datée et inconnue des chercheurs, elle a nécessité une étude attentive. En effet, une véritable enquête, à travers l’aspect matériel de la carte, l’information cartographique elle-même et l’oeuvre de Jacques Nicolas Bellin, un cartographe majeur, a été menée afin de rassembler tous les indices permettant cette attribution. 

Carte du cours du fleuve St. Laurent

 

Aspect matériel

Le support consiste en un papier chiffon relativement épais typique des XVIIe et XVIIIe siècles. L’examen du document à la table lumineuse a permis de déceler un filigrane formant les lettres PVL sur le premier feuillet uniquement, au niveau du lac Saint-François. Ce filigrane correspond au monogramme du papetier hollandais Pieter van der Ley, dont le moulin est actif à Zaandijk de 1665 à 17652. L’examen a également permis de révéler des trous d’aiguille ou de poinçon sur les points correspondant à de nombreux toponymes placés le long des berges du fleuve, ainsi qu’à certains emplacements choisis. Une minorité seulement de ces perforations est due à l’usage du compas. La présence des autres s’explique plus difficilement. En l’absence de trace de carroyage sur le papier, ces perforations suggèrent des points de repère facilitant la production de plusieurs cartes manuscrites identiques. Cette hypothèse demeure non validée. Les inscriptions d’époque ont été réalisées à l’encre noire et le relief a été rehaussé à l’aquarelle. Sur les marges inférieures, on observe quelques inscriptions récentes à l’encre bleue ainsi que la mention « 3 maps together : $.90.00 » au crayon à mine qui témoigne de la bonne affaire réalisée par un ancien acquéreur!

Suite à cet examen, la carte a été confiée aux soins du service de restauration de BAnQ. Les trois feuillets ont fait l’objet d’un nettoyage à sec à l’aide d’une efface et d’une éponge visant à les débarrasser de la poussière superficielle accumulée au cours des siècles.  Une trace rectiligne jaunâtre, résultat d’une longue période d’exposition dans un cadre, est visible à l’intérieur du liseré noir. Des déchirures mineures ont été réparées à l’aide de colle d’amidon de blé et de papier japonais.

Information cartographique

Dans l’ensemble, la carte ne parait pas adaptée à la navigation ; le premier feuillet ne contient ni relevé de sonde, ni ligne de batture et l’échelle utilisée sur le troisième feuillet ne permet guère de localiser précisément les écueils. Néanmoins, le deuxième feuillet fait état de la présence de battures aux abords de l’île aux Lièvres et de l’Isle-aux-Coudres et signale quelques mesures bathymétriques, informations précieuses pour les pilotes. Le fait que la carte soit isolée de l’ensemble documentaire auquel elle a jadis appartenu rend délicate l’évaluation de l’utilité pratique de ce deuxième feuillet pour un navigateur.

Du point de vue du découpage des zones géographiques en encarts comme de celui des toponymes, la carte présente de prime abord une ressemblance frappante avec l’œuvre de Jean Deshayes (†1706). Deshayes, professeur de mathématiques et homme de science talentueux, séjourne à deux reprises en Nouvelle-France. En 1685-1686, il procède à un relevé hydrographique du Saint-Laurent qui servira de base à une carte de référence sous le régime français3. En 1702, il retourne dans la colonie en tant qu’hydrographe du roi. Jusqu’à sa mort en 1706, il y enseigne les connaissances utiles à la navigation et poursuit ses travaux de cartographie4.

Mais si la carte évoque le travail de Deshayes, la comparaison avec les cartes tracées de sa main conservées à la Bibliothèque nationale de France (et disponibles sur Gallica) montre qu’il ne peut s’agir de lui, la facture et la graphie présentant des différences inconciliables. D’autres pistes ont été à leur tour explorées puis écartées, telles que celle du père Laure (1688-1738), cartographe méconnu, ou encore des navigateurs Gabriel Pellegrin (1713-1788) et Richard Testu de la Richardière (1681-1741).

La valeur historique principale de la carte réside dans la multitude de toponymes en usage à l’époque de la Nouvelle-France qu’elle présente : noms de villages, de seigneuries, de rivières ou encore de battures. C’est l’étude comparative de cette nomenclature qui a permis l’avancée la plus significative dans la recherche de l’origine du document. Au fil des ans, BAnQ a constitué un répertoire des toponymes figurant sur les cartes de la Nouvelle-France. La saisie systématique dans ce fichier des noms de lieux indiqués sur la carte a permis de faire ressortir un ensemble de termes qui n’apparaissent pas avant les travaux de Jacques Nicolas Bellin. Ainsi, par exemple, tout près de l’île aux Lièvres, deux îlots dont la première mention connue sur une carte est au crédit de Bellin : l’îlot du Broc et le Pot à l’Eau-de-Vie. De même pour le « trou Saint-Patri » (le Trou Saint-Patrice au sud-ouest de l’île d’Orléans) et les battures du Cap Brûlé (situées entre l’île d’Orléans et l’Isle-aux-Coudres). Concomitamment, on ne relève sur la carte aucun toponyme d’apparition postérieure à l’époque de Bellin.

Jacques Nicolas Bellin (1703-1772), commis aux écritures et aux dessins puis ingénieur hydrographe au Dépôt de cartes et plans de la marine à partir de 17415, est un des plus illustres et prolifiques cartographes français. Son impressionnante production s’étale sur un demi-siècle. Bellin n’est jamais venu en Amérique. Le Dépôt, par l’intermédiaire du secrétaire d’État à la marine, confiait aux vaisseaux du roi des cartes manuscrites afin que les navigateurs y consignent de l’information inédite et y effectuent des corrections. Par ce procédé, Bellin perfectionnait sa connaissance du fleuve et de ses rives6. Il n’est pas impossible que cette carte ait été tracée à cette fin mais, si c’est le cas, aucune mise à jour n’y a été effectuée. La similitude de la représentation du fleuve Saint-Laurent avec La Grande Rivière de Canada de Jean Deshayes s’explique par le fait que les employés du Dépôt de cartes et plans de la marine bénéficiaient non seulement de la carte imprimée de Deshayes mais également des cartes manuscrites dressées par ce dernier d’après ses relevés et calculs effectués en 1686.

Des éléments caractéristiques du travail de Bellin

Pour mettre à l’épreuve cette attribution, nous avons comparé la carte avec une autre carte manuscrite du fleuve Saint-Laurent signée par Bellin et conservée à la Bibliothèque nationale de France : Carte du fleuve Saint-Laurent depuis Gaspé et Mingan jusqu’à Québec… prise… sur les observations… que M. des Herbiers de Létanduère, capitaine de vaisseau, a faites dans les campagnes de 1730 et 1732 / Copié sur celle donnée par M. de Létanduère en 1733 par Bellin7.

Le territoire représenté sur la carte de la BnF correspond exactement aux deuxième et troisième feuillets de la carte de BAnQ (de Québec à la partie occidentale de l’île d’Anticosti). On constate sur les deux cartes l’utilisation de l’aquarelle pour mettre en relief le fleuve et les berges. Plus significatif, sur la carte de la BnF, Bellin fait figurer au nord de l’île aux Lièvres une batture dont il précise qu’elle a été découverte en 1730 par son collaborateur sur le terrain, le pilote et officier de marine Henri-François des Herbiers, marquis de l’Estenduère (1682-1750). Or, cette batture figure à l’identique sur la carte de BAnQ. Ce commentaire de Bellin et l’étude comparative des toponymes suggèrent que la carte de BAnQ daterait du début des années 1730, datation compatible avec la période d’activité du moulin où  le papier a été fabriqué. L’Éléphant, navire de la marine royale de type flûte de 30 canons, s’échoue (sans perte humaine) sur la batture du Cap Brûlé le 1er septembre 17298. On comprend l’empressement des autorités françaises au début de la décennie 1730 à améliorer l’hydrographie de la zone correspondant au deuxième feuillet, soit la périlleuse portion du fleuve s’étendant de Québec à l’île Verte.

Les deux cartes présentent ce qui peut être interprété comme une différence d’achèvement. En effet, la carte de la BnF comporte des ornements : cartouche d’inspiration architecturale, armoiries du roi de France et angelots. Il s’agit là d’enjolivements habituellement réservés aux cartes manuscrites abouties, prêtes à passer dans les mains de personnages puissants. Ce n’est pas le cas de la carte de BAnQ qui n’offre comme ornement que la traditionnelle fleur de lys indiquant le nord sur la rose des vents et deux modestes dessins de monts. La carte de la BnF comporte également deux encarts, consacrés à la traverse du cap Tourmente et à la rade de Québec, absents de la carte de BAnQ. En outre, contrairement à la carte de la BnF qui est enrichie de trois commentaires distincts, la carte de BAnQ est exempte de texte. On pourrait avancer qu’un commentaire associé a pu exister au sein de l’ensemble documentaire dont la carte faisait originellement partie. Mais ce qui rend possible les commentaires sur la carte de la BnF est essentiellement la désignation par des lettres de l’extrémité des segments représentant des lignes de battures ou de repère. Par exemple, en formant un segment HJ, le cartographe peut ajouter une explication telle que : « Cette [ligne] HJ marque l’alignement qu’il faut prendre pour parer le banc de la pointe aux Alouettes […] »9. Or, les segments, bien qu’identiques sur la carte de BAnQ, n’y sont pas nommés. Cette absence de référentiel rend tout commentaire éventuel sur une feuille séparée difficilement intelligible. Dès lors, la carte de BAnQ pourrait-elle être une version préliminaire de celle de la BnF? Dans la mesure où l’information cartographique y est la même pour les deuxième et troisième feuillets (le premier n’étant qu’une contextualisation basée sur Deshayes), c’est une hypothèse recevable.

La différence majeure entre les deux cartes est l’échelle des premier et troisième feuillets. Alors que la carte conservée en France est tracée à une échelle uniforme d’environ 1:341 00010, celle de BAnQ présente une échelle différente pour chaque feuillet. Le premier feuillet, qui représente le territoire s’étendant du lac Ontario jusqu’à Québec (non représenté sur la carte de la BnF) est tracé à une échelle d’environ 1:336 000. Le troisième feuillet, de Kamouraska à Anticosti, présente une échelle d’approximativement 1:1 000 000. L’utilisation d’échelles différentes sur la carte de BAnQ pourrait être due à la nécessité de représenter la totalité du fleuve avec une intention différente selon ses portions (simplement indicative sur les premier et troisième feuillets, critique pour la navigation sur le deuxième)  sur trois feuilles d’un même format permettant de les relier en cahier.

Une lieue marine de France équivaut à 1/20e de degré du périmètre terrestre, soit 555 670 centimètres. Il est important de noter qu’au moment où nous rédigeons ces lignes, la notice de la carte de la BnF comporte une erreur. L’échelle calculée mentionnée dans la description est d’environ 1:266 000. Or, après demande de vérification, la BnF a mesuré le segment représentant 15 lieues marines. Celui-ci serait de 24,5 cm, soit une échelle d’environ 1:341 000. Le deuxième feuillet de la carte de BAnQ, représentant le territoire situé entre Québec et l’île Verte, présente un segment de 24,3 cm pour 15 lieues marines, soit une échelle 1 :343 000. Dans la mesure où le segment de la carte de la BnF est traversé par une charnière l’allongeant légèrement, on peut raisonnablement affirmer qu’il s’agit de la même échelle.

Par ailleurs, la droite qui représente les 15 lieues marines est segmentée à l’identique sur les deux cartes : cinq courts segments numérotés de 1 à 5 lieues suivis de deux segments plus grands, de 5 à 10 puis de 10 à 15. Mais il s’agit là d’un mode de présentation de l’échelle trop commun au XVIIIe siècle pour être considéré comme une similitude significative entre les deux cartes comparées.

Notre correspondant à la BnF atteste que des trous d’aiguille ou de poinçon sont également observables sur Carte du fleuve Saint-Laurent depuis Gaspé et Mingan jusqu’à Québec. Il n’a pas été possible de coordonner une comparaison systématique de l’emplacement de ces perforations avec nos confrères de la BnF et l’image numérique de la carte disponible sur Gallica ne permet malheureusement pas de visualiser ces perforations. La plupart de celles présentes sur la carte conservée à Montréal sont également invisibles à l’œil nu et ne sont révélées que par l’examen à la table lumineuse. S’agissant de deux cartes manuscrites sur lesquelles ne figure aucune trace de carroyage, un réseau de points de repère facilitant la production d’une copie identique obtenu en perçant deux feuilles de papier superposées était concevable. De nombreux trous placés à l’ouest de l’Isle-aux-Coudres sur la carte de BAnQ, par exemple, semblent correspondre aux relevés bathymétriques de cette zone indiqués sur la carte conservée en France. Nous ne sommes pas en mesure de valider cette hypothèse. Néanmoins, la simple présence de ces discrètes perforations (dont peu, rappelons-le, sont dues à l’usage ordinaire du compas) évoque une certaine parenté de facture.

Concernant la facture, on notera plus particulièrement les similitudes suivantes :

Une manière commune de circonscrire l’espace de travail, soit un cadre noir avec, en parallèle à l’intérieur, un liseré noir plus fin.

Carte de la BnF

Carte de BAnQ

Des graphies identiques. Nous n’avons pas eu recours à une expertise graphologique mais la similitude est patente :

Carte de la BnF

Carte de BAnQ

Le mont Camille et les mamelles de Matane. Non seulement la première utilisation du  toponyme « mamelles de Matane » est au crédit de Bellin11 mais les illustrations de monts associées à ces points de repère sont une habitude du cartographe. Elles sont présentes jusque dans sa carte imprimée de 176112:

Carte 1761

Carte BAnQ

Carte BnF

Jean-Baptiste Bourguignon d’Anville (1697-1782) est un des rares autres cartographes, avec notamment Vaugondy et Carver13, à employer à la fois les toponymes « mamelles de Matane » et « mont Camille »14  en dessinant, lui aussi, des petits monts contigus sur sa carte du Canada de 175515. À la fin des années 1750, la toponymie que d’Anville et Bellin emploient pour décrire la Nouvelle-France est presque identique. Les deux Français sont contemporains et partagent plusieurs sources. En outre, on sait que, alors qu’il travaille sur sa carte du Canada, d’Anville a en main la Carte de la partie orientale de la Nouvelle France ou du Canada publiée par Bellin en 174416. La ressemblance entre leurs travaux n’est donc pas surprenante. Mais la consultation des cartes manuscrites de d’Anville conservées à la Bibliothèque nationale de France (et disponibles sur Gallica) dissipe tout doute éventuel tant la facture et la graphie diffèrent de celles de la carte manuscrite de BAnQ. D’autre part, d’Anville représente les mamelles de Matane plus loin des rives du fleuve que Bellin et il situe le mont Camille au nord-ouest des mamelles de Matane alors que Bellin le situe au sud-ouest.

Considérant ces éléments convergents, nous attribuons Carte du cours du fleuve St-Laurent depuis le lac Ontario jusqu’à Québek à Jacques Nicolas Bellin et la datons de 1733, peu de temps après les relevés effectués par le marquis de l’Estenduère. Si cette carte contribue à éclairer l’hydrographie et la toponymie du fleuve Saint-Laurent sous le régime français, le contexte de sa création recèle encore bien des incertitudes. S’agit-il d’une version préliminaire de la carte de la BnF? D’une copie de travail destinée à être amendée par un navigateur? Si oui, pourquoi aucune mise à jour n’y a été effectuée? Pourquoi les commentaires explicatifs sur les éléments utiles à la navigation sont-ils absents? S’il s’agit d’un travail préliminaire à une autre carte de Bellin, comment s’est-elle retrouvée au Canada alors que le Dépôt des cartes et plans de la marine conserve jalousement sa documentation? Des recherches subséquentes permettront peut-être d’éclaircir le travail du cartographe de cabinet et de répondre aux interrogations qui subsistent.  L’enquête se poursuit.

Venez admirer cette carte unique et vous faire raconter son histoire en notre compagnie le 26 avril : Les mystères d’une carte de l’époque de la Nouvelle-France.

 

1. Bellin, Jacques Nicolas,Observations sur la carte de la Manche, dressée au Dépôt des cartes, plans et journaux de la marine, pour le service des vaisseaux du roi… en 1749,Paris, Didot, 1744.
2. Churchill, W. A, Bellin, Watermarks in paper in Holland, England, France, etc., in the XVII and XVIII centuries and their interconnection,p. LXXXI, Mansfield Centre, CT, Martino Pub, 2006.
3. Deshayes, Jean, De la Grande Rivière de Canada appellée par les Européens de St. Laurens, Paris, chez N. de Fer, 1715.
4. Sur Jean Deshayes, voir Litalien, Raymonde, Jean-François Palomino et Denis Vaugeois, La mesure d’un continent : atlas historique de l’Amérique du Nord, 1492-1814, p. 199
5. Petto, Christine Marie, When France was king of cartography: the patronage and production of maps in early modern FranceLanham, Lexington Books, 2007p. 71.
6. Palomino, Jean-François, Entre la recherche du vrai et l’amour de la patrie : cartographier la Nouvelle-France au XVIIIe siècle, in Revue de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, n. 1, 2009, p. 93
7. Bellin, Jacques Nicolas, Carte du fleuve Saint-Laurent depuis Gaspé et Mingan jusqu’à Québec. Prise sur ce qui a été reconnu bon dans les anciennes cartes et mémoires ; et sur les observations particulières que M. des Herbiers de Létanduère, capitaine de vaisseau, a faites dans les campagnes de 1730 et 1732,1733.
8. Mahier, Carte figurative du promt secours envoyé par l’ordres [sic] de Monseigneur le Mr de Beauharnois,… gouverneur et lieutenant général pour Sa Majesté dans tout l’estendue de la Nouvelle France, au vaisseau du Roy l’Eléphant, le 2 Sepbre 1729,1729.
9. Bellin, Jacques Nicolas, Carte du fleuve Saint-Laurent depuis Gaspé et Mingan jusqu’à Québec. Prise sur ce qui a été reconnu bon dans les anciennes cartes et mémoires ; et sur les observations particulières que M. des Herbiers de Létanduère, capitaine de vaisseau, a faites dans les campagnes de 1730 et 1732,1733.
10. À l’exception des deux encarts qui ont leurs échelles propres.
11. « Mont Camille » apparait pour la première fois sur la carte de Deshayes de 1715.
12.Bellin, Jacques Nicolas, Carte du cours du fleuve de Saint Laurent depuis Quebec jusqu’a la mer, en deux feuilles, 1761.
13. Lequel traduit littéralement en anglais ce toponyme : « paps of Matane »
14. Deshayes emploie « mont Camille » et « Matane » mais pas « mamelles de Matane ». Son copiste hollandais Gerard Van Keulen et lui dessinent des monts à cet endroit. Bellin et d’Anville ont continué à ajouter cet ornement.
15. Bourguignon d’Anville, Jean-Baptiste, Canada, Louisiane et terres angloises, Paris, 1755.
16. Bellin, Jacques Nicolas, Carte de la partie orientale de la Nouvelle France ou du Canada, 1744.


Catégorie(s) : À propos de la Bibliothèque nationale, Acquisition

Les Statistiques de l’édition au Québec en 2016 : tendances

18 avril 2018 par Carnet de la Bn   Pas de commentaires

par Amélie Proulx,Technicienne en documentation

Direction du dépôt légal et de la conservation des collections patrimoniales

Les Statistiques de l’édition au Québec présentent la production annuelle de livres et de brochures et, dans une moindre mesure, celle des journaux, des revues et des annuels imprimés édités au cours de l’année et reçus en dépôt légal. Les Statistiques de l’édition au Québec sont publiées annuellement par BAnQ depuis 1983 et disponibles en format numérique depuis 1998.  Auparavant, les statistiques étaient diffusées dans le Bulletin de la Bibliothèque nationale et ce, dès 1969 alors que plus de 800 titres avaient été déposés.

Les données de 2016 viennent tout juste d’être publiées et plusieurs éléments retiennent notre attention dans cette nouvelle mouture. En effet, on dénote une baisse de 18% du nombre de titres de monographies imprimées publiées depuis 10 ans, de même qu’une baisse de 72% du nombre de nouveaux titres (incluant les changements de titres) de périodiques imprimés publiés depuis 10 ans.  L’édition numérique joue probablement un rôle important dans cette baisse, nous y reviendrons plus loin.

Depuis plusieurs années déjà, l’autoédition connait un essor important. Encore cette année, la proportion de titres de monographies imprimées publiés par des individus augmente. Ces publications représentent 10% des titres reçus en 2016, alors qu’ils ne représentaient que 3% des collections acquises en dépôt légal en 2008.

BAnQ acquiert par dépôt légal les publications imprimées éditées au Québec et depuis 2001 s’ajoutent également des documents numériques. Jusqu’à maintenant, ces acquisitions n’étaient pas suffisamment représentatives du marché, leur dépôt étant volontaire, afin d’être comptabilisées. Celles-ci font toutefois leur première apparition dans les Statistiques de l’édition au Québec cette année et elles sont appelées à prendre davantage d’emphase dans le futur. Nous pouvons déjà noter qu’au niveau des publications gouvernementales, les publications numériques surpassent désormais la production imprimée (474 titres imprimés reçus pour 1136 titres numériques, soit plus du double). La réduction des coûts liés à leur production et à leur diffusion explique que de plus en plus d’organismes abandonnent maintenant leurs éditions imprimées au profit d’éditions numériques, autant pour les monographies que pour les publications en série. Dans le secteur commercial, BAnQ a reçu 1441 monographies numériques, provenant de 125 éditeurs commerciaux en 2016. Ces dépôts volontaires ont été rendus possibles notamment grâce à un partenariat avec l’Entrepôt numérique ANEL-DeMarque, qui nous permet de recevoir automatiquement les publications numériques publiées par les éditeurs participant ayant accordé des licences d’autorisation à BAnQ.

Nous vous invitons à consulter les Statistiques de l’édition pour constater l’évolution de l’édition québécoise depuis près de 50 ans!


Catégorie(s) : À propos de la Bibliothèque nationale, Acquisition

Les sites Web : un patrimoine documentaire à conserver

4 avril 2018 par Carnet de la Bn   1 Commentaire

par Carole Gagné,
Bibliothécaire – dépôt des publications numériques et collectes des sites web,
Direction du dépôt légal et de la conservation des collections patrimoniales.

Le Web est désormais une source d’information incontournable avec des contenus souvent exclusifs : blogues, vidéos, etc. Pour nous, il s’agit d’une source primordiale pour l’étude de notre société par les chercheurs d’aujourd’hui et de demain. Les sites Web font partie du patrimoine documentaire québécois et à ce titre ils doivent être conservés et diffusés.

Depuis le début des années 2000, nous menons des travaux de réflexions sur le numérique et les questions relatives au Web.

Carole Gagné
Photo: Martine Renaud

Un programme de dépôt de publications numériques gouvernementales a été mis en place en 2001. Ces publications sont disponibles sur les sites web gouvernementaux en version PDF le plus souvent, mais aussi parfois en HTML. Ces cas nous ont amenés à rechercher une méthode pour conserver et diffuser ces publications dans leur contexte original, afin d’en préserver toute la signification.

La Bibliothèque nationale n’est bien sûr pas la seule institution de mémoire à réfléchir sur ce nouvel aspect du patrimoine documentaire. Nous avons découvert une communauté d’experts en joignant l’IIPC en 2009. L’International Internet Preservation Consortium est un regroupement de 50 institutions, notamment des bibliothèques nationales, des universités et des organisations s’intéressant à la sauvegarde des contenus Web, par exemple Internet Archive.

La mission de l’IIPC est de développer des outils, des normes et des pratiques en matière de collecte de sites web et de faire la promotion de l’accès et de l’utilisation de ce type de contenu. Le regroupement fonctionne selon un mode collaboratif, c’est-à-dire grâce à une mise en commun d’expertise et un développement partagé des outils. Heritrix, le robot qui nous permet de collecter les sites, est né de cette collaboration entre plusieurs membres fondateurs de l’IIPC.

En 2009 ont eu lieu les premières collectes de la Bibliothèque dans le cadre d’un projet pilote, puis en 2012, le programme a officiellement été instauré.

À ce jour, 4 vagues de collectes ont été effectuées :

  • Sites gouvernementaux depuis 2009 jusqu’à présent ;
  • Élections provinciales en 2012 et 2014 ;
  • Élections municipales de 2013 et 2017 ;
  • Collectes thématiques depuis 2015 jusqu’à présent. Il s’agit de 800 sites dans plusieurs secteurs : organismes communautaires, associations, organismes culturels (musées, théâtres, bibliothèques, etc.), individus (artistes, comédiens, musiciens, humoristes, etc.), entreprises privées, organismes parapublics (écoles, hôpitaux, etc.) et sites événements (festivals, conférences, etc.)

Vous pouvez consulter cette collection dans l’interface Archivage web. Dans un prochain billet, nous vous expliquerons quels outils sont utilisés pour rassembler ce patrimoine bien particulier.

 

À titre d’exemple, nous avons collecté le premier site du gouvernement du Québec.  Ce site a été mis en ligne en 1995, alors qu’il n’y avait que 23 000 sites diffusés.

 

 


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