Un don n’a pas de prix

par Josée Laferrière, technicienne en documentation

Direction du dépôt légal et des acquisitions

 

En cette période de congé forcé ou de télétravail pour plusieurs, l’envie d’un bon ménage du printemps s’étend peut-être jusqu’à nos bibliothèques personnelles. Loin d’être condamnés au recyclage, certains livres pourraient peut-être reprendre vie là où l’on en ferait bon usage.

La Bibliothèque nationale ne pourrait accomplir son mandat d’acquisition, de diffusion et de conservation du patrimoine publié sans l’apport essentiel des éditeurs de la province qui, depuis l’instauration du dépôt légal en 1968, déposent deux exemplaires de tout ce qu’ils publient. La Bibliothèque peut également compter sur l’appui de plusieurs éditeurs francophones de l’extérieur du Québec qui, bien que non régis par le règlement, offrent leurs ouvrages. Enfin, plusieurs généreux donateurs contribuent à l’ajout de 3000 à 4000 titres chaque année, jouant ainsi un précieux rôle dans l’enrichissement des collections.

 

Tout ce qui brille…

Il faut toutefois rappeler qu’un don a un coût pour celui qui le reçoit. En effet, chaque don implique une vérification et une évaluation, donc du temps. C’est la raison pour laquelle les dons ne sont acceptés que s’ils respectent les critères établis, ciblant les besoins spécifiques propres à l’institution.

La Bibliothèque nationale, de par sa mission, vise l’exhaustivité. Forte d’une collection de plus de 1 200 000 documents et en croissance constante, l’élagage étant exclu, l’espace est un enjeu de taille. Tous les ouvrages récents des grands éditeurs d’ici font déjà partie de notre collection, ceux-ci ayant été reçus via le dépôt légal. Ce genre d’ouvrage n’est donc pas ce que nous recherchons.

 

La bonne cible

Les dons que nous souhaitons recevoir font partie de l’une de ces trois catégories :

Les documents québécois (livres, revues, journaux, cartes géographiques ou autres supports) publiés avant 1968. Par exemple une brochure gouvernementale de 1920 portant sur les pesticides. Le tirage étant épuisé et le sujet moins à la mode, il peut être difficile d’en retrouver sur le marché des livres usagés.

Les documents parus après 1968, mais publiés en autoédition ou à très petits tirages, par exemple un album commémorant l’anniversaire d’un village ou d’une paroisse, sont également recherchés. Les éditeurs de ce type de document ignorent parfois que celui-ci aurait dû être déposé à la Bibliothèque nationale au moment de la publication.

Finalement, bien sûr, les livres anciens, publiés avant 1850, souvent plus rares et d’un intérêt bibliophilique certain sont également ciblés.

Nos réserves logent déjà des milliers de documents correspondant à ces catégories, ainsi seul 3 % des propositions reçues seront intégrées à nos collections.

La collection de livres anciens, conservée dans la réserve des collections spéciales à BAnQ Rosemont- La Petite-Patrie. Photographie : Michel Legendre.

 

Le boulot derrière les dons

Josée Laferrière

Afin d’éviter le transport et les manipulations inutiles, nous demandons aux donateurs de nous envoyer une liste des documents dont ils souhaitent se départir. La technicienne en documentation fait alors une vérification au catalogue afin d’identifier les documents à retenir. Il s’agit de ceux que la Bibliothèque nationale ne possède pas déjà en deux exemplaires, mais également ceux qui pourraient remplacer des exemplaires détériorés dans nos collections. Les documents dans leur reliure d’origine, sans tache et non annotés, sont privilégiés. Les ouvrages dédicacés ou signés par leurs auteurs retiendront aussi l’intérêt.

Une liste des documents retenus est alors transmise au donateur qui peut ensuite nous les acheminer. Ceux-ci sont finalement intégrés aux collections.  

Un premier exemplaire, (pratiquement) intouchable, sera précieusement conservé dans les réserves de la rue Holt. Le second, pour sa part, s’offrira au public, en consultation sur place, dans la partie appelée collection nationale de la Grande bibliothèque…

Et ce sera là une façon d’imprimer le Québec dans notre mémoire collective à travers des pages d’histoires qui n’ont pas fini d’être tournées.

Vous avez de tels trésors à nous offrir ? Nous vous encourageons à consulter notre page web et à nous contacter!