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Des théodolites fabriqués à Montréal

29 mars 2019 par Carnet de la Bn | Catégorie(s) : Acquisition, Les chercheurs de la Bibliothèque nationale

Alban Berson, Cartothécaire, Direction de la recherche et de la diffusion des collections patrimoniales
Daniel Chouinard, Bibliothécaire, Direction du dépôt légal et des acquisitions

Un théodolite est un instrument d’arpentage inventé au XVIe siècle dont l’usage se répand à partir du XVIIIe. Muni de lentilles, il sert à mesurer les angles horizontaux et verticaux à partir d’un point précis et fixe. Le théodolite est encore couramment utilisé aujourd’hui, avec des fonctions numériques intégrées.

 

L’acquisition d’un tel instrument par BAnQ est inusitée puisque le mandat patrimonial de l’institution porte essentiellement sur l’acquisition et la conservation de documents publiés ou de documents d’archives. Mais lorsque au cours de l’automne 2018, un particulier nous a approchés pour nous offrir quelques documents cartographiques anciens ainsi que trois théodolites, nous avons été sensibles à la valeur patrimoniale de ces instruments bien conservés ainsi qu’à l’utilisation que nous pourrions en faire lors de la mise en valeur de notre collection de cartes géographiques anciennes.

 

Au moins deux des trois théodolites acquis par BAnQ ont été fabriqués à Montréal par Charles Hearn au début des années 1860. Né en Angleterre, Hearn s’installe d’abord à Toronto en 1857 puis déménage à Montréal en 1860 ou 1861, au 154 de la rue Notre-Dame, où il s’établit, comme en témoignent les annuaires Lovell, en tant qu’« opticien et fabricant d’instruments de mathématiques ».

 

Entrée pour Charles Hearn dans l'annueaire Lovell.

Entrée dans l’annuaire Lovell

 

 

 

Carte montrant le lieu de fabrication des théodolites.

Lieu de fabrication des théodolites (entouré en bleu) , Atlas of the city and island of Montreal, Henry W. Hopkins, 1879, pl. 38

 

 

Photo de la boussole avec nom du fabricant et lieu d'origine de théodolite.

Le nom de Charles Hearn et le lieu de fabrication « Montréal » inscrits dans la boussole intégrée à un théodolite

 

Charles Hearn décède en 1865. Les théodolites produits lors de ses quatre années passées à Montréal sont les premiers fabriqués au Québec.

 

Des inscriptions sur les boîtes en bois servant à transporter les appareils ainsi que des informations obtenues lors de l’acquisition attestent que ces instruments ont appartenu à la famille Vincent, dont trois générations ont exercé le métier d’arpenteur.

 

Né à Longueuil en 1867, Arthur Vincent reçoit sa commission d’arpenteur en 1890. Ses compétences lui permettent de travailler également comme ingénieur civil et architecte au sein de la firme Vincent & Girouard. Cette société devient Vincent, Girouard & Vincent en 1920, quelques mois avant que le fils d’Arthur, Roch-Arthur Vincent, diplômé en génie civil, reçoive à son tour sa commission d’arpenteur. À la mort de son père en 1949, pour conserver la clientèle de ce dernier, Roch-Arthur exerce cette profession ainsi que celle d’ingénieur sous la raison sociale « Arthur Vincent incorporée, arpentage ». Ses bureaux sont situés au 517 de la rue Saint-Laurent, à Montréal, presque au coin de la rue Saint-Jacques. Les activités de la compagnie cessent en 1972. En 1935, l’épouse de Roch-Arthur, Marie Taschereau, met au monde un garçon prénommé Louis-Errol. Ce dernier obtient une licence en sciences agronomiques à la Faculté d’agronomie du collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière puis une maîtrise en géographie de l’Université Laval. Il entreprend sa carrière d’arpenteur au Bureau d’aménagement de l’Est du Québec, puis devient rédacteur scientifique à la Commission géologique du Canada en 1970. On lui doit notamment l’ouvrage Regards sur les paysages canadiens, écrit en collaboration avec R. G. Blackadar. Il s’éteint à Montréal en 1994.

 

Arthur, puis Roch-Arthur ont utilisé les théodolites dans le cadre de leurs activités professionnelles. Louis-Errol Vincent, qui disposait d’appareils de mesure plus modernes, les a probablement conservés en leur souvenir. BAnQ détenant dans ses fonds d’archives de nombreux plans produits à l’aide de ces outils, nous nous félicitions de cette acquisition qui contribue à éclairer le contexte de création de pièces importantes du patrimoine documentaire québécois. 

 

Alban Berson utilisant le théodolite.

Notre cartothécaire, Alban Berson, utilisant un théodolite fabriqué à Montréal au début des années 1860.

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