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Les guides de voyage au fil du temps

22 juin 2018 par Carnet de la Bn | Catégorie(s) : Diffusion

par Michèle Lefebvre, bibliothécaire
Direction de la Collection nationale et des collections patrimoniales

L’homme a toujours aimé décrire ses voyages afin de partager avec ses semblables ses coups de cœur et ses mésaventures. La quantité de récits de voyage qu’on retrouve dans nos collections l’atteste bien. Mais certains auteurs s’attachent aussi, dès le Moyen Âge, à fournir des itinéraires précis pour guider ceux qui voudraient les suivre sur les chemins étrangers, c’est la naissance des guides touristiques ou guides de voyage.

Les guides de voyage « modernes »

Montreal illustrated, or, The stranger’s guide to Montreal : a complete hand-book… / Montreal :C.R. Chilsholm & bros.,1875.

Les guides de voyage n’acquièrent cependant leurs caractéristiques modernes qu’au tournant du XIXe siècle, alors que se généralise la tradition du « Grand Tour », ce tour d’Europe que les riches Anglais ont l’habitude d’effectuer après avoir terminé leurs études. L’apparition du chemin de fer rend les déplacements beaucoup plus aisés et balise les parcours touristiques de voyageurs toujours plus nombreux.

Portatifs, illustrés, dotés de cartes géographiques, les guides de voyage, autrefois attachés à décrire exclusivement des sites touristiques, doivent désormais fournir des renseignements pratiques et exacts sur le transport, l’hébergement et la restauration, notamment. Ces données changeantes exigent des mises à jour régulières; les guides Murray, Baedeker et Joanne, les plus populaires, font l’objet de fréquentes révisions et rééditions au XIXe siècle. Au Canada, le Hunter’s Panoramic Guide from Niagara Falls to Quebec est bien connu.

La démocratisation du voyage

Voyez Quebec d’abord = See Quebec first / Québec (Province). Bureau provincial du tourisme, [entre 1927 et 1932].

Dans le deuxième quart du XXe siècle, le voyage, auparavant l’apanage des plus nantis, commence à se démocratiser, entre autres avec l’introduction des vacances payées et la multiplication des automobiles, devenues accessibles aux classes moyennes. Les guides reflètent cette réalité en proposant des hôtels et des restaurants abordables et en ajoutant à leurs circuits touristiques traditionnels, qui longent les voies ferrées, de nouveaux itinéraires routiers. La compagnie de pneumatiques Michelin conçoit son propre guide et en fait un outil promotionnel; celui-ci signale notamment les garages ponctuant les routes.

Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, les guides touristiques s’attardent à la description des monuments historiques, des paysages pittoresques et de tout site qui «mérite d’être vu », mais ils s’intéressent peu aux conditions de vie et à la culture des populations des pays décrits. L’Américain Eugene Fodor tente de combler ce vide dans ses guides, publiés dès 1936. Son compatriote Arthur Frommer rédige à la fin des années 1950 un guide destiné à permettre aux touristes désargentés de visiter l’Europe avec un budget de 5 $ par jour. Selon lui, cette manière de voyager offre au visiteur – qui doit vivre « chez l’habitant » et manger dans les petites cantines – la chance de s’imprégner de l’âme des « gens du coin ». Le voyage devient une occasion de rencontres, d’ouverture aux autres.

La génération hippie, fascinée par l’Orient et éprise de liberté, appelle une autre adaptation des guides touristiques. On fait le tour du monde à pied. Le Guide du routard, apparu dans les années 1970, se veut insolent, engagé, humaniste et humoristique. Tout le monde voyage désormais, d’autant plus que l’avion raccourcit les distances.

Diversification et spécialisation des guides de voyage

Laurentides (nord de Montréal), Gatineau, Outaouais… / Québec (Province). Direction générale du tourisme, 1966.

Depuis les années 1980, on assiste à une multiplication des formats, des formules et des factures des guides, qui vont du livre de poche sur papier journal à l’ouvrage richement illustré, du répertoire de renseignements pratiques à l’album thématique. Les guides québécois Ulysse sont nés dans cette mouvance. Le Web contribue depuis peu à révolutionner le monde des guides touristiques. Voyager virtuellement est devenu possible et les grands éditeurs de guides doivent maintenant proposer de l’information récente et des services en ligne. Ils ne peuvent plus se contenter d’offrir au touriste une simple version imprimée annuelle.

En suivant l’évolution du guide de voyage dans le temps, c’est, d’une certaine façon, l’histoire de notre société et de nos mentalités que nous découvrons.  Bonnes vacances!

Article publié à l’origine dans le numéro 82 d’À rayons ouverts.

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