Portail BAnQ Nétiquette

Collectionner l’éphémère

30 mai 2018 par Carnet de la Bn | Catégorie(s) : Diffusion

Danielle Léger et Isabelle Robitaille, bibliothécaires,
Direction de la Collection nationale et des collections patrimoniales 

Feuillets publicitaires, étiquettes, tracts, cartons d’invitation, brochures, programmes, avis, « vieux papiers », placards : l’expression « documents éphémères » – ou ephemera – traduit bien la nature de ces sources fragiles et innombrables. Peu usités dans les collections institutionnelles, sans doute à cause de la difficulté que posent leur acquisition et leur traitement, ce sont de grands oubliés de l’histoire de l’imprimé. Pourtant, c’est bel et bien l’impression d’un document éphémère qui a précédé de quelques mois la publication par Gutenberg du premier livre imprimé en Occident[1].

Leur proximité temporelle fait des documents éphémères les témoins les plus fiables d’un événement[2]. Il n’en faut pas plus pour susciter l’intérêt des chercheurs, du public et des collectionneurs. Ces « non-livres » ne sont pas destinés à l’origine à être conservés, d’où leur rareté relative. Ils échappent bien souvent au circuit commercial traditionnel et sont étroitement associés à la vie quotidienne, administrative, culturelle, sociale et commerciale, par opposition au livre, objet initialement associé au luxe et à la noblesse[3].

Le vocable ephemera est apparu dans le lexique des bibliothécaires en 1962 avec la publication de l’ouvrage Printed Ephemera : The Changing Uses of Types and Letterforms in English and American Printing de John Lewis[4]. Issu de la forme plurielle grecque ephemeron, elle-même dérivée de epi, « sur, dans, faisant partie », et de hemeros, « jour », le mot désigne ce qui ne dure qu’une journée, ce qui n’est pas fait pour être conservé au-delà de l’actualité de son sujet[5]. Paradoxalement, ces « documents mineurs et passagers de la vie quotidienne » − selon l’expression de Maurice Rickards, fondateur en 1975 de la toute première Ephemera Society[6] − échappent parfois à la corbeille ou au bac de recyclage : souvenirs de spectacles ou de voyage déposés dans une boîte à chaussures, fabuleux albums de cartes postales, liasses de papiers oubliées dans une armoire…

Quelques pièces remarquables

Plusieurs éloquentes traces d’un passé lointain ou récent ont fait leur chemin jusque dans les réserves de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Elles sont pour la plupart regroupées au sein de cinq collections patrimoniales : affiches, cartes postales, feuilles volantes, iconographie documentaire et programmes de spectacles.

Examinons quatre pièces tirées de ces riches corpus.

 

Le 7 juin prochain : une visite-conférence

Pour souligner le 50e anniversaire de la Bibliothèque nationale du Québec, une des visites-conférences de la série Mémoires de papier mettra en vedette plus de 70 imprimés éphémères édités entre 1787 et 2012.

Outre les exemples qui illustrent cet article, vous pourrez y voir une carte publicitaire munie d’une boussole, un billet d’admission à la Bibliothèque paroissiale, des programmes de spectacles, un avis de recherche émis par la Police provinciale, une affiche de tramway des années 1940 qui fait l’éloge de la gomme à mâcher, de petits livres d’artistes à 2 $ diffusés dans les distributrices à cigarettes recyclées de  Distroboto, etc.

Amateurs d’histoire sociale, culturelle, commerciale, publicitaire et de l’imprimé, réservez votre place!  C’est un rendez-vous le 7 juin prochain, de 18 h à 19 h 30 à BAnQ Rosemont−La Petite-Patrie.

Pour en savoir plus

Danielle Léger et Isabelle Robitaille, « Ephemera spectaculi : inventaire et analyse des programmes de spectacles du XIXe siècle de la Collection patrimoniale de BAnQ », Revue de BAnQ, no 1 (2009), p. 100-113.

Danielle Léger, « Les programmes : histoire captivante d’un collection »  , À rayons ouverts, no 101 (hiver 2018), p. 18-20.

Danielle Léger, « Sur les murs de la ville, une pincée d’art offerte à tous », À rayons ouverts, no 79 (printemps 2009), p. 4-8.

Isabelle Robitaille, « Vues de Montréal, gravures anciennes et bouillon de bœuf », À rayons ouverts, no 100 (printemps-été 2017), p. 7-10.

 

[1] Il s’agit d’une « indulgence » de 30 lignes, imprimée par Gutenberg en avril 1455 (voir Michel Brisebois, L’imprimerie à Québec au xviiie siècle : les feuilles volantes et affiches, 1764-1800, Québec, Éditions de la Huit, 2005, p. 7).

[2] Timothy G. Young, « Evidence : Toward a Library Definition of Ephemera », RBM : A Journal of Rare Books, Manuscripts, and Cultural Heritage, vol. 4, no 1, 2003, p. 11-26.

[3] Nicolas Petit, L’éphémère, l’occasionnel et le non livre à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, Paris, Klincksieck, 1997, p. 8.

[4] Young, op. cit., p. 15.

[5] Young, op. cit., p. 14.

[6] Traduction libre de « minor transient documents of everyday life ». Maurice Rickards, The Encyclopedia of Ephemera: A Guide to the Fragmentary Documents of Everyday Life for the Collector, Curator, and Historian, édité et complété par Michael Twyman, New York, Routledge, 2000, p. v.

2 commentaires pour “Collectionner l’éphémère”

  1. ok

  2. Bonjour,

    Je me suis procuré un billet pour assister à votre conférence  »Collectionner l’Éphémère » donné hier le 7 juin 2018 à 18h00.

    Je croyais qu’elle devait avoir lieu à la Grande bibliothèque. J’étais heureux de pouvoir par la même occasion renouveler ma carte de membre.

    Me rendant à l’auditorium, on m’a signifié que la conférence avait lieu sur la rue Holt. C’était trop tard pour m’y rendre.

    Sur le billet l’endroit était écrit en petit. Je veux vous suggérer de mettre l’endroit de la conférence en plus gros et plus gras.

    Merci pour votre écoute,

    Michel Di Bernardo
    514-725-4885

Laissez un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :



© Bibliothèque et Archives nationales du Québec