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Annotations;: Livres, musique et cinéma.

Le livre des Baltimore

Marcus Goldman, le personnage principal du roman, habite Montclair, une petite ville de la côte est des États-Unis. Devenu écrivain, il consacre son deuxième roman à l’histoire de ses cousins Goldman de Baltimore pour leur rendre hommage et mieux comprendre ce qui leur est arrivé.

Marcus puise dans ses souvenirs de jeunesse pour décrire avec bonheur l’admiration qu’il a vouée pendant si longtemps à cette famille Goldman, surnommée les « Baltimore ». Elle se compose de son cousin Hillel, assoiffé de connaissances, brillant et provocateur; de son cousin adopté, Woody, un colosse très doué au football et toujours prêt à défendre la veuve et l’orphelin; de son oncle Saul, dynamique et généreux, avocat de renom gagnant toutes ses causes et de sa tante Anita une jolie femme médecin, pimpante et affectueuse.

Tout semble réussir à cette famille qui vit avec passion, solidarité et richesse. Marcus éprouve une grande fascination pour les Baltimore. Avec leur magnifique maison et leurs résidences secondaires, leur vie lui semble plus belle, plus réussie et plus heureuse que la sienne.

Malgré sa jalousie, c’est la grande affection qu’il a pour eux qui prédomine. De plus, il a souvent l’occasion de passer des vacances avec eux, seul ou accompagné de ses parents. Avec ses deux cousins, il forme le « gang des Goldman » partageant sports, petits boulots, engagement politique, serments et mauvais coups.

Au début de leur adolescence, ils font la connaissance d’Alexandra, une jeune fille de deux ans leur aînée dont ils tomberont tous amoureux; ils se jureront cependant de ne pas tenter de la séduire, par loyauté les uns envers les autres.

Si Marcus revisite le passé, c’est qu’il est survenu un drame dans la vie des Baltimore. En fait, leur vie a basculé plusieurs fois jusqu’à la tragédie finale dont nous ne comprendrons toutes les ramifications qu’à la fin du roman. C’est ainsi que l’auteur Joël Dicker nous tient en haleine. Avec des allers-retours entre le passé et le présent, il construit une histoire bien imbriquée et prenante dont les personnages éclatants de vie stimulent notre imaginaire.

Marcus Goldman, son héros, était déjà présent dans son précédent roman, La vérité sur l’affaire Harry Québert vendu à plus d’un million et demi d’exemplaires.

À travers le récit de sa jeunesse, nous apprenons comment Marcus est devenu écrivain. Au fur et à mesure qu’il comprend le drame des Goldman de Baltimore, il réussit à écrire son deuxième roman et à guérir ses plaies.

 

DICKER, Joël, Le livre des Baltimore, Paris, Éditions de Fallois, 2015, 475 p.

Six degrés de liberté

Lisa a 15 ans. Elle vit avec son père en Montérégie, près de la frontière américaine, dans un parc de maisons mobiles. Elle est amie avec Éric un crack en informatique agoraphobe résidant à quelques maisons de chez elle. Les deux adolescents s’ennuient et font des expériences hors de l’ordinaire comme celle d’envoyer dans les airs un appareil photo muni d’un GPS dans une montgolfière soufflée à l’hélium! Malheureusement pour eux, la mère d’Éric décide de refaire sa vie au Danemark et emmène son fils avec elle. Éric et Lisa resteront en contact grâce à la technologie et continueront de concevoir des projets loufoques afin de repousser les limites de l’expérience humaine.

Parallèlement à cette amitié, nous entrons dans un autre univers singulier, celui de Jay, une jeune femme ex-pirate informatique qui purge une peine en travaillant comme analyste de données à la Gendarmerie royale du Canada. L’équipe au sein de laquelle elle travaille suit les déplacements louches d’un conteneur parti de Montréal dont les traces disparaissent des bases de données; de plus, la compagnie de transport est introuvable. Voyant ses collègues piétiner, Jay prend les devants dans cette enquête où nous la suivons avec bonheur.

Jusqu’à la moitié du livre, nous ne voyons aucune relation entre les acteurs et nous ne savons pas où l’auteur nous emmène. Mais l’alternance narrative et le rythme soutenu sont amusants. Tous les détours qui agrémentent le chemin finiront par s’imbriquer dans la même histoire. Grâce au talent d’enquêteur de Jay, nous découvrons des liens inattendus entre les personnes et l’envie d’en savoir plus sur cette aventure saugrenue nous tenaille. Car, au départ, ne s’agit-il pas de l’histoire d’un conteneur? Mais l’auteur, Nicolas Dickner, réussit à nous intéresser au monde des outils, des conteneurs et du transport maritime, des sujets peu inspirants pour un roman. Il s’amuse dans les jeux de pistes et ficelle son histoire comme un roman policier. L’intrigue est prenante. Son écriture est fine, légère, intelligente, pleine d’humour et efficace. Comme la ligne du temps n’est pas la même pour tous les protagonistes, les séquences alternées ont due être placées avec une précision d’horloger.

J’ai aimé tous les personnages. La plupart sont des marginaux solitaires un peu toqués et obsédés par ce qu’ils font. Grâce à une écriture cinématographique, on les voit dans leur quotidien : ce qu’ils mangent, comment ils se déplacent et communiquent entre eux, quels objets les entourent. Ces descriptions terre-à-terre sont colorées de détails savoureux où les goûts et les travers des humains nous font sourire et même rire.

Avec son intérêt pour le commerce mondial et la technologie, ce roman est tout à fait de son temps. Il est original et captivant, un des meilleurs que j’ai lus en 2015.

Nicolas Dickner est né à Rivière-du-Loup en 1972. Il a étudié en littérature, puis voyagé au Pérou et en Allemagne d’où est originaire sa famille. Six degrés de liberté est son troisième roman.

 

DICKNER, Nicolas, Six degrés de liberté, Québec, Alto, 2015, 380 p.

DICKNER, Nicolas, Nikolski, Québec, Alto, 2005, 325 p.

DICKNER, Nicolas, Tarmac, Québec, Alto, 2009, 271 p.

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

« Americanah! » C’est ainsi qu’au Nigéria on désigne quelqu’un qui, après un séjour plus ou moins long aux États-Unis, a pris les « manières » de penser et de vivre des Américains. Ifemelu, la brillante et fougueuse héroïne du roman de Chimamanda Ngozi Adichie, a vécu son lot de tribulations avant d’arriver à s’intégrer parmi les habitants du pays de l’Oncle Sam.

Treize années se sont écoulées depuis son départ de Lagos, depuis qu’elle a laissé derrière elle sa famille, ses amis et Obinze… son amour de jeunesse. Désormais citoyenne américaine à part entière, diplômée d’une université prestigieuse et blogueuse à succès, Ifemelu décide, à contre-courant, d’amorcer son retour vers le pays natal.

Bien avant qu’elle touche à nouveau le sol de la capitale nigériane, l’auteure nous aura catapultés dans le passé afin de nous faire découvrir son parcours, mais aussi celui d’Obinze, entre-temps parti pour Londres.

Tissé d’histoires d’immigration, le roman d’Adichie est loin d’être complaisant face aux réalités du Nord et du Sud. Au contraire, il est l’arène d’un règlement de compte jubilatoire : celui d’une foule d’idées reçues sur la race, l’identité, les classes sociales, le rêve américain… À travers le regard perspicace et la verve caustique d’Ifemelu, l’auteure pose et expose à la fois les questions brûlantes du racisme et du statut d’immigrant.

Qu’est-ce que ça signifie d’avoir la peau noire dans un monde de Blancs? Quelle est la différence entre un Américain, un Afro-Américain et un Africain vivant aux États-Unis?

Roman de la perte des repères et histoire d’amour, Americanah est aussi, en fin de compte, un important roman d’apprentissage.

 

Chimamanda Ngozi Adichie est une écrivaine nigériane qui partage actuellement sa vie entre les États-Unis et le Nigeria. Americanah est son troisième roman.

 

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ADICHIE, Chimamanda Ngozi, Americanah, Paris, Gallimard, 2014, 522 p. Aussi disponible en version numérique.

Pour la version originale anglaise :

ADICHIE, Chimamanda Ngozi, Americanah, Alfred A. Knopf, 2013, 477 p. Aussi disponible en version numérique et en version audionumérique.

Dans les souliers de Harper Lee

En 1960, au cœur du mouvement américain des droits civiques, Harper Lee publie To Kill a Mockingbird. Roman phare de la littérature américaine du 20e siècle, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur raconte l’histoire de la jeune Scout, de son frère aîné Jem et de leur copain Dill. Scout nous décrit la vie à Maycomb, Alabama, en 1935 : les jeux que les trois comparses s’inventent, les excentricités des voisins et les tensions sociales entre familles. Les conseils et les paroles philosophiques que leur père Atticus Finch, avocat de profession, prononce pour parfaire leur éducation parsèment le roman.

Largement autobiographique, To Kill a Mockingbird dépeint le racisme qui prévaut dans le sud des États-Unis à cette époque. Le roman se conclut par le procès de Tom Robinson, un Noir, qu’Atticus, héros et personnage vénéré par des millions de lecteurs, défend. Tout comme dans le film adapté du roman et mettant en vedette Gregory Peck, le déroulement du procès et les tensions raciales que celui-ci met à nu nous tiennent en haleine.

 

Un « nouveau » roman controversé

Malgré le succès instantané que Lee a connu avec ce roman, gagnant du prix Pulitzer en 1961, elle a toujours affirmé qu’elle ne publierait jamais un autre livre. La découverte d’un « nouveau » manuscrit de l’auteure et l’annonce en février 2015 de sa publication ont créé une onde de choc aux États-Unis et dans le milieu littéraire. La surprise a fait place a des doutes. L’avocate Tonja Carter qui gère maintenant les affaires de Harper Lee depuis le décès de la sœur de l’auteure, Alice Lee en novembre 2014, aurait-elle manipulé Lee? Des accusations d’abus ont été suffisamment nombreuses pour que l’État de l’Alabama procède à une enquête sur la santé mentale de Lee (qui, à 89 ans, habite dans une résidence pour personnes âgées à Monroeville). Le rapport d’enquête a conclu que Harper Lee est saine d’esprit et qu’elle consent à la publication de son nouveau roman.

Mise à part toute cette controverse, le manuscrit inédit Go Set a Watchman surprend par son contenu. Dans cette suite du premier roman, qui est en vérité le manuscrit original de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Scout est une jeune adulte vivant maintenant à New York. Elle revient visiter son père et sa ville natale et, tout comme le lecteur, est stupéfaite de réaliser que celui-ci est raciste et appuie la ségrégation. Ce contraste entre le bon et le méchant Atticus est ce qui choque le plus les critiques, des adultes qui ont pour la plupart étudié To Kill a Mockingbird durant leur jeunesse et les valeurs humanistes que le roman met de l’avant par l’entremise de son plus noble personnage.

Go Set a Watchman a été acheté par la maison d’édition J. B. Lippincott en 1957. L’éditrice Therese von Hohoff Torrey (Tay Hohoff) a alors travaillé pendant deux ans avec Lee pour adapter le manuscrit. C’est elle qui aurait suggéré de centrer l’action du roman sur les souvenirs d’enfance de Scout et de raconter l’histoire à la première personne. À la lumière de cette récente parution, plusieurs se demandent jusqu’à quel point Hohoff était impliquée dans la rédaction du roman original.

 

Pour en savoir plus

Les ressources en ligne de BAnQ regorgent d’informations intéressantes pour ceux qui aimeraient approfondir le sujet. Voici quelques suggestions :

Dans Biography in Context*, un dossier complet sur l’auteure est présenté avec des images, des articles de journaux et de magazines, des articles de référence et des enregistrements sonores. On y trouve, notamment, la lettre écrite par Harper Lee à Oprah Winfrey en 2006.

On trouve également dans les ressources en ligne de BAnQ, « Love‑in Other Words », un article écrit par Harper Lee et publié en 1961 dans le magazine Vogue disponible dans Vogue Archives*.

NoveList Plus* est une ressource de suggestions de lecture. En précisant certains critères (par exemple le style, le genre et les sujets), on obtient des suggestions de lecture. En utilisant les critères qui caractérisent le roman To Kill a Mockingbird, on peut donc trouver des lectures similaires.

Dans Smithsonian Collections Online*, on peut lire un article de fond publié en 2010 dans la magazine Smithsonian. On y apprend qu’en 1957, Harper Lee a littéralement lancé son manuscrit par la fenêtre de son appartement pour ensuite aller le récupérer après avoir eu une discussion avec Tay Hohoff.

* Il faut s’authentifier pour accéder aux ressources en ligne de BAnQ.

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LEE, Harper, Go set a watchman, New York, Harper, 2015, 278 p.

LEE, Harper, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Paris, Librairie générale française, 2006, 447 p.

LEE, Harper, To Kill a mockingbird, New York, Warner Books, 1960, 281 p.

LEE, Harper, Va et poste une sentinelle, Paris, Grasset, 2015.

MULLIGAN, Robert, To Kill a mockingbird, versions anglaise et française, États-Unis, Universal Studios Home Entertainment, 1962, DVD, 2 h 10 min, avec Gregory Peck, Mary Badham, Phillip Alford.

À l’occasion du Jour de la Terre

La publication toute récente du livre de Naomi Klein, Tout peut changer, et la couverture médiatique dont son auteure a bénéficié ont eu pour effet de ramener sur le devant de la scène la crise environnementale à laquelle nous sommes collectivement confrontés.

Bien que les constats scientifiques alarmants sur les répercussions de l’activité humaine sur le réchauffement climatique ne cessent de s’accumuler, il est plutôt rare que « l’état de santé » de l’écosystème terrestre fasse les manchettes…

À l’occasion du Jour de la Terre (22 avril), nous avons eu envie de vous présenter quelques ouvrages relatifs à l’environnement qui, pour une raison ou une autre, ont retenu notre attention. Ces suggestions se veulent une invitation à la réflexion et à l’échange.

 

Gisèle Tremblay recommande :

La reine malade d’Anicet Desrochers

Dans ce film documentaire absolument captivant, Anicet Desrochers, producteur de miel biologique à Ferme-Neuve dans les Hautes-Laurentides, présente avec compétence les enjeux reliés au déclin des colonies d’abeilles.  Mondialement reconnu pour son expertise dans  l’élevage de reines, le jeune et sympathique apiculteur expose  avec passion  sa vision d’une agriculture durable.

 

Catherine Lévesque recommande :

L’équilibre sacré : redécouvrir sa place dans la nature de David Suzuki 

Un livre pour changer notre regard sur la nature, dont nous faisons partie. Une invitation à rendre sacrée l’interdépendance qui existe entre la Terre et tous les êtres vivants.

 

Christine Durant recommande :

Des bonobos et des Hommes : voyage au cœur du Congo de Deni Béchard 

Sous la forme d’un récit de voyage, Deni Béchard raconte l’histoire des bonobos du Congo, ces primates « hippies de la forêt » dont la ressemblance avec l’homme serait la plus grande, tant sur le plan génétique que social, avec 98,7 % de gènes identiques aux humains. L’auteur nous présente également les communautés qui vivent au cœur de la forêt équatoriale du Congo, la deuxième plus grande forêt du monde, menacée de destruction. Plusieurs enjeux sont abordés : les changements climatiques, le rôle déterminant des forêts sur l’évolution des espèces, la conservation de la nature, la protection de la biodiversité et la coopération internationale.

 

 

Sauver la planète une bouchée à la fois de Bernard Lavallée 

Conseils, trucs et astuces pour une alimentation responsable, saine et écologique : privilégier les produits locaux, choisir la pêche durable, zéro déchet, cuisiner les aliments fatigués sont quelques-uns des conseils que nous donne le nutritionniste et blogueur Bernard Lavallée. Parce que la production et la consommation alimentaires ne sont pas sans effets sur l’environnement, ses suggestions nous aideront à fournir un effort pour réduire notre empreinte environnementale et, du coup, à manger mieux!

 

Sylvie-Josée Breault recommande :

La chimie verte à petits pas d’Émilie Ramel 

Une initiation à la chimie pour les enfants de 9 à 12 ans, selon une perspective écologique. Inclut expériences et jeu-questionnaire.

Le règne du vivant d’Alice Ferney

Un roman témoignant d’une lutte menée contre la surpêche et le braconnage. Le récit est inspiré des actions du militant écologiste Paul Watson.

Tout peut changer : capitalisme et changement climatique de Naomi Klein

Un vibrant plaidoyer en faveur d’une transformation des structures économiques et politiques actuelles au profit de sociétés plus équitables et respectueuses de l’environnement.

 

Esther Laforce recommande :

La vie habitable de Véronique Côté

Un appel à la poésie, cette force qui naît en nous de la joie, de la bonté, de la gratuité, de la beauté du monde et du territoire. Une invitation ardente et nécessaire à habiter le monde autrement.

Des anges mineurs d’Antoine Volodine

Paysages dévastés et fin de l’humanité forment l’horizon de ces quarante-neuf brèves fictions qui sauront nourrir de leur poésie l’imaginaire des consciences inquiètes de l’avenir du monde.

 

Marie-Line Champoux-Lemay recommande :

Là où croît le péril… croît aussi ce qui sauve d’Hubert Reeves

Hubert Reeves, habile vulgarisateur, nous raconte ici l’histoire de notre monde, du point de vue du cosmos (« la Belle-Histoire ») et de l’humanité (« la Moins-Belle-Histoire »). Il démontre par la même occasion à quel point tous les éléments formant l’écosystème de la vie terrestre sont interdépendants et comment la préservation des rapports existant entre ces éléments est garante de la pérennité de l’ensemble.

 

 

 

Pour davantage d’idées de lecture sur l’environnement et l’écologie, consultez Romans@lire!

 

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BÉCHARD, Deni, Des bonobos et des Hommes : voyage au cœur du Congo, Montréal, Les Éditions Écosociété, 2014, 446 p. Aussi disponible en version numérique

CÔTÉ, Véronique, La vie habitable, Montréal, Atelier 10, 2014, 95 p. Aussi disponible en version numérique

FERNEY, Alice, Le règne du vivant, Paris, Actes Sud, 2014, 208 p.

KLEIN, Naomi, Tout peut changer : capitalisme et changement climatique, Montréal, Lux éditeur, 2015, 640 p. Aussi disponible en version numérique

LAVALLÉE, Bernard, Sauver la planète une bouchée à la fois, Montréal, Éditions La Presse, 2015, 228 p. Aussi disponible en version numérique

RAMEL, Émilie, La chimie verte à petits pas, Arles, Actes Sud junior, 2014, 69 p.

REEVES, Hubert, Là où croît le péril… croît aussi ce qui sauve, Paris, Seuil, 2013, 162 p. Aussi disponible en version numérique

SANCHEZ, Pascal, La reine malade, Montréal, Les Films du 3 mars, c2011, DVD,  90 min, avec Anicet Desrochers.

SUZUKI, David, L’équilibre sacré : redécouvrir sa place dans la nature, Montréal, Boréal, 2014, 392 p. Aussi disponible en version numérique

VOLODINE, Antoine, Des anges mineurs, Paris, Seuil, 1999, 219 p. Aussi disponible en version numérique

L’éveil de mademoiselle Prim

Mademoiselle Prudence Prim débarque à Saint-Irénée d’Arnois pour y passer une entrevue. Elle a répondu à une annonce : « Cherche esprit féminin détaché du monde. Capable d’exercer fonction de bibliothécaire pour un gentleman et ses livres. Pouvant cohabiter avec chiens et enfants. De préférence sans expérience professionnelle. Titulaires de diplômes d’enseignement supérieur s’abstenir. »

Malgré le fait qu’elle soit bardée de diplômes, Prudence Prim est engagée. Elle fait la connaissance de son employeur, un homme extrêmement cultivé mais peu délicat, avec qui elle a des conversations à la fois intéressantes et déroutantes. Celui-ci enseigne à plusieurs enfants du village comme le font d’ailleurs beaucoup de citoyens, chacun selon sa spécialité. À Saint-Irénée d’Arnois, l’éducation s’abreuve des textes classiques, mais n’est pas traditionnelle.

Tous les jours, mademoiselle Prim travaille à dépoussiérer la bibliothèque de son patron et à établir un système de classement. Durant ses temps libres, elle fait connaissance avec plusieurs habitants du village. Elle découvre un monde où on refuse la modernité, où prendre le temps de vivre et d’échanger est ce qui prime. Les habitants travaillent juste ce qu’il faut pour gagner leur vie, ils s’impliquent beaucoup dans le village et leur vie sociale est bien remplie. Celle-ci est toujours empreinte de chaleur humaine, de conversations littéraires, philosophiques ou psychologiques et les plaisirs de la table y sont très présents.

Cet art de vivre plait beaucoup à Prudence, mais elle est aussi bouleversée par certaines relations interpersonnelles qui viennent ébranler ses opinions et ses valeurs. C’est ainsi qu’elle se voit obligée de remettre en question ce qu’elle a érigé comme piliers dans sa vie.

Voilà un magnifique roman où les sentiments et les réactions physiques qu’ils provoquent sont merveilleusement décrits. Cette histoire baigne dans une atmosphère de légèreté et de profondeur satisfaisante. On a envie de déménager dans ce village utopique, d’en rencontrer les habitants et de partager leur douceur de vivre, leur vie simple et significative.

Il s’agit d’un hommage à la dolce vita : amour, amitié, hospitalité, tradition, lenteur, plaisirs de la table, culture et beauté.

L’auteure, Natalia Sanmartin Fenollera, voulait écrire un conte pour adultes et elle l’a fait avec une délicatesse que l’on savoure tout au long de la lecture. La quête de sens se mélange agréablement à l’éveil des sens. Il s’agit du premier roman de cette auteure espagnole qui travaille comme journaliste au quotidien économique Cinco Dias. Ce fut une très agréable découverte pour moi. D’ailleurs, ce roman a été une révélation internationale publié dans soixante-dix pays. J’attends le second avec impatience!

 

SANMARTIN FENOLLERA, Natalia, L’éveil de mademoiselle Prim, Paris, Grasset, 2013, 348 p.

Travestis en triple

Nouvelle job, nouvel appartement, nouveau cahier d’écriture, nouvelle vie! Dans Le cahier rouge de Michel Tremblay, Céline Poulin, 25 ans, ex-waitress et presque naine, tourne le dos à la médiocrité de son ancienne vie et prend son envol.

cahier rougeL’Expo 67 bat son plein; dans le Red Light, les touristes du monde entier affluent et chacun lâche son fou : Fine Dumas ramasse l’argent à la pelletée avec Le Boudoir, une boîte de nuit très spéciale, doublée d’un bordel de travestis. Pour orchestrer les activités de cette maison close pas comme les autres, Madame Dumas avait besoin d’une perle rare. Elle l’a trouvée en la personne de Céline, dure à l’ouvrage, crâneuse et déterminée. Dans sa robe verte à paillettes et ses souliers « rouge sang comme ceux de Dorothy dans The Wizard of Oz », la jeune femme endosse le rôle d’hôtesse de bordel avec sérieux. Tandis que ses ouailles se démènent comme de beaux diables avec des touristes qui s’encanaillent et des fils de bonne famille qui jettent leur gourme, Céline voue à ses six « filles » une affection sans faille, sans jamais les juger. Elle les couve tant bien que mal, peinant à les garder sous son aile protectrice.

Dans son beau cahier rouge, Céline raconte son quotidien entremêlé à celui de ses amis travestis, épopée tantôt misérable, tantôt loufoque, comme cette pièce d’anthologie, le jour du 60e anniversaire de Fine Dumas partie fêter à l’Expo avec sa bande de folles. Attendez-vous à tout : c’est savoureux et touchant, excentrique et disjoncté à souhait.

Chéri-Chéri

Il est beaucoup question de rimmel, de poudre et de houppettes, de bustiers et de guêpières dans Chéri-Chéri de Philippe Djian. Comme lectrice, j’ai joué les voyeuses, témoin du rasage, du maquillage, du déshabillage et du rhabillage en coulisses. Écrivain fauché le jour, Denis se transforme chaque nuit en femme fatale et monte sur scène dans un cabaret de travestis, sous prétexte de gagner sa vie. Ni prostitué ni homosexuel, il jouit du travestissement, sans plus. L’histoire déraille avec un beau-père mafieux et on a droit à pas mal d’action : on imagine facilement un film, comme pour d’autres livres de Djian. Le style est vif, mordant, le tout est très bien tourné, à la fois léger et corsé. En ce sens, c’est réussi, mais l’univers créé par Djian semble bien superficiel, comparativement à la densité de celui établi par Tremblay avec Le Boudoir et ses protagonistes.

 Je me souviens de Zazie

Ces deux livres ont éveillé chez moi le souvenir du couple formé par Gabriel et Marceline dans un autre livre, Zazie dans le métro de Raymond Queneau, lu à l’école secondaire.

Marceline… la délicate épouse de Gabriel, si discrète qu’elle ne saurait rougir, se limitant au rose : « Marceline baissa les yeux et rosit doucement. ». Marceline, au langage châtié, qui s’esclaffe quand l’assaillant qui prétend la violer se débat avec la conjuguaison : « Vêtissez-vous! vêtissez-vous! Mais vous êtes nul. On dit : vêtez-vous. ». Comme les jeux de Queneau avec la langue m’ont amusée alors!

Et Gabriel, l’oncle de la petite Zazie en visite à Paris : vous souvenez-vous de lui, ce colosse parfumé? Gabriel, qui ne travaillait que la nuit, et qui portait un tutu pour son numéro de danseuse dans un cabaret pour homosexuels, en tant que Gabriela.

Gabriel-Gabriela, Marceline-Marcel : un couple inoubliable, tout comme les jeux de haute voltige stylistique dans l’œuvre de Queneau.

 

TREMBLAY, Michel, Le cahier rouge, Montréal, Leméac, Arles, Actes Sud, 2004, 332 p.

DJIAN, Philippe, Chéri-Chéri, Paris, Gallimard, 2014, 193 p.     Aussi en format numérique

 QUENEAU, Raymond, Zazie dans le métro, Paris, Gallimard jeunesse, c1994, 235 p.

Saison festive

Elles ne sont pas parées de papier coloré et de rubans brillants, mais elles sont tout aussi scintillantes que des cadeaux sous le sapin. Voici nos suggestions de lecture, de films et de musique en cette saison festive. Nous vous souhaitons de joyeuses fêtes et vous offrons nos meilleurs vœux pour la nouvelle année!

Sylvie-Josée Breault recommande Déjà Noël de Frédérique Bertrand.

Tel un cadeau unique, ce roman graphique s’avère en tout point singulier. De par son emballage d’abord, car Frédérique Bertrand, illustratrice expérimentée, confère à l’ouvrage tout son esthétisme. La couleur, la calligraphie, d’élégants dessins réalisés à la feuille de carbone rehaussent les pages et attirent le regard. Le contenu étonne tout autant. L’auteure utilise un ton personnel et poétique où s’harmonisent parfaitement mots et images. Alors que s’amorce la course folle des fêtes (les emplettes, le déploiement de l’arbre de Noël, etc.), nous découvrons les réflexions d’un homme qui s’interroge sur la vie qu’il mène et sur sa relation de couple. Différente, stimulante, rafraîchissante, cette lecture représente un répit bienvenu en cette période des fêtes, disons-le, assez stressante.

 

Esther Laforce recommande Esprit d’hiver de Laura Kasischke.

Un matin de Noël commençant par une pensée angoissante et un retard n’annonce pas une journée de réjouissances. Ce sont les premiers éléments de tension de ce roman à l’écriture envoûtante, au cours duquel une mère est confrontée à sa fille adolescente. La journée avance au rythme des souvenirs qui lui reviennent de l’inquiétant orphelinat de Sibérie où elle a adopté sa fille, quelques années plus tôt. Les invités se décommandant les uns après les autres pour le souper de Noël, empêchés par un blizzard de plus en plus intense, c’est à un huis clos étouffant que le lecteur est convié, un de ceux capables de prolonger jusqu’au milieu de la nuit une ou deux soirées du temps des Fêtes.

 

Gisèle Tremblay recommande Des histoires de lutins de Jean-Claude Dupont.

Je le confesse, avant de lire Des histoires de lutins, de Jean-Claude Dupont, j’étais peu sensible à l’existence des lutins québécois. Comme tout un chacun, certes, j’avais entendu parler de la traverse de lutins de Saint-Élie-de-Caxton. Que Fred Pellerin me pardonne cependant, avec tout Saint-Élie : je n’y croyais pas, pantoute! Et pourtant… Dans une langue savoureuse, Jean-Claude Dupont narre vingt courtes histoires de lutins, plus convaincantes les unes que les autres, joyeusement illustrées de ses propres tableaux. De Gaspésie, de l’Île-aux-Grues et d’ailleurs au Québec, les témoignages affluent à propos des tours et facéties de ces petits êtres malicieux et chapardeurs. J’ai appris que les lutins québécois adorent les chevaux, qu’ils sont maniaques d’ordre et s’adonnent volontiers aux tâches domestiques. Saviez-vous que les lutins beaucerons, notamment, excellent à préparer le sucre à la crème?

Écoutez aussi cet extrait d’entrevue accordée à Marie-France Bazzo par l’auteur afin de savoir ce que l’on offrait en cadeau au Québec au siècle dernier.

 

Jean-François Barbe recommande Iroquoisie de Léo-Paul Desrosiers.

L’auteur de cet ouvrage en quatre volumes nous plonge avec un talent extraordinaire dans la vie tourmentée de la Nouvelle-France, de ses origines à la Grande Paix de Montréal de 1701. Il nous montre que pendant presque toute cette période, la survie de la colonie découlera des relations entretenues avec les peuples iroquois, peu à peu réunis dans un cadre confédératif.

Ces peuples, Desrosiers les présente comme vivant dans des démocraties, avec des majorités et des minorités, et avec lesquels il est toujours possible de nouer des alliances en fonction des intérêts des uns et des autres. Car les intérêts des Iroquois ne concordent pas toujours avec ceux des Anglo-Américains (et avant eux, à ceux des Hollandais) qui veulent la disparition de la Nouvelle Carthage qu’est, à leurs yeux, la Nouvelle-France. Parfois, certains gouverneurs au talent et au tempérament de chefs d’État, comme Frontenac, agissent avec habileté afin de détacher les Iroquois de la grandissante emprise anglo-américaine. La Nouvelle-France respire alors… jusqu’à la prochaine crise. Parfois, des gouverneurs sans vision jettent l’Iroquoisie dans les bras de New York et de ses chefs. Et la Nouvelle-France retient alors son souffle… dans l’attente de la prochaine bataille.

Desrosiers a écrit son grand livre dans les années quarante et cinquante, alors qu’il était conservateur de la Bibliothèque municipale de Montréal. Et heureusement pour les lecteurs d’aujourd’hui, « la plupart des interprétations de Desrosiers ont généralement bien vieilli », signale l’historien Alain Beaulieu en introduction. En raison d’une force d’écriture peu commune, qui était celle d’un écrivain convaincu et convaincant, le lecteur sera tenu en haleine tout au long des 1400 pages du récit. En préface, l’historien et éditeur Denis Vaugeois promet que « dès les premières pages », le lecteur sera « en état de choc ». Il a raison : … je l’ai été et le suis toujours.

 

Marie-Eve Roch recommande Brendan et le secret de Kells de Tomm Moore.

Brendan et le secret de KellsAu Moyen Âge, Brendan, un orphelin, vit sous la protection de son oncle, qui dirige d’une main de fer une abbaye en Irlande. Afin de terminer un précieux livre d’enluminures, il doit braver les dangers hors de l’abbaye, aidé par Aisling, une fée de la forêt. Ce film, une véritable splendeur visuelle, a remporté le prix du public au Festival international du film d’animation d’Annecy en 2009. Son graphisme rappelle par moments, mais de façon très moderne, l’enluminure médiévale, mêlant verts tendres, rouges sombres et ocres lumineux, sur une musique envoûtante de Bruno Coulais et du groupe irlandais Kila. L’intrigue pleine de rebondissements captivera les enfants, qui s’attacheront aux personnages de Brendan et d’Aisling. Les plus petits éprouveront peut-être quelques frissons lors de certains passages mettant en scène des loups, des Vikings ou le Grand-Sombre. Pour d’autres idées de films d’animation à visionner durant les Fêtes, consultez cette bibliographie sur le site de l’Espace Jeunes.

 

Catherine Lévesque recommande Des pas dans la neige de Maryse Letarte.

Maryse_Letarte_Des_pas_dans_la_neigeChaque année, j’ai beaucoup de plaisir à retrouver ce disque de Noël dont les textes sont amusants et touchants. L’album Des pas dans la neige est magnifique! Maryse Letarte y propose des chansons originales sur le thème de Noël et sur cette période de fin d’année. Cela nous change des classiques de Noël même si on les aime beaucoup.

Dans Ô traîneau dans le ciel, elle demande : qu’est-ce que Noël a fait de nous? – et offre une réflexion sur notre façon de célébrer. Entre Noël et le jour de l’an nous raconte la douceur d’être en pyjama à la maison avec celui qu’on aime durant les vacances du temps des fêtes. L’année qui s’achève nous fait planer et nous invite à dresser un bilan de l’année qui se termine.

J’espère que cet album traversera le temps et deviendra, à sa façon, un classique de Noël pour bien des gens!

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BERTRAND, Frédérique, Déjà Noël, Noville-sur-Mehaigne, Esperluète, 2010.

DESROSIERS, Léo-Paul, Iroquoisie, Sillery, Septentrion, 1999.

DUPONT, Jean-Claude, Des histoires de lutins, Québec, Les éditions GID, 2014, 51 p.

DUPONT, Jean-Claude, Indicatif présent. Jean-Claude Dupont, Montréal, CBC/Radio-Canada, coll. « Ils ont dit… Moments choisis des archives de Radio-Canada : 235-1 », 1999.

KASISCHKE, Laura, Esprit d’hiver, Paris, Christian Bourgois, 2013, 275 p.

Aussi disponible en format numérique.

LETARTE, Maryse, Des pas dans la neige, Mont-Saint-Hilaire, Disques Artic, 2008.

MOORE, Tomm et Nora TWOMEY, Brendan et le secret de Kells (The Secret of Kells), France / Irlande / Belgique, Mongrel Media, 2008, DVD, 75 min.




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