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Annotations;: Livres, musique et cinéma.

Un petit saut à Reykjavik avec Erlandur Sveinsson

Lors des dernières vacances estivales, j’ai profité des belles journées à la plage pour lire La cité des jarres et La femme en vert, deux romans policiers de l’auteur islandais Arnaldur Indridason. Il s’agit des deux premiers romans de la série disponible en français et qui met en vedette le commissaire de police Erlandur Sveinsson et son équipe.

 

commissaire Erlandur Sveinsson

Dans La cité des jarres, Erlendur, avec ses méthodes d’enquête particulières, tente de comprendre les liens entre un viol commis 40 ans plus tôt, la mort de l’enfant né de cet événement et le meurtre du violeur. Ce sont ces liens, une fois découverts, qui permettront, selon Erlendur, de trouver le coupable et d’apprendre le mobile du crime.Commissaire Erlandur Sveinsson

Dans La femme en vert, Erlendur remonte le temps afin d’identifier un squelette qui aurait été enterré il y a plus de 60 ans sous une maison maintenant disparue. À travers l’histoire du propriétaire de la maison et de ses locataires subséquents, on découvre l’horreur.

Au fil des enquêtes, l’auteur nous dévoile les tourments personnels d’Erlendur, l’échec de son mariage et les problèmes de ses enfants. Les sujets abordés dans ces deux romans sont durs : viol, drogue, prostitution, violences conjugales…  Le temps qui passe, qui détruit ou qui guérit les choses est omniprésent : il permet d’amener des éléments de réflexion de l’enquêteur et adoucit un peu le récit.

 

 

 

 

On compte à ce jour 12 romans traduits en français mettant en vedette le commissaire Erlendur. Le dernier, Le lagon noir a été publié cette année. Tous les titres sont également disponibles en version numérique sur prêtnumérique.ca.

 


Bibliographie

INDRIDASON, Arnaldur, La femme en vert, Paris, Points, 2007, 346 p.
Aussi disponible en format ePub

INDRIDASON, Arnaldur, La cité des jarres, Paris, Points, 2006, 327 p.
Aussi disponible en format ePub

Plaisirs retrouvés

Mes enfants chérissent des livres ou des films qu’ils aiment relire et revoir régulièrement. Pour l’une, c’est Le magicien d’Oz; pour l’autre, la série Harry Potter. Nous aussi, les adultes, affectionnons des œuvres qui nous ont touchés et que nous redécouvrons année après année parce qu’elles nous enchantent chaque fois. Nous vous invitons aujourd’hui à partager nos plaisirs retrouvés.

Catherine Lévesque recommande Ne le dis à personne.

Ne le dis à personneRéalisé par Guillaume Canet et adapté d’un roman à succès d’Harlan Coben, Ne le dis à personne met en scène un couple amoureux, incarné par François Cluzet et Marie-Josée Croze, dont le destin bascule lorsque celle-ci se fait assassiner. Le film raconte surtout la suite de leur histoire, huit ans plus tard, lorsque le mari revoit sa femme dans une vidéo jointe à un courriel qu’il a reçu! Est-elle encore vivante? Tous les espoirs sont permis. On entre alors dans un thriller puissant aux nombreux rebondissements…

 

 

Marie-Ève Roch recommande Nouvelles de Mars de Robinson.

Nouvelles de mars_RobinsonVéritable troubadour pour les petits, Robinson m’a charmée en un instant avec sa voix douce et ses textes d’une grande finesse. Tantôt pleines de poésie, tantôt teintées d’un brin de folie ou d’exotisme, ses chansons toujours délicates nous parlent d’anges, de voyage sur la Lune, d’une dent qui tombe ou de vieux trésors cachés au fond d’un grenier. Robinson est entouré d’une solide équipe de musiciens et de choristes, et tout l’album a fait l’objet d’arrangements soignés. Ne vous laissez surtout pas rebuter par le côté maison de la pochette : voilà un fin travail d’artisan à redécouvrir, et pour lequel je craque complètement.

 

Esther Laforce recommande Sissi, l’impératrice anarchiste de Catherine Clément.

Sissi l'impératrice anarchisteCeux et celles qui auront été charmés par la vie de Sissi grâce à la trilogie des films réalisés dans les années 50 et mettant en vedette la plus que magnifique Romy Schneider, liront ou feuilletteront avec passion, comme je l’ai fait adolescente, le livre de Catherine Clément, Sissi, l’impératrice anarchiste. Publié en 1992 dans la collection Découvertes de Gallimard, ce livre abondamment illustré présente de façon plus réaliste la vie de cette impératrice solitaire et malheureuse dont les poèmes révèlent la révolte qui l’habitait contre les obligations impériales et la monarchie. Marquée par l’anorexie et la mort de deux de ses quatre enfants, elle mourut en 1898, assassinée par un anarchiste. Une vie mouvementée et tragique, bien éloignée de l’univers romantique des contes de princesses…

 

 

Sylvie-Josée Breault recommande La vie devant soi de Romain Gary.

La vie devant soiLe centième anniversaire de la naissance de Romain Gary a été souligné cette année, notamment par la parution d’un texte inédit de 1937 : Le vin des morts. Le détenteur du manuscrit, Philippe Brenot, est l’instigateur de ce projet d’édition et il en signe la préface. Il présente ce roman comme précurseur des ouvrages publiés successivement de 1974 à 1976, sous le pseudonyme d’Émile Ajar : Gros-Câlin, La vie devant soi et Pseudo. Effectivement, on y retrouve des thématiques et un ton similaires : travers humains, problématiques sociales, exposés de façon sarcastique. Et c’est l’intérêt de ce livre, nous rappeler ces titres lus et relus qui ont marqué l’imagination des lecteurs et touché leur sensibilité. Je retiens le prix Goncourt de 1975, La vie devant soi, pour sa tendresse, son humour, malgré le caractère sombre des faits rapportés : traumatismes d’Auschwitz, prostitution, racisme. On se souviendra du langage coloré du jeune Momo et de l’attachante madame Rosa que Simone Signoret avait si bien incarnée dans l’adaptation cinématographique de Moshé Mizhari.

 

Marie-Line Champoux-Lemay recommande Ghost in the shell de Mamoru Oshii

Ghost in the shellParu en 1995, ce film du réalisateur japonais Mamoru Oshii (à ne surtout pas confondre avec la série télévisée du même titre) a fait date. Son lancement à l’international a marqué l’évolution du cinéma d’animation et, plus largement, de la science-fiction. Presque vingt ans plus tard, cette adaptation libre du manga éponyme de Masamune Shirow tient toujours la route, visuellement comme narrativement, et revêt même des allures prémonitoires. L’action se déroule en 2029, dans un contexte où la technologie a déjà investi la biologie humaine pour créer les cyborgs. Les thèmes du cyberterrorisme et de l’intelligence artificielle, la haute technologie et tous les questionnements éthiques que peuvent poser ses applications sont plutôt d’actualité. Il est donc doublement intéressant de (re)découvrir Ghost in the shell en gardant en tête qu’en 1995, le Web n’était encore qu’à ses balbutiements et que les films phares de la SF populaire des années à venir (La Matrice, notamment) ne faisaient pas encore partie du paysage cinématographique. Avis aux intéressés : la suite de ce film, Innocence (2004), est à mon humble avis encore meilleure.

 

Jean-François Barbe recommande Glengarry Glen Ross.

Wall Street ne se laisse pas croquer facilement par les cinéastes, même par des talents aussi confirmés que celui de Martin Scorsese. Son dernier film, Le loup de Wall Street, n’a rien à voir avec une plongée révélatrice dans l’univers de la haute finance. L’action se situe dans un milieu beaucoup plus prosaïque, celui des locaux de vente sous pression (boiler rooms), là où des fraudeurs appâtent des naïfs relativement fortunés au téléphone, avec des promesses de rendements mirobolants basées sur de soi-disant informations privilégiées. Mettant en vedette l’excellent Richard Gere dans la peau d’un gestionnaire de fonds de couverture (hedge fund), le film Arbitrage est une étude de caractère et de milieu social, et non pas l’exploration d’un système devenu instable par l’action de ces oligarques américains, pour reprendre les mots de l’économiste Paul Krugman.

Cela dit, s’il y avait un film à redécouvrir pour ce qu’il nous dit avec un talent incomparable sur une économie livrée à la loi du plus fort, sans foi ni loi, ce serait sans conteste Glengarry Glen Ross. Sorti en 1992, il s’agit d’un incontournable sur la représentation d’un capitalisme coupe-gorge, issu des ruines d’une industrie manufacturière délocalisée aux quatre vents. Les acteurs sont renversants – Alec Baldwin y joue le rôle de sa vie – et les dialogues, d’une vérité accablante. Je le visionne régulièrement et à chaque fois, je remercie le ciel de ne pas vivre aux États-Unis.

 

Gisèle Tremblay recommande 84, Charing Cross Road d’Helene Hanff.

De temps à autre, je m’offre le plaisir de relire ce charmant petit bouquin d’Helene Hanff (1916-1997), 84, Charing Cross Road, paru en 1971. Il s’agit d’un recueil de lettres échangées entre Helene, New-Yorkaise à l’humour décapant, écrivaine fauchée et fan finie de littérature anglaise, et Frank Doel, son libraire londonien, un adorable pince-sans-rire dont l’érudition n’est jamais prise en défaut. Helene – qui a des goûts bien à elle – commente abondamment les auteurs qui font ses délices et s’en prend aussi à ceux qui n’ont pas l’heur de lui plaire. En cela, elle est d’une drôlerie irrésistible! À la suite du succès du livre des deux côtés de l’Atlantique et après la mort de Frank, la nouvelle star littéraire visitera enfin Londres… Invitée par son éditeur pour une tournée de promotion, elle a fait le récit de ce voyage tant espéré dans La duchesse de Bloomsbury Street (1973). Au fil de ses découvertes et de ses rencontres londoniennes, on jubile avec elle, tant son exubérance est palpable.

 

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CANET, Guillaume, Ne le dis à personne, Montréal, Film Séville, 2007, 125 min.

COBEN, Harlan, Ne le dis à personne, Paris, Belfond, 2006, 353 p.

CLÉMENT, Catherine, Sissi, l’impératrice anarchiste, Paris, Gallimard, coll. Découvertes, 1992, 176 p.

FOLEY, Foley. Glengarry Glen Ross, Montréal, Alliance Atlantis Vivafilm, 2002, DVD, 160 min, avec Alan Arkin, Alec Baldwin, Ed Harris, Jack Lemmon et Al Pacino.

GARY, Romain, Le vin des morts, Paris, Gallimard, 2014, 237 p.

GARY, Romain (Émile Ajar), La vie devant soi, Paris, Gallimard, 2005, c1975, 273 p.

HANFF, Helene, 84, Charing Cross Road, Paris, Le Livre de pohe, 2003, c2001, 156 p.

HANFF, Helene, La duchesse de Bloomsbury Street, Paris, Payot, 2002, 189 p.

OSHII, Mamoru, Ghost in the shell, versions anglaise et japonaise, sous-titres en anglais, États-Unis, Manga Entertainment, 1996, c1995, DVD, 82 min.

OSHII, Mamoru, Ghost in the shell, versions anglaise et japonaise, sous-titres en anglais, États-Unis, Anchor Bay, 2014, Blu-ray, 83 min.

ROBINSON, Nouvelles de mars, France, Association Recre Actions, 2005.

La vérité sur l’affaire Harry Quebert

J’ai adoré ce livre à une chose près : le transporter. C’est une brique de 669 pages parue en 2012 et la version de poche n’existe pas encore.

Les personnages sont très attachants. Marcus Goldman est un jeune écrivain qui, après le succès de son premier roman, n’arrive pas à écrire le deuxième. Harry Quebert, son maître à penser et ami depuis de nombreuses années, a été son professeur à l’université, son entraîneur de boxe et son modèle comme écrivain. Bref, Marcus Goldman doit beaucoup à Harry Quebert.

C’est pour cette raison que, lorsqu’Harry est accusé de meurtre, Marcus vole à son secours. Il s’embarque dans une enquête où les rebondissements n’ont plus de fin. Le jeune écrivain veut tellement connaître la vérité qu’il s’acharne malgré lui à continuer.

Le drame se déroule dans une petite ville du New Hampshire où tous les habitants ont des liens. Comme dans la construction d’un mur solide, les personnages et l’intrigue s’imbriquent les uns dans les autres.

C’est un des meilleurs romans policiers que j’ai lus grâce à l’intelligence qui s’en dégage; grâce aussi à l’amitié entre les deux écrivains et aux réflexions sur ce métier.

Il s’agit du deuxième roman de Joël Dicker. C’est un jeune auteur suisse d’à peine trente ans qui s’est imaginé à travers son héros devenir un auteur à succès et c’est ce qu’il est devenu. Nous n’avons pas fini d’entendre parler de lui.

 

DICKER, Joël, La vérité sur l’affaire Harry Quebert, Paris, Éditions de Fallois, L’Âge d’homme, 2012, 669 p.

Grand Prix du roman de l’Académie française, 2012
Prix Goncourt des lycéens, 2012

Le dîner

C’est un succès de librairie aux Pays-Bas depuis deux ans. À ce jour, c’est le seul roman d’Herman Koch traduit en français, malgré une réputation qui n’est plus à faire chez les Néerlandais. Une histoire singulière tirée d’un fait divers qui se serait passé à Barcelone. Un roman inclassable, dans une zone qui se situe à la frontière du drame psychologique et de l’enquête policière.

Et des évènements qui s’incrustent dans notre tête. Longtemps.

Je suis tombée par hasard sur ce bouquin surprenant. Comme le titre, dans sa traduction anglaise, est disponible en format numérique sur notre plateforme Overdrive et qu’il est très réservé, je devais faire l’acquisition de copies supplémentaires. Sa couverture d’un bleu vif m’a interpellée, son titre minimaliste, Le dîner, m’a intriguée, et le résumé qu’en fait l’éditeur sur la quatrième de couverture a fini de me convaincre : j’allais plonger dans ce livre.

L’intrigue tient entièrement dans le cadre suggéré par le titre : tout est raconté dans l’espace d’un dîner. Paul, son frère Serge et leurs conjointes se rencontrent autour d’une table dans un grand restaurant d’Amsterdam où propriétaire et serveurs affichent dignement un snobisme de bon ton. Portions minuscules, aliments supposément bio et plats aux noms interminables, le décor est campé : personne ne peut être réellement à son aise dans un endroit pareil. L’entrée est servie, on badine. On débouche un grand cru : des projets pour les vacances estivales? Tout porte à croire que les frères passeront une petite soirée gentille, en évitant soigneusement de parler de ce qui les préoccupe pourtant viscéralement. Les plats principaux sont servis : le drame est enfin dévoilé au lecteur. Nous apprenons ainsi, à travers la voix de Paul, la nature révoltante du crime qu’auraient commis récemment son fils et celui de son frère, les deux cousins. La mascarade est terminée, les cartes sont sur table. La moralité des quatre acteurs de ce huis clos sera mise à rude épreuve.

Bien sûr, je ne vous révèlerai pas en quoi consiste le méfait, mais de toute façon le pouls de l’histoire ne se prend pas lors de la révélation de l’acte. Son essence repose ailleurs.

On entame Le dîner en adoptant le point de vue du narrateur. Paul est un père soucieux du bien-être de son adolescent et sa philosophie de vie nous paraît rassurante, saine. Les actes de violence commis par son fils le troublent, et il se questionne sur la façon de gérer la crise familiale qui les secoue. Protéger son fils et son neveu, ou les dénoncer? On se laisse happer par son angoisse, et on s’approprie sa vision.

Lorsque pâtisseries et café sont enfin proposés, le doute s’est immiscé dans notre conscience de lecteur aveugle, de façon très progressive. Au fond, quelle est la source d’une telle violence? La jeunesse peut-elle seule justifier la gratuité d’un acte? Se peut-il que la cruauté soit inscrite dans les gènes? Jusqu’où irions-nous pour soustraire nos enfants au système judiciaire, jusqu’où un parent peut-il aller?

Il s’agit d’un roman qui, de l’entrée au dessert, parsème de miettes le chemin tortueux qui mène de l’agressivité à la barbarie. Passé un certain stade, l’insensé de la situation nous déconnecte de toute rationalité. On assiste alors à la reconstruction d’un bonheur familial basé sur le partage d’une valeur commune : la violence.

Au terme d’un tel dîner, où plusieurs destins auront dévié de leur trajectoire, et où le maître d’hôtel aura été témoin d’étranges confidences, la question fondamentale ne demeure-t-elle pas : doit-on laisser un bon pourboire?

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KOCH, Herman, Le dîner, Paris, Belfond, 2011.

Ceci n’est pas une pomme

Il fut un homme qui, avocat de son métier, eut un jour l’idée folle d’écrire quelques histoires. La folie ne résidait pas dans cette envie soudaine de faire de la littérature, non, car qui un jour n’y rêva point? Ce qui étonna surtout ses collègues du barreau, de même que le Tout-Berlin où celui-ci pratiquait le droit criminel, fut qu’il choisit de placer au cœur de ses histoires quelques-unes des causes les plus intrigantes qu’il avait eu à plaider comme avocat de la défense. Secret professionnel oblige, il dût s’exercer dans l’art de maquiller suffisamment les contextes, les personnages et les lieux de ses faits divers pour que nul ne puisse discerner le vrai du faux dans les onze nouvelles de son premier livre.

La conception du système judiciaire qu’avait cet homme était assez humaniste et sa tolérance envers la nature humaine lui avait enseigné que, en droit pénal comme ailleurs, même la personne la plus coupable aux yeux de la loi possède un bagage intérieur complexe et peut témoigner de diverses expériences pour justifier ses actes, du moins à ses propres yeux. L’avocat choisit donc de mettre en valeur l’histoire intime et parfois surprenante des gens qu’il fut appelé à défendre, malgré toute l’horreur des gestes qu’ils avaient parfois posés. Il mit en œuvre tout son talent littéraire pour faire cheminer son lecteur dans les méandres de l’âme humaine, en des lieux où la justice, avec tout son protocole, ne s’aventure jamais.

Il raconta ainsi l’histoire de ce gardien de musée qui, après avoir passé 23 ans à surveiller la même statue dans la même salle du même musée, sombra dans un état qui lui fit commettre des actes de délinquance, à la limite de l’inquiétant. Il parla aussi de Friedhelm qui, à 72 ans, en toute lucidité, assassinat sa femme qu’il continuait pourtant d’aimer, malgré le mépris et la hargne qu’elle lui avait manifestés pendant près d’un demi-siècle. Il mit en scène Karim, le fils le plus naïf d’une famille où le crime était génétique; Karim qui, contre toute attente, parvint à manipuler les preuves incriminant l’un de ses frères pour détourner l’accusation vers un autre membre de sa famille. Et il évoqua le souvenir de cette jeune violoncelliste qui en vint à commettre le geste ultime envers son frère, à qui la fatalité réservait de toute façon une fin atroce.

En tout onze récits, onze faits divers ficelés dans la psychologie, dans le style, dans la création; onze histoires stupéfiantes où, pour chaque phrase, le lecteur se questionnait sur la part de réel et la part de fiction qui les constituaient… La complexité de l’esprit humain pouvait engendrer, on le savait, des intrigues plus invraisemblables que le plus inconcevable roman d’aventures. Mais le nouvel auteur eut la sagesse de clore son recueil de nouvelles en citant le titre d’une célèbre toile de René Magritte, Ceci n’est pas une pomme, fermant ainsi la porte aux éventuelles remarques à propos de la véracité des évènements qu’il avait narrés. La littérature se suffisait à elle-même, l’art se suffisait à lui-même. Nul besoin de chercher la vraie pomme là où il n’y avait que représentation.  Si les histoires avaient su plaire, l’écrivain n’avait pas failli à la tâche.

Y a-t-il un intérêt à savoir que le réel a nourri la fiction? Un lecteur a-t-il le droit de chercher le fait vécu dans toute œuvre littéraire? Un récit de fiction peut-il guider le lecteur vers la vie, vers la vraie vie? D’éternelles questions qui n’ont pas fini d’animer nos débats et de redéfinir l’idée que chacun de nous peut se faire d’une bonne histoire…

VON SCHIRACH, Ferdinand, Crimes, Paris, Gallimard, 2011.

Apparences trompeuses

Nick et Amy Dunne forment un jeune couple new-yorkais en amour. Mais la crise économique frappe : les deux journalistes sont mis à pied à quelques mois d’intervalle. Frustré et déprimé, Nick demande à Amy de le suivre au Missouri afin qu’ils s’établissent dans sa ville natale. Il réalise son rêve d’être propriétaire d’un bar et se trouve un emploi comme professeur au collège du coin. Mais ces changements ne ramènent pas le bonheur dans la demeure des Dunne. Le livre s’ouvre sur la journée de leur cinquième anniversaire de mariage, la journée où Amy disparaît.

On découvre le passé des personnages grâce au journal d’Amy : sa rencontre avec Nick dans une fête sept ans plus tôt, les premières années de leur couple, leur désarroi quand ils sont frappés par le chômage, leur relation qui s’envenime, le déménagement dans le Midwest. Ces chapitres alternent avec le récit de Nick, au présent, qui vit les événements suivant la disparition d’Amy.

Au fur et à mesure que l’action se déroule, au présent et au passé, on constate que Nick a de sérieux ennuis. Il est en effet le suspect numéro un dans la disparition de sa femme. Il n’a pas d’alibi le matin où elle a été vue pour la dernière fois et la scène du crime, dans la maison familiale, semble avoir été trafiquée pour donner l’illusion d’un enlèvement par un intrus. De plus, selon ce qu’écrit Amy dans son journal, Nick était devenu violent avec elle au cours des derniers mois.

Dans la première partie de Gone Girl, l’auteure Gillian Flynn, dresse adroitement le portrait psychologique de ces deux personnages si différents : elle, fidèle, à l’écoute, ayant espoir que son mariage s’améliorera; lui, déprimé, détaché, entretenant une maîtresse. Quoique tous les éléments de la disparition d’Amy incriminent Nick, on attend avec impatience le vrai dénouement de l’histoire.

Or, la deuxième partie du livre est très décevante et, surtout, prévisible. L’auteure détruit tout ce qu’elle a construit en première partie. On se retrouve à un autre endroit, dans un état d’esprit opposé et où les intentions sont inversées. Le lecteur de romans policiers s’attend à être trompé, c’est ce qui rend ce genre de lectures captivantes. Il est par contre trop facile de créer des personnages pour ensuite les transformer complètement afin de justifier l’action.

Gillian Flynn a eu beaucoup de succès avec ses romans précédents, Sharp Objects et Dark Places (Sur ma peau et Les lieux sombres). Et peut-être qu’à la lecture de toute son oeuvre, on comprend mieux son univers.

Ceux d’entre vous qui avez lu Les apparences (ou Gone Girl), que pensez-vous du dénouement, facile ou intelligent?

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FLYNN, Gilian. Les apparences. Paris : Sonatine, 2012.

FLYNN, Gillian. Gone Girl : A Novel. New York : Crown, 2012.

Premier roman, premier polar

JRépliques mortellesournaliste à Radio-Canada et auteure de deux essais, Florence Meney signe avec Répliques mortelles son premier roman. Avec ce polar, elle nous transporte avec vivacité et enthousiasme dans le milieu journalistique qu’elle connaît bien. L’intrigue, à ramifications multiples, nous plonge au cœur du séisme de 2010 en Haïti.

Son personnage principal est une jeune journaliste qui a couvert la catastrophe et dont la vie personnelle a également subi un tremblement de terre par la même occasion.

L’écriture est vivante, passionnée, joyeuse. La galerie de personnages est remplie de caractéristiques attachantes. L’auteure nous situe toujours dans cet ensemble de personnages qui, de prime abord, ne semblent pas avoir de liens. Elle tisse habilement sa toile et nous entraîne dans un suspense bien ficelé. Le roman devient alors passionnant.

Même s’il comporte quelques incohérences, ce premier roman de Florence Meney est captivant car elle nous fait vivre dans le milieu journalistique pendant quelque temps et on est pris par cette histoire.

J’ai découvert cette auteure en assistant à une table ronde sur le polar québécois lors du dernier festival Metropolis Bleu. J’ai été déçue de l’activité qui, je croyais, me donnerait une vue d’ensemble du polar québécois. Cependant, la table ronde comptait deux auteurs venus présenter leurs œuvres et, trouvant Florence Meney sympathique, j’ai eu envie de lire son polar qui, lui, ne m’a pas déçue.

À découvrir également, les deux autres livres de Florence Meney : Montréal, à l’encre de tes lieux qui présente des entretiens avec des écrivains québécois et Se réinventer : visages de la vitalité humaine qui traite de résilience

Meney, Florence, Répliques mortelles, Montréal, Michel Brûlé, 2012, 357 p.




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