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Annotations;: Livres, musique et cinéma.

Je lance un défi de lecture – 5 – La femme qui fuit

 

Que d’émotions pour terminer ce défi de lecture qui aura été assez exigeant pour moi (entre le travail, la famille, les études et le rhume)! Mais ça en valait la peine!

 

défi_la femme qui fuit

Phrases courtes, écriture vive, rythme effréné comme si le temps allait nous manquer. Récit profondément touchant, émotivement engageant. Voici la recette, à mon avis, d’un roman gagnant du Prix des libraires!

 

C’est peu dire : mon cœur de mère fut chamboulé.

 

Le récit que nous livre Anaïs Barbeau-Lavalette est prenant. C’est l’histoire de sa grand-mère Suzanne Meloche, épouse de Marcel Barbeau, peintre et sculpteur québécois. Le récit aborde l’effervescence entourant la création du mouvement automatiste et la publication du manifeste du Refus global de Paul-Émile Borduas. Il illustre également à travers la vie de Suzanne Meloche les déchirements qu’ont dû vivre plusieurs artistes du mouvement à essayer de concilier liberté et responsabilité. Le récit nous amène à réfléchir : faut-il forcément abandonner ceux qu’on aime pour vivre sa liberté individuelle? Il importe de se remettre dans le contexte social de l’époque dans laquelle le récit se déroule : le Québec de Duplessis des années 1940 et 1950 est encore largement sous le joug de l’Église catholique. Néanmoins, on peut se poser la question : fallait-il passer par là pour arriver ici?

 

 

 

 

 

Ainsi tu continues d’exister.
Dans ma soif inaltérable d’aimer.
Et dans ce besoin d’être libre, comme une nécessité extrême.
Mais libre avec eux.
Je suis libre ensemble, moi.

 

 

Ce récit ne peut laisser personne indifférent.

Il obtient mon vote comme grand gagnant de la catégorie Roman québécois du Prix des libraires du Québec 2016.

Maintenant que mon défi de lecture est terminé, j’attends avec impatience le dévoilement du gagnant le 9 mai prochain.défi de lecture - romans québécois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce fut une expérience intéressante de découvrir de nouveaux auteurs québécois très talentueux. Des récits qui, souvent, nous touchent par des trames très personnelles.

 

Je lance un défi de lecture – 4 – Nord Alice

Défi de lecture -4

Des quatre romans lus jusqu’à maintenant pour mon défi de lecture, Nord Alice de Marc Séguin est mon préféré. J’en ai aimé l’écriture simple, mais efficace.

 

D’une certaine manière, je me suis reconnue dans le récit. Ce que vivent les personnages est raconté de façon suffisamment réaliste pour qu’on puisse s’y identifier. Le récit n’est pas banal pour autant : le narrateur, médecin de formation, s’exile à Kuujjuaq pour comprendre avec quoi rime l’amour : c’est que la femme qu’il aime est Inuite. Nous découvrons alors un monde de paysages à couper le souffle, de nature sauvage et de froid extrême.

 

« Des glaces millénaires qui flottent et meurent, portées par la mer, vers le sud. Des éternités qui fondent. »

 

Un monde aussi confronté à des difficultés sociales : les Blancs ont voulu s’approprier le Nord et y ont laissé des traces que des milliers d’années de survie ne sont pas capables d’absorber.

 

« J’imagine que les médicaments sont arrivés par avion. Avec l’alcool, les Whippets et les tranches de fromage Singles. »

 

Le narrateur essaie de comprendre aussi à travers l’histoire familiale paternelle jusqu’où il faut aller pour montrer son amour à l’autre et de l’autre. Quels gestes faut-il poser pour prouver que l’amour entre deux personnes est authentique et inconditionnel?

 

 

 

J’amorcerai sous peu la dernière étape du défi que je me suis lancé à la mi-février avec La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette.

 

Le gagnant de la catégorie Roman québécois du Prix des libraires du Québec sera dévoilé le lundi 9 mai prochain.

Je lance un défi de lecture – 1

 

C’est parti! Le 19 février dernier, je me suis lancé le défi de lecture personnel suivant : lire les cinq romans québécois finalistes du Prix des libraires du Québec 2016 avant le dévoilement du gagnant le 9 mai prochain. C’est un défi de taille, mais qui devrait s’avérer amusant. Que diriez-vous d’embarquer dans l’aventure et de vous lancer un défi similaire?

 

Les cinq romans finalistes québécois sont :

défi_blanc dehors

Blanc dehors Martine Delvaux

L'année la plus longue

L’année la plus longue
Daniel Grenier

défi_la femme qui fuit

La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette

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À la recherche de New Babylon Dominique Scali

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Nord Alice Marc Séguin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme j’ai déjà lu L’année la plus longue de Daniel Grenier (voir mon billet sur Annotations), il me reste donc quatre romans à lire en onze semaines.

 

Voici mon défi et ma stratégie

 

Pour réussir mon défi, je me fixe l’objectif de lire au moins 20 pages par jour. Ça devrait être réaliste. Au fil de l’expérience, je publierai de courts billets pour vous faire part de ma progression et de mon appréciation des romans que j’aurai lus.

 

J’ai établi l’ordre de lecture suivant :

 

Lecture no 1 : Blanc dehors de Martine Delvaux
Objectif : Terminer la lecture en 9 jours – 27 février 2016

Lecture no 2 : Nord Alice de Marc Séguin
Objectif : Terminer la lecture en 12 jours – 10 mars 2016

Lecture no 3 : À la recherche de New Babylon de Dominique Scali
Objectif : Terminer la lecture en 21 jours – 4 avril 2016

Lecture no 4 : La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette
Objectif : Terminer la lecture en 19 jours – 5 mai 2016

 

Quelques trucs pour réussir

 

Voici quelques trucs que j’utiliserai et qui pourraient aussi vous aider si vous embarquez dans l’aventure :

 

1- Trouver et emprunter un livre imprimé ou numérique disponible immédiatement.

2- Réserver dès maintenant les prochaines lectures.

3- Se fixer un objectif de lecture quotidien réaliste.

4- Recruter des amis pour relever le défi avec vous.

5- Organiser un dimanche après-midi de lecture : vous pourrez ainsi mettre les enfants à contribution en leur donnant un petit défi de lecture personnel.

6- Utiliser une application mobile ou un site Web pour enregistrer vos progrès (par exemple Goodreads ou Babelio).

7- Rédiger ou filmer une courte critique que vous pourrez partager sur les réseaux sociaux ou sur le blogue Annotations.

 

Alors, êtes-vous prêts à relever le défi?

 

Partagez votre défi de lecture personnel sur le blogue Annotations et, surtout, bonne lecture!

García Márquez et le destin

Au mois d’avril dernier disparaissait un des géants de la littérature colombienne et mondiale contemporaine : Gabriel García Márquez.

Lauréat du prix Nobel pour Cent ans de solitude en 1982, roman emblématique de son œuvre, la réputation de l’écrivain colombien à la bouille sympathique n’est plus à faire. Ses histoires aux multiples ramifications, à la fois politiques, historiques, familiales, philosophiques et magiques, ont marqué des générations de lecteurs. Sans doute ont-elles permis à plusieurs d’entre eux de découvrir un des versants fabuleux de la littérature, la grande, celle qui dépasse les frontières de l’immédiat et touche au mythe. Du moins, ce fut mon cas.

Chronique d’une mort annoncée est un tout petit roman, en termes de pages. En cela, il est bien différent de l’épopée qu’est Cent ans de solitude. Pourtant, il se développe autour de thèmes qui y sont également abordés : la mort, la fatalité, l’honneur. Des thèmes sur lesquels la littérature réfléchit depuis toujours.

« Jamais mort ne fut davantage annoncée. » (García Márquez, p. 53)

Le héros malheureux de cette chronique est un jeune homme nommé Santiago Nasar. Désamorçant tout suspense quant à l’issue du récit, le narrateur en dévoile l’enjeu dès la première phrase : ce matin-là, Santiago sera abattu, étripé tel un animal sans défense, dos à la porte close de sa propre maison. L’action se déroule à l’aube, au lendemain d’une noce qui a laissé les habitants d’un petit village isolé de la Caraïbe complètement éméchés. Avant même le lever du soleil, la rumeur circule : les frères Vicario cherchent Santiago Nasar pour le tuer. Paradoxalement, celui-ci n’en sera jamais informé.

Ce jour funeste est raconté par un bon ami de Santiago, qui, des années après la tragédie, reconstitue la suite rocambolesque des évènements et tente d’en comprendre la cause. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas tant de découvrir pourquoi on a voulu tuer Santiago Nasar (il est essentiellement question d’un crime d’honneur) que d’appréhender comment cette mort n’a pu être évitée. Comment est-il possible qu’aucun geste, qu’aucune parole n’ait réussi à atteindre la victime avant son exécution? Comment une telle horreur peut-elle advenir alors que tout le monde sait? À quoi ce sacrifice sert-il?

« Personne ne s’était demandé si Santiago Nasar était prévenu, car le contraire paraissait à tous impossible. » (García Márquez, p. 17)

Dans un récit dont l’invraisemblance (volontaire) fait parfois sourire, García Márquez met en évidence le ridicule et l’arbitraire de la violence symbolique, alors que les bourreaux eux-mêmes s’avèrent prisonniers de ce que leur prescrivent les convenances. La surabondance des coïncidences souligne de façon surprenante le caractère absurde et éminemment tragique du destin.

Paru en 1981, Chronique d’une mort annoncée demeure un texte toujours aussi pertinent aujourd’hui et une porte d’entrée sur l’œuvre de l’écrivain colombien. En cela, il faut croire qu’on peut le qualifier, suivant les termes de Gabriel García Márquez lui-même, de « roman réussi » :

« […] García Márquez était convaincu qu’un roman est réussi s’il réunit deux conditions : être à la fois une transposition poétique de la réalité et une sorte de devinette codée du monde. » (Saldívar, p. 26)

 

GARCÍA MÁRQUEZ, Gabriel, Chronique d’une mort annoncée, Paris, Grasset, 1981, 200 p.

GARCÍA MÁRQUEZ, Gabriel, Crónica de una muerte anunciada, New York, Vintage Books, 2003, 118 p.

MARTIN, Gerald, Gabriel García Márquez : une vie, Paris, Grasset, 2009, 701 p.

SALDÍVAR, Dasso, García Márquez : voyage à la source, Bruxelles, Le Grand miroir, 2007, 615 p.

 

Quelle est la liste de mes véritables envies?

Jocelyne, une mercière qui tient boutique à Arras, une petite ville du nord de la France, est mariée à Jocelyn (eh oui!), un employé d’usine chez Häagen-Dazs. Ils ont la quarantaine, deux enfants, une vie tranquille et quelques rêves en banque, mais aussi des douleurs enfouies dont ils ont peu parlé. Jocelyne réussit tout de même à trouver son bonheur auprès de Jocelyn, un homme rustre, attentionné à sa façon.

Comme la mercerie de Jocelyne fonctionne au ralenti, elle décide de créer un blogue sur le bonheur du tricot, de la broderie et de la couture. Elle entre ainsi dans la vie d’un grand nombre de femmes seules pour qui ce blogue prendra beaucoup d’importance; cela lui permettra également de relancer sa boutique.

Cette vie, à la mesure de Jocelyne, sera troublée par l’arrivée d’un très gros montant d’argent. Que faire d’un billet de loto gagnant? Elle le garde en secret, mais cela devient lourd rapidement. Elle dresse la liste de ses envies, puis hésite à les combler. C’est alors que sa vie bascule et prend un chemin inattendu.

La richesse transforme la vie, mais conduit-elle au bonheur; et, si oui, comment?

Ce petit roman de Grégoire Delacourt permet de réfléchir au désir. Celui qui nous habite de posséder de l’argent et de rêver à des objets, mais aussi notre désir de vivre et ce qui l’alimente. Nous sommes parfois inconscients de ce qui nous rend heureux. Il y a des choses que l’argent ne peut acheter, seulement détruire.

La liste de mes envies est à la fois un roman léger et profond. Écrit comme une confidence, ce sont les mots cachés dans les replis du cœur d’une femme ordinaire marquée par un destin extraordinaire.

DELACOURT, Grégoire, La liste de mes envies, Paris, Le livre de poche, 2013, 183 p.

Du même auteur :

DELACOURT, Grégoire, La première chose qu’on regarde, Paris, J.-C. Lattès, 2013, 263 p.

DELACOURT, Grégoire, L’écrivain de la famille, Paris, Le livre de poche, 2012, 235 p.

Des livres pour Noël… et pour toute l’année!

Qui dit Noël dit bien souvent cadeaux. Et dans mon cas, qui dit cadeaux, dit livres. Quelques semaines après le temps des fêtes, j’ai pensé vous faire part ici de la liste de mes emplettes : les ouvrages de littérature jeunesse offerts par la fée des étoiles (chut!) aux enfants qui l’entourent. Des livres minutieusement choisis, selon leurs goûts et leur personnalité. Et qui se retrouvent presque tous pour emprunt à la Grande Bibliothèque.

Zach, 2 ans

Lui, c’est un sacré gourmand! Jamais rassasié, pas pique-assiette pour deux sous. D’ailleurs, lors d’un récent voyage en Chine, il est le seul de sa famille (incluant ses parents) à avoir goûté à tout! On pourrait même penser que Zach, c’est le petit garçon que l’on voit à la toute dernière page de Fourchon, un album de Kyo Maclear, illustré par Isabelle Arsenault. Pauvre petit Fourchon : ni fourchette ni cuillère, pourtant un peu des deux, il ne trouve sa place nulle part dans la coutellerie. Quelqu’un saura-t-il un jour apprécier sa double utilité? Une histoire à la fois touchante et rigolote, inspirée de ce drôle d’ustensile que l’on propose aux enfants qui commencent à manger seuls. Fourchon a gagné le Prix des libraires du Québec 2012, catégorie Jeunesse Québec 0-4 ans et fait partie de la sélection annuelle 2012 de la Revue des livres pour enfants, une publication de la Bibliothèque nationale de France.

Mykoïan, 2 ans et demi

Lui et sa sœur n’ont porté que des couches lavables, son père refuse le téléphone intelligent et dénonce à chaque occasion la société capitaliste et la surconsommation. J’ai donc eu envie de faire plaisir à la fois au père et à sa descendance en leur offrant La clé à molette, un livre d’images d’Élise Gravel. Alors qu’il se rend dans un magasin à grande surface pour acheter la simple clé à molette dont il a besoin, Bob se laisse convaincre par le vendeur d’acheter toutes sortes d’objets dont il n’a aucunement besoin – et plusieurs fois plutôt qu’une! Avec beaucoup d’humour et sans nous faire la morale, Élise Gravel nous amène à réfléchir sur nos comportements de consommateur, et ce, peu importe notre âge. La clé à molette a reçu le Prix du Gouverneur général 2012, catégorie Jeunesse-illustrations et, comme Fourchon, il fait partie de la sélection annuelle 2012 de la Revue des livres pour enfants.

La clé à molette est aussi disponible en version électronique.

Liam, 3 ans et demi

C’est mon clown sentimental préféré. Il danse mieux que Fred Astaire et fait les plus beaux câlins du monde. Mais ce qui m’émeut le plus avec mon filleul, c’est que tout l’émerveille. Aussi, la première fois que j’ai lu Charles à l’école des dragons, d’Alex Cousseau et Philippe-Henri Turin, c’était décidé, j’allais le lui offrir pour Noël, même si Liam aurait seulement 3 ans et demi et qu’on suggère ce livre pour des enfants un peu plus vieux. Car Charles, comme Liam, est un grand sensible, un poète. Il n’a pas envie d’impressionner ni d’intimider, juste d’être lui-même. J’ai très hâte de lui en faire la lecture, collés l’un contre l’autre derrière les pages de cet album très grand format, de voir ses yeux éblouis par les illustrations riches et pleines de détails de Jean-Philippe Turin, de partager son inquiétude et son empathie pour Charles et, enfin, de voir son grand sourire à la fin, car tout y finit bien! Charles à l’école des dragons a obtenu le Prix jeunesse des libraires du Québec 2011, catégorie hors-Québec pour les 5-11 ans.

Une deuxième aventure de Charles, Charles, prisonnier du cyclope, est parue à l’automne dernier.

Zïa, 5 ans

Elle porte comme nulle autre le tutu rose, les leggings rayés noir et blanc, les boucles d’oreilles en vrai-faux rubis et la casquette de camouflage piquée à son frère… et tout ça en même temps! Grande « lectrice d’images » depuis fort longtemps, elle sait depuis peu tracer les lettres et les lire. À ma filleule préférée, j’ai offert le dernier ouvrage de l’incomparable Gilles Bachelet, Madame le Lapin Blanc. Cette dame dont on parle dans le titre n’est en fait nulle autre que l’épouse du célèbre Lapin Blanc, le personnage d’Alice au pays des merveilles. Sous forme de journal intime, elle dévoile les hauts et les bas de sa vie de femme au foyer. Mère de six petits lapins, on comprend pourquoi Madame le Lapin Blanc se sent débordée, surtout avec un mari pressé, souvent absent de la maison, fort occupé par ses tâches au palais d’une certaine Reine de cœur…

Évidemment, avant d’offrir ce livre à Zïa, je m’étais assurée qu’elle connaissait l’histoire d’Alice au pays des merveilles, du moins dans son ensemble. Un facteur qui, s’il n’est pas indispensable, rend beaucoup plus amusante l’histoire de cette épouse dévouée, et réjouissantes les références faites au conte de Lewis Carroll (d’ailleurs, je vous suggère cette adaptation-ci, illustrée par Chiara Carrer). Madame le Lapin Blanc a reçu le prix Pépite de l’Album 2012.

Cliquez ici pour écouter Gilles Bachelet parler de Madame le Lapin Blanc.

Nathaniel, 14 ans

Il a lu Bilbo le Hobbit quatre fois. Oui oui, quatre. Et ce n’est pas parce que sa belle-mère le sous-alimente en romans et autres lectures, lui apportant chaque mois nouveautés ou classiques qu’elle vante avec passion. Rien à faire, aucune autre aventure littéraire n’a su détrôner à ce jour celle du Hobbit. J’ai donc décidé d’emprunter un chemin détourné – et peut-être aussi un peu risqué – en lui offrant un essai récent sur son œuvre fétiche, Exploring J.R.R. Tolkien’s The Hobbit, par Corey Olsen. Un bel objet livre, une belle brique. Son premier « vrai livre d’adulte »  est encore bien fermé sur sa table de chevet, mais lorsqu’il l’a découvert sous le papier d’emballage, j’ai vu dans ses yeux l’expression satisfaite du collectionneur…

La lecture en cadeau

Je m’en voudrais de terminer ce billet sans mentionner le programme La lecture en cadeau, de la Fondation pour l’alphabétisation, qui remet un livre neuf à des enfants qui ont moins la chance d’avoir des livres à la maison. Noël est passé, mais pendant les Salons du livre de la province, l’organisme tient un kiosque où il est alors possible de déposer dans la boîte prévue à cet effet un livre tout nouveau tout beau que l’on souhaite offrir.

P.-S. (petit secret) Un aspect non négligeable lorsqu’on offre un livre en cadeau : lorsqu’il est bien choisi, il est aussi emballant pour celui qui le reçoit qu’il est facile à emballer pour celui qui le donne! Parole d’une fée des étoiles à l’esprit pratique!

Bachelet, Gilles, Madame le Lapin Blanc, Paris, Seuil jeunesse, 2012.

Cousseau, Alex, Charles à l’école des dragons, illustré par Philippe-Henri Turin, Paris, Seuil jeunesse, 2010.

Gravel, Élise, La clé à molette, Montréal, La Courte échelle, 2012.

MacClear, Kyo, Fourchon, illustré par Isabelle Arsenault, Montréal, La Pastèque, 2011.

Olsen, Corey, Exploring J.R.R. Tolkien’s The Hobbit, Boston, New-York, Houghton Mifflin Harcourt, 2012, 318 p. ISBN : 978-0-547-7394

Un appel à la mémoire de l’Histoire

C’est dans la foulée de la rentrée littéraire de l’automne 2012 que j’ai découvert l’existence de l’auteure Julie Otsuka et de son plus récent roman traduit en français : Certaines n’avaient jamais vu la mer. Difficile pour moi de ne pas être interpellée par le titre. Assurément l’expérience de femmes allait constituer la matière première du récit… Sans oublier le graphisme splendide de la page couverture : la photographie de type Kodachrome d’une jeune Japonaise (on le suppose à son kimono), sa gestuelle et son regard tourné vers l’horizon, ainsi que le fini légèrement suranné de l’ensemble laissent présager un sujet poignant, ramifié dans l’Histoire.

Usant d’une écriture franche et avec une économie de moyens qui force l’admiration, Julie Otsuka trace un portrait nuancé et touchant d’une cohorte de jeunes Japonaises expatriées sur la côte ouest des États-Unis, peu après la Première Guerre mondiale. Promises avant même de quitter leur terre natale, elles ne possèdent qu’une photo et quelques lettres du compatriote qui deviendra leur mari. Elles sont pratiquement toutes vierges, de corps comme d’expérience. Courageuses devant l’adversité, elles rêvent de l’Amérique comme d’un avenir meilleur. Elles sont les « picture brides » dont l’Histoire garde si peu de mémoire et qui constituent pourtant la part féminine d’une première vague d’immigration japonaise aux États-Unis.

Sur le bateau nous ne pouvions imaginer qu’en voyant notre mari pour la première fois, nous n’aurions aucune idée de qui il était. Que ces hommes massés aux casquettes en tricot, aux manteaux noirs miteux, qui nous attendaient sur le quai, ne ressemblaient en rien aux beaux jeunes gens des photographies. (Ostuka, p. 26)

Le récit retrace leur parcours (leur désillusion) en huit chapitres thématiques. Après le traumatisme de la première nuit avec un époux inconnu, elles devront affronter les vertiges du choc culturel, une langue inconnue, la pauvreté extrême, le travail acharné, le racisme ambiant, les aléas de l’enfantement, le conflit des générations… Jusqu’à ce que la Deuxième Guerre mondiale éclate. Les rumeurs grandissantes de leur collaboration au lendemain de l’attaque de Pearl Harbor poussent le gouvernement américain à instaurer des mesures qui les confineront dans des camps d’internement, et ce, dans la plus grande injustice.

Ce roman est aussi percutant qu’il est bref. Julie Otsuka a fait le choix inusité d’une narration à la première personne du pluriel, choix qui s’avère d’une surprenante efficacité. Le « nous » ainsi utilisé représente la voix de toutes et de chacune, reliant les expériences individuelles comme autant de facettes de l’inconscient collectif. Le génie de l’auteure réside selon moi dans cette capacité à intégrer la sphère politique à la sphère privée de façon extrêmement subtile, cohérente et significative.

En filigrane d’un récit très intime se profile donc le contexte socio-économique de l’entre-deux-guerres, incluant la xénophobie du peuple américain et l’accroissement des tensions entre l’Amérique et le Japon. Il est évident qu’Otsuka a fait ses recherches et s’en est imprégnée avant de se lancer dans l’écriture. Par le truchement de la fiction, Certaines n’avaient jamais vu la mer témoigne de la réalité historique des débuts de l’immigration japonaise aux États-Unis et redonne une voix à ces femmes dont la plainte peut désormais être entendue.

Julie Otsuka est une écrivaine américaine d’ascendance japonaise. Certaines n’avaient jamais vu la mer est son deuxième roman. Il a été récompensé du PEN/Faulkner Award au début de l’année 2012 et du prix Femina pour le meilleur roman étranger au mois de novembre suivant.

OTSUKA, Julie, Certaines n’avaient jamais vu la mer, Paris, Phébus, 2012, 142 p.

À lire aussi :

DANIELS, Roger, Coming to America : a history of immigration and ethnicity in American life, New York, Perrenial, 2002, 515 p.

MANBO, Bill T., Colors of confinement : rare Kodachrome photographs of Japanese American incarceration in World War II, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2012, 122 p.

OTSUKA, Julie, Quand l’empereur était un dieu, Paris, Phébus, 2004, 180 p.

ROBINSON, Greg, Un drame de la Deuxième Guerre : le sort de la minorité japonaise aux États-Unis et au Canada, Montréal, PUM, 2011, 317 p.

L’art abstrait de Jackson Pollock

La peinture abstraite de l’artiste américain Jackson Pollock a révolutionné l’art moderne dans les années 50 et conséquemment, donné à New York son nouveau statut de capitale artistique de premier plan, détrônant Paris et ses maîtres Picasso et Matisse.

Pollock, un étudiant en art peu doué, un homme troublé et alcoolique, ne semblait pas prédestiné à bouleverser l’art moderne américain. Il naît dans l’Ouest américain, ses parents déménagent souvent. Son père quitte finalement le nid familial et Jackson, le plus jeune de cinq garçons, grandit dans une famille fractionnée.

Il débarque à New York en 1930 à l’âge de 18 ans, plutôt par accident. Il vient rejoindre son grand frère Charles qui y vit déjà depuis des années et qui y gagne sa vie en tant qu’artiste.

Pollock est tout d’abord profondément influencé par Thomas Hart Benton avec qui il suit des cours de dessin à l’Art Students League of New York. Benton, un artiste du mouvement régionaliste, prône le réalisme en peinture et valorise les villes, les paysages et les ouvriers américains, rejetant le cubisme et le modernisme européen. En 1935, l’art de Benton et Benton lui-même sont difficilement défendables à New York et son départ pour le Missouri marque la fin de la période réaliste de Pollock.

En 1936, la création du programme Federal Art Projects donne la chance aux artistes new-yorkais d’être financés pour leur art. La communauté artistique new-yorkaise s’en trouve revitalisée et l’environnement devient propice à l’expérimentation. Un atelier du peintre muraliste d’origine mexicaine David Alfaro Siqueiros, auquel Pollock assiste en 1936, lui permet de voir pour la première fois la création d’art abstrait avec de la peinture liquide projetée. Pollock voit enfin la possibilité d’aller plus loin dans son expression artistique, de dépasser les limites de ses talents en dessin.

Finalement, l’arrivée dans sa vie de Lee Krasner, qu’il épouse en 1945, et le déménagement à Springs, un village de Long Island, lui permettent d’atteindre l’apogée de son art. La sécurité affective du mariage et la grange qui lui sert maintenant de studio aideront Pollock à développer sa technique de « drip painting ». C’est en posant ses toiles au sol, en projetant la peinture sur celles-ci et en couvrant entièrement leur surface (« all-over ») qu’il réussit à produire Full Fathom Five, Number 1A, Lavender Mist et les autres œuvres synonymes de son art aujourd’hui.

C’est ce voyage fascinant dans la genèse de l’art de Pollock que nous permet de faire Jackson Pollock : An American Saga. Gagnant du prix Pulitzer en 1991 dans la catégorie biographie, cet ouvrage colossal de 934 pages, trace la vie de Jackson Pollock dans ses moindres détails. Nombreux, mais jamais superflus, ils permettent finalement de comprendre Pollock et de voir dans son art, le reflet de son angoisse et de ses passions.

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NAIFEH, Steven. Jackson Pollock : An American Saga. Aiken, S.C. : Woodard/White, 1989.

NAIFEH, Steven. Jackson Pollock. Auch : Tristram, 1999.

Livre papier et livre numérique : une joyeuse cohabitation!

Pour ce deuxième billet sur la littérature jeunesse, l’envie m’est venue de vous proposer deux albums « papier » qui font un clin d’œil au numérique. Si l’on peut lire dans le premier une critique des nouvelles technologies auxquelles on tend à attribuer tous les mérites, le second profite de notre nouvelle habitude de naviguer avec nos doigts pour carrément nous manipuler! Toutefois, on s’amuse dans les deux cas, preuve s’il en est une que papier et numérique peuvent joyeusement cohabiter!

C’est un livre

À gauche de la première page du livre, un petit âne, certainement un peu geek, s’agite avec son portable. En face de lui, sous le chapeau du singe, se cache une souris. Mais ce qui rend l’âne perplexe, ce n’est pas tant la souris que l’objet fait de papier (un livre!) qui captive le singe : il ne comprend pas du tout comment une chose qui n’a pas besoin de mot de passe ni de souris et qui est incapable d’envoyer des textos peut être intéressante, encore moins passionnante. À chacune de ses questions, le singe répond, de plus en plus agacé, « c’est un livre ». Tout de même intrigué, l’âne pique le livre des mains du singe. Et se met à lire, à lire… tant et si bien qu’il ne voit pas le temps passer. Ooooh…!

Véritable manifeste en faveur du livre et de la lecture, C’est un livre a obtenu un énorme succès commercial et critique. Son auteur, l’Américain Lane Smith, a reçu plusieurs récompenses pour son livre, dont la médaille Caldecott, un prix décerné par l’Association for Library Service to Children (ALSC) pour l’album le plus remarquable de l’année. S’il s’adresse aux enfants âgés de quatre ans et plus, il intéressera par son humour et son propos les plus grands, certainement jusqu’à dix ans. Pour les parents et les enseignants ayant des enfants subjugués par le pouvoir de la technologie, ce livre sert d’excellent point de départ à une réflexion et à une discussion sur le futile et l’essentiel qu’apporte l’accès au numérique.

C’est un livre a sa propre bande-annonce. Quand on dit que les médias s’entrecroisent, c’en est un autre parfait exemple!

Un livre

On sait désormais que les tout-petits apprivoisent les iPad et autres tablettes numériques plus aisément que bien des adultes (qui pourtant ne se trouvaient pas si bêtes avec la technologie). Voici un livre pour eux.

Sur la couverture, le titre : Un livre. Simple. Première page, encore plus simple : un rond jaune, pas de texte. Page suivante, le même rond jaune, au même endroit, mais avec cette indication : « Appuie sur ce rond jaune et tourne la page. » Et qu’est-ce qu’on fait? Évidemment, on met notre index (généralement) sur le rond jaune, on appuie légèrement, on descend délicatement notre doigt vers le coin en bas à droite de la page, on approche notre pouce et… on tourne la page! Ah! C’est simplissime, mais il fallait y penser! Surtout que les tout-petits seront on ne peut plus ravis de s’exercer! Au fil des pages tournées, d’autres ronds jaunes s’ajoutent, mais aussi des rouges et des bleus, sur lesquels on nous proposera alors de frotter, cliquer, souffler!

Le livre pensé et conçu par le Français Hervé Tullet est extraordinaire pour le tout-petit lecteur! En intervenant directement dans le processus de lecture de l’image, Un livre l’éveille aux concepts d’espace, de poids, de chute et d’envol.* Ceux qui ont lu le classique Petit-Bleu et Petit-Jaune de Leo Lionni retrouveront certainement le plaisir et l’efficacité des taches et des points dans les livres pour enfants. Un livre a gagné en 2011 dans la catégorie tout-petits le Prix Sorcières, remis par l’Association des librairies spécialisées pour la jeunesse (ASLJ) et par l’Association des bibliothécaires de France (ABF).

Mais l’aventure ne s’arrête pas là! Car si le livre a été conçu comme un clin d’œil aux applications des tablettes électroniques et autres téléphones intelligents, il allait dans la logique des choses d’en faire une adaptation… virtuelle! Disponible en anglais pour iPad et iPhone, l’application Press here propose aux petits de créer et d’expérimenter littéralement avec les mêmes ronds du livre qui vont grossir, se multiplier, émettre des notes de musique, prendre des photos, exploser en feux d’artifices! Une application intelligente et pleine de surprises, qui n’offre pas tout d’un coup et se laisse découvrir.

Je vous laisse sur un petit film inspiré du livre de Tullet, réalisé par une classe de maternelle en France et hébergé sur le site de l’auteur.

 

SMITH, Lane, It’s a book, Paris, Gallimard, 2011.

TULLET, Hervé, Un livre, Paris, Bayard jeunesse, 2010.

LIONNI, Leo, Petit-Bleu et Petit-Jaune, Paris, L’école des loisirs, c1970.

*D’après Françoise Schmid dans sa critique parue dans la Rubrique « As-Tu Lu ? » de la Revue Parole de l’ISJM  et reprise sur le site de  Ricochet-jeunes.org : http://www.ricochet-jeunes.org/livres/livre/42334-un-livre 




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