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Annotations;: Livres, musique et cinéma.

Je lance un défi de lecture – 5 – La femme qui fuit

 

Que d’émotions pour terminer ce défi de lecture qui aura été assez exigeant pour moi (entre le travail, la famille, les études et le rhume)! Mais ça en valait la peine!

 

défi_la femme qui fuit

Phrases courtes, écriture vive, rythme effréné comme si le temps allait nous manquer. Récit profondément touchant, émotivement engageant. Voici la recette, à mon avis, d’un roman gagnant du Prix des libraires!

 

C’est peu dire : mon cœur de mère fut chamboulé.

 

Le récit que nous livre Anaïs Barbeau-Lavalette est prenant. C’est l’histoire de sa grand-mère Suzanne Meloche, épouse de Marcel Barbeau, peintre et sculpteur québécois. Le récit aborde l’effervescence entourant la création du mouvement automatiste et la publication du manifeste du Refus global de Paul-Émile Borduas. Il illustre également à travers la vie de Suzanne Meloche les déchirements qu’ont dû vivre plusieurs artistes du mouvement à essayer de concilier liberté et responsabilité. Le récit nous amène à réfléchir : faut-il forcément abandonner ceux qu’on aime pour vivre sa liberté individuelle? Il importe de se remettre dans le contexte social de l’époque dans laquelle le récit se déroule : le Québec de Duplessis des années 1940 et 1950 est encore largement sous le joug de l’Église catholique. Néanmoins, on peut se poser la question : fallait-il passer par là pour arriver ici?

 

 

 

 

 

Ainsi tu continues d’exister.
Dans ma soif inaltérable d’aimer.
Et dans ce besoin d’être libre, comme une nécessité extrême.
Mais libre avec eux.
Je suis libre ensemble, moi.

 

 

Ce récit ne peut laisser personne indifférent.

Il obtient mon vote comme grand gagnant de la catégorie Roman québécois du Prix des libraires du Québec 2016.

Maintenant que mon défi de lecture est terminé, j’attends avec impatience le dévoilement du gagnant le 9 mai prochain.défi de lecture - romans québécois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce fut une expérience intéressante de découvrir de nouveaux auteurs québécois très talentueux. Des récits qui, souvent, nous touchent par des trames très personnelles.

 

Je lance un défi de lecture – 4 – Nord Alice

Défi de lecture -4

Des quatre romans lus jusqu’à maintenant pour mon défi de lecture, Nord Alice de Marc Séguin est mon préféré. J’en ai aimé l’écriture simple, mais efficace.

 

D’une certaine manière, je me suis reconnue dans le récit. Ce que vivent les personnages est raconté de façon suffisamment réaliste pour qu’on puisse s’y identifier. Le récit n’est pas banal pour autant : le narrateur, médecin de formation, s’exile à Kuujjuaq pour comprendre avec quoi rime l’amour : c’est que la femme qu’il aime est Inuite. Nous découvrons alors un monde de paysages à couper le souffle, de nature sauvage et de froid extrême.

 

« Des glaces millénaires qui flottent et meurent, portées par la mer, vers le sud. Des éternités qui fondent. »

 

Un monde aussi confronté à des difficultés sociales : les Blancs ont voulu s’approprier le Nord et y ont laissé des traces que des milliers d’années de survie ne sont pas capables d’absorber.

 

« J’imagine que les médicaments sont arrivés par avion. Avec l’alcool, les Whippets et les tranches de fromage Singles. »

 

Le narrateur essaie de comprendre aussi à travers l’histoire familiale paternelle jusqu’où il faut aller pour montrer son amour à l’autre et de l’autre. Quels gestes faut-il poser pour prouver que l’amour entre deux personnes est authentique et inconditionnel?

 

 

 

J’amorcerai sous peu la dernière étape du défi que je me suis lancé à la mi-février avec La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette.

 

Le gagnant de la catégorie Roman québécois du Prix des libraires du Québec sera dévoilé le lundi 9 mai prochain.

Je lance un défi de lecture – 3 – À la recherche de New Babylon

 

Dans mon dernier billet, je vous mentionnais que Nord Alice de Marc Séguin serait la prochaine étape de mon défi de lecture. Surprise! C’est plutôt le premier roman de Dominique Scali, À la recherche de New Babylon que j’ai lu, en 12 jours. Je constate d’ailleurs que mon objectif de lire au moins 20 pages par jour est la plupart du temps largement dépassé! J’ai même le temps de prendre des pauses!défi de lecture - À la recherche de New Babylon

 

Dominique Scali nous transporte au Far West dans un monde violent où la plupart des personnages sont désillusionnés. Un monde où les confits se règlent en duel, où les coupables sont pendus devant public et où les femmes travaillent trop souvent dans des bordels!

Ce récit du Far West est construit autour des carnets de notes du narrateur. C’est à travers eux qu’on découvre les personnages et leur quête personnelle : un faux prédicateur qui préfère le silence aux sermons révoltés; un boxeur pyromane qui échappe à plusieurs pendaisons; une jeune femme qui cherche le mari parfait; un présumé exilé russe qui tente de bâtir la ville la plus dangereuse du Far West et qui défie ses adversaires aux échecs, et puis un célèbre matador mexicain devenu chasseur de primes.

Malgré un début plus difficile, j’ai graduellement compris les liens entre les personnages. Il n’y a pas d’ordre chronologique entre les textes des carnets de notes : on saute d’une année à l’autre dans un désordre intentionnel, le désordre du Far West?

Personnellement, j’ai eu du mal, surtout dans les deux premiers carnets, à m’attacher aux personnages et à comprendre qui ils étaient. J’ai également trouvé dommage de me rendre compte presque à la moitié du récit que les petites pensées dont il est parsemé étaient les dernières paroles que Charles Teasdale, le boxeur pyromane, aurait pu prononcer avant d’être pendu! Il me faudra une deuxième lecture pour apprécier toutes les subtilités du roman. Probablement après le défi de lecture …

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Il me reste donc deux étapes pour compléter mon défi de lecture avant le 9 mai prochain.

 

Je lance un défi de lecture – 2 – Blanc dehors

 

Le 19 février dernier, j’ai amorcé mon défi de lecture qui consiste à lire les cinq romans québécois finalistes du Prix des libraires du Québec avant le dévoilement du gagnant le 9 mai prochain.

 

défi Blanc dehors

Blanc dehors de Martine Delvaux

Dès que j’ai eu l’idée de ce défi personnel, j’ai immédiatement emprunté Blanc dehors de Martine Delvaux sur PRETNUMERIQUE.CA.

J’avais pour objectif de lire au moins 20 pages par jour et ainsi terminer la lecture en 9 jours. Je dois avouer que j’ai plutôt dévoré le récit autobiographique de l’auteure en trois jours!

 

Martine Delvaux nous plonge au début de sa vie et nous livre un témoignage sincère et sans fioritures qui gravite autour de l’inexistence d’un père. Elle raconte son histoire qu’elle qualifie de récit rempli de trous blancs, car à l’époque, en 1968, naître hors mariage était un sujet tabou.

 

« Ce n’est pas un récit sur ma mère. Ce n’est pas non plus un récit sur mon père. C’est un récit qui parle de l’absence de récit. »

 


 

La prochaine étape de mon défi : lire Nord Alice de Marc Séguin.

 

Et vous, vous êtes-vous lancé un défi de lecture? Si c’est le cas, n’hésitez pas à partager vos lectures et votre expérience sur le blogue Annotations.

Je lance un défi de lecture – 1

 

C’est parti! Le 19 février dernier, je me suis lancé le défi de lecture personnel suivant : lire les cinq romans québécois finalistes du Prix des libraires du Québec 2016 avant le dévoilement du gagnant le 9 mai prochain. C’est un défi de taille, mais qui devrait s’avérer amusant. Que diriez-vous d’embarquer dans l’aventure et de vous lancer un défi similaire?

 

Les cinq romans finalistes québécois sont :

défi_blanc dehors

Blanc dehors Martine Delvaux

L'année la plus longue

L’année la plus longue
Daniel Grenier

défi_la femme qui fuit

La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette

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À la recherche de New Babylon Dominique Scali

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Nord Alice Marc Séguin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme j’ai déjà lu L’année la plus longue de Daniel Grenier (voir mon billet sur Annotations), il me reste donc quatre romans à lire en onze semaines.

 

Voici mon défi et ma stratégie

 

Pour réussir mon défi, je me fixe l’objectif de lire au moins 20 pages par jour. Ça devrait être réaliste. Au fil de l’expérience, je publierai de courts billets pour vous faire part de ma progression et de mon appréciation des romans que j’aurai lus.

 

J’ai établi l’ordre de lecture suivant :

 

Lecture no 1 : Blanc dehors de Martine Delvaux
Objectif : Terminer la lecture en 9 jours – 27 février 2016

Lecture no 2 : Nord Alice de Marc Séguin
Objectif : Terminer la lecture en 12 jours – 10 mars 2016

Lecture no 3 : À la recherche de New Babylon de Dominique Scali
Objectif : Terminer la lecture en 21 jours – 4 avril 2016

Lecture no 4 : La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette
Objectif : Terminer la lecture en 19 jours – 5 mai 2016

 

Quelques trucs pour réussir

 

Voici quelques trucs que j’utiliserai et qui pourraient aussi vous aider si vous embarquez dans l’aventure :

 

1- Trouver et emprunter un livre imprimé ou numérique disponible immédiatement.

2- Réserver dès maintenant les prochaines lectures.

3- Se fixer un objectif de lecture quotidien réaliste.

4- Recruter des amis pour relever le défi avec vous.

5- Organiser un dimanche après-midi de lecture : vous pourrez ainsi mettre les enfants à contribution en leur donnant un petit défi de lecture personnel.

6- Utiliser une application mobile ou un site Web pour enregistrer vos progrès (par exemple Goodreads ou Babelio).

7- Rédiger ou filmer une courte critique que vous pourrez partager sur les réseaux sociaux ou sur le blogue Annotations.

 

Alors, êtes-vous prêts à relever le défi?

 

Partagez votre défi de lecture personnel sur le blogue Annotations et, surtout, bonne lecture!

Six degrés de liberté

Lisa a 15 ans. Elle vit avec son père en Montérégie, près de la frontière américaine, dans un parc de maisons mobiles. Elle est amie avec Éric un crack en informatique agoraphobe résidant à quelques maisons de chez elle. Les deux adolescents s’ennuient et font des expériences hors de l’ordinaire comme celle d’envoyer dans les airs un appareil photo muni d’un GPS dans une montgolfière soufflée à l’hélium! Malheureusement pour eux, la mère d’Éric décide de refaire sa vie au Danemark et emmène son fils avec elle. Éric et Lisa resteront en contact grâce à la technologie et continueront de concevoir des projets loufoques afin de repousser les limites de l’expérience humaine.

Parallèlement à cette amitié, nous entrons dans un autre univers singulier, celui de Jay, une jeune femme ex-pirate informatique qui purge une peine en travaillant comme analyste de données à la Gendarmerie royale du Canada. L’équipe au sein de laquelle elle travaille suit les déplacements louches d’un conteneur parti de Montréal dont les traces disparaissent des bases de données; de plus, la compagnie de transport est introuvable. Voyant ses collègues piétiner, Jay prend les devants dans cette enquête où nous la suivons avec bonheur.

Jusqu’à la moitié du livre, nous ne voyons aucune relation entre les acteurs et nous ne savons pas où l’auteur nous emmène. Mais l’alternance narrative et le rythme soutenu sont amusants. Tous les détours qui agrémentent le chemin finiront par s’imbriquer dans la même histoire. Grâce au talent d’enquêteur de Jay, nous découvrons des liens inattendus entre les personnes et l’envie d’en savoir plus sur cette aventure saugrenue nous tenaille. Car, au départ, ne s’agit-il pas de l’histoire d’un conteneur? Mais l’auteur, Nicolas Dickner, réussit à nous intéresser au monde des outils, des conteneurs et du transport maritime, des sujets peu inspirants pour un roman. Il s’amuse dans les jeux de pistes et ficelle son histoire comme un roman policier. L’intrigue est prenante. Son écriture est fine, légère, intelligente, pleine d’humour et efficace. Comme la ligne du temps n’est pas la même pour tous les protagonistes, les séquences alternées ont due être placées avec une précision d’horloger.

J’ai aimé tous les personnages. La plupart sont des marginaux solitaires un peu toqués et obsédés par ce qu’ils font. Grâce à une écriture cinématographique, on les voit dans leur quotidien : ce qu’ils mangent, comment ils se déplacent et communiquent entre eux, quels objets les entourent. Ces descriptions terre-à-terre sont colorées de détails savoureux où les goûts et les travers des humains nous font sourire et même rire.

Avec son intérêt pour le commerce mondial et la technologie, ce roman est tout à fait de son temps. Il est original et captivant, un des meilleurs que j’ai lus en 2015.

Nicolas Dickner est né à Rivière-du-Loup en 1972. Il a étudié en littérature, puis voyagé au Pérou et en Allemagne d’où est originaire sa famille. Six degrés de liberté est son troisième roman.

 

DICKNER, Nicolas, Six degrés de liberté, Québec, Alto, 2015, 380 p.

DICKNER, Nicolas, Nikolski, Québec, Alto, 2005, 325 p.

DICKNER, Nicolas, Tarmac, Québec, Alto, 2009, 271 p.

L’année la plus longue de Daniel Grenier

L’année la plus longue, premier roman de Daniel Grenier

 

Qu’arrive-t-il lorsqu’on naît le 29 février? On trouve une réponse charmante dans L’année la plus longue, le premier roman de Daniel Grenier.

Trois années sur quatre, Thomas Langlois n’existait pas. […] Chaque février il retenait son souffle […]

 

Daniel Grenier nous présente un bel amalgame de péripéties qui se déroulent dans le passé, au présent et dans le futur. Il illustre une démarche intéressante de recherches historiques par les aventures d’Aimé Langlois, l’ancêtre minutieusement recherché.

Afin de retracer son histoire et de lui conférer un minimum de linéarité, il faudra parfois privilégier une piste au détriment d’une autre, en gardant en tête la possibilité que des erreurs factuelles se soient glissées ici et là. L’honnêteté intellectuelle et le respect des sources nous obligent à ne jamais perdre de vue l’éventuelle incompatibilité entre l’horizon d’attente du conteur et la rigueur de sa démarche.

 

Un ancêtre dont la trace est difficile à suivre puisqu’il traverse les époques et les frontières et change d’identité régulièrement : voici un beau casse-tête pour les généalogistes aguerris. Une petite touche de fantastique suffit pour accrocher le lecteur qui tente de comprendre les sauts temporels qu’impose l’auteur. C’est qu’Aimé Langlois nous fait découvrir l’Amérique par son histoire, vieille de trois cents ans.

À cette époque, à ce moment-là, en juillet 1838, sous le ciel menaçant de la plaine américaine où marchaient les Cherokees, il se trouvait ailleurs. Presque toutes les sources le confirment.

 

Un journal intime, une rencontre manquée, un testament qui surgit de nulle part : voilà quelques éléments de l’intrigue qui vous attend.

 


GRENIER, Daniel, L’année la plus longue, Montréal, Le Quartanier, 2015, 422 p.

Deux bédéistes québécoises

Je vous présente Hiver nucléaire. L’action se déroule à Montréal le jour de la Saint-Jean-Baptiste et on annonce une grosse tempête de neige! On est, bien sûr, dans la science-fiction. Depuis qu’il y a eu un accident à la centrale Gentilly-3, c’est l’hiver perpétuel au Québec. À Montréal, certains secteurs sont déneigés, mais d’autres ne le sont plus.

Nous suivons les aventures de Flavie qui fait de la livraison à motoneige. Sa meilleure amie, Léonie, lui a demandé de la remplacer afin de lui laisser le temps de revoir une nouvelle conquête. Le temps d’une livraison de bagels dans le Mile End, à la limite des zones habitées, on découvre ce qu’est devenu Montréal et de folles aventures se succèdent.

C’est la première bande dessinée écrite et dessinée par Cab, de son vrai nom, Caroline Breault. Elle a imaginé un univers réaliste et fantaisiste à la fois. Ses dessins remplis de couleurs mettent en scène des personnages tout aussi colorés dans leur personnalité et leurs comportements. L’accident nucléaire a provoqué chez certains des mutations physiques amusantes et surréalistes. On s’identifie toutefois aux personnages grâce au réalisme de leurs sentiments. Ils deviennent d’autant plus attachants que cet univers nous est connu même s’il est rempli d’éléments délirants. Au-delà des apparences parfois trompeuses, c’est la vérité des relations humaines qui l’emporte. La science-fiction ne fait que donner un cadre qui stimule notre imagination. Cab est une bédéiste à découvrir et à suivre.

CAB, Hiver nucléaire, Montréal, Front froid, 2014, 96 p.

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Prolifique bédéiste, Zviane est aussi musicienne. Les deuxièmes est une bande dessinée en noir et blanc qui passe par plusieurs teintes de gris. Un couple d’amants se retrouve à Amsterdam, seul, dans la maison prêtée par un ami. Leur rencontre est secrète car chacun est en couple de son côté. C’est pourquoi ils sont les deuxièmes.

Le temps pluvieux est idéal pour rester à l’intérieur dans une bulle amoureuse au milieu de l’immense maison moderne aux plafonds hauts et aux grandes fenêtres. Retrouvailles; marijuana; ébats amoureux; repas à deux; duos de pianos. La musique prend parfois toute la place dans cette histoire. Les amants s’en donnent à cœur joie, mais l’entente est précaire. Les dialogues hyperréalistes sont convaincants.

Faire l’amour se transforme en partition musicale et en chorégraphie. L’auteure a imaginé un langage musical traduisant les gestes amoureux au lit. C’est fou et amusant. Mais la sonnerie du téléphone interrompt les amants et les ramène à la réalité de leurs vies.

ZVIANE, Les deuxièmes, Montréal, Pow Pow, 2013, 128 p.

Une belle imagination

par Jean-François Barbe

Une petite maison d’édition de Mirabel a publié des contes portant sur les Indiens d’Amérique. Ces contes ont été rédigés par des d’élèves de la polyvalente de Sainte-Agathe-des-Monts, faisant partie du groupe d’Option des Amériques de première secondaire.

On peut s’imaginer le plaisir qu’ils ont eu à écrire leurs récits!

Certains élèves ont choisi de mettre en scène des aventures qui éprouvent le courage des héros dans l’adversité. Par exemple, le « clan des Têtes rasées » attaque sans cesse le village : il faut alors penser à bâtir des fortifications. Ailleurs, un chaman teste le courage d’un jeune. Vite, il lui faut trouver de l’aide. « Avec mes nouveaux alliés, plus rien ne m’effrayait. J’étais plus fort qu’autrefois. Ils n’avaient qu’à venir, je les attendais! ». Parfois, il faut penser à s’allier à d’autres, comme « l’Alliance Tomahawk », afin de libérer des compatriotes capturés par l’ennemi.

Mais les armes ne sont pas toujours la solution, comme le constate Amarok, qui a l’intention de venger Tekoa. Un moment donné, Amarok s’élance dans la bataille jusqu’à ce que la jolie Taima l’arrête en lui disant que la « violence ne règle rien ». Amarok ne l’oublie pas. « Un an plus tard, je me mariai avec Taima et nous eûmes deux filles et un garçon. »

Le thème de l’amour revient souvent. Pour plusieurs, l’amour suffit à régler les conflits et à abolir les frontières. Par exemple, deux peuples amérindiens ont beau être en guerre depuis des générations, il suffit qu’un mariage survienne entre deux membres de ces peuples antagonistes pour que cessent pillages et massacres. Le surnaturel – le Grand Manitou – joue aussi le même rôle.

Certains élèves, plutôt nombreux, sont très sensibles à la place importante des femmes dans l’univers de l’Iroquoisie. Par exemple, ils savent qu’en Iroquoisie, c’est l’homme qui emménage dans la maison de l’élue de son cœur, non l’inverse.

On voit que les jeunes filles ne s’accommoderaient pas facilement de rôles limitatifs pré-établis, comme le montre l’histoire du chaman Meika, une femme qui se déguise en homme étant donné que chez les Amérindiens, les femmes ne peuvent pas être chaman. Mais heureusement, un jour, « la loi change » et Meika peut alors vraiment  dire qui elle est … et rester chaman. Autre exemple, la chasse, domaine traditionnellement masculin. Dans une de ces histoires, une jeune Algonquine devient l’exception qui confirme la règle.

Ce livre est consultable sur place à la Collection nationale.

Toutes mes félicitations aux étudiants qui ont exprimé une joyeuse créativité. Bravo à leur professeur du cours d’univers social qui a contribué à donner vie à ce livre, ce qui illustre l’importance d’avoir des adultes allumés, qui ne dorment pas au gaz, dans la vie des jeunes. Et bravo à l’éditeur, le bien nommé Marchand d’idées, qui montre aux jeunes, de façon tangible, qu’ils peuvent réaliser de bien belles choses dans leur vie.

Les Amérindiens, un voyage dans le passé, recueil de récits créé par les élèves de la Polyvalente des Monts, Mirabel, Marchand d’idées, 2014, 130 pages.

Travestis en triple

Nouvelle job, nouvel appartement, nouveau cahier d’écriture, nouvelle vie! Dans Le cahier rouge de Michel Tremblay, Céline Poulin, 25 ans, ex-waitress et presque naine, tourne le dos à la médiocrité de son ancienne vie et prend son envol.

cahier rougeL’Expo 67 bat son plein; dans le Red Light, les touristes du monde entier affluent et chacun lâche son fou : Fine Dumas ramasse l’argent à la pelletée avec Le Boudoir, une boîte de nuit très spéciale, doublée d’un bordel de travestis. Pour orchestrer les activités de cette maison close pas comme les autres, Madame Dumas avait besoin d’une perle rare. Elle l’a trouvée en la personne de Céline, dure à l’ouvrage, crâneuse et déterminée. Dans sa robe verte à paillettes et ses souliers « rouge sang comme ceux de Dorothy dans The Wizard of Oz », la jeune femme endosse le rôle d’hôtesse de bordel avec sérieux. Tandis que ses ouailles se démènent comme de beaux diables avec des touristes qui s’encanaillent et des fils de bonne famille qui jettent leur gourme, Céline voue à ses six « filles » une affection sans faille, sans jamais les juger. Elle les couve tant bien que mal, peinant à les garder sous son aile protectrice.

Dans son beau cahier rouge, Céline raconte son quotidien entremêlé à celui de ses amis travestis, épopée tantôt misérable, tantôt loufoque, comme cette pièce d’anthologie, le jour du 60e anniversaire de Fine Dumas partie fêter à l’Expo avec sa bande de folles. Attendez-vous à tout : c’est savoureux et touchant, excentrique et disjoncté à souhait.

Chéri-Chéri

Il est beaucoup question de rimmel, de poudre et de houppettes, de bustiers et de guêpières dans Chéri-Chéri de Philippe Djian. Comme lectrice, j’ai joué les voyeuses, témoin du rasage, du maquillage, du déshabillage et du rhabillage en coulisses. Écrivain fauché le jour, Denis se transforme chaque nuit en femme fatale et monte sur scène dans un cabaret de travestis, sous prétexte de gagner sa vie. Ni prostitué ni homosexuel, il jouit du travestissement, sans plus. L’histoire déraille avec un beau-père mafieux et on a droit à pas mal d’action : on imagine facilement un film, comme pour d’autres livres de Djian. Le style est vif, mordant, le tout est très bien tourné, à la fois léger et corsé. En ce sens, c’est réussi, mais l’univers créé par Djian semble bien superficiel, comparativement à la densité de celui établi par Tremblay avec Le Boudoir et ses protagonistes.

 Je me souviens de Zazie

Ces deux livres ont éveillé chez moi le souvenir du couple formé par Gabriel et Marceline dans un autre livre, Zazie dans le métro de Raymond Queneau, lu à l’école secondaire.

Marceline… la délicate épouse de Gabriel, si discrète qu’elle ne saurait rougir, se limitant au rose : « Marceline baissa les yeux et rosit doucement. ». Marceline, au langage châtié, qui s’esclaffe quand l’assaillant qui prétend la violer se débat avec la conjuguaison : « Vêtissez-vous! vêtissez-vous! Mais vous êtes nul. On dit : vêtez-vous. ». Comme les jeux de Queneau avec la langue m’ont amusée alors!

Et Gabriel, l’oncle de la petite Zazie en visite à Paris : vous souvenez-vous de lui, ce colosse parfumé? Gabriel, qui ne travaillait que la nuit, et qui portait un tutu pour son numéro de danseuse dans un cabaret pour homosexuels, en tant que Gabriela.

Gabriel-Gabriela, Marceline-Marcel : un couple inoubliable, tout comme les jeux de haute voltige stylistique dans l’œuvre de Queneau.

 

TREMBLAY, Michel, Le cahier rouge, Montréal, Leméac, Arles, Actes Sud, 2004, 332 p.

DJIAN, Philippe, Chéri-Chéri, Paris, Gallimard, 2014, 193 p.     Aussi en format numérique

 QUENEAU, Raymond, Zazie dans le métro, Paris, Gallimard jeunesse, c1994, 235 p.

Saison festive

Elles ne sont pas parées de papier coloré et de rubans brillants, mais elles sont tout aussi scintillantes que des cadeaux sous le sapin. Voici nos suggestions de lecture, de films et de musique en cette saison festive. Nous vous souhaitons de joyeuses fêtes et vous offrons nos meilleurs vœux pour la nouvelle année!

Sylvie-Josée Breault recommande Déjà Noël de Frédérique Bertrand.

Tel un cadeau unique, ce roman graphique s’avère en tout point singulier. De par son emballage d’abord, car Frédérique Bertrand, illustratrice expérimentée, confère à l’ouvrage tout son esthétisme. La couleur, la calligraphie, d’élégants dessins réalisés à la feuille de carbone rehaussent les pages et attirent le regard. Le contenu étonne tout autant. L’auteure utilise un ton personnel et poétique où s’harmonisent parfaitement mots et images. Alors que s’amorce la course folle des fêtes (les emplettes, le déploiement de l’arbre de Noël, etc.), nous découvrons les réflexions d’un homme qui s’interroge sur la vie qu’il mène et sur sa relation de couple. Différente, stimulante, rafraîchissante, cette lecture représente un répit bienvenu en cette période des fêtes, disons-le, assez stressante.

 

Esther Laforce recommande Esprit d’hiver de Laura Kasischke.

Un matin de Noël commençant par une pensée angoissante et un retard n’annonce pas une journée de réjouissances. Ce sont les premiers éléments de tension de ce roman à l’écriture envoûtante, au cours duquel une mère est confrontée à sa fille adolescente. La journée avance au rythme des souvenirs qui lui reviennent de l’inquiétant orphelinat de Sibérie où elle a adopté sa fille, quelques années plus tôt. Les invités se décommandant les uns après les autres pour le souper de Noël, empêchés par un blizzard de plus en plus intense, c’est à un huis clos étouffant que le lecteur est convié, un de ceux capables de prolonger jusqu’au milieu de la nuit une ou deux soirées du temps des Fêtes.

 

Gisèle Tremblay recommande Des histoires de lutins de Jean-Claude Dupont.

Je le confesse, avant de lire Des histoires de lutins, de Jean-Claude Dupont, j’étais peu sensible à l’existence des lutins québécois. Comme tout un chacun, certes, j’avais entendu parler de la traverse de lutins de Saint-Élie-de-Caxton. Que Fred Pellerin me pardonne cependant, avec tout Saint-Élie : je n’y croyais pas, pantoute! Et pourtant… Dans une langue savoureuse, Jean-Claude Dupont narre vingt courtes histoires de lutins, plus convaincantes les unes que les autres, joyeusement illustrées de ses propres tableaux. De Gaspésie, de l’Île-aux-Grues et d’ailleurs au Québec, les témoignages affluent à propos des tours et facéties de ces petits êtres malicieux et chapardeurs. J’ai appris que les lutins québécois adorent les chevaux, qu’ils sont maniaques d’ordre et s’adonnent volontiers aux tâches domestiques. Saviez-vous que les lutins beaucerons, notamment, excellent à préparer le sucre à la crème?

Écoutez aussi cet extrait d’entrevue accordée à Marie-France Bazzo par l’auteur afin de savoir ce que l’on offrait en cadeau au Québec au siècle dernier.

 

Jean-François Barbe recommande Iroquoisie de Léo-Paul Desrosiers.

L’auteur de cet ouvrage en quatre volumes nous plonge avec un talent extraordinaire dans la vie tourmentée de la Nouvelle-France, de ses origines à la Grande Paix de Montréal de 1701. Il nous montre que pendant presque toute cette période, la survie de la colonie découlera des relations entretenues avec les peuples iroquois, peu à peu réunis dans un cadre confédératif.

Ces peuples, Desrosiers les présente comme vivant dans des démocraties, avec des majorités et des minorités, et avec lesquels il est toujours possible de nouer des alliances en fonction des intérêts des uns et des autres. Car les intérêts des Iroquois ne concordent pas toujours avec ceux des Anglo-Américains (et avant eux, à ceux des Hollandais) qui veulent la disparition de la Nouvelle Carthage qu’est, à leurs yeux, la Nouvelle-France. Parfois, certains gouverneurs au talent et au tempérament de chefs d’État, comme Frontenac, agissent avec habileté afin de détacher les Iroquois de la grandissante emprise anglo-américaine. La Nouvelle-France respire alors… jusqu’à la prochaine crise. Parfois, des gouverneurs sans vision jettent l’Iroquoisie dans les bras de New York et de ses chefs. Et la Nouvelle-France retient alors son souffle… dans l’attente de la prochaine bataille.

Desrosiers a écrit son grand livre dans les années quarante et cinquante, alors qu’il était conservateur de la Bibliothèque municipale de Montréal. Et heureusement pour les lecteurs d’aujourd’hui, « la plupart des interprétations de Desrosiers ont généralement bien vieilli », signale l’historien Alain Beaulieu en introduction. En raison d’une force d’écriture peu commune, qui était celle d’un écrivain convaincu et convaincant, le lecteur sera tenu en haleine tout au long des 1400 pages du récit. En préface, l’historien et éditeur Denis Vaugeois promet que « dès les premières pages », le lecteur sera « en état de choc ». Il a raison : … je l’ai été et le suis toujours.

 

Marie-Eve Roch recommande Brendan et le secret de Kells de Tomm Moore.

Brendan et le secret de KellsAu Moyen Âge, Brendan, un orphelin, vit sous la protection de son oncle, qui dirige d’une main de fer une abbaye en Irlande. Afin de terminer un précieux livre d’enluminures, il doit braver les dangers hors de l’abbaye, aidé par Aisling, une fée de la forêt. Ce film, une véritable splendeur visuelle, a remporté le prix du public au Festival international du film d’animation d’Annecy en 2009. Son graphisme rappelle par moments, mais de façon très moderne, l’enluminure médiévale, mêlant verts tendres, rouges sombres et ocres lumineux, sur une musique envoûtante de Bruno Coulais et du groupe irlandais Kila. L’intrigue pleine de rebondissements captivera les enfants, qui s’attacheront aux personnages de Brendan et d’Aisling. Les plus petits éprouveront peut-être quelques frissons lors de certains passages mettant en scène des loups, des Vikings ou le Grand-Sombre. Pour d’autres idées de films d’animation à visionner durant les Fêtes, consultez cette bibliographie sur le site de l’Espace Jeunes.

 

Catherine Lévesque recommande Des pas dans la neige de Maryse Letarte.

Maryse_Letarte_Des_pas_dans_la_neigeChaque année, j’ai beaucoup de plaisir à retrouver ce disque de Noël dont les textes sont amusants et touchants. L’album Des pas dans la neige est magnifique! Maryse Letarte y propose des chansons originales sur le thème de Noël et sur cette période de fin d’année. Cela nous change des classiques de Noël même si on les aime beaucoup.

Dans Ô traîneau dans le ciel, elle demande : qu’est-ce que Noël a fait de nous? – et offre une réflexion sur notre façon de célébrer. Entre Noël et le jour de l’an nous raconte la douceur d’être en pyjama à la maison avec celui qu’on aime durant les vacances du temps des fêtes. L’année qui s’achève nous fait planer et nous invite à dresser un bilan de l’année qui se termine.

J’espère que cet album traversera le temps et deviendra, à sa façon, un classique de Noël pour bien des gens!

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BERTRAND, Frédérique, Déjà Noël, Noville-sur-Mehaigne, Esperluète, 2010.

DESROSIERS, Léo-Paul, Iroquoisie, Sillery, Septentrion, 1999.

DUPONT, Jean-Claude, Des histoires de lutins, Québec, Les éditions GID, 2014, 51 p.

DUPONT, Jean-Claude, Indicatif présent. Jean-Claude Dupont, Montréal, CBC/Radio-Canada, coll. « Ils ont dit… Moments choisis des archives de Radio-Canada : 235-1 », 1999.

KASISCHKE, Laura, Esprit d’hiver, Paris, Christian Bourgois, 2013, 275 p.

Aussi disponible en format numérique.

LETARTE, Maryse, Des pas dans la neige, Mont-Saint-Hilaire, Disques Artic, 2008.

MOORE, Tomm et Nora TWOMEY, Brendan et le secret de Kells (The Secret of Kells), France / Irlande / Belgique, Mongrel Media, 2008, DVD, 75 min.

Dans les bois, la liberté

Quand j'étais l'Amérique

Un mot : l’Amérique; une image : une cage à la porte ouverte. Elsa Pépin, qui publie son premier recueil de nouvelles, pose dès le départ, par le titre (Quand j’étais l’Amérique) et le choix de la citation de Jacques Prévert en exergue (« Peindre d’abord une cage avec une porte ouverte »), une idée, un thème : la liberté.

En fait, c’est plutôt par les entraves à leur liberté que se révèlent la plupart des personnages de chacune des nouvelles. Une question semble en effet relier chaque histoire : quelles sont les causes et les déterminations empêchant une personne d’être ou de faire ce qu’elle veut, de telle sorte que quelque chose dans sa vie semble sinon raté, du moins en décalage avec ses propres aspirations? Parfois, l’auteure approfondit son questionnement et demande : comment se défaire de ces empêchements?

La nouvelle éponyme, Quand j’étais l’Amérique, et celle qui clôt le recueil, Loin de la république des fantômes, sont des plus remarquables, puisqu’elles poussent plus loin le questionnement. Dans ces deux nouvelles, les narrateurs finissent par trouver une liberté intérieure par l’acceptation de ce qu’ils sont, des gens qui préfèrent le silence, la réflexion et la rêverie aux conversations vives, à l’action et à la richesse, en dépit de ce que leurs milieux respectifs attendent d’eux .

Il y a beaucoup de beauté dans cette différence finalement assumée grâce à la forêt, qui devient le refuge de celle qui, Québécoise francophone, se sent démunie devant les joutes oratoires de sa famille française. C’est aussi dans la forêt que se révèle la véritable patrie de celui qui oppose aux impératifs de l’efficacité et de l’économie la douce oisiveté du corps dont l’esprit est occupé par la littérature. Essence d’une identité reconquise, la forêt – québécoise – est un langage du silence :  « J’avançais, conduite par la respiration du grand corps sauvage de ce bois giboyeux, quand les mille chemins du silence m’ont parlé du langage des taiseux […] » (p. 106). Et plus loin : « Se pouvait-il que les arbres soient mes semblables et que je sois né dans la mauvaise enveloppe? Je lisais des livres de papier fait de leur chair et me sentais presque gêné en face de ces géants de silence qui n’avaient pas d’yeux pour nous juger […] » (p. 164).

Un silence qui laisse la place, vous pouvez le constater, à une écriture élégante et riche, dont on a déjà hâte de suivre le tracé sur le chemin d’autres œuvres.

 

PÉPIN, Elsa, Quand j’étais l’Amérique, Montréal, Éditions XYZ, coll. Quai no. 5, 2014, 163 p.

Aussi disponible en version numérique.

Yamabuki

Une vieille dame prend plaisir encore à vivre avec son mari après 56 ans de vie commune. Elle se rappelle sa première union avec un coureur de jupons dont elle a heureusement divorcé. Puis elle nous parle de sa rencontre avec son second époux alors qu’elle se rendait à Tokyo pour y refaire sa vie.

9782330026714C’est la naissance d’un amour dans un Japon en reconstruction, après la Deuxième Guerre mondiale. L’héroïne travaille comme assistante auprès d’une maîtresse de la cérémonie du thé. Elle apprend également d’autres traditions japonaises comme l’ikebana, l’art des arrangements floraux.

Le récit coule comme une source. L’écriture est claire, concise, apaisante. La poésie et l’humour sont maniés avec finesse, comme de petits coups de pinceau. On sent dans cette histoire d’amour la sagesse du cœur à l’écoute de la vie.

Si vous avez la chance de lire Yamabuki, je vous suggère de le faire au milieu d’un jardin. Votre lecture vous fera voyager par vos sens et prendra toute son ampleur, car on parle beaucoup de fleurs dans ce roman. Il y a celles pour l’ikebana, puis celles du jardin botanique que le vieux couple aime visiter; il y a surtout celle de yamabuki, l’emblème du roman, une fleur jaune qui n’a pas de fruits comme l’héroïne qui n’a pu avoir d’enfants.

Quelques réflexions sur le rôle des hommes et des femmes au Japon versus les États-Unis sont vraiment savoureuses. Le couple a des dialogues d’une grande simplicité, mais aussi d’une grande profondeur. Il nous donne envie de sérénité.

L’auteure talentueuse de ce bref roman est une Québécoise d’origine japonaise du nom d’Aki Shimazaki. Elle nous initie à sa culture avec doigté et intelligence. D’abord par l’histoire, qui se déroule au Japon, mais aussi avec des mots japonais parsemés dans le texte dont le sens nous est donné dans un lexique à la fin du livre.

Aki Shimazaki a immigré au Canada en 1981 et vit à Montréal depuis 1991. C’est en 1995, à l’âge de 40 ans, qu’elle a commencé à apprendre le français. Depuis, elle a publié plusieurs romans et gagné des prix, dont celui du Gouverneur général du Canada.

Yamabuki est le cinquième et dernier livre d’une série romanesque commencée en 2006. Auparavant, Aki Shimazaki a écrit une autre série de cinq romans intitulée Le poids des secrets.

 

SHIMAZAKI, Aki, Yamabuki, Montréal, Leméac; Arles, France, Actes Sud, 2014, 137 p.

Au nom du père, du fils… et de la poésie

Ayant lu successivement les derniers écrits de François Turcot et de Michaël Delisle, le rapprochement de ces deux oeuvres s’est imposé. Un sujet commun, le souvenir du père, les réunit. Et la poésie qui y apparaît si significative pour ces auteurs. Du père inspirant du premier au père navrant du second, chacun trouve une motivation le poussant vers la création littéraire. Tous deux s’avèrent inventifs dans l’élaboration de leurs ouvrages qui se révèlent empreints d’intelligence et de sensibilité. De façon très différente, voire opposée, ces écrivains franchissent une étape de leur vie personnelle, intime, par l’acte d’écriture. Ils interrogent les mots, nous semble-t-il, comme pour les prendre à témoin.

 

MondinosaureD’entrée de jeu, Mon dinosaure donne le ton en se référant au recueil de nouvelles de Bruno Schulz, intitulé Les boutiques de cannelle. La figure paternelle s’y présente mystérieuse et donne libre cours à la fabulation. Chez Turcot le réalisme et l’invention du personnage se chevauchent habilement. Il rappelle la mémoire de son père par le biais de poèmes, lui donne parole en utilisant la prose, tout en intégrant une correspondance père/fils et quelques blocs narratifs pour lier ces éléments. La diversité de la forme langagière, de même que l’innovation de son expression, renforce ce texte d’hommage. L’auteur ne révèle que très peu de la personne du père et il s’agit davantage d’une idée construite dans laquelle plusieurs peuvent reconnaître une figure paternelle familière. Une composition étudiée, des segments bien introduits, bien élaborés, nous amènent à explorer le thème autrement. La plus belle réussite est sans doute d’avoir su allier émotion et esthétisme, car le message et la forme s’amalgament harmonieusement. La métaphore animalière utilisée en est un bel exemple. Le dinosaure et la baleine évoquent l’enfance, tout en incarnant des figures fortes et signifiantes. Des petits récits collectés et transposés par l’auteur forment ce bel ouvrage.

« Mon père dort là, couché noir comme ses baleines, au fond de ce qui s’apparente à ses souvenirs. […] J’ouvre la boîte aux sept baleines – rien, sinon moi, n’a vraiment changé. » (Turcot, p. 141)

 

Encore bercée par la mélancolie de la première lecture, le texte du second bouquin, Le feu de mon père, me fait sursauter. Si les deux livres s’avèrent aussi touchants l’un que l’autre, le deuxième se révèle troublant. Je suis alors happée par le récit. L’auteur raconte une enfance difficile peuplée de personnages distants et violents. Hanté par cet  univers où on lui a pratiquement  appris à se taire, il en sort inévitablement traumatisé. Pour  preuve cette scène obsédante où, lorsqu’il est bébé,  sa mère le tient contre elle pour se protéger du père qui la menace d’une arme. Terrible lecture qui par la force de l’écriture devient magnifique. Sans détour, l’auteur raconte cette histoire déconcertante, véritable clef pour comprendre son travail d’écrivain. Le mutisme dans lequel il a été tenu, sa position de spectateur d’un théâtre désolant le pousse vers l’écriture. La poésie se révèle à lui parce que dense et évocatrice.

« Vers la fin, la fin de mon père tel qu’on le connaissait, il ne chantait plus. Je n’y voyais pas encore, depuis mes onze ans, le signe d’un cœur fermé, d’une peine qui fermente. » (Delisle, p. 57)

Le père demeure présent à son esprit, son souvenir persiste malgré diverses tentatives pour l’écarter. Sa prégnance oblige l’auteur à prendre sa place, à s’ouvrir. Aux non-dits du garçon se substitue l’écriture de l’adulte qui cherche à s’en sortir, à succéder en quelque sorte, au père. L’auteur-narrateur explique ainsi l’empreinte du poète. D’un écueil surgit une réussite littéraire.

 

En travaillant leurs manuscrits, les deux auteurs prenaient conscience du temps passé, des évènements marquants en lien avec cette filiation et leur état d’écrivain. En cela, ils se révèlent les fils spirituels de Fernand Ouellette qui avait ouvert les voies de réconciliation avec cette méditation poétique sur la mort du père, présente dans son recueil Les Heures. De la communication au silence, il avait lui aussi tenté de trouver du sens là où il ne semblait plus y en avoir. La poésie par sa nature transcendante devient une amorce pour réaliser un deuil.

 

DELISLE, Michaël, Le feu de mon père, Montréal, Boréal, 2014, 121 p.

TURCOT, François, Mon dinosaure, Chicoutimi, La Peuplade, 2013, 169 p.  (aussi disponible en format numérique)

 

Une guerre, plusieurs récits.

Il y a de ces livres qui tentent non pas d’analyser les guerres, mais plutôt de montrer leurs conséquences sur les gens qui les vivent ou les subissent. Prenant souvent la forme de roman pour permettre plus de libertés, ils racontent la guerre vécue par des personnages, souvent fictifs, mais où l’auteur vient puiser une part importante de faits réels, sinon vécus. Certains sont profondément bouleversants voire troublants. C’est le cas des trois romans que je vous propose ici.

 

Amin Maalouf, écrivain libanais ayant remporté le prix Goncourt en 1993 pour son livre Le rocher de Tanios et membre de l’Académie française depuis 2011, nous présente dans Les désorientés l’histoire d’un groupe d’amis d’enfance de différentes confessions ayant vécu au Liban avant la guerre qui a débuté en 1975. Ils se sont dispersés à travers le monde pour y échapper, pour ensuite se retrouver, de nombreuses années plus tard, dans ce même pays fort changé. Après un aussi long exil, les confidences échangées entre amis et les souvenirs qui surgissent en visitant les lieux du passé sont parfois douloureux et forcent les personnages à se remettre en question.

MAALOUF, Amin, Les désorientés, Paris, Grasset, 2012, 519 p.

Disponible aussi en format numérique sur Numilog.

 

De son côté, Sorj Chalandon, écrivain français et journaliste, dresse dans Le quatrième mur un portrait troublant de la guerre du Liban vécue par un metteur en scène dont l’obsession est de monter une pièce de théâtre qui sera présentée en plein cœur de l’action, sur la ligne imaginaire qui sépare Beyrouth en deux camps – est et ouest – et en offrant un rôle à chacun des groupes opposés afin de forcer une trêve, ne serait-ce que de quelques heures. En côtoyant des hommes et des femmes de différentes factions ennemies, il se retrouve impliqué, bien malgré lui, dans cette guerre horrible. Et les conséquences pour lui seront terribles.

Sorj Chalandon était correspondant de guerre pendant la guerre du Liban et il a été témoin des atrocités subies par les populations, entre autres le massacre de Sabra et Chatila. Ce genre d’événement marque pour la vie et nous pouvons clairement discerner à travers certaines pages du roman un récit quasi autobiographique. La fin de ce roman est dure. Elle montre comment une guerre peut être dévastatrice pour les gens qui la vivent car elle anéantit les rêves, les joies et l’espoir. Petit conseil : cachez des mouchoirs à l’intérieur du livre, vous en aurez besoin.

CHALANDON, Sorj, Le quatrième mur, Paris, Grasset, 2013, 325 p.

Disponible aussi en format numérique sur Numilog.

 

Finalement, Larry Tremblay, dramaturge et écrivain québécois qui vient de remporter le Prix des libraires du Québec pour L’orangeraie, nous présente un récit troublant sur un enfant sacrifié par honneur pour venger la mort de ses grands-parents, tués par un obus, en se faisant lui-même exploser dans le camp ennemi. Un récit invraisemblable, certes, mais qui nous amène à nous questionner sur les effets que la guerre peut avoir sur certains leaders qui manipulent ensuite les populations locales avec des discours insensés.

TREMBLAY, Larry, L’orangeraie, Québec, Alto, 2013, 159 p.

Disponible aussi en format numérique sur prêtnumérique.ca.

 

Trois romans à lire absolument, mais peut-être pas un après l’autre, question de souffler un peu!

Sable brûlant

Où vos vacances vous mèneront-elles cet été? Vers des plages au sable brûlant balayées par un vent chaud, au cœur de montagnes verdoyantes parsemées de beaux lacs bleus ou profiterez-vous plutôt de la ville, de ses rythmes et des parfums des fêtes de quartier? Quelle que soit votre destination, les suggestions de nos blogueurs sauront agrémenter vos vacances.

Marie-Ève Roch recommande D’une île à l’autre : chants et berceuses de Serena Fisseau

Image de Marie-EveQue vous ayez un enfant à endormir sous le parasol ou que vous cherchiez seulement un peu de dépaysement, je vous invite à paresser pieds nus au son des berceuses que nous offre, sobrement, la chanteuse française d’origine indonésienne Serena Fisseau. La voix chantée (ici grave et chaleureuse) dans tout ce qu’elle a d’universel, au seul rythme des percussions.

Coup de cœur 2010 de l’Académie Charles-Cros

 

 

Jean-François Barbe Les ghettos du Gotha et Promenades à Paris de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot

Dans certains quartiers de Paris, comme le XVIe arrondissement, habite une grande bourgeoisie extrêmement fortunée et hyper consciente de ses intérêts. S’inspirant des travaux sur la reproduction sociale de Pierre Bourdieu, les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot examinent de près, dans Les ghettos du gotha, comment cette classe sociale préserve son entre-soi par le contrôle de l’espace. Dans un autre ouvrage, les deux auteurs commentent le Paris d’aujourd’hui à travers quinze promenades sociologiques. Accompagnées de photos et de petites cartes, elles nous font découvrir d’autres angles de la Ville Lumière, comme la rue Oberkampf présentée comme le fief de la « bourgeoisie bohème » ou la Goutte-d’Or, comme « lieu de brassage culturel ». Deux livres pour un regard différent sur l’une des plus belles villes de la planète.

 

Sylvie-Josée Breault recommande Le bestiaire des fruits de Zviane

Le soleil traverse les cases de cette bande dessinée et les fruits exotiques y abondent. L’auteure les examine, les déguste puis, suivant une grille d’évaluation loufoque, rend son appréciation. Ce faisant, elle révèle leurs étonnants attributs par le biais d’anecdotes truculentes. En découle un concours que chacune des créatures fruitées espère remporter. Le ton léger et fantaisiste de l’album est rafraîchissant. Les croquis vifs et expressifs pimentent le tout.

 

 

Aurore Deterre recommande Bonjour tristesse de Françoise Sagan

L’été de ses dix-sept ans, Cécile, son père Raymond et sa jeune maîtresse partent en vacances sur la Côte d’Azur. La chaleur de l’été est écrasante, heureusement la Méditerranée n’est qu’à deux pas. Cécile y découvre la brûlure du sable sur sa peau, les premiers vertiges de la passion. Mais l’arrivée d’Anne, une femme séduisante et brillante dont Raymond s’éprend, va remettre en question leur vie légère et insouciante. Craignant de perdre sa liberté, Cécile va élaborer un jeu cruel. Publié en 1954, ce roman n’a pas pris une ride. Sa simplicité et la justesse des sentiments qui y sont dépeints sauront charmer chacun.

 

 

Esther Laforce recommande Cet été-là de Véronique Olmi

Un roman pour accompagner des vacances à la mer et qui nous tient en haleine avec le rythme lent d’un drame psychologique bien mené et écrit avec finesse. Trois couples, trois adolescents et deux enfants, réunis le temps de la fin de semaine du 14 juillet dans une grande maison située sur une plage de Normandie. On plonge dans les questionnements, les espoirs, les culpabilités et les dépits de ces personnages dont la vie, au sortir de leur séjour, sera transformée. Secrets enfouis, ruptures annoncées, amours déçus et amitiés indéfectibles sont au programme de Cet été-là.

 

 

 

Gisèle Tremblay recommande Le charme des après-midi sans fin de Dany Laferrière

Rythmé, plein de saveurs et de couleurs, ce petit bouquin se présente comme un saucisson découpé en rondelles, avec ses courts récits formant un tout bien ficelé. Le héros, c’est Vieux Os, alter ego de l’auteur, un adolescent tendre et drôle, encore à moitié pendu aux jupes de Da, sa grand-mère adorée. L’odeur du café – Da en boit sans interruption!  – se mélange au parfum enchanté des après-midi parfaits de l’enfance presque en allée. Au fil d’expériences inusitées, le garçon au drôle de nom va son chemin, entouré d’une foule de personnages bigarrés. Sous le soleil d’Haïti révélant mille détails de la vie quotidienne, la joie de vivre éclate et rayonne dans le Petit-Goâve de Dany Laferrière. Un très beau livre, aussi beau que son titre…

 

Christine Durant recommande Adios Hemingway de Leonardo Padura.

Quoi de mieux que de lire un petit roman policier en se prélassant au soleil? Que diriez-vous, alors, d’un roman policier relax dont l’action se déroule à Cuba? Dans Adios Hemingway, le célèbre détective Mario Conde, personnage d’une série de quatre autres romans policiers de Leonardo Padura, doit résoudre une énigme entourant le légendaire Ernest Hemingway, auteur américain qui a séjourné à Cuba entre les années 30 et 50. La lecture de ce roman est d’autant plus intéressante que l’auteur, avec son style, arrive de façon très habile à insérer des faits réels de la vie d’Hemingway dans une histoire de meurtre tout à fait fictive.

 

 

Marie-Line Champoux-Lemay recommande The great artistry of Django Reinhardt de Django Reinhardt

image de marie-lineDjango Reinhardt est l’un des guitaristes de jazz les mieux connus et les plus respectés, lui qui a littéralement introduit la guitare dans ce genre musical. Inventeur du jazz manouche et soliste virtuose (malgré un accident qui lui a fait perdre l’usage de deux doigts à 18 ans), il n’a jamais cessé de travailler son style. Ce disque à la couverture orange distinctive est son tout dernier enregistrement. C’est aussi un des quelques albums où il joue d’une guitare électrique, ce qui lui donne un son bien particulier. Les rythmes bondissants et les mélodies nostalgiques des huit pièces qu’il contient, dont Nuages, sa composition la plus célèbre, sont tout indiqués pour accompagner les belles soirées d’été.

 

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FISSEAU, Serena, D’une île à l’autre : chants et berceuses, Paris, Naïve, 2010.

LAFERRIÈRE, Dany, Le charme des après-midi sans fin, Montréal, Boréal, 2010, 241 p.

OLMI, Véronique, Cet été-là, Paris, Grasset, 2010, 281 p.

PADURA, Leonardo, Adios Hemingway, Métailié, 2012, 150 p. (Aussi disponible en version numérique sur PRETNUMERIQUE.CA)

PINÇON, Michel et Monique PINÇON–CHARLOT, Les ghettos du gotha : comment la bourgeoisie défend ses espaces, Paris, Éditions du Seuil, 2007, 294 p.

PINÇON, Michel, et Monique PINÇON–CHARLOT, Paris : quinze promenades sociologiques, Paris, Payot, 2009, 260 p.

REINHARDT, Django, The great artistry of Django Reinhardt, France, Universal Music France, 2010, ©1953.

SAGAN, Françoise Bonjour tristesse, Paris, Julliard, 2008, 155 p.

ZVIANE, Le bestiaire des fruits, Montréal, La Pastèque, 2014, 118 p.

Pour sortir de l’hiver…

Quelque chose comme une odeur de printemps d’Annie-Claude Thériault est avant tout la voix de Béatrice, une adolescente de 13 ans qui raconte l’étrangeté de son univers.

D’abord, il y a ses parents, complètement dépassés par le fait que Joachim, leur fils, présente des symptômes de schizophrénie. Puis Philomène, la petite sœur à l’esprit scientifique dont les réactions sont dénuées d’émotion.

Il y a aussi les amis et les personnages qui habitent le quartier. Wu, la Chinoise adoptée qui peint des personnages difformes et grotesques; monsieur Pham, le propriétaire du dépanneur, qui cuisine des rouleaux impériaux extraordinaires; et Mohammed, le client ventripotent et généreux. Grâce à eux, Béatrice émerge de son cocon familial pour se tourner vers d’autres univers plus légers et remplis d’exotisme.

Émaillé de descriptions colorées et odorantes, ce roman nous fait parcourir les événements qui marqueront l’adolescence et le début de la vie adulte de Béatrice. Une soirée de hockey au Forum de Montréal, le référendum de 1995 sur l’indépendance du Québec et plein de péripéties familiales drôles ou tristes sont racontés avec les yeux de cette adolescente au regard créatif et lucide à la fois.

Voilà le premier roman d’une écrivaine dont on quitte l’univers à regret, car la vie y est décrite avec énormément de saveurs et d’originalité; de la plus âcre à la plus fraîche en passant par l’aigre-douce.

THÉRIAULT, Annie-Claude, Quelque chose comme une odeur de printemps, Ottawa, Éditions David, 2012, 169 p.

 

Si vous avez aimé le livre à succès La liste de mes envies de Grégoire Delacourt, L’autodomestication, le premier roman de Laurent Weber, pourrait vous plaire aussi. On y retrouve le même thème du gagnant à la loto complètement paralysé par un montant d’argent exorbitant.

Également écrit sur le ton de la confidence, un homme, cette fois, raconte son silence envers son entourage à propos de ce gain. Il parle de ses rêves, de ses craintes, de son bouleversement et, surtout, de sa quête de sens.

Que feriez-vous si vous deveniez soudainement millionnaire ou encore milliardaire? En lisant ce livre, on ne peut que se poser la question.

Laurent Weber travaille dans l’audiovisuel et cela transparaît dans son écriture, car les images y abondent. Il a également une facilité pour les jeux de mots qu’il utilise de façon très amusante.

L’autodomestication est un roman qui nous surprend et qui nous rappelle la force du conditionnement.

WEBER, Laurent, L’autodomestication, Angoulème, Égo comme X, 2012, 78 p.

 

Neige fondante

L’hiver est solidement ancré, mais il n’est pas toujours synonyme d’une bise glaciale. Le nez peut bien être rougi par le froid, mais parfois les joues n’en demeurent pas moins bien chaudes. Voici quelques suggestions de nos différents blogueurs qui représentent bien les extrêmes de cette saison qui sait nous faire passer par toute la gamme des émotions : refroidir les ardeurs comme échauffer le sang!

Esther Laforce recommande : Maria Chapdeleine de Louis Hémon

2013 était l’année du centenaire du décès de Louis Hémon, l’occasion parfaite de lire ou de relire Maria Chapdelaine dont la trame narrative est scandée par le passage des saisons. Le printemps qui est le début de tout; l’ardeur de l’été et ses rêveries romantiques; la douceur improbable de ces Noëls vécus dans l’isolement des grandes tempêtes de neige; le froid, surtout, terrible, qui tue et brise les espoirs de bonheur. Et finalement, dans le retour continuel de ce cycle, la résignation silencieuse à un destin.

Caroline Fortin recommande : Le blé en herbe de Colette

La Bretagne, deux familles en vacances au bord de la mer. L’été d’un passage, celui qui mènera deux adolescents vers l’âge qu’on nomme adulte. Vinca et Phil ont le corps bruni par le soleil d’août et goûtent encore les joies enfantines des balades sans fin sur la plage. Mais c’est dans l’ombre d’une éducation sentimentale inattendue qu’ils découvriront que l’innocence ne peut plus faire partie de leurs jeux. Dans Le blé en herbe, la grande Colette évoque avec subtilité, en nuances, dans un non-dit qui suggère plus qu’il ne décrypte, les bouleversements liés à l’éclosion du désir et à la mort de l’enfance.


Maryse Breton recommande : Into Thin Air de Jon Krakauer

La neige et le froid sont les personnages principaux et meurtriers d’Into Thin Air, un récit enlevant et bouleversant de Jon Krakauer relatant l’ascension maudite du mont Everest en 1996. Au cours du « désastre du mont Everest », comme certains l’ont surnommé, huit personnes ont trouvé la mort dans un violent blizzard en tentant d’atteindre le sommet. Alpinistes inexpérimentés, embouteillage au sommet, mauvaises conditions climatiques, guides trop confiants, Krakauer soulève plusieurs hypothèses sur les causes de cette tragédie qui a mis en lumière les problèmes de la commercialisation croissante des expéditions sur le mont Everest.

Catherine Lévesque recommande : Le libraire de Gérard Béssette

Le libraire commence un 10 mars. La neige est fondante à Saint-Joachin, P.Q. Un libraire nouvellement engagé s’y cherche une chambre à louer. Pendant son séjour de deux mois dans cette petite communauté, il écrira son journal pour se désennuyer. Voilà le discours intérieur d’un homme cynique et désabusé qui témoigne, non sans humour, de sa vie à la librairie où les livres à l’Index prennent beaucoup d’importance…


Marie-Line C. Lemay recommande : Au col du mont Shiokari de Ayako Miura

C’est une histoire d’amour qui transcende l’individu et qui culmine dans les cimes enneigées d’une montagne d’Hokkaidō, l’île la plus au nord du Japon. La prose délicate et ciselée de l’écrivaine japonaise Ayako Miura nous fait comprendre la quête spirituelle et l’immense courage du jeune protagoniste, à une époque où les nouvelles influences étrangères, dont le christianisme, ne sont pas les bienvenues. Basé sur des faits réels, le récit de ce destin tragique se révèle d’une touchante beauté.

Jean-François Barbe recommande : Gérer votre argent, c’est facile! de Sandra Paré

Vos ados sont déjà prêts à quitter le nid familial et à signer un bail? À occuper un premier emploi salarié, qui soit autre que du gardiennage ou de la livraison de journaux? À s’acheter ou à louer une voiture? À payer eux-mêmes les mensualités de leur téléphone chéri? Suggérez-leur la lecture de ce livre. Écrit avec beaucoup d’intelligence et de respect pour ses jeunes lecteurs, truffé d’illustrations pertinentes et de conseils pratiques, il leur facilitera le passage vers cette autre vie qui les attend, celle de la vie d’adulte avec son cortège d’obligations financières. À l’évidence, l’auteure, Sandra Paré, connaît son sujet et son public. Mais elle a eu la sagesse de demander un coup de main à Éric F. Gosselin, un planificateur financier de la région de Montréal, afin de mieux expliquer certains rouages de l’univers des finances personnelles. Vraiment, une réussite sur toute la ligne.

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BESSETTE, Gérard, Le libraire, Montréal, Éditions Pierre Tisseyre, 1993, 143 p.

COLETTE, Le blé en herbe, Paris, Flammarion, 1992, 188 p.

HÉMON, Louis, Maria Chapdelaine : récit du Canada français, Paris, Bernard Grassett, 2011, 183 p. Disponible en livre numérique.

KRAKAUER, Jon, Into Thin Air : a Personnal Account of the Mount Everest Disaster, New York, Villard, 1997, 293 p. Disponible en livre numérique.

MIURA, Ayako, Au col du mont Shiokari, Arles, P. Picquier, 2012, 364 p.

PARÉ, Sandra, Gérer votre argent, c’est facile ! Le guide des jeunes consommateurs, Montréal, Éditions La Semaine, 2012, 204 p.

Écrire pour assouvir sa faim

Je m’étais promis de vous dégoter un bijou de roman québécois pas trop récent, histoire de lui donner une deuxième vie.

Qu’on me pardonne : j’ai failli à la tâche. J’ai grappillé à gauche et à droite pendant les vacances d’été, j’ai lu de tout, mais je ne peux m’empêcher de vous entretenir du livre  qui m’a tenue en haleine de si belle façon, même si c’est une parution récente. Oui, beaucoup de lecteurs le convoitent. Et oui, je comprends leur engouement : Remèdes pour la faim est l’une de mes perles 2013.

Deni Y. Béchard réécrit ici, à sa manière, des fragments de la vie tumultueuse de son père André, braqueur de banque par passion et poissonnier par obligation.

Un processus d’écriture qui, pour Béchard, s’est échelonné sur presque vingt ans; vingt ans à rayer et à réécrire un texte qu’il a d’abord eu la fantaisie de baptiser « roman », mais qui au gré des phases de la rédaction, prenait vraisemblablement la forme du récit autobiographique. Ce qu’il est, en réalité.

C’est dans ce beau bouquin de près de 600 pages qu’on comprendra comment un garçon de dix ans, trimballé depuis la tendre enfance de la Colombie-Britannique à la Virginie, a cherché comme il le pouvait à se construire des repères, des modèles. Son tempérament exalté l’a amené à éprouver une réelle fascination pour un père tourmenté, à la personnalité insaisissable, qui ne correspondait pas à l’archétype du paternel mature et responsable. Car que penser d’un père qui emmène son fils dans de folles virées à pleins gaz pour défier les trains, s’amusant à attendre les convois dans une voiture bien plantée en travers des rails? Que penser d’un père qui initie son fils à l’insu de la mère aux délices du coca-cola, et qui lui explique en long et en large les subtilités du vocabulaire blasphématoire? Que penser, surtout, d’un père qui a visiblement son petit jardin secret, qui ne parle que rarement de son enfance québécoise, de ses parents gaspésiens, de ses racines en somme, et qui laisse planer une aura de mystère autour de sa personne?

Pour le jeune Deni, il n’en fallait pas davantage pour susciter l’adulation.

Et c’est en vivant de cette vénération pour l’image idéalisée de son père qu’il atteindra l’adolescence, puis l’âge adulte. Momentanément séparé de son père,  il n’aura de cesse de le retrouver et de le questionner encore et encore sur son passé criminel, et aussi sur son énigmatique enfance québécoise. La cohabitation auprès de lui sera chose impossible, le réalisme des gestes quotidiens apportant un éclairage trop cru à ses vues de l’esprit. Mais les longues conversations téléphoniques où André se livrera presque entièrement à son fils seront libératrices pour Deni. Elles lui permettront de rédiger des milliers de pages de notes, un processus d’écriture rédempteur par lequel il essayera de comprendre quelle est la faim, la flamme, qui a poussé son père à aimer côtoyer le danger et à rester le loup solitaire parmi la meute. Ces entretiens auront aussi pour lui l’effet d’une thérapie d’introspection, le forçant à faire un retour sur soi : il prendra alors conscience que cette soif de vertige l’habite également.

 Avait-il appris à vivre pour le seul plaisir de la faim – pour le défi, la victoire, pour la fuite? Faim de l’inatteignable, de ce qu’on n’obtiendra jamais. Faim de solitude où, quelque acharnement qu’on mette à lutter contre soi-même, on sera toujours victorieux.

Un beau texte très personnel, profond et intimiste, mais sans apitoiement inutile; un récit qui ne cherche pas à attirer l’indulgence ni à se justifier de quoi que ce soit. Une histoire pour le plaisir de se la faire raconter, tout simplement. Dans une traduction de Dominique Fortier.

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BÉCHARD, Deni Y. Remèdes pour la faim, Québec, Alto, 2013, 580 p.

Détournement de mémoire

Jean-Simon DesRochers prend visiblement plaisir à créer des histoires en mosaïque. Si, dans La canicule des pauvres, les parcours individuels des locataires d’un même immeuble résidentiel s’entrecroisent, son deuxième roman, Le sablier des solitudes, réunit plutôt de parfaits inconnus lors du dramatique carambolage à l’origine de leur rencontre.

Dans Demain sera sans rêves, ce sont les mémoires qui se tissent, s’entremêlent, pour composer une mémoire unique, celle de Marc. Le récit s’ouvre sur une détresse immense, nourrie des effluves d’un mois de novembre inclément. Marc Riopel, 33 ans, commet un geste irréparable dans un lieu symbolique de son enfance : il met fin à sa vie. Ce geste tragique soulèvera le désarroi et l’incompréhension de son frère Carl, et de leurs amies d’enfance Catherine et Myriam.  Dans un contexte futuriste où les développements technologiques pourraient permettre à l’humanité d’accomplir l’impossible – vision qui relève du roman d’anticipation –, les trois amis continueront leur petit bonhomme de chemin, chacun de son côté, en s’interrogeant sur les motivations profondes du geste de leur compagnon. Ils se réuniront beaucoup plus tard, au crépuscule de leur existence, pour partager les souvenirs empreints d’émotion qui les habitent depuis longtemps. Ces retrouvailles leur donneront l’occasion de réaliser un projet hors du commun : redonner une certaine forme de vie à leur ami pourtant décédé depuis plusieurs décennies.

DesRochers adopte ici un rythme beaucoup plus musical que dans ses précédents romans, un rythme qui rappelle celui de la poésie, le genre littéraire de ses premiers écrits. La structure du roman est morcelée, les informations clés du récit sont livrées au lecteur de façon erratique, à l’image d’une mémoire effacée qui cherche à se reconstruire, un peu à tâtons. S’il peut être difficile de saisir la finalité de l’histoire dans les premières pages de Demain sera sans rêves, advient un moment où on apprivoise cette manière de raconter, où on s’accommode de la part de flou qui habille tout le récit. On s’adapte tant bien que mal au rythme non linéaire. L’auteur utilise d’ailleurs un « vous » qui happe le lecteur et l’interpelle constamment, malgré sa perplexité. Suis-je au plus profond d’un rêve? D’un souvenir? Quelles sont ces impressions qui me sont imposées? Mais je vous rassure : la fin du roman livre ses secrets et éclaire différemment la fascinante et dérangeante histoire qui se termine. Et vous n’aurez alors plus qu’une envie : recommencer votre lecture depuis le début.

DESROCHERS, Jean-Simon, Demain sera sans rêves, Montréal, Les Herbes rouges, 2013, 130 p.

Atavismes, par Raymond Bock: les fragilités de l’identité québécoise

N’avez-vous jamais craint une Troisième Guerre mondiale, où l’Amérique ne serait cette fois pas épargnée et, avec elle, le Québec? Imaginez-vous les lendemains d’une telle catastrophe, le sort déjà si précaire des Québécois francophones, obligés désormais de se considérer comme une minorité sur leur territoire face à l’afflux de réfugiés. Imaginez le parc du Bic transformé en base militaire, et cette image : «La vieille Bibliothèque nationale n’avait pas été reconstruite après l’incendie […]» (Le Quartanier, 2011, p.158).

Si, dans quelque recoin de votre esprit, vous redoutez ces événements, peut-être avez-vous hérité de cette nature inquiète qui traverse les atavismes mis en scène par Raymond Bock dans un recueil d’histoires qui explorent avec une dureté certaine, mais aussi de délicates pointes de sagesse, les fragilités de l’identité québécoise.

Une identité forgée par un environnement naturel bien trop dur pour l’homme : le froid qui tue, la végétation et les insectes qui reprennent leurs droits face aux tentatives de l’homme pour les repousser. Une identité qui se vit au présent dans l’angoisse face à la mort, dans l’individualisme et le confort mais, surtout, dans l’espoir nourri pour nos enfants, qui portent toute la beauté du monde. Et puis, toujours, cette révolte un peu désespérée qui gronde, des patriotes jusqu’à ces hypothétiques rebelles d’un futur où la perte du territoire et de la culture devient imminente.

Du passé au futur, les divers protagonistes semblent condamnés à une sorte de décalage entre leur volonté et ce qui leur arrive effectivement. L’échec serait-il un autre de nos atavismes?

L’auteur Raymond Bock semble quant à lui protégé de cet héritage, lui dont les Atavismes, écrits avec tant d’habileté et d’intelligence, ont remporté le prix Adrienne-Choquette, et seront prochainement publiés en traduction anglaise, par la maison américaine Dalkey Archive Press.

BOCK, Raymond, Atavismes, Montréal, Le Quartanier, 2011, 230 p.

BOCK, Raymond, Atavismes, Montréal, Éditions du Boréal, 2013, 227 p.

Chères Belles-Soeurs

J’ai lu la pièce de théâtre de Michel Tremblay pour me préparer à en entendre la version musicale : musique de Daniel Bélanger et mise en scène de René Richard Cyr.

En toile de fond de cette histoire, il y a un party de timbres. Germaine Lauzon a gagné des timbres qu’elle va pouvoir échanger contre des articles en catalogue. Elle invite ses sœurs et ses amies (dont une seule belle-sœur!) à venir coller ces timbres chez elle tout en jasant, en grignotant et en prenant un p’tit verre de « liqueur » (sic) dans la cuisine.

L’intrigue s’articule autour d’une série de révélations des personnages à travers des monologues et des chœurs. C’est pour cette raison qu’elle se prête si bien aux chansons. Puisées à même le texte de Tremblay, des portions ont été brillamment mises en musique pour en faire des chansons solos ou des chœurs qui vont du comique au dramatique.

En lisant la pièce, j’ai eu du plaisir avec le joual. Il rend les personnages sympathiques, colorés, vivants et l’orthographe est vraiment drôle. J’ai apprécié la pièce pour elle-même, mais aussi parce que sa lecture m’a permis de mieux en goûter la version spectacle. Comme je connaissais l’histoire, je pouvais me concentrer sur l’interprétation et la mise en scène.

Lors du spectacle, la pièce a pris encore plus de relief grâce au jeu des comédiennes, aux chorégraphies et, surtout, grâce à la musique. Autant dans les moments tragiques que comiques, la musique est venue ajouter de l’intensité aux émotions. La cuisine est devenue un music-hall. La pièce, un cri chanté de femmes qui souffraient de leur soumission à leur mari et aux conventions sociales, de leur vie misérable et étroite. Leur seul espoir semblait le bonheur illusoire de la société de consommation.

D’habitude, je ne suis pas une amatrice de comédies musicales. Cette fois-ci, grâce au joual, je me suis reconnue tant dans la langue que dans l’humour et j’ai adoré ça.

 Je vous recommande fortement de voir le spectacle Les Belles-Sœurs si vous ne l’avez pas vu. Il sera encore à l’affiche à Montréal et dans les environs en 2013  . Si vous avez le temps de lire la pièce avant d’y aller, vous ne regretterez pas de connaître ce classique de notre littérature et vous goûterez d’autant plus le spectacle.

 À partir de la fin d’avril, nous aurons également droit à une autre pièce de Tremblay (Sainte Carmen de la Main) en théâtre musical; elle est concoctée par les mêmes complices…

TREMBLAY, Michel, Les Belles-Soeurs, Arles (France); Actes sud; Montréal: Leméac, impression 2007, 93 p.

Des livres pour Noël… et pour toute l’année!

Qui dit Noël dit bien souvent cadeaux. Et dans mon cas, qui dit cadeaux, dit livres. Quelques semaines après le temps des fêtes, j’ai pensé vous faire part ici de la liste de mes emplettes : les ouvrages de littérature jeunesse offerts par la fée des étoiles (chut!) aux enfants qui l’entourent. Des livres minutieusement choisis, selon leurs goûts et leur personnalité. Et qui se retrouvent presque tous pour emprunt à la Grande Bibliothèque.

Zach, 2 ans

Lui, c’est un sacré gourmand! Jamais rassasié, pas pique-assiette pour deux sous. D’ailleurs, lors d’un récent voyage en Chine, il est le seul de sa famille (incluant ses parents) à avoir goûté à tout! On pourrait même penser que Zach, c’est le petit garçon que l’on voit à la toute dernière page de Fourchon, un album de Kyo Maclear, illustré par Isabelle Arsenault. Pauvre petit Fourchon : ni fourchette ni cuillère, pourtant un peu des deux, il ne trouve sa place nulle part dans la coutellerie. Quelqu’un saura-t-il un jour apprécier sa double utilité? Une histoire à la fois touchante et rigolote, inspirée de ce drôle d’ustensile que l’on propose aux enfants qui commencent à manger seuls. Fourchon a gagné le Prix des libraires du Québec 2012, catégorie Jeunesse Québec 0-4 ans et fait partie de la sélection annuelle 2012 de la Revue des livres pour enfants, une publication de la Bibliothèque nationale de France.

Mykoïan, 2 ans et demi

Lui et sa sœur n’ont porté que des couches lavables, son père refuse le téléphone intelligent et dénonce à chaque occasion la société capitaliste et la surconsommation. J’ai donc eu envie de faire plaisir à la fois au père et à sa descendance en leur offrant La clé à molette, un livre d’images d’Élise Gravel. Alors qu’il se rend dans un magasin à grande surface pour acheter la simple clé à molette dont il a besoin, Bob se laisse convaincre par le vendeur d’acheter toutes sortes d’objets dont il n’a aucunement besoin – et plusieurs fois plutôt qu’une! Avec beaucoup d’humour et sans nous faire la morale, Élise Gravel nous amène à réfléchir sur nos comportements de consommateur, et ce, peu importe notre âge. La clé à molette a reçu le Prix du Gouverneur général 2012, catégorie Jeunesse-illustrations et, comme Fourchon, il fait partie de la sélection annuelle 2012 de la Revue des livres pour enfants.

La clé à molette est aussi disponible en version électronique.

Liam, 3 ans et demi

C’est mon clown sentimental préféré. Il danse mieux que Fred Astaire et fait les plus beaux câlins du monde. Mais ce qui m’émeut le plus avec mon filleul, c’est que tout l’émerveille. Aussi, la première fois que j’ai lu Charles à l’école des dragons, d’Alex Cousseau et Philippe-Henri Turin, c’était décidé, j’allais le lui offrir pour Noël, même si Liam aurait seulement 3 ans et demi et qu’on suggère ce livre pour des enfants un peu plus vieux. Car Charles, comme Liam, est un grand sensible, un poète. Il n’a pas envie d’impressionner ni d’intimider, juste d’être lui-même. J’ai très hâte de lui en faire la lecture, collés l’un contre l’autre derrière les pages de cet album très grand format, de voir ses yeux éblouis par les illustrations riches et pleines de détails de Jean-Philippe Turin, de partager son inquiétude et son empathie pour Charles et, enfin, de voir son grand sourire à la fin, car tout y finit bien! Charles à l’école des dragons a obtenu le Prix jeunesse des libraires du Québec 2011, catégorie hors-Québec pour les 5-11 ans.

Une deuxième aventure de Charles, Charles, prisonnier du cyclope, est parue à l’automne dernier.

Zïa, 5 ans

Elle porte comme nulle autre le tutu rose, les leggings rayés noir et blanc, les boucles d’oreilles en vrai-faux rubis et la casquette de camouflage piquée à son frère… et tout ça en même temps! Grande « lectrice d’images » depuis fort longtemps, elle sait depuis peu tracer les lettres et les lire. À ma filleule préférée, j’ai offert le dernier ouvrage de l’incomparable Gilles Bachelet, Madame le Lapin Blanc. Cette dame dont on parle dans le titre n’est en fait nulle autre que l’épouse du célèbre Lapin Blanc, le personnage d’Alice au pays des merveilles. Sous forme de journal intime, elle dévoile les hauts et les bas de sa vie de femme au foyer. Mère de six petits lapins, on comprend pourquoi Madame le Lapin Blanc se sent débordée, surtout avec un mari pressé, souvent absent de la maison, fort occupé par ses tâches au palais d’une certaine Reine de cœur…

Évidemment, avant d’offrir ce livre à Zïa, je m’étais assurée qu’elle connaissait l’histoire d’Alice au pays des merveilles, du moins dans son ensemble. Un facteur qui, s’il n’est pas indispensable, rend beaucoup plus amusante l’histoire de cette épouse dévouée, et réjouissantes les références faites au conte de Lewis Carroll (d’ailleurs, je vous suggère cette adaptation-ci, illustrée par Chiara Carrer). Madame le Lapin Blanc a reçu le prix Pépite de l’Album 2012.

Cliquez ici pour écouter Gilles Bachelet parler de Madame le Lapin Blanc.

Nathaniel, 14 ans

Il a lu Bilbo le Hobbit quatre fois. Oui oui, quatre. Et ce n’est pas parce que sa belle-mère le sous-alimente en romans et autres lectures, lui apportant chaque mois nouveautés ou classiques qu’elle vante avec passion. Rien à faire, aucune autre aventure littéraire n’a su détrôner à ce jour celle du Hobbit. J’ai donc décidé d’emprunter un chemin détourné – et peut-être aussi un peu risqué – en lui offrant un essai récent sur son œuvre fétiche, Exploring J.R.R. Tolkien’s The Hobbit, par Corey Olsen. Un bel objet livre, une belle brique. Son premier « vrai livre d’adulte »  est encore bien fermé sur sa table de chevet, mais lorsqu’il l’a découvert sous le papier d’emballage, j’ai vu dans ses yeux l’expression satisfaite du collectionneur…

La lecture en cadeau

Je m’en voudrais de terminer ce billet sans mentionner le programme La lecture en cadeau, de la Fondation pour l’alphabétisation, qui remet un livre neuf à des enfants qui ont moins la chance d’avoir des livres à la maison. Noël est passé, mais pendant les Salons du livre de la province, l’organisme tient un kiosque où il est alors possible de déposer dans la boîte prévue à cet effet un livre tout nouveau tout beau que l’on souhaite offrir.

P.-S. (petit secret) Un aspect non négligeable lorsqu’on offre un livre en cadeau : lorsqu’il est bien choisi, il est aussi emballant pour celui qui le reçoit qu’il est facile à emballer pour celui qui le donne! Parole d’une fée des étoiles à l’esprit pratique!

Bachelet, Gilles, Madame le Lapin Blanc, Paris, Seuil jeunesse, 2012.

Cousseau, Alex, Charles à l’école des dragons, illustré par Philippe-Henri Turin, Paris, Seuil jeunesse, 2010.

Gravel, Élise, La clé à molette, Montréal, La Courte échelle, 2012.

MacClear, Kyo, Fourchon, illustré par Isabelle Arsenault, Montréal, La Pastèque, 2011.

Olsen, Corey, Exploring J.R.R. Tolkien’s The Hobbit, Boston, New-York, Houghton Mifflin Harcourt, 2012, 318 p. ISBN : 978-0-547-7394

Lettres urbaines

Beaucoup mieux que d’autres villes américaines, Montréal possède ce don singulier d’aviver les élans créateurs chez des écrivains de tous les horizons. N’est-elle pas pourtant une cité insaisissable, qui peut surprendre par ses inégalités, par son inconstance, par la diversité de son architecture, de sa composition sociale et linguistique? Nous pouvons être étonnés que notre incapacité à tracer un portrait homogène de la métropole soit au contraire, pour les écrivains, une source même de stimulation.

Dans Montréal à l’encre de tes lieux, Florence Meney, chef de pupitre à Radio-Canada, a rassemblé les réflexions de vingt auteurs d’ici et d’ailleurs autour d’un thème commun : Montréal. Témoignage éloquent de la richesse littéraire de la ville, cet ouvrage remarquable rend hommage au pouvoir évocateur d’une métropole protéiforme, vibrante. Chacun des auteurs qu’elle a conviés a choisi un lieu qui le représente bien ou qui a une signification particulière dans son parcours. Dans des entrevues habilement conduites, elle les a emmenés tour à tour à lui confier des réflexions intimes sur ces endroits qui les ont marqués. Pour illustrer son livre, Florence Meney s’est adjoint le photographe Luc Lavigne; il a su établir une complicité espiègle et sincère avec les auteurs pour réaliser des photos remarquables de sensibilité. On a en main un bouquin magnifique, qui nous fait redécouvrir de grandes plumes, et revisiter des coins peut-être un peu oubliés de Montréal, mais combien significatifs.

C’est dans les ruelles de Rosemont que Michel Rabagliati a passé son enfance à pédaler ses premières découvertes de la vie urbaine. Grâce à la liberté que sa mère lui a laissée dès son plus jeune âge, il a pu parcourir la ville dans tous les sens et développer un attachement quasi viscéral à Montréal. Il a ensuite transposé sur papier la nostalgie de ce passé heureux, à l’ombre d’une vie de quartier paisible qui lui a permis de se fabriquer une sagesse bien personnelle du quotidien. Michel Rabagliati est imprégné des lieux qui l’ont vu grandir  – c’est d’ailleurs pourquoi il a choisi le Dairy Queen de Rosemont comme lieu symbolique –, et il ne cherche pas à aller au-delà, car il n’est ni homme d’exploration ni homme de célébrité. Rester bien ancré dans son milieu de vie, comprendre le rythme des gens qu’il côtoie chaque jour, apprécier la beauté tangible et délicate d’un quartier populaire, voilà qui le comble et qui suffit à stimuler sa fibre créatrice. Au grand bonheur de ses lecteurs.

Je parle des gens que je connais. Sinon je me sens comme un imposteur. Si je les connais bien, je vais pouvoir les décrire bien.

Chrystine Brouillet a, pour sa part, élu le parc Lafontaine comme icône de ses affections montréalaises. Elle a d’ailleurs fait l’acquisition d’une maison juste en face du parc, et elle va s’y balancer quotidiennement, une habitude qui lui permet de prendre l’air tout en dressant le bilan de sa journée, et de faire le vide après les efforts intellectuels de l’écriture. L’auteure a longtemps habité Québec, Paris pendant une dizaine d’années, mais elle avoue son faible pour Montréal. C’est son hétérogénéité et son multiculturalisme qui en font le charme, selon elle.

C’est une ville très morcelée, très différente d’un quartier à l’autre. On ne dirait pas qu’il y a une pensée architecturale cohérente à Montréal. Mais d’un autre côté, et ce n’est pas rien, c’est aussi le charme, l’espèce de délinquance de Montréal. Où ailleurs qu’à Montréal, dites-moi, trouve-t-on cette diversité?

Le restaurant Da Giovanni, sur la rue Sainte-Catherine, évoque pour l’auteur de la fameuse série Amos Daragon des moments forts de son enfance. Originaire de Shawinigan, Bryan Perro nous parle avec enthousiasme de la joie que représentait pour lui la virée annuelle au Forum de Montréal avec père et mère, afin d’assister à une belle joute du Canadien, périple qui débutait infailliblement par un repas au coloré Da Giovanni. Ces lieux furent ses premiers contacts avec « la grande ville » et ils occupent aujourd’hui une place prépondérante dans son imagerie personnelle.

Et beaucoup d’autres écrivains nous rappellent ainsi des symboles montréalais qui peuvent nous être familiers, mais pas toujours. Les choix sont éclectiques et la diversité des lieux sélectionnés par les auteurs est symptomatique du potentiel immense de Montréal, de sa richesse évocatrice. Stéphane Bourguignon nous parle de la gare de Ville Mont-Royal et des déplacements qui ont caractérisé sa jeunesse; Suzanne Jacob adore ses longues marches philosophiques au cimetière du Mont-Royal, tandis qu’Yves Beauchemin raconte la jubilation qu’il éprouve à épier les conversations, les petits instants de vie, à la station de métro Berri-UQAM. Michel Tremblay est évidemment bien présent et a choisi, lui, le Monument-National, témoin de plusieurs moments clés de son parcours de dramaturge. Et Laferrière dans son carré St-Louis, et Marc Lévy à l’hôtel Place d’Armes, et Claude Jasmin dans l’exotisme de son Chinatown, et tant d’autres encore…

La ville devient à travers eux l’objet scruté, le filigrane de l’histoire racontée, ou mieux encore l’essence même de l’œuvre littéraire. Meney et Lavigne ont réussi le pari impossible de tracer un portrait unifié de Montréal, le portrait d’une ville qui sait provoquer l’imagination, et la nourrir inlassablement…

MENEY, Florence, Montréal, à l’encre de tes lieux, Montréal, Québec Amérique, 2008.

L’autre pays de Gilles Vigneault

Il a rêvé et mis en poèmes son pays. Il l’a chanté. Il l’a même revendiqué sur la place publique. Mais que connaissons-nous de son pays intérieur?

Après avoir entendu Gilles Vigneault faire allusion à sa vie spirituelle, le célèbre journaliste et animateur de radio Pierre Maisonneuve a voulu en savoir plus. Pour ce faire, il s’est d’abord replongé dans l’œuvre de Vigneault à travers ses livres et ses chansons afin d’en relever la dimension spirituelle. Puis il a rédigé 125 questions à poser au grand poète. Celui-ci étant encore très actif, il a fallu remettre à plusieurs reprises le rendez-vous fixé. Finalement, ils ont passé trois jours ensemble pour ce long interview.

Il en est résulté un livre d’une rare profondeur où les grands thèmes de la vie spirituelle sont abordés : le sacré, le silence, la prière, la solitude, la quête d’infini, le mystère et la mort. Gilles Vigneault nous fait le plaisir de replonger dans son enfance pour se souvenir des moments forts où sa foi a pris naissance auprès de son père, de sa mère et de quelques personnes clés. En bon conteur qu’il est, il nous livre des anecdotes remplies des saveurs d’une époque révolue.

Entre l’éducation religieuse qu’il a reçue et sa foi actuelle, on découvre qu’il a conservé l’amour du sacré, des rituels et des cérémonies. L’art du spectacle n’est-il pas une forme de cérémonie? Ancien professeur de latin, il continue de réciter des prières par cœur dans cette langue. Mais il n’a gardé ni la peur de l’enfer et du jugement, ni une foi repliée sur elle-même, caractéristiques d’une autre époque. Croire est également, selon lui, la confiance en soi et dans les autres. Croire et croître sont des mots si près l’un de l’autre.

Gilles Vigneault est un être infiniment fidèle à lui-même; à ce qu’il a reçu des autres souvent à même ses racines et au chemin qu’il a emprunté dans sa vie et qu’il continue de tracer. Un chemin d’intégrité et d’expression de la beauté poétique du monde.

Un livre à déguster comme un bon porto et à relire comme un poème. Une nourriture qui fait du bien et où on découvre la spiritualité d’un homme devenu un monument vivant.

MAISONNEUVE, Pierre, Vigneault:un pays intérieur, Montréal, Novalis, 2012, 142 p.

Semer à tous vents

Le hasard a joué en ma faveur au cours des premiers mois de ce bel automne. Mon univers livresque s’est enrichi de plusieurs petites perles lors de mes récentes explorations et, n’arrivant pas à choisir celle dont je vous parlerais dans le présent billet, j’ai penché pour la voie de la facilité : je vous entretiendrai de toutes.

Première perle, donc, sur mon parcours : un petit ouvrage de la jeune maison d’édition De ta Mère, Les Cicatrisés de Saint-Sauvignac. De ta Mère se targue de proposer des textes novateurs dans des formes littéraires qui sortent des modèles traditionnels et, visiblement, les Cicatrisés font honneur à cette mission. On a ici affaire à un roman à huit mains, soit un auteur différent pour chacun des quatre chapitres. Quatre voix, mais un seul récit qui possède une belle unité de ton malgré la polyphonie des plumes. Chaque chapitre marque en fait le passage d’une saison dans la vie des écoliers du village de Saint-Sauvignac. Le rêve commun de ces enfants – pouvoir occuper tout leur été à dévaler la fameuse « Calabraise » – tourne au cauchemar lorsqu’on découvre, trop tard, que la glissade fétiche du nouveau parc aquatique municipal est défectueuse. Après avoir refermé ce livre, l’idée que vous vous faites d’un simple clou, et de la menace qu’il peut représenter, ne sera plus la même, j’en fais le pari! Parodie sur la ségrégation et sur le sentiment de culpabilité sociale, les Cicatrisés nous présentent aussi les petits combats d’une enfance hors norme, dans un monde où les adultes rivalisent de sottises et d’idioties.

Mon deuxième coup de cœur ne relève pas du domaine de la fiction. La revue l’Inconvénient analyse les courants de pensée actuels et questionne les idées reçues par le biais de la littérature. Ses numéros thématiques proposent à la une des titres tels que « Du bon usage du roman », « Essai de critique non constructive » ou encore « Anatomie de l’homme cynique », illustrant bien le ton privilégié par la rédaction pour examiner les évènements de l’actualité culturelle, sociale, politique.

Afin de célébrer la parution de leur 50e numéro, les rédacteurs de l’Inconvénient ont récemment publié un recueil des meilleurs « bogues » parus dans leurs pages depuis la naissance de la revue. Mais que sont les « bogues », demanderez-vous? Il s’agit en fait de brefs traits d’humeur insérés à la fin de chaque numéro, où les rédacteurs tirent à vue sur toutes les absurdités (bien réelles) dont ils ont été témoins. Que ce soit pour nous entretenir d’une décision gouvernementale, d’un slogan publicitaire entendu dans les médias, d’un comportement humain envers un animal ou de la manière de créer une œuvre d’art pseudo contemporaine, les auteurs usent avec talent de différentes figures de style pour nous emmener graduellement à prendre conscience de l’absurdité de certains faits de société. Jubilatoire. Le recueil est trop court, on en redemande.

Puis ma dernière perle, et non la moindre, est le dernier roman d’Alain Beaulieu, Quelque part en Amérique. Déjà une dizaine de romans à son actif, autant de recueils de nouvelles, quelques pièces de théâtre, des prix littéraires pour consacrer le tout : mais qu’est-ce qui m’a retenue si longtemps d’ouvrir un livre de Beaulieu? Le hasard, la beauté d’une page couverture peut-être (je l’avoue, je suis de celles qui craquent pour les qualités esthétiques d’un bouquin), le thème alléchant d’une Amérique délinquante : un confluent de facteurs, je crois, m’ont finalement amenée à poser les yeux sur les premières phrases de ce roman, et à ne plus le quitter pendant les trois jours qui ont suivi. Dès la deuxième page, on s’enfonce déjà dans le récit. Pas de longue mise en contexte, pas de description nuancée des splendides paysages américains; pas d’arbre généalogique des personnages non plus, ni de métaphore stylistique. Non, rien de tout cela. Plutôt de l’intrigue, de l’action, de la vie, brute. Il me serait difficile de vous parler de l’intrigue du roman sans en dévoiler quelques moments clés. Sachez seulement qu’une femme noire et son petit garçon, récemment exilés aux États-Unis (en provenance d’un pays qui n’est jamais nommé), tentent de se refaire une vie dans ce pays grand et riche qui leur donne l’espoir d’un recommencement. Ils seront trompés par ceux à qui ils faisaient confiance, mais croiseront aussi la lumière réconfortante d’une âme intègre. Un roman sur le courage d’une mère, et sur les travers d’un pays où l’humain est encore, parfois, une marchandise qui peut attiser la convoitise.

Sur ce, je vous laisse le mot de la fin : à vous de choisir votre perle ou de nous proposer un autre petit bijou sur cette tribune.

BERTHIAUME, Sarah, Simon Boulerice, Jean-Philippe Baril Guérard et Mathieu Handfield ,  Les cicatrisés de Saint-Sauvignac, Montréal : Ta mère, 2011.

BÉLISLE, Mathieu [et al.],  Les inconvénients du progrès : 50 raisons de ne pas se réjouir trop vite, Montréal : L’Inconvénient, 2012.

BEAULIEU, Alain, Quelque part en Amérique, Montréal : Druide, 2012.

Une BD instructive

Pourquoi Guy Delisle a-t-il écrit les Chroniques de Jérusalem? Parce que sa femme, qui travaille pour Médecins Sans Frontières (MSF), a obtenu un contrat d’un an en Israël et qu’il a choisi de la suivre. Il sera, pendant ce temps, l’homme de la maison; celui qui s’occupe des enfants et travaille, dans ses temps libres, à un nouveau projet de bande dessinée.

Il nous raconte donc en images son quotidien avec ses enfants qu’il mène à la garderie en se tapant les bouchons de circulation de Jérusalem. Au cours de l’année, il nous fait part de sa découverte des lieux saints : le mur des Lamentations, l’esplanade des Mosquées avec le Dôme du Rocher, le Saint-Sépulcre, le mont des Oliviers… Il découvre aussi quelques traditions religieuses du pays dont une assez cocasse.

Guy Delisle prend conscience de ce qu’est le fameux mur israélien, érigé depuis 2002 entre les Palestiniens et les Israéliens, long de 730 km et large de 50 à 100 mètres selon les endroits. Un mur de béton, de fils barbelés et de détecteurs électroniques où les portiques (ou « checkpoint ») sont contrôlés par l’armée israélienne. Il dessine ce mur et se fait souvent demander de quitter l’endroit car on n’a pas le droit de s’attarder près du mur. Les gens armés et les contrôles de sécurité sont omniprésents dans le pays, surtout aux abords et à l’intérieur des colonies juives où les visites guidées sont complètement différentes selon l’origine et le point de vue du guide.

Durant son séjour, quelques congrès, expositions de BD et ateliers viennent nourrir le travail de Guy Delisle. Il découvre comment l’attitude des étudiants varie selon les régions. Mais il a peu de temps pour avancer son propre projet de BD.

Entre les enfants, les gens de MSF de passage à l’appartement, le travail exigeant de sa femme et les péripéties du quotidien, le temps lui manque pour dessiner des croquis comme il aime le faire, en se baladant dans le pays. Quoi qu’il en soit, il finira par pondre ses Chroniques de Jérusalem. Il réussira également à nous donner envie de voyager, de faire nous aussi des croquis et de lire d’autres de ses séjours en dessins tels que Chroniques birmanes, Pyongyang et Shenzhen.

DELISLE, Guy, Chroniques de Jérusalem, Paris, Guy Delcourt productions, 2011, 333 p.

Lire Myre

      

Lire Myre n’est pas de tout repos : on ne la lit pas comme on lirait George Sand. La vie quotidienne selon Myre n’est pas un long fleuve tranquille, même dans ce qu’elle a de plus ordinaire. 

J’ai découvert les éditions Marchand de feuilles en 2010 grâce à Suzanne Myre. Un coup de foudre pour une auteure s’est transformé en coup de cœur pour une maison d’édition, étrange opération dérivée de séduction. Mais je veux surtout vous parler ici d’une auteure, plus que d’un éditeur ou même d’un livre. Vous parler d’une voix, d’une personnalité, avant tout d’une narration unique et très personnelle.

C’est d’abord dans ses nouvelles que Suzanne Myre est la plus à l’aise. Presque toute son œuvre appartient d’ailleurs à ce genre : la brièveté imposée par la nouvelle lui permet de se limiter à l’essentiel et de coucher sur papier, en un jet dense et senti, une saute d’humeur ou un jugement bien arrêté sur les absurdités imaginées par les individus les plus aberrants de la race humaine, les membres de sa communauté. Tout cela se transforme parfois en autodérision et elle se montre tout aussi intraitable envers elle qu’envers les autres.

Tournez la couverture d’un des recueils de nouvelles de Myre, mais pensez à attacher vos tuques au départ : sa manière décoiffe un peu. Adieu romantisme bucolique : un ton décapant, un humour corrosif et une bonne part d’ironie sont au rendez-vous. Tout y passe. L’auteure se paye des tirades savoureuses contre tout ce qui l’horripile, et soyez assuré que l’un de vos propres dadas sera montré du doigt en chemin : elle en a contre les « trop mignons!! » sushis, les amitiés de filles super-branchées, les cabanons de la sacro-sainte banlieue, la petitesse de sa propre poitrine, les stylistes pseudo-compétents, la chirurgie esthétique, les poètes, la figure maternelle, les liens familiaux, les prix exorbitants de la bouffe bio… Et malgré tout, une sensibilité manifeste pour les relations familiales et les amitiés véritables transcende toujours ses propos.

L’auteure a remporté le Grand Prix littéraire Radio-Canada en 2001 pour son recueil de nouvelles Mises à mort et le prix Adrienne-Choquette en 2004 pour Nouvelles d’autres mères. J’oserais de plus vous recommander Humains aigres-doux, qui vous mettra un sourire (parfois jaune) aux lèvres, du début à la fin.

Vous pourrez aussi choisir d’aborder Suzanne Myre en ouvrant Dans sa bulle, son seul roman à ce jour. Un livre où l’on entre plus finement dans l’univers lyrique de l’auteure, où les ripostes laissent tout de même la place à une histoire structurée et originale, sur les thèmes de la compassion pour les personnes âgées et de la recherche de la figure paternelle manquante. Les répliques y sont parfois cinglantes, mais le ton est plus nuancé et empreint de mansuétude. On s’attache rapidement au personnage principal, Mélisse, préposée aux bénéficiaires dans un grand hôpital de Montréal, qui elle s’attache sans peine à ses patients, même les plus rebelles.

Suzanne Myre nous avait d’ailleurs promis une suite à cet excellent premier roman, publié en 2010. J’attends cette suite tout en lisant et relisant ses nouvelles, car vous l’ai-je dis?, il faut relire Myre.

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MYRE, Suzanne, Dans sa bulle : roman, Montréal : Marchand de feuilles, 2010, ISBN 9782922944686.

MYRE, Suzanne, Humains aigres-doux : nouvelles, Montréal : Marchand de feuilles, 2004, ISBN 9782922944131.

MYRE, Suzanne, J’ai de mauvaises nouvelles pour vous : nouvelles, Montréal : Marchand de feuilles, 2001, ISBN 9782922944020.

MYRE, Suzanne, Nouvelles d’autres mères : nouvelles, Montréal : Marchand de feuilles, 2003, ISBN 9782922944099.

MYRE, Suzanne, Le peignoir : nouvelles, Montréal : Marchand de feuilles, 2005, ISBN 2922944212.

L’homme de la Saskatchewan

Un chat qui s’appelle Chop Suey, une Montagnaise aux jambes interminables surnommée la Grande Sauterelle, un écrivain célèbre et son petit frère forcé d’être son écrivain fantôme (le temps d’une biographie sur un joueur de hockey métis), voilà les personnages clés de ce dernier roman de Jacques Poulin.

Avec peu de mots et beaucoup de couleurs, l’auteur nous raconte une histoire  où l’amour et l’écriture se côtoient à travers des personnages plus originaux les uns que les autres.

Grâce à un joueur de hockey déterminé à faire connaître l’histoire de ses ancêtres et à faire respecter la langue française au sein du Grand Club, nous plongeons dans la Saskatchewan des Métis. Mais comment transformer les paroles du hockeyeur, enregistrées sur de petites cassettes, en biographie?

Cette question donne à Jacques Poulin l’occasion de parler d’écriture et de révéler quelques secrets de maître par l’entremise de Jack, l’écrivain célèbre.

Quant au personnage principal, Francis le petit frère, il accepte avec scepticisme d’être un écrivain fantôme pour rendre service à son grand frère Jack, pris par un nouveau projet de roman. Mais pour ce faire, il doit passer du métier de lecteur à celui d’écrivain. Au fur et à mesure que le récit de son livre se construit en lui, il passe également du rôle du petit frère à celui d’un homme à part entière. Tant qu’à relever des défis, sera-t-il aussi possible de séduire la Grande Sauterelle?

Tout cela prend du doigté et de l’imagination, tout comme ce roman de Jacques Poulin.

Poulin, Jacques, L’homme de la Saskatchewan, Montréal, Leméac, 2011, 120 pages.

Découvrir Dany Laferrière

J’ai beau être bibliothécaire, je n’avais jamais lu Dany Laferrière. Pour cette première rencontre, j’ai choisi une réédition de son roman Chronique de la dérive douce.

 J’ai découvert une écriture remplie de charme et d’intelligence. L’auteur raconte sa première année à Montréal au milieu des années 1970 alors qu’il vient tout juste de quitter son Haïti natale. Il fait la connaissance des quatre saisons, des chambres miteuses, des filles de passage, du travail à l’usine, de la ville de Montréal et de ses habitants. C’est par petits tableaux qu’il nous dépeint ce qu’il vit durant cette année.

Ce récit, qui témoigne d’un grand sens de l’observation du quotidien, est rempli de poésie. On y trouve des réflexions savoureuses sur la vie montréalaise que seuls les étrangers peuvent faire grâce à leur regard nouveau.

Chronique de la dérive douce porte bien son titre. C’est une lecture qui détend et qui fait rêver. Le texte est aéré et le récit se déroule lentement sous nos yeux étonnés. Il y a de l’espace dans les chambres vides que l’auteur habite. Il y a de l’espace dans cette histoire décousue mais retenue par un fil conducteur. Il y a de l’espace pour le lecteur qui rêve avec l’auteur . On voit en images le parcours de ce jeune homme de vingt-trois ans dérouté et curieux à la fois de sa nouvelle vie. Comme les quatre saisons, il va connaître des mutations au courant de cette première année. Il en ressort un texte attachant qui décrit une expérience de Montréal comme si on la découvrait pour la première fois.

Laferrière, Dany, Chronique de la dérive douce, Montréal, Boréal, 2012, 208 p.

Laferrière, Dany, Chronique de la dérive douce, Paris, Bernard Grasset, 2012, 220 p.




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