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De la course à pied

Affirmer que l’écrivain japonais Haruki Murakami est de plus en plus populaire à l’extérieur de l’archipel nippon serait peu dire. Désormais traduite en plus de trente langues, son œuvre s’est retrouvée à plus d’une reprise parmi les favorites en lice pour le prix Nobel de littérature. En marge du succès commercial que connaît actuellement la trilogie 1Q84, je souligne ici l’existence d’un court récit autobiographique paru il y a quelques années déjà : Autoportrait de l’auteur en coureur de fond (Belfond, 2009 pour la traduction française). Comme le suggère son titre, cet autoportrait littéraire est difficile à catégoriser : s’agit-il de mémoires ou d’un traité?

C’est que le récit prend la forme d’un journal de pensées organisées autour d’un thème, ou plutôt d’une pratique, d’une discipline à laquelle Murakami se consacre désormais « sérieusement » (son expression) : celle de la course à pied.  Rapidement, ce thème se double de façon plus ou moins métaphorique d’une réflexion sur cette autre discipline, nécessairement au cœur de la vie de celui qui écrit : celle de l’écriture.  Le texte ne manque pas de détails assez techniques sur la pratique de la course elle-même, sur ce conditionnement presque ascétique du corps et de l’esprit que la préparation au marathon exige.  Fidèle à son style dépouillé, Murakami nous révèle néanmoins à travers ces fragments d’expérience une vision du monde qui transcende le simple fait de courir :

Les pensées qui me viennent en courant sont comme des nuages dans le ciel. Les nuages ont différentes formes, différentes tailles. Ils vont et viennent, alors que le ciel reste le même ciel de toujours. Les nuages sont de simples invités dans le ciel, qui apparaissent, s’éloignent et disparaissent. Reste le ciel. Il existe à la fois et n’existe pas. Il possède une substance et en même temps il n’en possède pas. Nous acceptons son étendue infinie, nous l’absorbons, voilà tout. (Murakami, Belfond, 2009, p. 25)

Note pour les amateurs d’intertextualité : le titre du livre dans sa traduction anglaise, What I talk about when I talk about running, diffère assez radicalement de sa version française et constitue une traduction plus littérale du titre original japonais. Il est d’autant plus intéressant de le noter qu’il s’agit d’une référence volontaire à cette nouvelle de Raymond Carver, ou du moins à son titre, What we talk about when we talk about love (Parlez-moi d’amour en français). Laissons à ceux et celles qui le voudront bien le soin d’y découvrir un parallèle plus étroit, s’il en est un. Il est cependant difficile de ne pas y lire un signe de la grande influence qu’a depuis l’adolescence la littérature américaine sur l’auteur, par ailleurs traducteur vers le japonais d’œuvres de F. Scott Fitzgerald, John Irving et… Raymond Carver.




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