Portail BAnQ Nétiquette
Annotations;: Livres, musique et cinéma.

L’éveil de mademoiselle Prim

Mademoiselle Prudence Prim débarque à Saint-Irénée d’Arnois pour y passer une entrevue. Elle a répondu à une annonce : « Cherche esprit féminin détaché du monde. Capable d’exercer fonction de bibliothécaire pour un gentleman et ses livres. Pouvant cohabiter avec chiens et enfants. De préférence sans expérience professionnelle. Titulaires de diplômes d’enseignement supérieur s’abstenir. »

Malgré le fait qu’elle soit bardée de diplômes, Prudence Prim est engagée. Elle fait la connaissance de son employeur, un homme extrêmement cultivé mais peu délicat, avec qui elle a des conversations à la fois intéressantes et déroutantes. Celui-ci enseigne à plusieurs enfants du village comme le font d’ailleurs beaucoup de citoyens, chacun selon sa spécialité. À Saint-Irénée d’Arnois, l’éducation s’abreuve des textes classiques, mais n’est pas traditionnelle.

Tous les jours, mademoiselle Prim travaille à dépoussiérer la bibliothèque de son patron et à établir un système de classement. Durant ses temps libres, elle fait connaissance avec plusieurs habitants du village. Elle découvre un monde où on refuse la modernité, où prendre le temps de vivre et d’échanger est ce qui prime. Les habitants travaillent juste ce qu’il faut pour gagner leur vie, ils s’impliquent beaucoup dans le village et leur vie sociale est bien remplie. Celle-ci est toujours empreinte de chaleur humaine, de conversations littéraires, philosophiques ou psychologiques et les plaisirs de la table y sont très présents.

Cet art de vivre plait beaucoup à Prudence, mais elle est aussi bouleversée par certaines relations interpersonnelles qui viennent ébranler ses opinions et ses valeurs. C’est ainsi qu’elle se voit obligée de remettre en question ce qu’elle a érigé comme piliers dans sa vie.

Voilà un magnifique roman où les sentiments et les réactions physiques qu’ils provoquent sont merveilleusement décrits. Cette histoire baigne dans une atmosphère de légèreté et de profondeur satisfaisante. On a envie de déménager dans ce village utopique, d’en rencontrer les habitants et de partager leur douceur de vivre, leur vie simple et significative.

Il s’agit d’un hommage à la dolce vita : amour, amitié, hospitalité, tradition, lenteur, plaisirs de la table, culture et beauté.

L’auteure, Natalia Sanmartin Fenollera, voulait écrire un conte pour adultes et elle l’a fait avec une délicatesse que l’on savoure tout au long de la lecture. La quête de sens se mélange agréablement à l’éveil des sens. Il s’agit du premier roman de cette auteure espagnole qui travaille comme journaliste au quotidien économique Cinco Dias. Ce fut une très agréable découverte pour moi. D’ailleurs, ce roman a été une révélation internationale publié dans soixante-dix pays. J’attends le second avec impatience!

 

SANMARTIN FENOLLERA, Natalia, L’éveil de mademoiselle Prim, Paris, Grasset, 2013, 348 p.




© Bibliothèque et Archives nationales du Québec