Portail BAnQ Nétiquette
Annotations;: Livres, musique et cinéma.

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

« Americanah! » C’est ainsi qu’au Nigéria on désigne quelqu’un qui, après un séjour plus ou moins long aux États-Unis, a pris les « manières » de penser et de vivre des Américains. Ifemelu, la brillante et fougueuse héroïne du roman de Chimamanda Ngozi Adichie, a vécu son lot de tribulations avant d’arriver à s’intégrer parmi les habitants du pays de l’Oncle Sam.

Treize années se sont écoulées depuis son départ de Lagos, depuis qu’elle a laissé derrière elle sa famille, ses amis et Obinze… son amour de jeunesse. Désormais citoyenne américaine à part entière, diplômée d’une université prestigieuse et blogueuse à succès, Ifemelu décide, à contre-courant, d’amorcer son retour vers le pays natal.

Bien avant qu’elle touche à nouveau le sol de la capitale nigériane, l’auteure nous aura catapultés dans le passé afin de nous faire découvrir son parcours, mais aussi celui d’Obinze, entre-temps parti pour Londres.

Tissé d’histoires d’immigration, le roman d’Adichie est loin d’être complaisant face aux réalités du Nord et du Sud. Au contraire, il est l’arène d’un règlement de compte jubilatoire : celui d’une foule d’idées reçues sur la race, l’identité, les classes sociales, le rêve américain… À travers le regard perspicace et la verve caustique d’Ifemelu, l’auteure pose et expose à la fois les questions brûlantes du racisme et du statut d’immigrant.

Qu’est-ce que ça signifie d’avoir la peau noire dans un monde de Blancs? Quelle est la différence entre un Américain, un Afro-Américain et un Africain vivant aux États-Unis?

Roman de la perte des repères et histoire d’amour, Americanah est aussi, en fin de compte, un important roman d’apprentissage.

 

Chimamanda Ngozi Adichie est une écrivaine nigériane qui partage actuellement sa vie entre les États-Unis et le Nigeria. Americanah est son troisième roman.

 

_________________________________

ADICHIE, Chimamanda Ngozi, Americanah, Paris, Gallimard, 2014, 522 p. Aussi disponible en version numérique.

Pour la version originale anglaise :

ADICHIE, Chimamanda Ngozi, Americanah, Alfred A. Knopf, 2013, 477 p. Aussi disponible en version numérique et en version audionumérique.

Dans les souliers de Harper Lee

En 1960, au cœur du mouvement américain des droits civiques, Harper Lee publie To Kill a Mockingbird. Roman phare de la littérature américaine du 20e siècle, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur raconte l’histoire de la jeune Scout, de son frère aîné Jem et de leur copain Dill. Scout nous décrit la vie à Maycomb, Alabama, en 1935 : les jeux que les trois comparses s’inventent, les excentricités des voisins et les tensions sociales entre familles. Les conseils et les paroles philosophiques que leur père Atticus Finch, avocat de profession, prononce pour parfaire leur éducation parsèment le roman.

Largement autobiographique, To Kill a Mockingbird dépeint le racisme qui prévaut dans le sud des États-Unis à cette époque. Le roman se conclut par le procès de Tom Robinson, un Noir, qu’Atticus, héros et personnage vénéré par des millions de lecteurs, défend. Tout comme dans le film adapté du roman et mettant en vedette Gregory Peck, le déroulement du procès et les tensions raciales que celui-ci met à nu nous tiennent en haleine.

 

Un « nouveau » roman controversé

Malgré le succès instantané que Lee a connu avec ce roman, gagnant du prix Pulitzer en 1961, elle a toujours affirmé qu’elle ne publierait jamais un autre livre. La découverte d’un « nouveau » manuscrit de l’auteure et l’annonce en février 2015 de sa publication ont créé une onde de choc aux États-Unis et dans le milieu littéraire. La surprise a fait place a des doutes. L’avocate Tonja Carter qui gère maintenant les affaires de Harper Lee depuis le décès de la sœur de l’auteure, Alice Lee en novembre 2014, aurait-elle manipulé Lee? Des accusations d’abus ont été suffisamment nombreuses pour que l’État de l’Alabama procède à une enquête sur la santé mentale de Lee (qui, à 89 ans, habite dans une résidence pour personnes âgées à Monroeville). Le rapport d’enquête a conclu que Harper Lee est saine d’esprit et qu’elle consent à la publication de son nouveau roman.

Mise à part toute cette controverse, le manuscrit inédit Go Set a Watchman surprend par son contenu. Dans cette suite du premier roman, qui est en vérité le manuscrit original de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Scout est une jeune adulte vivant maintenant à New York. Elle revient visiter son père et sa ville natale et, tout comme le lecteur, est stupéfaite de réaliser que celui-ci est raciste et appuie la ségrégation. Ce contraste entre le bon et le méchant Atticus est ce qui choque le plus les critiques, des adultes qui ont pour la plupart étudié To Kill a Mockingbird durant leur jeunesse et les valeurs humanistes que le roman met de l’avant par l’entremise de son plus noble personnage.

Go Set a Watchman a été acheté par la maison d’édition J. B. Lippincott en 1957. L’éditrice Therese von Hohoff Torrey (Tay Hohoff) a alors travaillé pendant deux ans avec Lee pour adapter le manuscrit. C’est elle qui aurait suggéré de centrer l’action du roman sur les souvenirs d’enfance de Scout et de raconter l’histoire à la première personne. À la lumière de cette récente parution, plusieurs se demandent jusqu’à quel point Hohoff était impliquée dans la rédaction du roman original.

 

Pour en savoir plus

Les ressources en ligne de BAnQ regorgent d’informations intéressantes pour ceux qui aimeraient approfondir le sujet. Voici quelques suggestions :

Dans Biography in Context*, un dossier complet sur l’auteure est présenté avec des images, des articles de journaux et de magazines, des articles de référence et des enregistrements sonores. On y trouve, notamment, la lettre écrite par Harper Lee à Oprah Winfrey en 2006.

On trouve également dans les ressources en ligne de BAnQ, « Love‑in Other Words », un article écrit par Harper Lee et publié en 1961 dans le magazine Vogue disponible dans Vogue Archives*.

NoveList Plus* est une ressource de suggestions de lecture. En précisant certains critères (par exemple le style, le genre et les sujets), on obtient des suggestions de lecture. En utilisant les critères qui caractérisent le roman To Kill a Mockingbird, on peut donc trouver des lectures similaires.

Dans Smithsonian Collections Online*, on peut lire un article de fond publié en 2010 dans la magazine Smithsonian. On y apprend qu’en 1957, Harper Lee a littéralement lancé son manuscrit par la fenêtre de son appartement pour ensuite aller le récupérer après avoir eu une discussion avec Tay Hohoff.

* Il faut s’authentifier pour accéder aux ressources en ligne de BAnQ.

_________________________________

LEE, Harper, Go set a watchman, New York, Harper, 2015, 278 p.

LEE, Harper, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Paris, Librairie générale française, 2006, 447 p.

LEE, Harper, To Kill a mockingbird, New York, Warner Books, 1960, 281 p.

LEE, Harper, Va et poste une sentinelle, Paris, Grasset, 2015.

MULLIGAN, Robert, To Kill a mockingbird, versions anglaise et française, États-Unis, Universal Studios Home Entertainment, 1962, DVD, 2 h 10 min, avec Gregory Peck, Mary Badham, Phillip Alford.

Resteriez-vous?

Dans Si je reste de Gayle Forman, une romance dramatique destinée aux adolescents (14 ans et plus d’après Publishers Weekly), le personnage principal, Mia Hall, ou plutôt son esprit désincarné, raconte les événements qui ont suivi l’accident tragique qui l’a plongé dans un profond coma et qui a emporté toute sa famille.

Si je reste. Si je vis. C’est moi qui décide. […] Comment suis-je censée prendre ma décision? Comment puis-je rester, sans papa et sans maman? Comment puis-je m’en aller en laissant Teddy? Et Adam? C’est trop pour moi. […] C’est moi qui mène le jeu. Tout le monde est aux petits soins pour moi. C’est moi qui décide, je le sais maintenant. Et cette certitude me terrifie encore plus que tout ce qui est arrivé aujourd’hui.(Forman, 82)

Le lecteur se voit confronté aux délibérations de Mia face à son choix difficile : rester, vivre son deuil et surmonter cette épreuve de la vie, tout en ayant le sentiment d’abandonner sa famille ou quitter le monde des vivants, renoncer à ses rêves, à son avenir et à ses amis afin de rejoindre ceux qu’elle aime. Outre la mort, le roman aborde également l’amour, celui de la famille et entre amis, et la passion de la musique.

Certains passages de ce roman font profondément réfléchir. Que ferions-nous à la place du personnage si une tragédie semblable nous frappait? Quelle serait la source ou l’étincelle assez forte pour soutenir notre volonté de vivre?

En 2014, le film If I Stay, adapté du roman et réalisé par R.J. Cutler, a reçu des critiques mitigées et une cote 5 de Médiafilm. Louis-Paul Rioux, de Médiafilm, mentionne d’ailleurs que « la condition de spectre éthéré de l’héroïne, bien qu’émotionnellement prenante, connaît quelques ratés dans son traitement » alors que c’est cet aspect du roman qui est très efficace et qui donne le ton à la narration.

Pour ceux qui seraient intéressés, il y a aussi la suite, Là où j’irai, cette fois-ci narrée par le petit copain de Mia Hall, Adam, et dont l’action se déroule trois ans après les tragiques événements.

 


Versions françaises :

  • FORMAN, Gayle, Si je reste, Paris, Oh! Éditions, 2009, 220 p.
  • FORMAN, Gayle, Là où j’irai, Paris, Oh! Éditions, 2010, 281 p.

Versions numériques sur OverDrive :

  • FORMAN, Gayle, If I Stay, New York, Dutton Books, 2009, 199 p.
  • FORMAN, Gayle, Where She Went, New York, Dutton Books, 2011, 264 p.

Enregistrement vidéo :

  • CUTLER, R.J., If I Stay, États-Unis, Twentieth Century Fox Home Entertainment, 2014, DVD et Blu-ray, 106 min, avec Chloe Grace Moretz et Mireille Enos.

Plaisirs de lecture extrême

On dit souvent que lire c’est partir en voyage dans son salon. L’auteure américaine Phyllis Rose nous entraine avec elle en choisissant au hasard un rayon de sa bibliothèque, la New York Society Library et en s’engageant à lire tous les romans de LEQ à LES (d’où le titre de son livre).

Son projet, qu’elle voit comme une forme de lecture extrême, naît de l’idée que ce que nous lisons nous est souvent imposé. Le choix d’un livre est influencé par la subjectivité d’une recommandation, d’une critique ou par les dictats de la littérature. Peut-il en être autrement? Pour répondre à cette question, Rose nous propose de passer à travers les œuvres de William Le Queux, Rhoda Lerman, Mikhail Lermontov, Lisa Lerner, Alexander Lernet-Holenia, Étienne Leroux, Gaston Leroux, James Le Rossignol (un écrivain né au Québec), Margaret Leroy, Alain René Le Sage et John Lescroart.

Il en résulte un heureux mélange d’histoire, de réflexions personnelles et d’essais sur la littérature. Les différents auteurs et sujets que ses livres lui font découvrir nous transportent avec elle à travers les siècles et les continents. Pour chaque roman, elle nous résume l’action principale tout en offrant une critique de ses lectures. Son ton, loin d’être acerbe ou sérieux, est sensible, honnête et souvent comique :

« Mon enthousiasme pour le style de sa prose [celle d’Étienne Leroux] s’est évanoui rapidement devant certaines manies stylistiques mineures, mais agaçantes. Tout comme une nouvelle connaissance qui vous fait bonne impression à l’occasion d’une fête et qui vous déçoit rapidement en parlant d’elle-même à la troisième personne ou en émaillant son discours sans raison de phrases en français. »

Rose s’attache à « ses » auteurs, allant même jusqu’à communiquer avec certains d’entre eux par courriel. Dans un chapitre fascinant, elle raconte comment elle a rencontré et s’est liée d’amitié avec Rhoda Lerman, une auteure américaine qui a publié des romans dans les années 70 et 80 avant d’ouvrir un chenil et de se consacrer à l’élevage de chiens terre-neuve.

The Shelf est un pur plaisir à lire, un voyage à entreprendre hors des sentiers battus, accompagné d’une guide passionnée qui nous fait découvrir des lieux moins fréquentés et revisiter des endroits connus.

­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­____________________________________________

ROSE, Phyllis, The Shelf : Adventures in Extreme Reading, New York, Farrar, Straus and Giroux, 2014, 271 p.

Femme de boue

Peut-on échapper à ses origines? Peut-on effacer les traces de ce qui nous a un jour souillés? Comment dissimuler notre vulnérabilité quand on occupe une fonction supérieure à responsabilités élevées?

 

Ces questions sont soulevées dans Mudwoman, le dernier ouvrage de la très prolifique auteure américaine Joyce Carol Oates, qui relate la vie de Meredith Neukirchen, surnommée M. R. Première femme présidente d’une université américaine réputée, l’histoire de M. R. est empreinte d’une tension qui oppose, d’une part, une réussite sociale hors du commun et, d’autre part, une petite enfance marquée par la folie de sa mère qui l’a poussée puis abandonnée dans une mare de boue.

 

Tout le roman Mudwoman est traversé par le rappel de cette boue, de cette abjection originelle à laquelle M. R. a échappé, mais qui ressurgit symboliquement avec une intensité à la mesure de la réussite qui est la sienne. Cette boue, elle recommence à la goûter dans sa gorge. Et au faîte de sa brillante carrière universitaire, M. R. se sent vulnérable. Vulnérable dans sa situation et son corps de femme dans un monde d’hommes belliqueux. Vulnérable par les échos qui lui reviennent de la brutalité de sa première famille d’accueil et de la possessivité de ses parents adoptifs. Une vulnérabilité qui se manifeste par des symptômes physiques aigus, un accident d’auto, une chute et des cauchemars qui atteignent des degrés d’horreur à la limite du supportable.

 

Un grand roman assurément que Mudwoman, bien ancré dans une Amérique contemporaine, traversée elle aussi de tensions et d’oppositions : ruralité, pauvreté, richesse des universités huppées; discours médiatiques et pensée philosophique; droite républicaine et gauche pacifique. Tout cela, sur fond de déclenchement de guerre en Irak.

 

Joyce Carol OATES, Mudwoman, traduction de l’anglais par Claude Seban, Paris, Philippe Rey, 2013, 565 p.

En anglais: Joyce Carol OATES, Mudwoman, New York, Ecco, 2012, 428 p.

 

Inquiétantes revenantes

Laura Kasischke est probablement l’une des auteures américaines dont j’ai lu et entendu le plus de bien cet automne. Son dernier livre, Esprit d’hiver, a en effet ravi les critiques. En attendant de pouvoir mettre la main dessus, je me suis lancée dans la lecture de l’un de ses précédents romans, Les revenants.

Les revenants, c’est, son titre l’indique, une histoire de revenants – de revenantes en fait pour la plupart. Mystère et angoisse planent en effet sur le campus de Godwin Honors Hall quand des apparitions de jeunes étudiantes décédées se mettent à hanter certains étudiants. Une apparition en particulier sera au cœur de toute l’intrigue : celle de Nicole Werner, tuée dans un accident d’automobile conduite par son petit ami, Craig Clements-Rabbitt, qui en éprouvera un terrible sentiment de culpabilité. L’ami de Craig, Perry Edwards, est convaincu pour sa part que les apparitions de Nicole ne sont pas qu’un effet de l’imagination et qu’elles dissimulent une énigme plus effrayante, dont les cérémonies de la sororité Oméga Thêta Tau, une association d’étudiantes dont voulait faire partie Nicole, constituent le cœur. C’est dans la résolution de cette énigme qu’il entraînera son professeur Mira Polson, une anthropologue spécialisée dans les rites et les croyances entourant le corps des morts. Un mystère dont la solution réside en partie dans l’histoire de Shelly Lockes, le premier témoin de l’accident.

Ce qui emporte chez Kasischke, c’est une délectation de l’écriture, une lenteur dans le déploiement de l’histoire qui s’attache aux pensées obsessionnelles et un peu cauchemardesques dans lesquelles l’auteure plonge ses personnages, nous offrant dans toute leur subtilité les méandres de leur conscience. Et le lyrisme tout automnal du récit est porté par une construction dramatique qui maintient un suspense que l’on savoure jusqu’à la fin.

KASISCHKE, Laura, Les revenants, Paris, éditions Christian Bourgois, 2011, 587 p.

Sweet Home Georgia

Frank est de retour de la guerre de Corée. Au lieu de revenir fièrement à la maison, raconter ses exploits, il erre à travers les États-Unis, perdu, désorienté, hanté par des cauchemars. Il rencontre Lily qui l’accueille quelques semaines, chez elle et dans ses bras. Mais Frank doit repartir pour revenir à Lotus, Géorgie, sa ville natale.

Il se doit de rebrousser chemin pour sa petite sœur, Cee, qu’il a protégée tout au long de leur jeunesse difficile de la méchanceté de leur grand-mère – et surtout de ses gifles – pendant que leurs parents labouraient durement dans les champs de coton. Sa petite sœur qui s’est retrouvée seule à Atlanta après avoir suivi un bon à rien qui lui avait promis une nouvelle vie loin de Lotus. Finalement, frère et sœur reviennent au bercail, retrouvent la maison familiale et, en s’avouant chacun pour soi leurs faiblesses, tentent un nouveau départ.

« Ignorant ceux qui préféraient des couvertures neuves et douces, elles mettaient en pratique ce qu’elles avaient appris de leur mère au cours de cette période que les gens riches appelaient la Dépression et qu’elles appelaient la vie. »

Morrison, l’auteure de Beloved et lauréate du prix Nobel de littérature en 1993, a écrit un magnifique roman, court, mais puissant. Dans Home, elle dévoile petit à petit, tout comme dans Beloved, des éléments du passé. Elle aborde des thèmes difficiles. L’héritage de l’esclavage hante les personnages et la vie sur terre, comme un de ceux-ci le souligne, n’est pas une vie.

Malgré tout, l’espoir est dans la réparation physique et psychologique que Lotus et ses habitants offrent à Frank et Cee revenus s’y réfugier. La ville natale qui est comme une mère bienveillante, comme une courtepointe dans laquelle on se réchauffe, comme l’arbre de son enfance sous lequel on s’endort protégé du soleil brûlant.

__________________________________________

MORRISON, Toni, Home, New York, Alfred A. Knopf, 2012, 145 p.

MORRISON, Toni, Home, Paris, C. Bourgois, 2012, 151 p.

Partir, version Westfalia

Y’a toujours un projet ambitieux qu’on nourrit en secret, basé sur cette petite fondation si frêle mais si pleine de potentiel qu’on nomme injustement le temps perdu. On a beau se répéter que ça n’aboutira jamais, qu’on poursuit des chimères, rien à faire, on continue : on y investit du temps, de l’argent, de l’énergie et, surtout, du cœur. Je caresse moi aussi un beau grand rêve que je continue d’alimenter sans savoir s’il se réalisera un jour : il prend la forme d’une immense carte des États-Unis sur laquelle sont épinglées des dizaines et des dizaines de punaises marquant les étapes d’une grande virée de plusieurs milliers de kilomètres .

Évidemment, ma lecture récente de Sur la route, de Jack Kerouac n’a pas aidé à calmer mes envies de partir. C’est un roman que je voulais lire depuis des lustres, et le fait d’avoir tant tardé m’a donné la chance de pouvoir m’attaquer au texte d’origine, celui d’avant les coupures éditoriales, celui qu’on nomme mythiquement le « rouleau original ». Lorsque Kerouac en rédigea la première version en 1951, il le fit de façon soutenue, en trois semaines à peine, ne s’accordant que peu de répit. Peut-être pour témoigner du rythme de vie qu’il avait adopté lors de ses quatre traversées des États-Unis (car La route est en fait construite autour d’évènements concrets), ou peut-être parce qu’il était dans l’urgence de coucher ses souvenirs sur papier avant l’oubli, Kerouac rédigea son roman en un seul jet, sans chapitre ni alinéa, sur un grand rouleau de papier à calligraphie qu’il s’était fabriqué et qu’il avait ajusté aux dimensions de sa machine à écrire.

Je l’ai fait passer dans la machine à écrire et donc pas de paragraphes (…) l’ai déroulé sur le plancher et il ressemble à la route.

Dans cette version originale, dont la traduction vient récemment d’être publiée dans son intégralité chez Gallimard, les passages qui avaient été gommés à la demande de l’éditeur, parce que jugés trop scabreux pour l’époque, ont retrouvé leur place. Les protagonistes ont repris leur vrai nom, Sal Paradise redevenant ainsi Kerouac, et son compagnon de route Dean Moriarty se réincarnant en Neal Cassady. Le texte est tel que Jack l’avait viscéralement senti, dans la fougue de ses vingt-neuf ans et son ardeur à raconter le pays à travers ce qu’il appelle sa « démence de vivre ».

Sur la route est une ode à la métaphysique du voyage. Kerouac nous emmène avec lui dans des virées prodigieuses à travers la presque totalité des états américains. Avec une complicité d’une intensité difficile à concevoir avec son ami Cassady, l’auteur évoque la liberté d’esprit caractéristique de la beat generation, et affecte un détachement quasi complet envers les ressources matérielles et monétaires qui lui font pourtant rudement défaut. Si les deux compères n’ont pas les moyens d’acheter une voiture, ils choisissent alors le bus, et lorsqu’ils n’ont carrément pas un sou, ils lèvent le pouce en espérant qu’une âme charitable se range sur le bas-côté. Quant à ce qui est de dormir et de manger, ils affichent là aussi la même désinvolture.

Des attraits touristiques qui parsèment leur itinéraire, Jack ne fait nulle mention. Il ne s’agit pas d’un récit de voyage, ni d’une apologie de la beauté des espaces traversés. Ce roman est d’abord l’évocation de la nuit américaine, l’évocation d’un rythme de vie à contresens, où l’existence prend tout son sens à la tombée du jour, lorsque la canicule se fait moins oppressante dans les états du Sud, ou lorsque les airs de blues de la Nouvelle-Orléans appellent à une douce folie. Jack et Neal ressentent l’appel de la route et cette frénésie du déplacement se communique de l’un à l’autre. Et si le point de départ de ces voyages est presque toujours  New-York, la destination, elle, n’est souvent qu’un prétexte à rouler sans fin.

Oui! Toi et moi, Jack, on irait voir le monde entier avec une tire pareille, parce que, mec, la route, elle doit bien finir par mener au monde entier. Où veux-tu qu’elle aille, sinon?

Lire Kerouac ne m’a pas fait ajouter une étape de plus sur ma grande carte, mais j’ai réalisé grâce à lui que la route, j’entends ici le déplacement, c’est d’abord et avant tout une manière d’aller à la recherche de soi-même, et que regarder un paysage défiler sur des milliers de kilomètres, pendant des dizaines de jours, hors de tout ce qui nous est familier, finit par ébranler nos certitudes et modifier nos points de vue.

Bien sûr, des récits de la route, il y en a tant et tant d’autres, de grands classiques comme de plus obscurs. La route stimule l’imaginaire, et les romans qui l’évoquent sont nombreux. Mentionnons bien sûr les fameux Raisins de la colère de John Steinbeck, ou le Volkswagen blues de notre compatriote Jacques Poulin. Mais je pourrais aussi vous parler d’un Las Vegas parano subversif et déjanté, ou vous proposer la lecture dÀ la recherche du Capitaine Zéro, plus contemplatif.

Quant à mon rêve fou de partir en Westfalia sur les routes américaines, si la littérature l’avive, les splendides guides de voyage de la bibliothèque ne font rien pour que je le remise au placard. Voici trois de mes coups de cœur du moment, chacun proposant une manière différente de traverser les États-Unis. Et si l’envie de partir vous turlupine vous aussi, vers n’importe quelle destination sur la planète, n’hésitez pas à venir passer une petite heure dans les cotes 910 du niveau 3. Une véritable caverne d’Ali-Baba! S’il ne vous manquait qu’un bon prétexte pour prendre le large, les collections de la GB vous en fourniront plusieurs. Bonne route! 

Routes mythiques des USA.  (Les plus belles des routes mythiques des États-Unis. Un guide abondamment illustré et une approche vivante du pays, à travers des facettes telles que les arts, la culture, l’histoire, etc.)

De New Orleans à Nashville : La route mythique de la musique.  (Traversez les villes légendaires du jazz, du blues, du rock et du country par la route 61. Il ne s’agit pas ici d’un guide de voyage, mais plutôt d’un album de découvertes, avec de superbes photographies pleine page. De la Louisiane au Tennessee, voyagez au rythme des airs de l’Amérique du XXe siècle.)

The most scenic drives in America.  (Une centaine des routes les plus splendides de l’Amérique du Nord selon le Reader’s Digest. Le livre est truffé de cartes géographiques pour bien nous situer, et les principaux attraits touristiques des différentes régions sont clairement identifiés. Roulez dans des parcs nationaux dont la beauté sauvage est à couper le souffle, le long des côtes escarpées du Pacifique, à travers les immenses forets de séquoias géants, traversez les chaines de montagnes et les déserts américains…)

KEROUAC, Jack, Sur la route : le rouleau original, Paris, Gallimard, 2012. Aussi disponible en format poche dans la collection Folio.

POULIN, Jacques, Volkswagen blues, Montréal, Leméac, 1998.

STEINBECK, John, Les raisins de la colère, Paris, Gallimard, 1972.

THOMPSON, Hunter S., Las Vegas parano : une équipée sauvage au cœur du rêve américain, Paris, éditions 10/18, 1998.

WEISBECKER, Alan C., À la recherche du Capitaine Zéro, Nattages, Inverse, 2006.

Un appel à la mémoire de l’Histoire

C’est dans la foulée de la rentrée littéraire de l’automne 2012 que j’ai découvert l’existence de l’auteure Julie Otsuka et de son plus récent roman traduit en français : Certaines n’avaient jamais vu la mer. Difficile pour moi de ne pas être interpellée par le titre. Assurément l’expérience de femmes allait constituer la matière première du récit… Sans oublier le graphisme splendide de la page couverture : la photographie de type Kodachrome d’une jeune Japonaise (on le suppose à son kimono), sa gestuelle et son regard tourné vers l’horizon, ainsi que le fini légèrement suranné de l’ensemble laissent présager un sujet poignant, ramifié dans l’Histoire.

Usant d’une écriture franche et avec une économie de moyens qui force l’admiration, Julie Otsuka trace un portrait nuancé et touchant d’une cohorte de jeunes Japonaises expatriées sur la côte ouest des États-Unis, peu après la Première Guerre mondiale. Promises avant même de quitter leur terre natale, elles ne possèdent qu’une photo et quelques lettres du compatriote qui deviendra leur mari. Elles sont pratiquement toutes vierges, de corps comme d’expérience. Courageuses devant l’adversité, elles rêvent de l’Amérique comme d’un avenir meilleur. Elles sont les « picture brides » dont l’Histoire garde si peu de mémoire et qui constituent pourtant la part féminine d’une première vague d’immigration japonaise aux États-Unis.

Sur le bateau nous ne pouvions imaginer qu’en voyant notre mari pour la première fois, nous n’aurions aucune idée de qui il était. Que ces hommes massés aux casquettes en tricot, aux manteaux noirs miteux, qui nous attendaient sur le quai, ne ressemblaient en rien aux beaux jeunes gens des photographies. (Ostuka, p. 26)

Le récit retrace leur parcours (leur désillusion) en huit chapitres thématiques. Après le traumatisme de la première nuit avec un époux inconnu, elles devront affronter les vertiges du choc culturel, une langue inconnue, la pauvreté extrême, le travail acharné, le racisme ambiant, les aléas de l’enfantement, le conflit des générations… Jusqu’à ce que la Deuxième Guerre mondiale éclate. Les rumeurs grandissantes de leur collaboration au lendemain de l’attaque de Pearl Harbor poussent le gouvernement américain à instaurer des mesures qui les confineront dans des camps d’internement, et ce, dans la plus grande injustice.

Ce roman est aussi percutant qu’il est bref. Julie Otsuka a fait le choix inusité d’une narration à la première personne du pluriel, choix qui s’avère d’une surprenante efficacité. Le « nous » ainsi utilisé représente la voix de toutes et de chacune, reliant les expériences individuelles comme autant de facettes de l’inconscient collectif. Le génie de l’auteure réside selon moi dans cette capacité à intégrer la sphère politique à la sphère privée de façon extrêmement subtile, cohérente et significative.

En filigrane d’un récit très intime se profile donc le contexte socio-économique de l’entre-deux-guerres, incluant la xénophobie du peuple américain et l’accroissement des tensions entre l’Amérique et le Japon. Il est évident qu’Otsuka a fait ses recherches et s’en est imprégnée avant de se lancer dans l’écriture. Par le truchement de la fiction, Certaines n’avaient jamais vu la mer témoigne de la réalité historique des débuts de l’immigration japonaise aux États-Unis et redonne une voix à ces femmes dont la plainte peut désormais être entendue.

Julie Otsuka est une écrivaine américaine d’ascendance japonaise. Certaines n’avaient jamais vu la mer est son deuxième roman. Il a été récompensé du PEN/Faulkner Award au début de l’année 2012 et du prix Femina pour le meilleur roman étranger au mois de novembre suivant.

OTSUKA, Julie, Certaines n’avaient jamais vu la mer, Paris, Phébus, 2012, 142 p.

À lire aussi :

DANIELS, Roger, Coming to America : a history of immigration and ethnicity in American life, New York, Perrenial, 2002, 515 p.

MANBO, Bill T., Colors of confinement : rare Kodachrome photographs of Japanese American incarceration in World War II, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2012, 122 p.

OTSUKA, Julie, Quand l’empereur était un dieu, Paris, Phébus, 2004, 180 p.

ROBINSON, Greg, Un drame de la Deuxième Guerre : le sort de la minorité japonaise aux États-Unis et au Canada, Montréal, PUM, 2011, 317 p.

Apparences trompeuses

Nick et Amy Dunne forment un jeune couple new-yorkais en amour. Mais la crise économique frappe : les deux journalistes sont mis à pied à quelques mois d’intervalle. Frustré et déprimé, Nick demande à Amy de le suivre au Missouri afin qu’ils s’établissent dans sa ville natale. Il réalise son rêve d’être propriétaire d’un bar et se trouve un emploi comme professeur au collège du coin. Mais ces changements ne ramènent pas le bonheur dans la demeure des Dunne. Le livre s’ouvre sur la journée de leur cinquième anniversaire de mariage, la journée où Amy disparaît.

On découvre le passé des personnages grâce au journal d’Amy : sa rencontre avec Nick dans une fête sept ans plus tôt, les premières années de leur couple, leur désarroi quand ils sont frappés par le chômage, leur relation qui s’envenime, le déménagement dans le Midwest. Ces chapitres alternent avec le récit de Nick, au présent, qui vit les événements suivant la disparition d’Amy.

Au fur et à mesure que l’action se déroule, au présent et au passé, on constate que Nick a de sérieux ennuis. Il est en effet le suspect numéro un dans la disparition de sa femme. Il n’a pas d’alibi le matin où elle a été vue pour la dernière fois et la scène du crime, dans la maison familiale, semble avoir été trafiquée pour donner l’illusion d’un enlèvement par un intrus. De plus, selon ce qu’écrit Amy dans son journal, Nick était devenu violent avec elle au cours des derniers mois.

Dans la première partie de Gone Girl, l’auteure Gillian Flynn, dresse adroitement le portrait psychologique de ces deux personnages si différents : elle, fidèle, à l’écoute, ayant espoir que son mariage s’améliorera; lui, déprimé, détaché, entretenant une maîtresse. Quoique tous les éléments de la disparition d’Amy incriminent Nick, on attend avec impatience le vrai dénouement de l’histoire.

Or, la deuxième partie du livre est très décevante et, surtout, prévisible. L’auteure détruit tout ce qu’elle a construit en première partie. On se retrouve à un autre endroit, dans un état d’esprit opposé et où les intentions sont inversées. Le lecteur de romans policiers s’attend à être trompé, c’est ce qui rend ce genre de lectures captivantes. Il est par contre trop facile de créer des personnages pour ensuite les transformer complètement afin de justifier l’action.

Gillian Flynn a eu beaucoup de succès avec ses romans précédents, Sharp Objects et Dark Places (Sur ma peau et Les lieux sombres). Et peut-être qu’à la lecture de toute son oeuvre, on comprend mieux son univers.

Ceux d’entre vous qui avez lu Les apparences (ou Gone Girl), que pensez-vous du dénouement, facile ou intelligent?

__________________________________________

FLYNN, Gilian. Les apparences. Paris : Sonatine, 2012.

FLYNN, Gillian. Gone Girl : A Novel. New York : Crown, 2012.

Sous le fil de fer

Beaucoup d’écrivains aiment puiser dans un imaginaire débordant afin d’animer leurs histoires. D’autres, au contraire, nourrissent leurs récits d’un vécu personnel riche d’expériences. L’auteur américano-irlandais Colum McCann fait partie de cette deuxième catégorie. À 21 ans, après avoir émigré de son Irlande natale pour le Massachusetts, où il espérait pouvoir engendrer LE Grand Roman américain en l’espace d’un été, force lui fut de constater qu’il n’arriverait à rien produire de cette façon. Il avait surtout besoin de plonger tête première dans la réalité de cette Amérique qu’il idéalisait peut-être trop, pour faire naître de cette plongée des univers romanesques captivants.

Après avoir étudié le journalisme, il enfourcha donc sa bicyclette, et pendant un an et demi parcouru 40 états et pédala 19 000 kilomètres. Il traversa le désert, demeura avec les amish, dormi dans les tunnels du métro de New York aux côtés des sans-abri, et vécu des aventures innombrables. Il termina son périple dans un ranch du Texas voué à la réinsertion sociale de jeunes délinquants.

Aujourd’hui professeur de littérature, Colum McCann a enfin concrétisé son rêve initial d’écrire de grands romans, tout en donnant une saveur bien personnelle à ses histoires grâce aux expériences qu’il a vécues. On ne peut que se rendre à l’évidence : les romans et les nouvelles de McCann ont pris le rythme de la vie qu’il s’est lui-même créée : haletants, éclectiques, ancrés dans la réalité des microcosmes sociaux qu’il dépeint, tellement humains et tellement lucides.

Et que le vaste monde poursuive sa course folle est construit comme une symphonie orchestrée autour d’un fait divers en apparence anodin, mais qui constitue en fait le maillon unificateur de tous les instruments de l’orchestre : quelques centaines de pieds au-dessus du bitume new-yorkais, un homme, sur un fil de fer, s’acharne à traverser la distance séparant les deux (ex) tours du World Trade Center. Tous les autres personnages du récit valseront autour de cette anecdote (la seule ayant prise dans le réel, un funambule ayant véritablement effectué la ‘traversée’ des tours en 1974).

Plusieurs milliers de personnes seront témoins, en direct ou à l’écran, de ce petit événement qui fera les manchettes pendant plusieurs jours, et dont font partie Claire, Gloria, Ciaran, Adelita, Tillie, Solomon… Cet homme fier qui valse au-dessus de leurs têtes est affranchi de toute appréhension et de toute aliénation affective, et aucune dépendance ne le retient au sol. Il ne doute pas, il ne craint rien, il marche, convaincu de sa réussite. Mais eux, simples badauds arrêtés quelques instants, dans la turbulence de leur quotidien, par cette manifestation de voltige, devront ensuite reprendre contact avec le réel : douter de leur capacité à cheminer dans les épreuves, et chercher de petits bonheurs ordinaires dans les modestes espaces qu’ils se sont appropriés.

McCann met en scène des personnages incarnés avec force et sensibilité, issus de milieux sociaux divergeant à l’extrême, mais confrontés aux mêmes angoisses universelles : l’effroi face à la mort, la peur de la solitude, le besoin de la présence de l’autre. Que ce soit dans les appartements cossus de l’Upper East Side, ou dans les ruelles glauques du Bronx, en compagnie d’une prostituée, d’un programmeur informatique ou de la femme du juge, en 1974 ou en 2006, la symphonie est rejouée sur la même note, et les acteurs finissent par tisser une trame, parfois sans le savoir, qui les lie tous. Si le funambule parvient à suivre sans embuche le tracé rectiligne de son fil, ceux qui restent par terre louvoient davantage, mais parviennent eux aussi à l’arrivée. McCann développe la psychologie de ses personnages en homme qui a beaucoup cheminé et qui a développé une empathie manifeste pour les gens croisés sur sa route. La qualité de sa plume a fait le reste, et on se prend nous-mêmes, après la lecture du Vaste monde, à vouloir sauver le monde.

McCANN, Colum, Et que le vaste monde poursuive sa course folle, Paris : Belfond, 2011, ISBN 9782714445063.

Livre papier et livre numérique : une joyeuse cohabitation!

Pour ce deuxième billet sur la littérature jeunesse, l’envie m’est venue de vous proposer deux albums « papier » qui font un clin d’œil au numérique. Si l’on peut lire dans le premier une critique des nouvelles technologies auxquelles on tend à attribuer tous les mérites, le second profite de notre nouvelle habitude de naviguer avec nos doigts pour carrément nous manipuler! Toutefois, on s’amuse dans les deux cas, preuve s’il en est une que papier et numérique peuvent joyeusement cohabiter!

C’est un livre

À gauche de la première page du livre, un petit âne, certainement un peu geek, s’agite avec son portable. En face de lui, sous le chapeau du singe, se cache une souris. Mais ce qui rend l’âne perplexe, ce n’est pas tant la souris que l’objet fait de papier (un livre!) qui captive le singe : il ne comprend pas du tout comment une chose qui n’a pas besoin de mot de passe ni de souris et qui est incapable d’envoyer des textos peut être intéressante, encore moins passionnante. À chacune de ses questions, le singe répond, de plus en plus agacé, « c’est un livre ». Tout de même intrigué, l’âne pique le livre des mains du singe. Et se met à lire, à lire… tant et si bien qu’il ne voit pas le temps passer. Ooooh…!

Véritable manifeste en faveur du livre et de la lecture, C’est un livre a obtenu un énorme succès commercial et critique. Son auteur, l’Américain Lane Smith, a reçu plusieurs récompenses pour son livre, dont la médaille Caldecott, un prix décerné par l’Association for Library Service to Children (ALSC) pour l’album le plus remarquable de l’année. S’il s’adresse aux enfants âgés de quatre ans et plus, il intéressera par son humour et son propos les plus grands, certainement jusqu’à dix ans. Pour les parents et les enseignants ayant des enfants subjugués par le pouvoir de la technologie, ce livre sert d’excellent point de départ à une réflexion et à une discussion sur le futile et l’essentiel qu’apporte l’accès au numérique.

C’est un livre a sa propre bande-annonce. Quand on dit que les médias s’entrecroisent, c’en est un autre parfait exemple!

Un livre

On sait désormais que les tout-petits apprivoisent les iPad et autres tablettes numériques plus aisément que bien des adultes (qui pourtant ne se trouvaient pas si bêtes avec la technologie). Voici un livre pour eux.

Sur la couverture, le titre : Un livre. Simple. Première page, encore plus simple : un rond jaune, pas de texte. Page suivante, le même rond jaune, au même endroit, mais avec cette indication : « Appuie sur ce rond jaune et tourne la page. » Et qu’est-ce qu’on fait? Évidemment, on met notre index (généralement) sur le rond jaune, on appuie légèrement, on descend délicatement notre doigt vers le coin en bas à droite de la page, on approche notre pouce et… on tourne la page! Ah! C’est simplissime, mais il fallait y penser! Surtout que les tout-petits seront on ne peut plus ravis de s’exercer! Au fil des pages tournées, d’autres ronds jaunes s’ajoutent, mais aussi des rouges et des bleus, sur lesquels on nous proposera alors de frotter, cliquer, souffler!

Le livre pensé et conçu par le Français Hervé Tullet est extraordinaire pour le tout-petit lecteur! En intervenant directement dans le processus de lecture de l’image, Un livre l’éveille aux concepts d’espace, de poids, de chute et d’envol.* Ceux qui ont lu le classique Petit-Bleu et Petit-Jaune de Leo Lionni retrouveront certainement le plaisir et l’efficacité des taches et des points dans les livres pour enfants. Un livre a gagné en 2011 dans la catégorie tout-petits le Prix Sorcières, remis par l’Association des librairies spécialisées pour la jeunesse (ASLJ) et par l’Association des bibliothécaires de France (ABF).

Mais l’aventure ne s’arrête pas là! Car si le livre a été conçu comme un clin d’œil aux applications des tablettes électroniques et autres téléphones intelligents, il allait dans la logique des choses d’en faire une adaptation… virtuelle! Disponible en anglais pour iPad et iPhone, l’application Press here propose aux petits de créer et d’expérimenter littéralement avec les mêmes ronds du livre qui vont grossir, se multiplier, émettre des notes de musique, prendre des photos, exploser en feux d’artifices! Une application intelligente et pleine de surprises, qui n’offre pas tout d’un coup et se laisse découvrir.

Je vous laisse sur un petit film inspiré du livre de Tullet, réalisé par une classe de maternelle en France et hébergé sur le site de l’auteur.

 

SMITH, Lane, It’s a book, Paris, Gallimard, 2011.

TULLET, Hervé, Un livre, Paris, Bayard jeunesse, 2010.

LIONNI, Leo, Petit-Bleu et Petit-Jaune, Paris, L’école des loisirs, c1970.

*D’après Françoise Schmid dans sa critique parue dans la Rubrique « As-Tu Lu ? » de la Revue Parole de l’ISJM  et reprise sur le site de  Ricochet-jeunes.org : http://www.ricochet-jeunes.org/livres/livre/42334-un-livre 

Souvenirs tendres : Blankets de Craig Thompson

(Pour faire suite, un peu par hasard, au billet de ma collègue Maryse…)

Les amateurs de romans graphiques connaissent fort probablement déjà l’existence de cet artiste de la bande dessinée américaine, j’ai nommé Craig Thompson. Mais que l’univers du trait, de la bulle et de l’encadré vous soit familier ou non, Blankets est une œuvre graphique et littéraire à découvrir sans faute. Un pavé totalisant presque 600 pages dans sa traduction française (Casterman, 2004), Blankets est un de ces livres que l’on redoute presque de terminer tellement sa lecture – les images – suscite l’émerveillement. Celui un brin mélancolique des souvenirs d’enfance. Et l’émotion vive des premières fois.

Dans Blankets, j’ai voulu essayer de répondre à une simple question : « Que se passe-t-il la première fois que l’on dort avec quelqu’un que l’on aime? [1] »

Craig Thompson dessine l’histoire d’un premier amour, celui de Craig, son alter ego élevé au sein d’une famille puritaine du Wisconsin. Le récit de cet amour naissant est enchâssé dans celui de l’adolescence tourmentée (comme le sont toutes les adolescences, mais différemment) de Craig, aux prises avec la culpabilité que lui a inculquée son éducation chrétienne fondamentaliste face à ses désirs et le sentiment de n’être à sa place nulle part dans cet horrible « vrai monde ».

Blankets est un récit d’inspiration autobiographique que l’on a qualifié de « roman graphique d’apprentissage ». La peur de grandir, le paradoxe des liens familiaux, la vulnérabilité et pourtant la sincérité des sentiments propres au passage du monde de l’enfance à celui de l’âge adulte sont autant de couches de sens qui donnent de la profondeur au récit. Les illustrations, tout en noir et blanc, foisonnent sur la page, libérées de leurs traditionnelles cases. Lyriques, parfois même expressionnistes (un style qui sied bien aux fabulations cauchemardesques ou apocalyptiques du jeune Craig), les images  traduisent de façon sensible les émotions du narrateur. Le trait de Thompson nous emporte doucement dans son univers intimiste et tendre, sous les neiges épaisses d’un hiver dans le Midwest américain.

Salué par la critique américaine lors de sa parution en 2004, Blankets fut couronné de huit prix prestigieux, dont deux Eisner Awards (2004), ainsi que du Grand Prix de la Critique (2005). Selon plusieurs, cet album consacre Craig Thompson comme l’un des grands de la bande dessinée américaine. Habibi est son œuvre la plus récente (Casterman, 2011 pour la traduction française).


[1] DELCROIX, Olivier, « Craig Thompson, l’étoile des neiges », Le Figaro Littéraire, 27 janvier 2005, p. 6.

Une vie illustrée

En 2006, la bédéiste américaine Alison Bechdel, a attiré l’attention des amateurs de biographies en bande dessinée avec la parution de Fun Home : une tragicomédie familiale. Dans ce livre touchant, elle décrit son enfance à Beech Creek en Pennsylvanie avec une mère absente et un père colérique. Ce père, personnage central de la vie de la petite Alison, est un être explosif qui cache sa véritable identité, son homosexualité. L’auteure sort elle-même du placard au début de la vingtaine et annonce à ses parents qu’elle est lesbienne. Elle entame un rapprochement avec son père, mais celui-ci meurt subitement quelques mois plus tard, happé par un camion (accident ou suicide?).

Bechdel lance maintenant une biographie de sa mère. Dans Are you my mother? A comic drama, on retrouve l’auteure après plusieurs années de psychothérapie et de psychanalyse, tentant d’expliquer son cheminement pour établir une meilleure relation avec sa mère. Pour ce faire, elle mélange de façon désorganisée des descriptions de ses rêves, des conversations avec sa mère, de longs extraits de ses lectures (Donald Winnicot, Alice Miller, Virginia Woolf) et des interprétations qu’elle en tire, ainsi que des échanges de ses séances de thérapie. Le tout, pas aussi bien illustré que dans Fun Home, donne un ouvrage où le lecteur se perd, demeure indifférent et est déçu de ne pas mieux comprendre Bechdel et sa famille.

À l’image de la vie de ses parents, Bechdel nous offre deux livres aux récits parallèles sur la vie de deux personnes, dont la relation n’est jamais approfondie. Voilà la tragédie qu’on aurait voulu que Bechdel nous raconte et nous dessine : l’union de ces deux individus, qui se sont déjà aimés, mais qui ont évolué tristement, si différemment.

Voici d’autres biographies en bande dessinée que vous connaissez probablement mais qui demeurent des incontournables : Persepolis, Sutures et Blankets : Manteau de neige.

Jeu de pistes

Ceux d’entre vous qui apprécient les textes d’Alberto Manguel comprendront de quoi je veux parler : un livre peut ouvrir la voie à dix autres. C’est souvent la faute des écrivains qui lisent beaucoup. Et c’est ce qui m’est arrivé avec Éric Plamondon. Partie de son premier roman (voir mon billet du début juin), j’ai naturellement dérivé vers Mayonnaise, le second tome de sa trilogie et, de fil en aiguille, j’ai cheminé, erré, et surtout beaucoup lu.

Plamondon a entamé aux éditions Le Quartanier une série de romans dont le thème central est l’année 1984, année pivot pour trois de ses personnages de prédilection. Dans Mayonnaise, c’est du poète beatnik Richard Brautigan qu’il s’agit. Si vous avez aimé Hongrie-Hollywood, vous aimerez tout autant le second tome de la trilogie 1984, qui vous fera découvrir par de petits chapitres incisifs la vie de cette dernière figure littéraire de la beat generation (et vous révèlera le secret de la réussite assurée d’une mayonnaise maison).

Et d’une piste à l’autre, je me suis laissé porter jusqu’à Brautigan lui-même, et me suis offert son roman culte publié en 1967 La pêche à la truite en Amérique : je l’ai dévoré en six jours. Quelle surprenante découverte littéraire! Richard Brautigan représente assurément la génération sixties en rébellion, détachée à l’extrême du conformisme culturel et assoiffée des grands espaces offerts par l’Ouest américain. Avis aux amateurs de trame narrative fluide et structurée : prière de s’abstenir. La pêche à la truite est plutôt un patchwork d’aventures décousues, sans lien apparent, semblant n’avoir d’autre finalité que de nous faire découvrir les espaces naturels de l’Oregon et de la Californie, et de nous faire goûter les plaisirs de la camaraderie, des liens familiaux. Tout ceci sous le couvert d’un sens de la déraison qui n’est pas sans rappeler Beckett et Ionesco. Brautigan use de combinaisons de mots invraisemblables; il nous donne aussi à lire des situations rocambolesques et absurdes, comme cette fameuse liste détaillée de tous les ouvrages savants où on ne mentionne pas qu’une truite soit jamais morte noyée dans le porto. Dans un univers où les réflexes peuvent être phosphorescents, où les truites sont bossues et où un chat peut porter fièrement le prénom « 208 », Brautigan nous ouvre la porte d’un imaginaire éclaté et réjouissant, où les mots pétillent autant que fusent les idées biscornues. Univers festif étonnant- ou peut-être pas-  lorsqu’on sait que l’auteur se donna la mort en 1984, dans sa maison de campagne de Bolinas.

Mon jeu de pistes ne fait que commencer. Je m’en vais maintenant me balader vers les noms-clés de la littérature beatnik, j’ai nommé Kerouac, Burroughs, et tant d’autres… Je vous recommande aussi les Mémoires d’une Beatnik de Diane di Prima, poète emblématique de la génération beat de New York. L’été sera – heureusement – long et riche. Bonnes lectures d’été!

Éric Plamondon : « 1984.  Volume 2 : Mayonnaise« , Le Quartanier, ISBN 9782923400945

Richard Brautigan : « La pêche à la truite en Amérique ; Sucre de pastèque« , éditions 10/18, ISBN 9782264039019

Diane di Prima : « Mémoires d’une beatnik« , Ramsay, ISBN 9782841146673

Lettres du front : Hemingway en Italie

Hemingway n’a que 19 ans le 23 mai 1918 lorsqu’il s’embarque pour l’Europe en tant qu’ambulancier pour la Croix-Rouge américaine. Il est affecté au front en Italie. C’est là qu’il est gravement blessé le 8 juillet 1918 par une explosion de mortier. Ses blessures, surtout aux jambes, le forcent à une hospitalisation prolongée à l’hôpital de la Croix-Rouge à Milan, de juillet à décembre 1918.

Au cours de cette longue période qu’il passe alité, il rencontre et se prend d’amour pour Agnès von Kurowsky, une infirmière américaine. Il parle peu de cette idylle à sa famille dans ses lettres, mais à l’hiver 1919, lorsqu’il revient finalement à Chicago à la maison paternelle, il est animé par un nouveau projet : travailler et accumuler suffisamment d’argent pour qu’au retour d’Agnès en Amérique, ils puissent se marier.

Or, Agnès lui écrit le 7 mars 1919 pour rompre sa relation avec lui et lui annoncer qu’elle compte épouser un autre homme. Cette nouvelle est dévastatrice pour le jeune Hemingway. Il écrit d’ailleurs à son ami William Horne le 30 mars 1919 : « Elle était mon idéal et Bill j’avais complètement oublié la religion et tout le reste, puisque j’avais Agnès à adorer. »

C’est cette période cruciale de la vie d’Hemingway qu’on peut découvrir à travers ses lettres écrites entre 1907 et 1922. Cambridge University Press vient en effet de publier The Letters of Ernest Hemingway 1907-1922. Cet ouvrage, premier volume d’une série prévue de sept, constitue le fruit d’un travail important de plusieurs universités américaines pour rassembler la correspondance d’Hemingway dans une seule œuvre. Les éditeurs ont fait appel à des centres d’archives renommés comme la bibliothèque présidentielle John F. Kennedy à Boston, mais aussi à des collections privées pour obtenir l’autorisation de publier du matériel jusque là, jamais rendu public.

Le résultat est fascinant. De son jeune âge, alors qu’il écrivait à son père depuis la maison d’été familiale dans le Michigan, jusqu’à l’époque de sa correspondance en Italie, on découvre un Hemingway drôle, exubérant, vantard, qui exagère ses exploits, mais qui est aussi vulnérable, sensible et déjà, à 20 ans, désillusionné. Ces lettres, et les événements et états d’âme qu’Hemingway y décrit, offrent une genèse émouvante de ses premiers romans à venir.

___________________________________________

HEMINGWAY, Ernest, The Letters of Ernest Hemingway, 1907-1922, Cambridge, Cambridge University Press, 2011, 431 p.

J’aime les oranges!

Illustration de Mark Dixon

Il y a plusieurs semaines déjà que je sais que je vous écrirai, ici, sur la littérature jeunesse. Une tribune pas nécessairement destinée aux adultes-travaillant-avec-le-livre-pour-enfants.

J’ai donc comme objectif d’en profiter. Je veux vous montrer le plus inusité, le plus touchant, le plus « incroyabilicieux »* de la littérature jeunesse. Redonner à ceux qui l’avaient peut-être perdu un nouvel élan pour les histoires à raconter avant le dodo ; à d’autres, le goût de descendre les escaliers vers l’Espace Jeunes. J’ai envie de vous présenter des livres que j’ai adorés passionnément à la folie, avec tous les pétales de marguerites possibles (tout en  sachant pertinemment que c’est le dernier qui est décisif!). Vous prouver que la littérature jeunesse n’est pas qu’histoires pour petites personnes, que le domaine du livre jeunesse est vaste et multiple.

Critères, critères, dis-moi si je suis le meilleur…

Il y a quelques années, j’ai donné un cours destiné à des adultes, destinés eux-mêmes à devenir bibliothécaires jeunesse. Un des objectifs dudit cours était « Évaluer avec un regard critique le contenu des livres du corpus de la littérature jeunesse ». Ouf!

Comment aiguillonner mes étudiants d’alors sur les critères moins tangibles, mais néanmoins essentiels, ceux qui font la force de la littérature jeunesse? J’ai donc eu l’idée de comparer « l’effet de lecture » à la dégustation d’une orange. Voici ce que ça avait donné.

« Est-ce que c’est une histoire passionnante ou, au contraire, un peu insipide? Pensez à lorsque vous buvez du jus d’orange. Est-ce qu’on a mis trop d’eau, est-ce que ça goûte quelque chose? Ou, au contraire, est-ce que c’est tellement concentré que ça donne mal au cœur? Ou est-ce que c’est du jus d’orange pressée, naturel, avec un goût original et authentique? La Floride ou le Maroc (pour les clémentines) dans votre bouche? »

Depuis, je suis restée avec cette allégorie de l’orange lorsque je dois évaluer des livres. Et pour ce premier billet, je vous propose deux albums qui n’ont absolument rien d’enfantin. Des livres à la structure narrative travaillée, qui permettent plusieurs relectures et nombre de possibilités d’analyses littéraires. Des titres qui représentent selon mes critères gustatifs ce goût de jus d’orange pressée, fraîchement cueillie sur l’oranger!

Traduit de l’américain, Orange book, 1,2… 14 oranges de Richard McGuire amène le lecteur dans un univers tout dessiné de bleu, à découvrir le sort de 14 oranges provenant d’un même oranger. Tandis que la première orange se retrouve dans le paquet cadeau d’un ami hospitalisé, la neuvième devient l’objet d’observation d’un scientifique. Je pourrais vous dire « ainsi de suite », mais non, car le sort de chacune d’elles étonne là où l’on ne s’y attend pas. C’est sur des illustrations double page qu’on nous livre le destin des oranges – destins que l’auteur a choisi de croquer sous des angles de vue bien choisis. Aussi, insistons sur le jeu de bichromie qui est ici tout à fait justifié : la couleur orange, complémentaire au bleu, attrape à chaque page le regard du lecteur, qui poursuit ensuite sa lecture de l’image dans le bleu du « reste du monde ».  Richard McGuire est aussi bien connu pour son travail d’illustrateur et de graphiste dans l’édition et la presse, dont le New York Times.

En 2008 arrivait sur nos rayons L’été de Garmann, de Stian Hole. Difficile de rester insensible face au garçon blond de la couverture qui nous regarde droit dans les yeux, à moitié plongé dans ce qu’on devine être la mer, affublé de flotteurs orange aux bras. Ce premier opus de Garmann (il y en aura deux autres, celui-ci et celui-là, tout aussi captivants) raconte ses peurs et et sa perception de la vieillesse et de la mort par l’observation de ses trois « vieilles » tantes. La technique d’illustration de Hole est assez unique dans l’édition pour la jeunesse : il fusionne dessin, collage et photographie ce qui donne un effet à mi-chemin entre le réel et l’imaginaire, laissant le lecteur/observateur longtemps devant chaque page. Ce titre a remporté les plus grands honneurs et a surtout suscité l’intérêt de plusieurs pour la production éditoriale des pays nordiques.

Allez, on se fait plaisir, après tout, dans deux jours c’est officiellement l’été!

McGUIRE, Richard, Orange book, 1,2…14 oranges, Paris, Albin Michel jeunesse, 2010.

HOLE, Stian, L’été de Garmann, Paris, Albin Michel jeunesse, 2008.

* Néologisme de Claude Ponti dans Blaise et le château d’Anne Hiversère, Paris, L’école des loisirs, 2004, p. 9.




© Bibliothèque et Archives nationales du Québec