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He’s Our Man : Leonard Cohen

cohen2Leonard Cohen nous a quittés : la nouvelle de sa mort a fait le tour du monde. Comment rendre hommage à ce grand homme?

Mon collègue Philippe Cousineau a écrit un texte merveilleux en 2014 à l’occasion du 80e anniversaire de l’artiste.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

He’s Our Man : le 80e anniversaire de Leonard Cohen

On ne présente plus Leonard Cohen. On le découvre et on le retrouve, on l’habite et on le reçoit.  Puis on le célèbre humblement. Lui, le poète du sublime ordinaire, le trouvère amoureux, l’envoûteur à la voix sombre et belle, « étrange étranger » qui, toujours et partout, en mots comme en musique, s’offre tout entier.

Leonard Cohen incarne Montréal ou Westmount, où il est né en 1934; Montréal, son village, son Natashquan et son île d’Orléans. Chez Cohen on sent la famille juive traditionnelle, celle de son père parti trop tôt, celle de son grand-père maternel, Solomon Klinistky, homme de lettres et rabbin. Cohen, fils du verbe et des mythologies plurielles, produit d’une culture unique, d’un folklore subtil s’abreuvant aux différentes sources d’une ville multiple.

C’est dans ce climat singulier, cette mystique livresque, que Cohen se rapproche de l’écriture et apprend les rudiments de la guitare, lui qui, jeune adulte, anime les Buckskin Boys, un groupe de musique country-folk. Puis, dès 1951, il intègre l’Université McGill où, sous l’influence des poètes Irving Layton et Louis Dudek, il fait paraître ses premiers textes, menant à la publication, en 1956, de Let Us Compare Mythologies, son premier recueil. Rapidement, le Montréalais gagne l’estime de la critique et d’un public éclairé, enthousiasmés par un deuxième florilège, The Spice Box of Earth. La grande majorité des œuvres suivantes sont écrites en Grèce, sur l’île d’Hydra, où le poète s’installe en 1960 : le recueil Flowers for Hitler (1964) ainsi que les romans The Favorite Game (1963) et Beautiful Losers (1966) sont de celles-là.

De retour en Amérique, l’écrivain se fait folk singer. À New York, il hante le légendaire Chelsea Hotel, y croise ses esprits ténébreux (Janis Joplin, Lou Reed, Nico) et donne vie à ses premières grandes chansons (« Suzanne », « Sisters of Mercy », « So Long, Marianne »), substance de son premier album, Songs of Leonard Cohen (1967). Trois disques suivent : les désormais mythiques Songs From a Room (1969), Songs of Love and Hate (1971) et New Skin for the Old Ceremony (1974), de même que deux enregistrements en spectacle et le très discutable Death of a Ladies’ Man (1977), fruit mitigé d’un passage douloureux chez le producteur Phil Spector.

Cohen resurgit à l’aube des années 1980 et fait peau neuve avec une sonorité « synthétique » relativement artificielle venant de celui qui nous avait habitués à tant d’authenticité; sonorité qui donne forme à Recent Songs (1979), Various Positions (1984) et au célèbre I’m Your Man (1988), dont l’hymne « Everybody Knows » s’offre les palmarès internationaux. Après l’avenir sombre et apocalyptique qu’il anticipe dans The Future (1992), l’heure est au retranchement. Le juif errant devient moine zen : le « Field Commander Cohen » sera désormais Jikan (« Le Silencieux »). Ce mutisme dure quelques années, jusqu’à ce qu’une fraude qu’il subit et une quasi-faillite le poussent à réintégrer les studios d’enregistrement – enfantant les opus mineurs que sont Ten New Songs (2001) et Dear Heather (2004) – et, avec plus de succès, à remonter sur les scènes du monde entier.

Curieusement, cette résurrection se concrétise par le ressassement heureux de vieilles marottes persistantes (Old Ideas, 2012) et d’autres obstacles communs (Popular Problems, 2014) revisités sans cesse. Des textes et des mélodies au sein desquels Cohen semble retrouver ses repères, ses automatismes d’hier et ses plus anciennes habitudes montréalaises. Retour aux sources où il paraît réinvestir ses plus beaux travers et ses sombres passions qui nous sont désormais si familières et si précieuses. Des penchants et des impressions personnelles qui sont aussi un peu les nôtres, ses chansons comme un habitat commun, à l’instar de sa maison de la rue Vallières, qu’il n’aura, en fin de compte, jamais quittée complètement.

 

Texte rédigé en 2014 par Philippe Cousineau, bibliothécaire à Musique et films.

 

Leonard Cohen, toujours présent à la Grande Bibliothèque

 

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