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Annotations;: Livres, musique et cinéma.

Gabrielle Roy : sa vie en photos

Si vous aimez Gabrielle Roy, vous aurez beaucoup de plaisir à regarder sa vie défiler à travers ce magnifique album photos. La recherche, le choix d’images et la rédaction sont signés François Ricard, un grand spécialiste de Gabrielle Roy et son biographe. Il est aussi professeur émérite de littérature à l’Université McGill.

Cet album est en quelque sorte la conclusion de l’Édition du centenaire de l’ensemble de l’œuvre de la grande romancière. Il se divise en quatre parties : Les commencements, Le temps de l’aventure, Le temps de l’écriture et Un visage au fil du temps.

La première partie renferme beaucoup de photos de famille et de photos de classe. Gabrielle Roy est née en 1909 à Saint-Boniface, une ville francophone en banlieue de Winnipeg. Elle commence sa scolarité à l’Académie Saint-Joseph où les sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie enseignent le français malgré la loi manitobaine qui interdit dès 1915 l’enseignement de toute autre langue que l’anglais dans les écoles publiques.

La deuxième partie du livre est consacrée à la période aventureuse de la vie de Gabrielle Roy. Une fois son diplôme d’institutrice en poche, elle part enseigner à Cardinal, au nord du Manitoba. Plus tard, elle relatera cette expérience dans Ces enfants de ma vie et dans La détresse et l’enchantement. Par la suite, elle enseigne à l’Institut Provencher, une école pour garçons à Saint-Boniface. Parallèlement à son travail, elle fait du théâtre amateur au sein du Cercle Molière, entre autres. Quelques photos la montrent avec ses élèves ou ses comparses de théâtre. On trouve également une copie du premier texte de fiction de Gabrielle Roy, rédigé en anglais.

C’est ensuite la grande aventure pendant un an et demi en Europe où elle part étudier le théâtre pour finalement se consacrer à l’écriture. On la voit sur quelques photos en France et en Angleterre.

En 1939, à cause de l’imminence de la guerre, elle revient au Canada et s’installe à Montréal où elle écrit dans Le Jour, La Revue Moderne et Le Bulletin des agriculteurs. On voit plusieurs photos de ses reportages à travers le Québec au cours desquels elle rencontre des politiciens, des ouvriers, des colons, des maraîchers, des navigateurs et des commerçants. Il y a également des photos de ses premiers articles.

En 1945, son premier roman, Bonheur d’occasion, est publié et remporte un grand succès. Afin d’en faire la promotion, le photographe Conrad Poirier la prend en photo dans le quartier Saint-Henri à Montréal où l’action du roman se déroule. Les Zarov font aussi de grands portraits de l’écrivaine.

Après ces années trépidantes, Gabrielle Roy aura une vie plus retirée. Elle fait la rencontre de Marcel Carbotte qu’elle épouse en 1947. Les photos la montrent en Europe avec lui, puis à Québec et à Petite-Rivière-Saint-François où elle passera de nombreux étés à écrire. On la voit en compagnie de son mari ou de ses amis comme les peintres Jean-Paul Lemieux et René Richard ou les écrivains Jacques Poulin et Félix-Antoine Savard. On trouve également des photos de ses manuscrits et de ses livres publiés.

La dernière partie du livre est la plus touchante, car on voit évoluer le visage de Gabrielle Roy au fil du temps grâce à des photos d’elle de 20 ans à 70 ans!

 

RICARD, François (dir.), Album, Gabrielle Roy, Montréal, Boréal, 2014, 151 pages.

À l’occasion du Jour de la Terre

La publication toute récente du livre de Naomi Klein, Tout peut changer, et la couverture médiatique dont son auteure a bénéficié ont eu pour effet de ramener sur le devant de la scène la crise environnementale à laquelle nous sommes collectivement confrontés.

Bien que les constats scientifiques alarmants sur les répercussions de l’activité humaine sur le réchauffement climatique ne cessent de s’accumuler, il est plutôt rare que « l’état de santé » de l’écosystème terrestre fasse les manchettes…

À l’occasion du Jour de la Terre (22 avril), nous avons eu envie de vous présenter quelques ouvrages relatifs à l’environnement qui, pour une raison ou une autre, ont retenu notre attention. Ces suggestions se veulent une invitation à la réflexion et à l’échange.

 

Gisèle Tremblay recommande :

La reine malade d’Anicet Desrochers

Dans ce film documentaire absolument captivant, Anicet Desrochers, producteur de miel biologique à Ferme-Neuve dans les Hautes-Laurentides, présente avec compétence les enjeux reliés au déclin des colonies d’abeilles.  Mondialement reconnu pour son expertise dans  l’élevage de reines, le jeune et sympathique apiculteur expose  avec passion  sa vision d’une agriculture durable.

 

Catherine Lévesque recommande :

L’équilibre sacré : redécouvrir sa place dans la nature de David Suzuki 

Un livre pour changer notre regard sur la nature, dont nous faisons partie. Une invitation à rendre sacrée l’interdépendance qui existe entre la Terre et tous les êtres vivants.

 

Christine Durant recommande :

Des bonobos et des Hommes : voyage au cœur du Congo de Deni Béchard 

Sous la forme d’un récit de voyage, Deni Béchard raconte l’histoire des bonobos du Congo, ces primates « hippies de la forêt » dont la ressemblance avec l’homme serait la plus grande, tant sur le plan génétique que social, avec 98,7 % de gènes identiques aux humains. L’auteur nous présente également les communautés qui vivent au cœur de la forêt équatoriale du Congo, la deuxième plus grande forêt du monde, menacée de destruction. Plusieurs enjeux sont abordés : les changements climatiques, le rôle déterminant des forêts sur l’évolution des espèces, la conservation de la nature, la protection de la biodiversité et la coopération internationale.

 

 

Sauver la planète une bouchée à la fois de Bernard Lavallée 

Conseils, trucs et astuces pour une alimentation responsable, saine et écologique : privilégier les produits locaux, choisir la pêche durable, zéro déchet, cuisiner les aliments fatigués sont quelques-uns des conseils que nous donne le nutritionniste et blogueur Bernard Lavallée. Parce que la production et la consommation alimentaires ne sont pas sans effets sur l’environnement, ses suggestions nous aideront à fournir un effort pour réduire notre empreinte environnementale et, du coup, à manger mieux!

 

Sylvie-Josée Breault recommande :

La chimie verte à petits pas d’Émilie Ramel 

Une initiation à la chimie pour les enfants de 9 à 12 ans, selon une perspective écologique. Inclut expériences et jeu-questionnaire.

Le règne du vivant d’Alice Ferney

Un roman témoignant d’une lutte menée contre la surpêche et le braconnage. Le récit est inspiré des actions du militant écologiste Paul Watson.

Tout peut changer : capitalisme et changement climatique de Naomi Klein

Un vibrant plaidoyer en faveur d’une transformation des structures économiques et politiques actuelles au profit de sociétés plus équitables et respectueuses de l’environnement.

 

Esther Laforce recommande :

La vie habitable de Véronique Côté

Un appel à la poésie, cette force qui naît en nous de la joie, de la bonté, de la gratuité, de la beauté du monde et du territoire. Une invitation ardente et nécessaire à habiter le monde autrement.

Des anges mineurs d’Antoine Volodine

Paysages dévastés et fin de l’humanité forment l’horizon de ces quarante-neuf brèves fictions qui sauront nourrir de leur poésie l’imaginaire des consciences inquiètes de l’avenir du monde.

 

Marie-Line Champoux-Lemay recommande :

Là où croît le péril… croît aussi ce qui sauve d’Hubert Reeves

Hubert Reeves, habile vulgarisateur, nous raconte ici l’histoire de notre monde, du point de vue du cosmos (« la Belle-Histoire ») et de l’humanité (« la Moins-Belle-Histoire »). Il démontre par la même occasion à quel point tous les éléments formant l’écosystème de la vie terrestre sont interdépendants et comment la préservation des rapports existant entre ces éléments est garante de la pérennité de l’ensemble.

 

 

 

Pour davantage d’idées de lecture sur l’environnement et l’écologie, consultez Romans@lire!

 

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BÉCHARD, Deni, Des bonobos et des Hommes : voyage au cœur du Congo, Montréal, Les Éditions Écosociété, 2014, 446 p. Aussi disponible en version numérique

CÔTÉ, Véronique, La vie habitable, Montréal, Atelier 10, 2014, 95 p. Aussi disponible en version numérique

FERNEY, Alice, Le règne du vivant, Paris, Actes Sud, 2014, 208 p.

KLEIN, Naomi, Tout peut changer : capitalisme et changement climatique, Montréal, Lux éditeur, 2015, 640 p. Aussi disponible en version numérique

LAVALLÉE, Bernard, Sauver la planète une bouchée à la fois, Montréal, Éditions La Presse, 2015, 228 p. Aussi disponible en version numérique

RAMEL, Émilie, La chimie verte à petits pas, Arles, Actes Sud junior, 2014, 69 p.

REEVES, Hubert, Là où croît le péril… croît aussi ce qui sauve, Paris, Seuil, 2013, 162 p. Aussi disponible en version numérique

SANCHEZ, Pascal, La reine malade, Montréal, Les Films du 3 mars, c2011, DVD,  90 min, avec Anicet Desrochers.

SUZUKI, David, L’équilibre sacré : redécouvrir sa place dans la nature, Montréal, Boréal, 2014, 392 p. Aussi disponible en version numérique

VOLODINE, Antoine, Des anges mineurs, Paris, Seuil, 1999, 219 p. Aussi disponible en version numérique

Quartiers disparus

Le Centre d’histoire de Montréal a présenté une magnifique exposition de juin 2011 à septembre 2013 intitulée Quartiers disparus. Le matériel de départ de cette exposition est une collection exceptionnelle de photographies d’époque conservées aux Archives de la Ville de Montréal. Elles ont été prises par des photographes municipaux qui avaient pour mission de fixer sur la pellicule les immeubles de trois quartiers qui allaient être démolis : le Red Light, le Faubourg à m’lasse et le Goose Village. Considérés comme vétustes et insalubres, ces quartiers ont été détruits pour construire des logements sociaux, des routes et des immeubles.

Pour donner vie à ces photographies, le Centre d’histoire de Montréal, spécialisé dans l’histoire orale, a interviewé d’anciens résidents de ces quartiers, des intervenants de l’époque et des experts. Les témoignages, résultat de 75 heures de tournage, ont fourni une multitude de regards intéressants sur cette période de grands bouleversements urbains.

Cette exposition a connu un tel succès que les visiteurs ont exprimé le désir qu’elle subsiste dans un livre. Paru aux Éditions Cardinal en 2014, Quartiers disparus est un livre de table chic, sur papier glacé; les 121 photographies noir et blanc retenues sont accompagnées de nombreux témoignages comme dans l’exposition du même nom.

Les photos de ces quartiers populaires, habités surtout par des familles, illustrent des maisons à logements, des gens penchés à leur fenêtre, travaillant dans leur cour ou occupant les trottoirs. On y voit aussi des commerces de quartier : épiceries ou restaurants du coin, barbiers, ateliers divers, cordonneries, blanchisseries et garages.

Les témoignages ajoutés aux photos nous permettent de voyager dans le temps et de sentir combien ces quartiers grouillants de vie ont été importants pour leurs résidents.

Quartier essentiellement canadien-français, avec une part d’immigrants d’Europe de l’Est, le Red Light était situé en bonne partie au nord de la rue Sainte-Catherine jusqu’à Ontario, entre Saint-Dominique et Sanguinet. Il avait mauvaise réputation à cause des maisons de prostitution et des établissements de jeu dominés par le crime organisé. L’expression Red Light, dont l’origine est multiple, désigne à travers le monde les quartiers urbains où le commerce du sexe est important.

Vers 1950, les trois quarts des logements de ce quartier ont plus de 60 ans; ils sont délabrés, leur plomberie est défectueuse et le tiers n’ont pas de baignoire. Ils seront détruits pour faire place aux Habitations Jeanne-Mance – des logements sociaux – inaugurées en 1959 et comprenant 877 appartements.

Le Faubourg à m’lasse était un quartier francophone aux frontières mal définies. Il était situé entre le fleuve et la rue Sainte-Catherine et entre le Vieux-Montréal et le quartier Hochelaga. On croit qu’il doit son nom à la proximité du port où avait lieu le déchargement des barils de mélasse ou encore au fait que ses habitants, pauvres, mangeaient de la mélasse plutôt que du sucre car elle était moins chère.

Les logements y étaient disparates et vétustes avec des hangars recouverts de tôle à l’arrière. Ils ont été démolis (1953-1955) pour élargir le boulevard Dorchester (René-Lévesque) et bâtir la Place Radio-Canada et son stationnement (1963-1964) entre les rues Dorchester, Wolfe, Viger et Papineau.

Goose Village (Village-aux-Oies) était situé en bordure du fleuve Saint-Laurent (où l’on pouvait chasser les oies), tout près du pont Victoria. On l’appelait également Victoriatown. C’était une petite enclave résidentielle dans une zone ferroviaire et industrielle entre la rue Mill au nord, Bridge à l’ouest et Riverside au sud et à l’est. Ses petites maisons à deux étages avec des hangars avaient surtout été bâties de 1870 à 1900 et mal entretenues. Ce quartier multiethnique et anglophone a été démoli en 1964 pour construire l’autoroute Bonaventure et l’Autostade Expo 67 par ailleurs démoli à la fin des années 1970.

Dans les années 1950 et 1960, la lutte aux taudis était une véritable croisade. Les gouvernements avaient un discours de rattrapage face à la modernité. C’était la Révolution tranquille et la fièvre de l’Expo 67.

La bibliographie de Quartiers disparus est riche de nombreux ouvrages sur l’histoire de Montréal disponibles à la Grande Bibliothèque et de cartes et plans disponibles en ligne sur le site de BAnQ.

Si vous avez le loisir de vous plonger dans ce magnifique volume qu’est Quartiers disparus, vous voyagerez dans le temps et découvrirez une partie de la richesse historique de Montréal et de ses quartiers où nous circulons et que nous croyons connaître.

 

CHARLEBOIS, Catherine et Paul-André LINTEAU, (dir.), Quartiers disparus, Montréal, Cardinal, 2014, 311 p.

Propos d’un stratège politique

par Jean-François Barbe

L’émission télévisée À la page propose des face-à-face entre l’historien Éric Bédard et d’importants essayistes comme François Ricard et Denise Bombardier.

En nous faisant découvrir ou redécouvrir des auteurs de talent qui font comprendre le Québec, cette émission donne le goût de lire leurs livres. C’est ce que j’ai fait après avoir regardé l’émission mettant Claude Morin en vedette.

Au départ, rappelons que cet homme politique n’est pas le dernier venu. L’encyclopédie en ligne Bilan du siècle qualifie son rôle de « déterminant » dans la définition de la stratégie d’accession à la souveraineté du Parti québécois, axée sur une démarche référendaire.

Son livre comporte trois thèmes : la souveraineté du Québec, des souvenirs de vie politique (débutant avec sa nomination comme sous-ministre sous Jean Lesage), et l’éternelle question de l’existence de Dieu.

Claude Morin écrit avec clarté. « Quand on se parle à demi-mot, écrit-il en introduction, on se comprend à moitié. ».

D’entrée de jeu, Claude Morin avoue que l’évolution politique des vingt dernières années, consécutive à la défaite référendaire de 1995, l’a touché, mais non pas abattu. « En regardant évoluer le Québec, j’ai parfois été déprimé, mais je n’ai jamais perdu confiance , dit-il, en ajoutant qu’il pense qu’un jour les Québécois voudront assumer la maîtrise de leur avenir. »

Et parce qu’il a une longue expérience, il dresse un parallèle avec la situation actuelle et celle du Québec d’entre 1945 et 1960. Avant la Révolution tranquille, écrit-il, les faiseurs d’opinion cherchaient à convaincre les Québécois qu’ils étaient nés pour un « petit pain ». Or, depuis le référendum de 1995, ajoute-t-il, bien des commentateurs, analystes et animateurs radio et télé font tout leur possible pour faire revivre cette mentalité, notamment en recommandant au bon peuple de fuir les sujets difficiles sous prétexte qu’ils divisent, ce qui inclut maintenant, dit-il, la simple défense des compétences du gouvernement du Québec.

L’influence de ces commentateurs est grande, car elle s’appuie sur une certaine psychologie collective, la même qui explique l’existence de ce qu’il désigne comme étant un « mur psycho politique » face à l’idée de souveraineté.

Claude Morin ne conseille pas aux souverainistes de foncer tête baissée sur ce mur. En politique, énonce-t-il, il faut « partir de l’endroit où les gens sont et non de là où on aimerait qu’ils soient déjà arrivés. Mieux vaut contourner les obstacles que de se précipiter dessus ».

Autrement dit, un troisième référendum sur la souveraineté risquerait de donner les mêmes résultats que les précédents, d’autant plus que sa simple évocation risque, « dans les conditions actuelles », d’entraîner la défaite électorale du Parti québécois.

Que faire? Il examine les trois solutions les plus couramment envisagées par les souverainistes, afin d’en souligner les limites. Les référendums sectoriels, parce qu’ils seraient sectoriels, n’auraient pas d’incidence sur la dynamique profonde du fédéralisme canadien. Les « gestes de rupture » seraient impraticables. L’accession à la souveraineté par un vote de l’Assemblée nationale ne passerait pas facilement compte tenu de l’opposition éventuelle d’une majorité de la population. Finalement, une Constitution d’un Québec souverain, élaborée avant sa souveraineté, devrait faire l’objet d’un référendum qui finirait par porter, en pratique, sur la souveraineté elle-même…

Il suggère ainsi une stratégie dite de « défense de l’identité québécoise » visant la reconnaissance constitutionnelle de la nation, ce qui impliquerait l’affirmation du droit à l’auto-détermination et la confirmation des pouvoirs actuels du Québec dans les domaines déjà reconnus en vertu de la Constitution actuelle.

Dans cette perspective, la souveraineté ne serait « pas forcément » le moyen que devrait prendre le Québec au cours des prochaines années afin de renforcer ce qu’il désigne comme étant l’objectif politique fondamental, à savoir la sauvegarde et l’épanouissement de son identité nationale.

« Ou l’on ouvre une voie inédite, dit-il, ou l’on capitule. »

Et « en nous disant Oui à nous-mêmes, nous contournerions pour la première fois le mur », écrit-il.

Dans la seconde partie de son livre, Claude Morin évoque des souvenirs de sa vie politique et professionnelle, par exemple, l’âme de bâtisseurs qui animait les constructeurs de l’État moderne de la Révolution tranquille. Il parle aussi un peu de son enfance, et de sa passion déterminante pour la lecture, transmise par son père.

L’animateur radio Michel Lacombe a présenté ce livre comme étant le « testament politique » de Claude Morin. Celui-ci écrit que « les probabilités que ce livre soit mon dernier sont fortes ». À plus de 80 ans, on peut comprendre sa prudence. Souhaitons simplement qu’il aura d’autres occasions d’apporter sa pierre à l’édifice du débat public sur l’avenir du Québec : il a encore beaucoup à donner.

MORIN, Claude. Je le dis comme je le pense : souveraineté, vie politique, religion, Montréal, Boréal, 2014, 221 p.

Saison festive

Elles ne sont pas parées de papier coloré et de rubans brillants, mais elles sont tout aussi scintillantes que des cadeaux sous le sapin. Voici nos suggestions de lecture, de films et de musique en cette saison festive. Nous vous souhaitons de joyeuses fêtes et vous offrons nos meilleurs vœux pour la nouvelle année!

Sylvie-Josée Breault recommande Déjà Noël de Frédérique Bertrand.

Tel un cadeau unique, ce roman graphique s’avère en tout point singulier. De par son emballage d’abord, car Frédérique Bertrand, illustratrice expérimentée, confère à l’ouvrage tout son esthétisme. La couleur, la calligraphie, d’élégants dessins réalisés à la feuille de carbone rehaussent les pages et attirent le regard. Le contenu étonne tout autant. L’auteure utilise un ton personnel et poétique où s’harmonisent parfaitement mots et images. Alors que s’amorce la course folle des fêtes (les emplettes, le déploiement de l’arbre de Noël, etc.), nous découvrons les réflexions d’un homme qui s’interroge sur la vie qu’il mène et sur sa relation de couple. Différente, stimulante, rafraîchissante, cette lecture représente un répit bienvenu en cette période des fêtes, disons-le, assez stressante.

 

Esther Laforce recommande Esprit d’hiver de Laura Kasischke.

Un matin de Noël commençant par une pensée angoissante et un retard n’annonce pas une journée de réjouissances. Ce sont les premiers éléments de tension de ce roman à l’écriture envoûtante, au cours duquel une mère est confrontée à sa fille adolescente. La journée avance au rythme des souvenirs qui lui reviennent de l’inquiétant orphelinat de Sibérie où elle a adopté sa fille, quelques années plus tôt. Les invités se décommandant les uns après les autres pour le souper de Noël, empêchés par un blizzard de plus en plus intense, c’est à un huis clos étouffant que le lecteur est convié, un de ceux capables de prolonger jusqu’au milieu de la nuit une ou deux soirées du temps des Fêtes.

 

Gisèle Tremblay recommande Des histoires de lutins de Jean-Claude Dupont.

Je le confesse, avant de lire Des histoires de lutins, de Jean-Claude Dupont, j’étais peu sensible à l’existence des lutins québécois. Comme tout un chacun, certes, j’avais entendu parler de la traverse de lutins de Saint-Élie-de-Caxton. Que Fred Pellerin me pardonne cependant, avec tout Saint-Élie : je n’y croyais pas, pantoute! Et pourtant… Dans une langue savoureuse, Jean-Claude Dupont narre vingt courtes histoires de lutins, plus convaincantes les unes que les autres, joyeusement illustrées de ses propres tableaux. De Gaspésie, de l’Île-aux-Grues et d’ailleurs au Québec, les témoignages affluent à propos des tours et facéties de ces petits êtres malicieux et chapardeurs. J’ai appris que les lutins québécois adorent les chevaux, qu’ils sont maniaques d’ordre et s’adonnent volontiers aux tâches domestiques. Saviez-vous que les lutins beaucerons, notamment, excellent à préparer le sucre à la crème?

Écoutez aussi cet extrait d’entrevue accordée à Marie-France Bazzo par l’auteur afin de savoir ce que l’on offrait en cadeau au Québec au siècle dernier.

 

Jean-François Barbe recommande Iroquoisie de Léo-Paul Desrosiers.

L’auteur de cet ouvrage en quatre volumes nous plonge avec un talent extraordinaire dans la vie tourmentée de la Nouvelle-France, de ses origines à la Grande Paix de Montréal de 1701. Il nous montre que pendant presque toute cette période, la survie de la colonie découlera des relations entretenues avec les peuples iroquois, peu à peu réunis dans un cadre confédératif.

Ces peuples, Desrosiers les présente comme vivant dans des démocraties, avec des majorités et des minorités, et avec lesquels il est toujours possible de nouer des alliances en fonction des intérêts des uns et des autres. Car les intérêts des Iroquois ne concordent pas toujours avec ceux des Anglo-Américains (et avant eux, à ceux des Hollandais) qui veulent la disparition de la Nouvelle Carthage qu’est, à leurs yeux, la Nouvelle-France. Parfois, certains gouverneurs au talent et au tempérament de chefs d’État, comme Frontenac, agissent avec habileté afin de détacher les Iroquois de la grandissante emprise anglo-américaine. La Nouvelle-France respire alors… jusqu’à la prochaine crise. Parfois, des gouverneurs sans vision jettent l’Iroquoisie dans les bras de New York et de ses chefs. Et la Nouvelle-France retient alors son souffle… dans l’attente de la prochaine bataille.

Desrosiers a écrit son grand livre dans les années quarante et cinquante, alors qu’il était conservateur de la Bibliothèque municipale de Montréal. Et heureusement pour les lecteurs d’aujourd’hui, « la plupart des interprétations de Desrosiers ont généralement bien vieilli », signale l’historien Alain Beaulieu en introduction. En raison d’une force d’écriture peu commune, qui était celle d’un écrivain convaincu et convaincant, le lecteur sera tenu en haleine tout au long des 1400 pages du récit. En préface, l’historien et éditeur Denis Vaugeois promet que « dès les premières pages », le lecteur sera « en état de choc ». Il a raison : … je l’ai été et le suis toujours.

 

Marie-Eve Roch recommande Brendan et le secret de Kells de Tomm Moore.

Brendan et le secret de KellsAu Moyen Âge, Brendan, un orphelin, vit sous la protection de son oncle, qui dirige d’une main de fer une abbaye en Irlande. Afin de terminer un précieux livre d’enluminures, il doit braver les dangers hors de l’abbaye, aidé par Aisling, une fée de la forêt. Ce film, une véritable splendeur visuelle, a remporté le prix du public au Festival international du film d’animation d’Annecy en 2009. Son graphisme rappelle par moments, mais de façon très moderne, l’enluminure médiévale, mêlant verts tendres, rouges sombres et ocres lumineux, sur une musique envoûtante de Bruno Coulais et du groupe irlandais Kila. L’intrigue pleine de rebondissements captivera les enfants, qui s’attacheront aux personnages de Brendan et d’Aisling. Les plus petits éprouveront peut-être quelques frissons lors de certains passages mettant en scène des loups, des Vikings ou le Grand-Sombre. Pour d’autres idées de films d’animation à visionner durant les Fêtes, consultez cette bibliographie sur le site de l’Espace Jeunes.

 

Catherine Lévesque recommande Des pas dans la neige de Maryse Letarte.

Maryse_Letarte_Des_pas_dans_la_neigeChaque année, j’ai beaucoup de plaisir à retrouver ce disque de Noël dont les textes sont amusants et touchants. L’album Des pas dans la neige est magnifique! Maryse Letarte y propose des chansons originales sur le thème de Noël et sur cette période de fin d’année. Cela nous change des classiques de Noël même si on les aime beaucoup.

Dans Ô traîneau dans le ciel, elle demande : qu’est-ce que Noël a fait de nous? – et offre une réflexion sur notre façon de célébrer. Entre Noël et le jour de l’an nous raconte la douceur d’être en pyjama à la maison avec celui qu’on aime durant les vacances du temps des fêtes. L’année qui s’achève nous fait planer et nous invite à dresser un bilan de l’année qui se termine.

J’espère que cet album traversera le temps et deviendra, à sa façon, un classique de Noël pour bien des gens!

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BERTRAND, Frédérique, Déjà Noël, Noville-sur-Mehaigne, Esperluète, 2010.

DESROSIERS, Léo-Paul, Iroquoisie, Sillery, Septentrion, 1999.

DUPONT, Jean-Claude, Des histoires de lutins, Québec, Les éditions GID, 2014, 51 p.

DUPONT, Jean-Claude, Indicatif présent. Jean-Claude Dupont, Montréal, CBC/Radio-Canada, coll. « Ils ont dit… Moments choisis des archives de Radio-Canada : 235-1 », 1999.

KASISCHKE, Laura, Esprit d’hiver, Paris, Christian Bourgois, 2013, 275 p.

Aussi disponible en format numérique.

LETARTE, Maryse, Des pas dans la neige, Mont-Saint-Hilaire, Disques Artic, 2008.

MOORE, Tomm et Nora TWOMEY, Brendan et le secret de Kells (The Secret of Kells), France / Irlande / Belgique, Mongrel Media, 2008, DVD, 75 min.

Un classique en psychologie collective

par Jean-François Barbe

Après la bataille des plaines d’Abraham, « tout se recroqueville subitement, nous désintéresse jusqu’au sursaut des Patriotes de 1837. Puis vient la torpeur définitive : plus notre histoire se fait contemporaine, plus elle s’éloigne et devient brumeuse ».

L’auteur de ces lignes, Jean Bouthillette, est l’homme d’un seul livre – mais c’est tout un livre –, Le Canadien français et son double.

Publié en 1972, Le Canadien français et son double a été décrit par Pierre Vadeboncoeur comme « l’essai le plus pénétrant, le plus concis et en même temps le plus dramatique qu’on ait jamais écrit sur l’aliénation psychologique (et politique) des Canadiens français ».

Quarante ans plus tard, on le redécouvre à la faveur d’une conjoncture où la souveraineté, selon le titre du récent recueil d’articles de Serge Cantin, est « dans l’impasse ».

À la suite de Jean Bouthillette et de Fernand Dumont qu’il nous invite également à relire, Serge Cantin constate que les Québécois ont intériorisé le regard et le discours de l’Autre, celui du conquérant, celui du Canadian. Il en résulte une conscience de soi négative, retournée contre elle-même. Elle est sujette aux emprunts avec un « enthousiasme naïf ». C’est ainsi qu’en ayant adhéré au multiculturalisme canadian, affirme Serge Cantin, « les Québécois demeurent encore et toujours vulnérables aux entreprises de culpabilisation dont ils font régulièrement les frais ».

Pour sa part, dans son essai politique Derrière l’État Desmarais : Power, Robin Philpot s’inspire de Jean Bouthillette afin de brosser un décapant portrait de soi-disant élites, éternelles minoritaires, heureuses et fières de l’être, prospères mais sévères envers leurs concitoyens, également minoritaires.

Dans Ce peuple qui ne fut jamais souverain, Jean-François et Roger Payette veulent montrer, à partir du cadre conceptuel du Canadien français et son double, que la crainte de l’affrontement et le consentement à la minorisation folklorisée conduisent à un cul-de-sac. Ce qui menace la nation québécoise, disent-ils, c’est l’idéologie de la survivance, ou le fait de « vouloir se maintenir » comme seule perspective.

Identifiée par l’auteur du Canadien français et son double, cette « féroce envie de prendre congé de soi-même » existe. Il en est de même de cette « grande fatigue » et de « cette sournoise tentation de la mort », constate Robert Laplante, qui connaît bien ses classiques. Toutefois, ajoute ce dernier, « de puissants courants tentent de s’arracher à toutes ces formes de consentement à l’impuissance et au renoncement à la responsabilité pleine et entière ».

Selon Bouthillette, nous sommes en présence de courants de vie convergeant vers l’indépendance du Québec, laquelle, dit-il, nous rendra « universels d’emblée ».

BOUTHILLETTE, Jean, Le Canadien français et son double : essai, Montréal, l’Hexagone, 1989, 97 p.

En direct des classes de francisation

par Jean-François Barbe

Les journaux québécois sont tapissés de commentaires, de billets d’humeur et de blogues. Où sont donc passés les reportages sur le terrain visant à élargir notre compréhension des grands enjeux de l’heure? Curieusement, c’est en lisant le livre d’une … blogueuse, que j’ai eu l’agréable sentiment d’enfin lire un reportage digne de ce nom.

Enseignante en francisation auprès d’immigrants adultes depuis 2007, l’auteure connaît bien ses sujets : l’immigration, l’intégration et l’avenir de la langue française. Étant donné qu’elle est blogueuse au Journal de Montréal, Tania Longpré sait également s’exprimer.

Et comme elle dispose d’une bonne capacité de réflexion et d’indignation – ce qui est le contraire de la résignation ou du « confort et de l’indifférence » –, il en résulte un livre qui nous tient en haleine, du début à la fin.

L’auteure nous présente ainsi, comme s’y on y était, sa réalité professionnelle et celle de ses collègues enseignants en francisation auprès d’enfants, d’adolescents et d’adultes. À partir de l’expérience vécue, étayée de nombreux exemples, on se familiarise peu à peu avec des réalités sociopolitiques plus larges.

Dans bien des cas, dit-elle, les immigrants de première génération ne manifestent aucun intérêt à participer à la culture québécoise, ni même à parler français. L’ignorance des questions de l’heure est totale. Cet isolement volontaire s’explique notamment, dit-elle, par « notre échec à les intéresser adéquatement à notre société », découlant entre autres choses de la forte influence des partisans du multiculturalisme.

Une autre source de cet échec résiderait dans la concurrence des services gouvernementaux fédéraux. Les agents d’immigration de Citoyenneté et Immigration Canada présentent le Canada comme un pays anglophone et le Québec comme une province aux racines francophones folklorisantes; les papiers officiels remplis à l’aéroport Montréal-Trudeau sont en anglais; la moitié des décisions rendues par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada à Montréal sont en anglais, etc.

En conséquence, poursuit l’auteure, « c’est souvent dans la deuxième ou même la troisième génération qu’on pourra voir un début d’intégration ».

L’auteure préconise notamment d’augmenter les ressources financières consacrées à la francisation. Actuellement, les immigrants qui s’inscrivent dans des classes de francisation de 30 heures par semaine touchent environ 120 $ par semaine, ce qui « ne peut pas rivaliser avec le salaire qu’un nouvel arrivant peut se faire au travail ».

Elle signale aussi qu’il faudrait mettre à jour le matériel d’enseignement, « vieillot et mal adapté », tout en multipliant les cours de francisation dans les entreprises. Elle ajoute que la formation devrait inclure des volets histoire, culture et citoyenneté de façon à favoriser l’apprentissage de codes culturels de base, ce qui permettrait par exemple de mieux se préparer à des entrevues d’emploi où il faut parler de soi, ce qui, dit-elle, est mal perçu dans certaines cultures africaines.

L’auteure estime aussi qu’il faut franciser les lieux de travail en appliquant la Charte de la langue française aux entreprises de moins de cinquante employés, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle.

Elle pense également que le Québec devrait faire comme les pays à forte affluence migratoire que sont l’Australie, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, et exiger des immigrants la connaissance de la langue française avant de s’installer ou, à tout le moins, un engagement ferme d’apprentissage de la langue dans un délai fixe de quelques années.

LONGPRÉ, Tania, Québec cherche Québécois pour relation à long terme et plus : comprendre les enjeux de l’immigration, Montréal, Stanké, 2013, 199 p.

Un retour sur le « siphonneur » de la Caisse

par Jean-François Barbe

De 2002 à 2008, Henri-Paul Rousseau a été président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec, une institution qui gère notamment les fonds de la Régie des rentes du Québec.

Quelques mois après son départ, la Caisse a déclaré une perte de 39,8 milliards de dollars, principalement en raison de l’écroulement du marché du papier commercial adossé à des actifs, le fameux PCAA.

Cette somme représentait près du quart de l’actif sous gestion de la Caisse. Autrement dit, du jour au lendemain, la Caisse perdait le quart de sa valeur.

Or, cette catastrophe n’a pas atteint Henri-Paul Rousseau. Bien au contraire.

Même s’il est parti de son plein gré, il a reçu une indemnité de départ de 378 750 $ et il a été rapidement embauché par Power Corporation, avec une rémunération annuelle d’environ 1,5 million de dollars.

Au terme d’un discours traitant de son rôle dans l’histoire de papier commercial prononcé en mars 2009 à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, il aura droit à une ovation debout de l’auditoire. Seul Pierre-Karl Péladeau de Québecor s’en indignera.

Comment expliquer que 40 milliards de dollars aient ainsi disparu? Pourquoi Henri-Paul Rousseau a-t-il été recruté par Power Corporation et applaudi par la Chambre de commerce?

Est-ce que cela fait partie des « mystères de la vie », pour reprendre l’expression (vraiment) utilisée par Henri-Paul Rousseau pour expliquer ses achats massifs de papier commercial?

Non, il n’y a pas là « mystère de la vie », affirme l’auteur de ce livre, un des très rares observateurs de la chose publique à s’être posé des questions sur ces événements.

L’auteur, Richard Le Hir, estime que Henri-Paul Rousseau a tout d’abord accumulé beaucoup de crédit politique en « recentrant » la mission de la Caisse sur ce qu’il présentait comme le rendement financier. Avant son arrivée, la Caisse avait un double mandat, très affirmé, à la fois axé sur le rendement financier et sur le développement économique du Québec, ce qui impliquait d’importants investissements dans des entreprises québécoises.

Selon l’auteur, c’est « l’obsession du rendement » qui aurait amené Henri-Paul Rousseau à acheter à pleines poches un produit financier spéculatif, le PCAA, ainsi qu’à utiliser les leviers de l’emprunt, comme le font les fonds spéculatifs (hedge funds) ou les joueurs de casino afin de maximiser leurs rendements potentiels.

De plus, poursuit l’auteur, soutenu par une campagne de presse bien menée, Henri-Paul Rousseau a voulu faire un soi-disant « ménage » à la Caisse, en éliminant des aspects importants de ce que ses prédécesseurs avaient bâti. Des gestionnaires d’expérience ont été congédiés. La Caisse a aboli des structures de gestion. Elle a mis fin aux mandats internationaux en confiant ces mêmes mandats à des firmes externes. Huit bureaux de la Caisse à l’étranger ont été fermés.

Le but de ce soi-disant « ménage » était double, affirme l’auteur. Premièrement, « empêcher qu’à l’avenir, le Québec soit en mesure de voir son entrée dans le cercle des États souverains facilitée par les relations extérieures de la Caisse de dépôt ». Deuxièmement, en rétrécissant le mandat de l’institution, ouvrir la voie à son éventuel démantèlement au profit de gestionnaires privés d’actifs lesquels, comme Power Corporation, attendraient leur heure afin de récupérer ses mandats de gestion. Car, se demande l’auteur, pourquoi l’État devrait-il gérer un fonds d’investissement pur? S’il n’y a pas de logique de développement économique inhérente à son action, le privé devient alors mieux placé pour faire de la gestion d’actif. Ou du moins, telle est l’argumentation que l’on risque d’entendre au cours des prochaines années.

Les deux derniers chapitres du livre veulent illustrer la toile d’influence que tisse Power Corporation à travers le conseil d’administration et la direction de l’institution sous son PDG actuel, Michael Sabia.

Afin de préparer son essai, Richard Le Hir s’est beaucoup inspiré d’un livre précédemment écrit par Mario Pelletier, La caisse dans tous ses états. Il le cite abondamment. Paru en 2009, ce livre de Mario Pelletier a presque été étouffé par une mise en demeure de la Caisse de dépôt visant à le retirer des librairies.

Il est à souhaiter que Henri-Paul Rousseau, le siphonneur de la Caisse de dépôt donne une seconde vie à La caisse dans tous ses états, un livre qui mérite d’être lu et débattu par tous ceux qui s’intéressent à l’avenir du Québec.

LE HIR, Richard, Henri-Paul Rousseau, le siphonneur de la Caisse de dépôt, Montréal, Michel Brûlé, 2014, 239 p.

Un beau livre sur Louis Cyr

par Jean-François Barbe

Illustré de magnifiques photos tirées du très beau film de Daniel Roby, Louis Cyr, l’homme le plus fort du monde se feuillette au gré de ses humeurs. On peut se laisser porter, quelques minutes ou davantage, bien assis dans son fauteuil préféré, en buvant ce qu’il nous plaît de boire.

C’est le sens que les Américains donnent à l’expression difficilement traduisible de coffee table book. Sans le remords de conscience qui nous assaille lorsque notre regard s’attarde sur les piles de livres qu’on n’a pas encore lus, on laisse allègrement traîner ce type de livres – généralement des grands formats -, sur un coin de table en attendant d’avoir le temps d’en parcourir un passage au hasard.

Mais il y a tout de même un peu plus que cela. Car ce livre comporte une introduction mettant suffisamment en relief le sens de la vie de Louis Cyr, vu comme la plus grande des légendes québécoises et le symbole de la fierté d’un peuple.

Petit rappel. Habitant à Lowell, au Massachusetts, à partir de 1878, Louis Cyr a été le témoin du dur combat, pour leur survie individuelle et collective, de ceux qui s’appelaient alors des Canadiens français. Il travaille dans une usine de textile, comme des milliers de ses concitoyens à une époque où le Québec doute énormément de son avenir en tant que nation, ne pouvant donner du travail à ses fils et à ses filles, et les voyant partir aux États-Unis par centaines de milliers, par villages entiers.

Le livre montre qu’un jour, après avoir été la cible d’une injure raciale visant l’ensemble des Canadiens français (scum of the earth), Louis Cyr est mis au défi de soulever une énorme pierre de plus de 500 livres. Il réussit l’exploit, clouant le bec de l’Irlandais provocateur

On verra alors, en tournant les pages de ce beau livre, que Louis Cyr s’est découvert tel qu’en lui-même, c’est-à-dire en homme fort qui ne plie pas, qui répond avec fermeté et dignité à l’injustice et aux provocations, et qui « ne triche jamais ». En lui, un peuple déchiré se reconnaîtra.

Les magnifiques photos du livre sont parfois enrichies de quelques phrases judicieusement choisies, qui nous font découvrir une foule de petites choses. Par exemple, on apprend que le cirque de 150 employés créé par Louis Cyr était à la fine pointe de l’innovation technologique puisqu’il a utilisé le premier « appareil cinématographique destiné à visualiser une oeuvre photographique en lui donnant l’illusion du mouvement ».

En tournant et en retournant les pages, on constate aussi à quel point nos acteurs ont du talent. Les photos « prouvent », en quelque sorte, que l’interprète de Louis Cyr, Antoine Bertrand, est d’une vérité absolument hors du commun.

Ce plaisir pour les yeux et pour l’esprit, vous pourrez vous aussi le partager pendant au moins trois semaines, en passant au niveau 1 de la Grande Bibliothèque afin d’emprunter à votre tour Louis Cyr, l’homme le plus fort du monde. Un étage à fréquenter, pour qui aime les beaux livres.

BEAULIEU, Victor-Lévy, Éric MYRE et André MORIN, Louis Cyr, l’homme le plus fort du monde, Paroisse Notre-Dame-des-Neiges, Éditions Trois-Pistoles, 2014, 283 p.

Les clowns thérapeutiques

En lisant Clowns d’hôpitaux, c’est du sérieux!, j’ai découvert un art d’une délicatesse infinie. Ces clowns sont de grands équilibristes qui se promènent sur une ligne très mince entre le drame de la maladie ou de la vieillesse et leur désir d’apporter de la légèreté sans tomber dans le ridicule. Le rôle des clowns thérapeutiques est de soulager, d’apporter du réconfort, de la compassion et, souvent, de faire sourire voire rire les patients!

Cela exige d’eux de nombreuses qualités. D’abord, une grande ouverture d’esprit, une sensibilité et un doigté hors du commun. Ensuite, une imagination et un sens de l’improvisation dignes des plus grands acteurs, car ils doivent composer avec les divers éléments que chaque situation présente.

À partir des commentaires d’un patient, de son attitude ou d’un objet de sa chambre, les clowns saisissent l’occasion d’établir un lien vers une histoire, un sketch, une chanson ou une conversation qui stimulera l’imaginaire du patient et lui fera momentanément oublier son quotidien difficile.

C’est avec émerveillement que je lis les récits de Michèle Sirois, comédienne professionnelle et clown d’hôpital. Avec beaucoup de finesse et un sens du portrait, elle raconte ses histoires uniques vécues auprès de personnes âgées ou d’enfants malades.

On comprend que ce travail joue un rôle d’une grande importance auprès d’eux, car il vient éclairer leur vie magnifiquement! Quelquefois, la visite des clowns d’hôpitaux est le seul rayon de soleil de la journée, parfois même de la semaine!

Loin d’infantiliser, comme certains peuvent le croire, les clowns thérapeutiques font appel à l’imaginaire, à l’intelligence et à la mémoire des patients grâce à leurs interventions. Ce sont souvent les patients eux-mêmes qui dictent les scénarios aux clowns, car ils connaissent leurs besoins. Les clowns doivent se laisser guider par leur légèreté et leur sens de l’exagération pour entrer dans le jeu. Au fil des rencontres, la complicité grandit.

Pour pratiquer cet art, Michèle Sirois suggère de suivre d’abord une formation de clown afin de découvrir celui qui nous habite (www.formationclown.com). Il s’agit d’utiliser nos défauts et nos failles, puis de les caricaturer. Cela semble très libérateur au dire de l’auteur!

Les clowns thérapeutiques existent dans plusieurs pays. Au Québec, ils sont engagés par l’organisme Jovia (www.jovia.ca).

 

SIROIS, Michèle, Clowns d’hôpitaux, c’est du sérieux!, Montréal, Éditions La Semaine, 2014, 204 p.

Une famille d’influence, les Desmarais

S’appuyant sur l’immense fortune et sur l’influence de Power Corporation, la famille Desmarais « a fait et défait les gouvernements du Québec et du Canada depuis près de 40 ans », affirme Robin Philpot, l’auteur de Derrière l’État Desmarais : Power.

Afin d’écrire cet essai politique portant sur les origines et le développement de ce conglomérat, sur le rôle et les ambitions de ses dirigeants au Québec, ainsi que sur leurs positions politiques que les rebuffades de Bay Street n’ont jamais entamées, Robin Philpot a extrait jusqu’à la dernière goutte (ou virgule) les information publiques contenues dans les très, très rares entrevues et interventions publiques du fondateur de Power, Paul Desmarais, y compris ce que l’auteur présente comme étant la version non censurée  d’une entrevue donnée en 2008 à l’hebdomadaire français Le Point.

Parfois, quelques mots suffisent pour esquisser un portrait, comme cette phrase de Paul Desmarais : « je ne veux pas dépendre d’un gars dans un coin qui va voter contre moi ». Ou encore, « même en y réfléchissant bien, je ne trouve rien que j’ai commencé… Commencer à zéro, c’est trop lent pour moi », ce qui est la clé de la compréhension de cet empire, bâti par des maîtres de l’ingénierie financière adossée sur l’État grâce à l’interconnexion des réseaux de pouvoir. Power Corporation, dit l’auteur, n’aurait pas existé sans la nationalisation de l’électricité, au Québec et au Canada, dans les années 60.

Ce portrait, l’auteur le brosse aussi à l’aide d’entrevues réalisées avec des connaisseurs du pouvoir économique, qui préfèrent rester dans l’ombre par crainte de représailles. L’auteur reconnaît également sa dette intellectuelle envers les auteurs des incontournables biographies des grands acteurs politiques québécois, Daniel Johnson père, René Lévesque et Jacques Parizeau.

D’une façon générale, dit Philpot, Power Corporation incarne cette définition classique du pouvoir : « empêcher que son nom apparaisse dans les journaux » tout en « provoquant des événements importants et en empêchant les médias d’en parler »!

Il faut dire que la famille Desmarais a les moyens de ses ambitions. Avec la compagnie Gesca, une entité de Power Corporation, elle contrôle 70 % de la presse écrite québécoise, à laquelle s’ajoute la fameuse « convergence » entre Gesca et Radio-Canada. Comme d’autres avant lui, tel l’ancien ministre Joseph Facal, l’auteur en déduit que les choix de carrière des journalistes en sont singulièrement réduits.

L’auteur souligne aussi la féroce opposition des Desmarais au dévoilement des états financiers de Gesca, réclamé pendant des années par le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC). Contrairement à ses compétiteurs, comme Québecor, Gesca refuse de les rendre publics, ce qui pourrait s’expliquer par leur nature déficitaire. Mais s’ils sont déficitaires, se demande-t-il, à quoi peut bien servir Gesca?

Mis à part Gesca et ses journaux peut-être déficitaires, Power Corporation n’est plus présente dans l’économie du Québec depuis la fin des années 80, à la suite de la vente de la Consolidated-Bathurst pour 2,6 milliards de dollars à des intérêts américains. La « Consol » aurait pu devenir la colonne vertébrale de la restructuration et de la modernisation de l’industrie québécoise des pâtes et papier, mais cette vente a empêché la réalisation de ce scénario auquel oeuvrait, notamment, nul autre que Jacques Parizeau.

Au Canada, Québec inclus, les activités de Power Corporation sont presque totalement concentrées dans les secteurs de l’assurance de personnes, ainsi que dans la gestion et la distribution de fonds communs de placements, par l’entremise des compagnies dont les sièges sociaux sont situés au Manitoba et en Ontario.

Toutefois, après la vente de la « Consol », la famille a longtemps fait savoir qu’elle attendait le moment propice pour revenir sur la scène économique québécoise.

Selon Philpot, ce moment pourrait bien approcher- … et, dit l’auteur, ça ne constituerait pas une bonne nouvelle.

Car si la famille Desmarais pense que le mouvement indépendantiste est mort, totalement démoralisé par ses campagnes de presse, elle pourrait alors investir des milliards de dollars dans l’achat de la Banque Nationale – le cœur du Québec inc. –, et éventuellement, dans l’hydro-électricité si bien sûr Hydro-Québec venait à être privatisée.

S’inspirant de Jean Bouthillette et de son magistral Le Canadien français et son double, Robin Philpot estime que Power Corporation est dirigée par des gens heureux de jouer le rôle des « éternels minoritaires », prospères mais sévères avec leurs co-minoritaires, et ce, afin d’être acceptés par l’establishment canadien, malgré les rebuffades des prises de contrôle avortées de la société de gestion Argus et du Canadien Pacifique. Pour ces éternels minoritaires, « le français se parle à la maison, l’anglais, partout ailleurs ». Et dans les mains d’un groupe ultra-fédéraliste comme Power Corporation, la Banque Nationale ne pourrait plus servir de contrepoids à Bay Street. Philpot pense que cela signerait la fin du pouvoir économique québécois.

PHILPOT, Robin, Derrière l’État Desmarais : Power, Montréal, Baraka, 2014, 221 p.

Aussi disponible en format électronique.

Le français, langue commune ?

par Jean-François Barbe

Le sujet n’est pas facile : l’anglicisation de Montréal et, par conséquent, celle du Québec.

Démographe à l’Université d’Ottawa, l’auteur a publié un certain nombre de chroniques sur l’avenir du français dans les pages du mensuel indépendantiste L’Aut’ Journal. Ce livre en réunit une vingtaine, publiées entre 2011 et 2013.

L’auteur constate qu’il règne, au Québec, une « atonie » face à la « déroute du français », qui est partiellement due à la crainte « d’être accusé de surdramatiser ».

Son analyse ne réchauffera certes pas le coeur de ceux qui se souviennent de la Charte de la langue française (aussi appelée loi 101) et de son objectif premier – qui selon l’auteur devrait aller de soi  -, à savoir que le français soit « la langue normale et habituelle du travail, de l’enseignement, des communications, du commerce et des affaires ». Car, quarante ans plus tard, ce projet reste, constate-t-il, « inachevé ».

Dans la métropole, écrit-il, « l’anglais demeure plus souvent que le français la langue des communications entre francophones et anglophones dans les grandes entreprises ». À l’aide de données statistiques, il démontre les ravages de l’assimilation linguistique survenue à Montréal au cours de la dernière décennie.

L’auteur constate également que la maîtrise du français « reste moins payante pour un immigrant que celle de l’anglais ». Et que l’accès automatique à l’école anglaise pour les migrants du reste du Canada est en train de « transformer l’Outaouais en une succursale de l’Ontario ».

Afin de contrer l’anglicisation, l’auteur propose notamment d’étendre la portée de la Charte aux cégeps.

Il  propose surtout d’être conscient du rapport de force linguistique actuel et d’agir afin que le français devienne, une fois pour toutes, la langue de communication au Québec.

Comme l’écrit en préface le sociologue Guy Rocher, « À lire, de toute urgence! ».

CASTONGUAY, Charles, Le français langue commune : projet inachevé, Montréal, Éditions du renouveau québécois, 2013, 150 p.

Une coalition à rebâtir

par Jean-François Barbe

Tout juste avant les dernières élections, Martin Lemay a publié ce livre sur l’avenir du projet indépendantiste. Député du Parti québécois (PQ) dans Sainte-Marie-Saint-Jacques de 2006 à 2012, il s’interroge sur la « stagnation  » du projet indépendantiste qui résulterait, selon lui, de l’hégémonie de la « gauche progressiste ».

PQ et Bloc québécois, dit l’auteur, se sont mis à ressembler à Québec solidaire (QS) par « hantise de se faire dépasser idéologiquement sur leur gauche ». Ne se retrouvant plus dans les discours et les engagements des grands partis indépendantistes, les électeurs « centristes, droitistes et conservateurs » se seraient mis à déserter le navire.

Mais étant donné que ce livre a été publié avant les élections, il ne traite pas des effets – qui ne semblent pas s’être faits sentir – du recentrage, effectué sous Pauline Marois, autour des enjeux identitaires. Ce recentrage peut-il être poursuivi? Et qu’arriverait-il à la pérennité du projet indépendantiste si le PQ laissait à QS tout l’espace politique dit de « gauche »?

En parallèle à cet essai sur la stratégie politique, l’auteur traite, en deux chapitres qui se lisent par eux-mêmes, des dérapages de la « gauche progressiste » dans les médias, les universités et les partis politiques. Telle sociologue d’université demande au Conseil de presse et au CRTC d’infliger « des sanctions beaucoup plus sévères envers certains médias aux couvertures négatives »; tel chroniqueur de livres considère « affligeant » de constater que des discours d’auteurs de droite (Joanne Marcotte, Éric Duhaime) trouvent « tant de tribunes »; telle personnalité politique tance d’incorrigibles bavards dissipés (qui ne sont évidemment pas de son camp) en les qualifiant « d’intolérants et de racistes », etc., etc.

Ce qui illustrerait que le Québec reste prisonnier d’un passé refoulé, celui du magistère des curés et soeurs supérieures d’antan.

LEMAY, Martin, L’union fatale : comment l’union entre la gauche et le mouvement indépendantiste compromet l’indépendance du Québec, Boisbriand, Accent Grave, 2014, 206 p.

Dans le carnet de l’avocat d’Accurso

On peut vivre dans le plus parfait anonymat si on a « un vaste domaine avec un golf magnifique et un aéroport privé, une multitude de serviteurs pour recevoir en grande pompe qui on veut, politiciens indigènes ou étrangers, banquiers et tutti quanti » écrit l’auteur, faisant référence à la puissante famille Desmarais, propriétaire d’un domaine de 76,3 km² en Charlevoix et de sept quotidiens, dont La Presse.

En revanche, poursuit-il, « ça ne passe pas » si on est propriétaire d’un bateau de 120 pieds avec une décoration intérieure à faire hurler les résidents du Plateau et qu’on porte un nom d’origine italienne. Voilà pourquoi, selon l’auteur, Tony Accurso serait devenu cette « proie facile pour les gardiens de la pureté dont le Québec détient sans doute le nombre record mondial par habitant ».

Écrit par l’avocat défenseur d’Accurso, ce récit porte un regard ironique sur les journalistes qui en ont fait leur cible. Par exemple, un de ceux-ci ne semble pas le reconnaître lors d’une rencontre inopinée dans une épicerie de la Petite-Patrie. Deux journalistes de la société d’État annoncent en direct l’avoir vu lors des funérailles d’un mafieux montréalais alors qu’il se trouvait à Hawaï, etc., etc.

Cela dit, le récit manque de substance. L’auteur mentionne, avec raison, que les entreprises d’Accurso ont enrichi un bas de laine de travailleurs en augmentant le rendement du Fonds de solidarité. Toutefois, Tony Accurso est en attente d’un procès pour fraude et corruption, une situation qui n’est pas à prendre à la légère et qui aurait été impossible sans l’acharnement de certains de ces « gardiens de la pureté » à l’indignation asymétrique.

DEMERS, Louis, Scènes d’une époque trouble : carnet d’un avocat, Montréal, Liber, 2014, 149  p.

Peut-on être malade et heureux?

Je crois que notre attitude y fait beaucoup dans notre appréciation de la vie, surtout lorsque nous sommes malades. Lucie Mandeville, auteur, conférencière et professeur de psychologie à l’Université de Sherbrooke, a accompagné son père dans sa lutte contre le cancer durant les dernières années de sa vie.

Bouleversée par cette tranche de vie, elle a cherché à donner un sens à cette expérience douloureuse en écrivant Malade et… heureux? Huit attitudes qui ont transformé des vies (et qui pourraient changer la vôtre). Elle s’est intéressée aux histoires de gens gravement malades qui ont réussi à transcender la maladie par leur attitude. Elle a regroupé ces histoires de patients sous huit caractéristiques : les optimistes, les rusés, les bons vivants, les paisibles, les increvables, les fervents, les sociables et les courageux. Car si la médecine peut aider à lutter contre la maladie, il faut autre chose pour se refaire une santé.

Lucie Mandeville présente des histoires de patients qui nous surprennent et nous touchent. Tous ont trouvé des façons différentes de profiter de la vie pendant qu’il leur en reste encore. Le but de l’auteur : nous inspirer et nous donner envie de goûter la vie davantage sans attendre d’être malade pour prendre conscience de ce qu’elle a à nous offrir.

Ce peut être en étant plus proche de soi, de sa famille et de ses amis; en faisant des activités que nous aimons; en se donnant de nouveaux défis; en ayant une vie plus saine ou en cultivant le plaisir et la paix intérieure. Cette lecture nous éloigne de la performance pour nous ramener aux choses simples et à l’essentiel. Cela fait du bien.

Les pages les plus marquantes portent sur le bilan d’une infirmière australienne, Bronnie Ware, qui a passé plusieurs années à s’occuper des mourants. Elle a établi un palmarès de leurs cinq grands regrets à partir de leurs confidences. La peur est à l’origine de la plupart de ces regrets. À cause d’elle, les gens disent « j’aurais donc dû »…

Voici donc les cinq grands regrets des mourants :

  • ne pas avoir eu le courage de vivre sa vie à son image et d’avoir reporté ses rêves aux calendes grecques;
  • avoir passé autant de temps à travailler;
  • ne pas avoir eu l’audace d’exprimer ses sentiments;
  • ne pas avoir mis le temps et les efforts nécessaires pour garder le lien avec les amis d’antan;
  • ne pas avoir réalisé que le bonheur est un choix et s’être contenté d’une vie moins audacieuse à cause de la peur du changement et de vieilles habitudes. 

« Confucius disait qu’on a deux vies. La deuxième commence quand on se rend compte qu’on en a une seule[1]. »

 


[1] MANDEVILLE, Lucie, Malade et… heureux? Huit attitudes qui ont transformé des vies (et qui pourraient changer la vôtre), Montréal, Éditions de l’Homme, 2014, page 238.

Le Québec d’hier en cartes postales

Composé de reproductions d’affiches touristiques et de cartes postales portant sur le Québec, du XIXe siècle jusqu’à la fameuse Expo 67, ce livre résulte de la collaboration de deux chercheuses de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) et d’un professeur à l’École de design de l’Université du Québec à Montréal. La moitié des images provient des collections de BAnQ et une partie est accessible sur le portail de la bibliothèque.

Comme l’écrit en préface Guy Berthiaume, PDG de l’institution, ces productions graphiques « sont à la fois des expressions du phénomène touristique et les témoins de son histoire ». Car s’il y a une chose qui étonne, c’est bien la prépondérance de l’anglais, la langue de communication des concepteurs publicitaires d’avant le grand réveil des années soixante.

Une partie de l’explication de cet étrange phénomène tient aux valeurs culturelles des dirigeants des compagnies – Canadian Pacific, Canadian National Railways, Canada Steamship Lines – qui ont créé ces affiches. Petit retour sur le passé: en novembre 1962, le président du Canadian National affirme qu’il ne peut pas trouver un seul Canadien français en mesure d’occuper un des 28 postes supérieurs de l’entreprise. Cette déclaration « éclate comme une bombe » et provoque « une flambée de manifestations dans à peu près tous les coins du Québec », écrivent les auteurs de Canada-Québec : synthèse historique, 1534-2010. Mais cela est une autre histoire!

CHOKO, Marc H., Michèle LEFEBVRE et Danielle LÉGER, Destination Québec : une histoire illustrée du tourisme, Montréal, Éditions de l’Homme, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2013, 252 p.

Fin de la Nouvelle-France

par Jean-François Barbe

L’illustration de la couverture de La fin de la Nouvelle-France provient d’un tableau du peintre américain Benjamin West. L’œuvre met en scène le baron de Dieskau, un officier français blessé à la jambe lors de la bataille du lac George (auparavant lac Saint-Sacrement). La ferme magnanimité de l’officier de l’armée britannique William Johnson sauve, in extremis, le baron aux cheveux poudrés, vieilli, défait, terrifié, du tomahawk d’un Mohawk désireux de le scalper, sous l’œil à la fois attentif et détaché de deux tuniques rouges.

Cette spectaculaire illustration sert également de couverture au catalogue de la très intéressante exposition Clash of Empires en cours à Pittsburgh, portant sur la grande guerre continentale de 1754-1763 « contre les Français et les Indiens », le pendant américain de la guerre de Sept Ans, connue ici sous le terme de guerre de la Conquête.

Ce tableau constitue une pièce d’anthologie de propagande politique. Parce que Benjamin West y fait « converger l’impérialisme héroïque moderne et la vertu guerrière classique », il participe de plain-pied à la construction de l’imaginaire de « l’empire anglophone héroïque », comme l’écrit Steffen Mark Caffey dans sa thèse de doctorat An Heroics of Empire: Benjamin West and Anglophone History Painting 1764-1774.

Un imaginaire qui prend racine à cette époque. Auteur du texte d’ouverture de La fin de la Nouvelle-France, l’historien britannique Jeremy Black conclut que c’est à la fin de la guerre de Sept Ans que « l’Angleterre devint une puissance mondiale, changeant ainsi le cours de l’histoire du monde ».

Recueil de 24 textes, ce livre donne l’occasion de se familiariser avec d’importants chercheurs du domaine … et donne surtout le goût de lire (ou relire) leurs livres! Retenons-en deux: l’historien Denis Vaugeois et le sociologue Denys Delâge.

Denis Vaugeois traite du « rôle méconnu » de William Johnson, cette figure clé de l’empire anglophone héroïque de Benjamin West. Homme de Londres à titre de surintendant des affaires indiennes avant d’être major général, Johnson avait oeuvré à l’affaiblissement du réseau d’alliances amérindiennes de la Nouvelle-France, le dispositif central de la survie de la jeune colonie de 70 000 individus. Denis Vaugeois évalue l’impact de son action comme ayant été le « point tournant » de la guerre de la Conquête.

Pour sa part, Denys Delâge présente le chef outaouais Pontiac (ou Pondiac) comme chef militaire d’une guerre d’indépendance amérindienne, menée des Grands Lacs jusqu’en Louisiane, à la suite à de la défaite du « mauvais père » Onontio. Pontiac fut assassiné et son peuple, victime d’une guerre bactériologique préparée par le général Jeffery Amherst, celui-là même dont le nom a été donné à une rue située à quelques pas de la Grande Bibliothèque. En revanche, une partie des 200 000 Amérindiens de l’ouest des Appalaches a pu, grâce à Pontiac, faire échec à l’expropriation forcée sans compensation, signale Denys Delâge.

Respectivement cartothécaire à BAnQ Rosemont–La Petite-Patrie et coordonnateur à BAnQ Québec, Jean-François Palomino et Rénald Lessard font partie des contributeurs de cet ouvrage collectif. Le premier s’est fait connaître par sa collaboration à la rédaction de l’atlas historique La Mesure d’un continent (ouvrage préparé en collaboration avec Bibliothèque et Archives nationales du Québec), que les préfaciers et éditeurs intellectuels de La fin de la Nouvelle-France qualifient de « remarquable ». Le second a notamment écrit un livre sur l’histoire de la médecine en Nouvelle-France. Chapeau bas, collègues!

FONCK, Bertrand et Laurent VEYSSIÈRE (dir.), La fin de la Nouvelle-France, Paris, Armand Colin, Ministère de la Défense, 2013, 499 p.

STEPHENSON, R. Scott, Clash of empires: the British, French & Indian War, 1754-1763, Pittsburgh, Senator John Heinz Pittsburgh Regional History Center, 2005, 108 p.

Saluerons-nous le jour?

par Jean-François Barbe

Les fulgurances de « celui dont il est devenu assez risqué de parler, à moins que ce ne soit bien sûr pour en dire du mal » ont intéressé Gaston Miron – lors des dernières années de sa vie.

« Nous appartenons à ce petit groupe des peuples sur la terre au destin d’une espèce particulière : l’espèce tragique. Pour eux, l’anxiété n’est pas de savoir si demain ils seront prospères ou malheureux, grands ou petits, mais s’ils seront ou ne seront pas, s’ils se lèveront pour saluer le jour ou rentrer dans le néant. »

Ces propos de Lionel Groulx, « à rapprocher de Kundera », Miron les redécouvre dans le climat morose des accords de Charlottetown endossés par Robert Bourassa, indique l’auteur de Gaston Miron : la vie d’un homme. Le biographe signale qu’après les échecs référendaires, Miron pense que les Québécois forment un « peuple qui a choisi de ne pas naître ».

Près de vingt ans plus tard, les réflexions et les recherches sur les référendums perdus – et dans le dernier cas « volé », selon l’expression de Robin Philpot – ne sont pas légion. Il n’est pas simple de penser que parmi les 190 référendums sur la souveraineté tenus dans le monde entre 1791 à 2009, deux des trois échecs se sont produits au Québec, le troisième ayant eu lieu à Chypre en 2004, selon une recherche citée par Pierre Drouilly, préfacier du livre Ce peuple qui ne fut jamais souverain.

Deux générations plus jeune que Gaston Miron, Mathieu Bock-Côté n’esquive pas la portée de ces événements lourds de sens. Et il ne renie pas, non plus, la force qui les sous-tend.

Autrement dit, il ne vit pas en faisant comme si de rien n’était, au milieu du « provincialisme rassurant » d’une patrie en voie de « louisianisation » comme l’écrivent les auteurs de Ce peuple qui ne fut jamais souverain en parlant de la tentation du  « suicide politique des Québécois ».

Dans une langue très claire, Bock-Côté traite dans Exercices politiques de grands sujets de l’heure: le multiculturalisme vu comme « l’art de se draper dans le monopole de la vertu »; la démocratie et la tentation autoritaire de faire taire les Djemila Benhabib de ce monde; les médias sociaux; la démagogie populiste qui veut faire croire qu’il suffit d’un peu de pression sociale pour garantir une « juste » redistribution des ressources; et la nouvelle droite, l’envers de la médaille « gauche de la gauche » par rapport à la citoyenneté nationale.

Dans le dernier tiers du livre, intitulé « Demain l’indépendance? », Bock-Côté s’y présente comme étant un « souverainiste pessimiste » ce qui, dit-il, n’a rien à voir avec le désespoir « qui s’enferme dans la certitude du déclin ». Il se décrit comme faisant partie des indépendantistes « gardiens d’une espérance, d’un idéal auquel les Québécois ne peuvent pas renoncer sans s’abîmer intérieurement, mais auquel ils ne sont pas prêts à consentir politiquement pour l’instant ».

Mais comme le constate l’auteur, dans certaines circonstances, les choses peuvent changer du tout au tout et l’idéal, mû par ces gardiens de l’espérance, devenir réalité. C’est ce qu’a montré, dit-il, l’émergence du Parti conservateur canadien, issu de la mouvance réformiste de l’Ouest ou encore la fin de l’Union soviétique. Le dernier exemple est très frappant, considérant que cette société était décrite à la fin des années 70 comme étant stable et de nature « participative » par un politologue américain de renom.

Initialement publiés dans un blogue du Journal de Montréal, les textes d’Exercices politiques gagnent d’avoir été rassemblés dans un livre. D’une longueur de cinq à dix pages, ils se lisent plus facilement que sur l’interface d’un journal électronique et font découvrir un esprit critique qui lit, qui réfléchit et qui écrit afin d’être compris par ses lecteurs. Très plaisant!

BOCK-CÔTÉ, Mathieu. Exercices politiques, Montréal, VLB éditeur, 2013, 384 p.

HOUGH, Jerry F. How the Soviet Union is Governed, Boston, Harvard University Press, 1979, 679 p.

NEPVEU, Pierre. Gaston Miron : la vie d’un homme : biographie, Montréal, Boréal, 2012, 900 p.

PAYETTE, Roger et Jean-François Payette. Ce peuple qui ne fut jamais souverain : la tentation du suicide politique des Québécois, Anjou, Fides, 2013, 276 p.

PHILPOT, Robin. Le référendum volé, Montréal, Les Intouchables, 2005, 205 p.

Lettres urbaines

Beaucoup mieux que d’autres villes américaines, Montréal possède ce don singulier d’aviver les élans créateurs chez des écrivains de tous les horizons. N’est-elle pas pourtant une cité insaisissable, qui peut surprendre par ses inégalités, par son inconstance, par la diversité de son architecture, de sa composition sociale et linguistique? Nous pouvons être étonnés que notre incapacité à tracer un portrait homogène de la métropole soit au contraire, pour les écrivains, une source même de stimulation.

Dans Montréal à l’encre de tes lieux, Florence Meney, chef de pupitre à Radio-Canada, a rassemblé les réflexions de vingt auteurs d’ici et d’ailleurs autour d’un thème commun : Montréal. Témoignage éloquent de la richesse littéraire de la ville, cet ouvrage remarquable rend hommage au pouvoir évocateur d’une métropole protéiforme, vibrante. Chacun des auteurs qu’elle a conviés a choisi un lieu qui le représente bien ou qui a une signification particulière dans son parcours. Dans des entrevues habilement conduites, elle les a emmenés tour à tour à lui confier des réflexions intimes sur ces endroits qui les ont marqués. Pour illustrer son livre, Florence Meney s’est adjoint le photographe Luc Lavigne; il a su établir une complicité espiègle et sincère avec les auteurs pour réaliser des photos remarquables de sensibilité. On a en main un bouquin magnifique, qui nous fait redécouvrir de grandes plumes, et revisiter des coins peut-être un peu oubliés de Montréal, mais combien significatifs.

C’est dans les ruelles de Rosemont que Michel Rabagliati a passé son enfance à pédaler ses premières découvertes de la vie urbaine. Grâce à la liberté que sa mère lui a laissée dès son plus jeune âge, il a pu parcourir la ville dans tous les sens et développer un attachement quasi viscéral à Montréal. Il a ensuite transposé sur papier la nostalgie de ce passé heureux, à l’ombre d’une vie de quartier paisible qui lui a permis de se fabriquer une sagesse bien personnelle du quotidien. Michel Rabagliati est imprégné des lieux qui l’ont vu grandir  – c’est d’ailleurs pourquoi il a choisi le Dairy Queen de Rosemont comme lieu symbolique –, et il ne cherche pas à aller au-delà, car il n’est ni homme d’exploration ni homme de célébrité. Rester bien ancré dans son milieu de vie, comprendre le rythme des gens qu’il côtoie chaque jour, apprécier la beauté tangible et délicate d’un quartier populaire, voilà qui le comble et qui suffit à stimuler sa fibre créatrice. Au grand bonheur de ses lecteurs.

Je parle des gens que je connais. Sinon je me sens comme un imposteur. Si je les connais bien, je vais pouvoir les décrire bien.

Chrystine Brouillet a, pour sa part, élu le parc Lafontaine comme icône de ses affections montréalaises. Elle a d’ailleurs fait l’acquisition d’une maison juste en face du parc, et elle va s’y balancer quotidiennement, une habitude qui lui permet de prendre l’air tout en dressant le bilan de sa journée, et de faire le vide après les efforts intellectuels de l’écriture. L’auteure a longtemps habité Québec, Paris pendant une dizaine d’années, mais elle avoue son faible pour Montréal. C’est son hétérogénéité et son multiculturalisme qui en font le charme, selon elle.

C’est une ville très morcelée, très différente d’un quartier à l’autre. On ne dirait pas qu’il y a une pensée architecturale cohérente à Montréal. Mais d’un autre côté, et ce n’est pas rien, c’est aussi le charme, l’espèce de délinquance de Montréal. Où ailleurs qu’à Montréal, dites-moi, trouve-t-on cette diversité?

Le restaurant Da Giovanni, sur la rue Sainte-Catherine, évoque pour l’auteur de la fameuse série Amos Daragon des moments forts de son enfance. Originaire de Shawinigan, Bryan Perro nous parle avec enthousiasme de la joie que représentait pour lui la virée annuelle au Forum de Montréal avec père et mère, afin d’assister à une belle joute du Canadien, périple qui débutait infailliblement par un repas au coloré Da Giovanni. Ces lieux furent ses premiers contacts avec « la grande ville » et ils occupent aujourd’hui une place prépondérante dans son imagerie personnelle.

Et beaucoup d’autres écrivains nous rappellent ainsi des symboles montréalais qui peuvent nous être familiers, mais pas toujours. Les choix sont éclectiques et la diversité des lieux sélectionnés par les auteurs est symptomatique du potentiel immense de Montréal, de sa richesse évocatrice. Stéphane Bourguignon nous parle de la gare de Ville Mont-Royal et des déplacements qui ont caractérisé sa jeunesse; Suzanne Jacob adore ses longues marches philosophiques au cimetière du Mont-Royal, tandis qu’Yves Beauchemin raconte la jubilation qu’il éprouve à épier les conversations, les petits instants de vie, à la station de métro Berri-UQAM. Michel Tremblay est évidemment bien présent et a choisi, lui, le Monument-National, témoin de plusieurs moments clés de son parcours de dramaturge. Et Laferrière dans son carré St-Louis, et Marc Lévy à l’hôtel Place d’Armes, et Claude Jasmin dans l’exotisme de son Chinatown, et tant d’autres encore…

La ville devient à travers eux l’objet scruté, le filigrane de l’histoire racontée, ou mieux encore l’essence même de l’œuvre littéraire. Meney et Lavigne ont réussi le pari impossible de tracer un portrait unifié de Montréal, le portrait d’une ville qui sait provoquer l’imagination, et la nourrir inlassablement…

MENEY, Florence, Montréal, à l’encre de tes lieux, Montréal, Québec Amérique, 2008.

La lecture et la qualité de vie

Quoi de plus satisfaisant qu’une bonne nuit de sommeil! La lecture y est parfois pour quelque chose – qui ne s’est déjà préparé à dormir par la douce lecture d’un roman? –, mais il y a plus.

La lecture de certains bouquins peut nous apprendre à améliorer notre qualité de vie. Il en est ainsi de Vaincre les ennemis du sommeil écrit par Charles M. Morin, psychologue, professeur et chercheur à l’Université Laval, reconnu mondialement comme un spécialiste de l’insomnie.

Quand notre qualité de vie laisse à désirer pour des questions sérieuses de santé, comme un sommeil perturbé, nous espérons trouver des solutions fiables à ce qui nous échappe. Il existe mille et un livres sur le sujet, mais seulement quelques-uns qu’il vaut la peine de consulter pour leur sérieux.

Recommandé par les cliniques du sommeil des hôpitaux, ce livre s’adresse aussi à un public plus large. On y traite du sommeil au cours de la vie, de l’enfance au troisième âge; de l’insomnie et d’autres troubles (apnée, narcolepsie, ronflements, parasomnies). On y apprend l’importance de l’horloge biologique et de l’hygiène du sommeil et comment ses ennemis sont nombreux et parfois insidieux.

Ceux dont le sommeil est fragile peuvent se bâtir tout un programme de traitement afin de boire à nouveau ce nectar si précieux qu’est le sommeil. La lecture influence parfois les comportements et permet de retrouver un trésor perdu : la qualité de vie.

Charles M. Morin: Vaincre les ennemis du sommeil, Éditions de l’Homme ISBN 9782761923422




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