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Annotations;: Livres, musique et cinéma.

Une histoire illustrée des Patriotes

« Une rébellion est toujours l’histoire d’un échec, car si les insurgés étaient victorieux, il ne s’agirait plus d’une rébellion mais d’une révolution », écrivait l’historienne canadienne Elinor Kyte Senior dans son grand livre Les habits rouges et les patriotes.

Si elles avaient réussi, les rébellions de 1837-1838 auraient donné naissance à une république, affirme l’auteure d’une récente Histoire inédite des Patriotes. Et l’image que nous en aurions aujourd’hui serait bien différente que celle qui transparaît dans bien des livres d’histoire, à savoir celle d’habitants manipulés par des «chefs égocentriques» à la recherche de bonnes places et qui, « au premier revers, se sont enfuis comme des couards » (p. 9).

L’Histoire inédite d’Anne-Marie Sicotte s’appuie sur une vision énergique des racines de cet événement, soit le racisme de l’élite marchande tory et la corruption de l’État colonial. Ces conditions suscitent la résistance des Canadiens et ultimement, l’affrontement armé. La défaite du mouvement d’émancipation causera, dit l’auteure, un repli «dans un nationalisme étroit»; ce qui s’insérera dans la logique communautariste de l’État canadien.

Au-delà de ce qui se veut contre-récit, ce livre intéressera surtout les amateurs de connaissance du passé par sa riche et exceptionnelle iconographie. Il comporte 477 illustrations en couleurs sur les Patriotes et la société de l’époque. Les images ont été choisies à la suite d’une profonde incursion dans des archives spécialisées. Comme tout livre-objet, l’Histoire inédite des Patriotes se découvre peu à peu, au gré de ses envies.

Pèlerinage dans les contrées du thé

S’ouvrir au monde par les saveurs et les traditions est un privilège. Bien que je connaisse la place que prend le thé dans différentes cultures, Thé : Histoire, terroirs, saveurs m’en a fait découvrir toute l’importance. Une réédition augmentée qui donne encore plus à découvrir.

Le volet histoire de cet ouvrage québécois démontre une recherche soignée des origines et des croyances autour de ce breuvage emblématique dont le mythe fondateur daterait de plus de 2000 ans avant Jésus-Christ. Sa place importante dans maintes cultures et dans l’économie naissante des civilisations est fort bien exposée. Les textes clairs et précis font la démonstration du rôle joué par le thé dans les mœurs orientales, puis occidentales, ainsi que des rivalités pour en contrôler le marché – un marché toujours florissant aujourd’hui.

Une bonne partie du document est consacrée à l’étude des différentes régions productrices de thé à travers le monde et aux caractéristiques des terroirs. De la Chine à l’Afrique en passant par le Japon, Taïwan et autres endroits, les auteurs expliquent les différents cultivars, les régions productrices, leur climat et leurs sols, lesquels en influencent le goût. Avec soin et respect, ils nous présentent aussi les travailleurs du thé, des décideurs aux cueilleurs, ainsi que les diverses techniques et les outils utilisés pour préparer les feuilles en vue du commerce. Ils décrivent ensuite les saveurs de chaque famille de thé de ces régions (comme on le ferait pour le vin) et les accessoires de préparation à privilégier.

Côté saveur, une section du livre donne quelques recettes qui exploitent le thé comme ingrédient. On explore aussi les différentes façons de préparer le thé, les ustensiles à utiliser, les cérémonies qui permettent de le mettre en valeur. Une autre section est consacrée aux vertus du thé pour la santé.

Visuellement, le document est une merveille qui nous plonge dans les paysages et couleurs du thé. Une belle découverte de savoirs et de saveurs.

Des questions sur la musique?

          Vous êtes-vous déjà posé des questions au sujet de la musique? Par exemple, la virtuosité musicale est-elle un don du ciel? chante-t-on faux parce qu’on entend mal? notre QI influence-t-il nos choix musicaux?

Dans un bouquin intitulé 60 questions étonnantes sur la musique : et les réponses qu’y apporte la science, Valentine Vanootighem, une docteure en psychologie et chercheuse à l’Université de Liège, répond à une foule de questions toutes plus intéressantes les unes que les autres. Habile vulgarisatrice, l’auteure présente chacune des questions, explique la méthode utilisée par les chercheurs de l’étude (la source est citée), donne les résultats obtenus et la conclusion qui a été tirée.

Pour répondre à la question Chante-t-on faux parce qu’on entend mal?, une équipe de chercheurs canadiens a procédé à une expérience de reproduction de sons avec des musiciens et des non-musiciens. On leur a demandé de reproduire des sons avec leur propre voix, puis à l’aide d’un appareil électronique. Les résultats ont démontré que la reproduction vocale était difficile pour les non-musiciens, mais qu’ils étaient capables de reproduire les sons électroniquement tandis que les musiciens ont obtenu de bonnes performances dans les deux cas.

La conclusion de cette étude parue en 2012 dans le Journal of Experimental Psychology est que les sons ont été correctement perçus par les participants, car ils les ont bien reproduits électroniquement. Mais les non-musiciens ont plus de difficultés à traduire les sons avec leur voix non pas parce qu’ils entendent mal, mais parce qu’ils n’ont pas le même contrôle de leurs muscles vocaux.

Pour répondre à la question Peut-on être drogué(e) à la musique?, une autre étude canadienne a été réalisée auprès de jeunes de 19 à 24 ans à l’aide d’appareils d’imagerie cérébrale. Lorsque les participants écoutaient leurs passages musicaux favoris ou les anticipaient, une libération importante de dopamine était constatée dans deux zones cérébrales précises. Cette étude, publiée en 2011 dans Nature Neuroscience, a permis de constater que la musique peut avoir des effets euphorisants semblables à ceux que peuvent produire l’alcool ou la drogue!

Si la musique a une certaine importance à vos yeux, vous prendrez plaisir à feuilleter ce petit livre auquel on peut s’attarder le temps d’une question ou deux chaque fois qu’un petit moment de lecture s’offre à vous!

 

VANOOTIGHEM, Valentine, 60 questions étonnantes sur la musique : et les réponses qu’y apporte la science, Bruxelles, Belgique, Mardaga, 2015, 143 p.

Sur ma route : ma vie avec Neal Cassady, Jack Kerouac, Allen Ginsberg et les autres…

En mars 1947, Carolyn Robinson, une étudiante de bonne famille rencontre Neal Cassady, un voyou rebelle et séduisant. C’est l’attirance des contraires : Neal souhaite devenir quelqu’un de respectable, tandis que Carolyn est fascinée par l’intensité et la soif de vivre du jeune bohème.

Mais Neal Cassady est un homme à femmes. Carolyn découvre qu’il est déjà marié à une jeune fille de 16 ans du nom de LuAnne. Leurs fréquentations commencent donc sur fond de promesse de divorce.

Neal et Carolyn finissent par se marier mais presque aussitôt, c’est l’appel de la route que Neal entend. Après l’arrivée de leur premier enfant, il prend le large avec Jack Kerouac et d’autres amis pour une virée de quelques semaines en voiture. Espace, vitesse, drogue. Se mesurer aux frontières de l’Amérique et à ses frontières intérieures. Voilà l’un des traits du mouvement beat.

Carolyn Cassady découvre qu’elle n’a pas épousé un ange. Son mari est un fêtard invétéré qui aime la drogue et le sexe avec les femmes et avec les hommes. Il a inspiré Jack Kerouac pour son personnage de Dean Moriarty dans son roman Sur la route.

Dans cette Californie des années cinquante, Carolyn Cassady devient le témoin d’une amitié triangulaire entre son mari, Jack Kerouac et Allen Ginsberg, trois écrivains de la Beat Generation. Elle nous livre leur correspondance, leurs attirances sexuelles, leurs amitiés et leurs questionnements. Dans une vie de pauvreté matérielle, elle partage leur folie et leur amitié. Elle deviendra même l’amante de Jack Kerouac avec le consentement de son mari.

Mais l’insouciance du lendemain apporte son lot de problèmes et les différences entre Neal et Carolyn sont nombreuses. L’auteure nous raconte leur vie familiale chaotique et offre aussi un point de vue personnel sur ce légendaire trio beat idéalisé par plusieurs générations. Cette vue de l’intérieur nous présente l’autre côté de la médaille de ces vies plus grandes que nature.

Jack Kerouac, Allen Ginsberg et Neal Cassady ont contribué à secouer l’Amérique laborieuse et puritaine, parfois au détriment de leur entourage. Le récit de Carolyn Cassady est captivant et nous livre l’histoire sous-jacente de ces auteurs célèbres. Il constitue une bonne entrée en matière pour découvrir ensuite leurs œuvres respectives.

 

CASSADY, Carolyn, Sur ma route : ma vie avec Neal Cassady, Jack Kerouac, Allen Ginsberg et les autres… Paris, Denoël, 2000, 555 p.

Dans les pas de Léon Gérin

par Jean-François Barbe

Qualifié par son institution de « sociologue québécois le plus connu sur la scène internationale », le professeur Marcel Fournier sait reconnaître une enquête sociologique de qualité quand il en voit une. Et son appréciation du livre Un Québec invisible ne laisse planer aucun doute : « Il s’agit d’une étude exemplaire, que j’ai d’ailleurs présentée dans mon livre Profession sociologue (…) comme la meilleure recherche ethnographique récente en sociologie au Québec », écrit-il en préface.

Malheureusement peu répandue au Québec, l’enquête ethnographique se déroule sur le terrain, dans des communautés aussi diverses que celles d’un quartier, d’un immeuble, d’un parti politique, d’une rue, d’une communauté ethnique, d’une association ou … d’un village. Par des observations critiques, des entrevues structurées et parfois en consultant des archives, le chercheur tâche de comprendre les rapports sociaux et les réalités culturelles du milieu étudié.

Un Québec invisible était initialement une thèse de doctorat. L’auteur, maintenant professeur à l’UQÀM, a fait porter son enquête ethnographique sur un village du Centre-du-Québec qu’il désigne sous le nom d’emprunt de Lancaster afin de préserver l’anonymat des personnes interviewées.

À travers l’étude de dimensions historique, religieuse, économique et politique, il veut expliquer le conservatisme politique du village en question et à travers lui le conservatisme d’une ruralité qu’il appelle le « Québec tranquille ». Cette situation découlerait principalement de l’influence des familles souches qui se sont implantées lors du mouvement de colonisation de la première moitié du XIXe siècle. Depuis ce temps, ces familles ont reproduit leur pouvoir – l’auteur dit parfois leur « domination » – par la transmission jalouse du patrimoine et l’établissement de relations et d’alliances de génération en génération. Ces familles, qui occupent des positions clés au conseil municipal, voient « comme une forme de dépossession locale et familiale » l’arrivée de l’État avec ses organismes de développement et de régionalisation, comme les municipalités régionales de comté (MRC).

Par ailleurs, dans un tel milieu, les syndicats arrivent difficilement à s’imposer, même dans les PME industrielles, parce qu’ils font face « à un milieu d’interconnaissance et à l’importance accordée à l’autonomie et à l’indépendance de la personne en regard de toute force jugée extérieure ».

Bref, hors la famille, hors la paroisse, point de salut !

L’auteur inscrit sa démarche scientifique au coeur d’un courant amorcé par Léon Gérin (1863-1951) à la fin du XIXe siècle. À la fois sociologue et historien, Léon Gérin avait notamment étudié les réseaux familiaux de Saint-Justin, un village situé en Mauricie. Il en était résulté un classique, L’habitant de Saint-Justin. Comme le rappelle Frédéric Parent, Gérin avait, dans ce livre, identifié la fonction « socialisante » du catholicisme en milieu rural (les gens discutent de ce qui leur arrivent sur le perron de l’église). Gérin avait également avancé que le système de croyance catholique était au premier chef une vision du monde transmise par le milieu familial. Tout cela explique, au moins partiellement, la baisse fulgurante de la fréquentation religieuse du début des années 60. Ces références à Léon Gérin (et on pourrait en ajouter d’autres, comme celles au sociologue Marcel Rioux) illustrent bien l’un des bénéfices secondaires que l’on retire immanquablement de la lecture d’études de qualité comme celle-ci, à savoir la rencontre de chercheurs et de penseurs d’un passé proche ou lointain qui ont toujours leur pertinence.

Convaincante démonstration d’enquête ethnographique qu’on souhaiterait plus répandue au Québec – à quand nos Pinçon/Pinçon-Charlot qui nous feraient enfin connaître les mentalités si particulières du Lac Memphrémagog et de Westmount ? –, ce livre laisse espérer de très belles choses à venir de cet héritier de Léon Gérin.

PARENT, Frédéric, Un Québec invisible : enquête ethnographique dans un village de la grande région de Québec, Québec, Presses de l’Université Laval, 2015, 281 p.

Mémento du bien manger

Quelle est la qualité et la nature de ce que nous mangeons? En 46 fiches et 95 pages, ce livre est un condensé d’information sur l’alimentation, car savoir ce que nous mettons dans notre assiette est vital!

Comment les autres citoyens du monde mangent-ils? En quelques pages, nous découvrons ce qu’est l’alimentation méditerranéenne, nordique, asiatique ou celle des centenaires. Si un sujet vous intéresse plus particulièrement, vous pourrez approfondir la question avec l’ouvrage de référence suggéré à la fin de chaque fiche.

Quelques fiches nous aident à connaître les différentes filières alimentaires des supermarchés et nous donnent matière à réfléchir sur l’origine de la viande, des poissons et des fruits et légumes que nous consommons.

Vous vous questionnez sur des régimes en vogue? Vous apprendrez quelles sont les grandes lignes du régime lié au groupe sanguin, à la macrobiotique et vous saurez différencier les régimes végétariens des régimes végétaliens.

Plusieurs fiches sont consacrées à des aliments vedettes reconnus pour leur valeur nutritive : l’ail, l’oignon, le citron, la pomme, les graines oléagineuses et les graines germées.

Si votre digestion est lente ou lourde, si vous sentez que votre organisme est encrassé, ce qui est souvent le cas après l’hiver, les fiches sur les jus maison, les cures dépuratives et le jeûne vous intéresseront.

L’ouvrage se termine par les 10 points essentiels à retenir, un glossaire des termes complexes utilisés ainsi qu’une bibliographie, intitulée « 26 livres pour aller plus loin », qui compile les ouvrages suggérés sur chaque fiche.

Mémento du bien manger est le genre de livre qu’on ne lit pas d’une couverture à l’autre. Puisque chaque fiche est indépendante, on peut en parcourir une ou deux à temps perdu parce que le livre traîne sur une table ou dans la salle de bains.

 

MÈGROT, Carole et Fabrice, Mémento du bien manger : l’alimentation saine, les régimes, les plats plaisir, la malbouffe! Suresnes, Fantaisium, 2014, 95 p.




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