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Annotations;: Livres, musique et cinéma.

Deux bédéistes québécoises

Je vous présente Hiver nucléaire. L’action se déroule à Montréal le jour de la Saint-Jean-Baptiste et on annonce une grosse tempête de neige! On est, bien sûr, dans la science-fiction. Depuis qu’il y a eu un accident à la centrale Gentilly-3, c’est l’hiver perpétuel au Québec. À Montréal, certains secteurs sont déneigés, mais d’autres ne le sont plus.

Nous suivons les aventures de Flavie qui fait de la livraison à motoneige. Sa meilleure amie, Léonie, lui a demandé de la remplacer afin de lui laisser le temps de revoir une nouvelle conquête. Le temps d’une livraison de bagels dans le Mile End, à la limite des zones habitées, on découvre ce qu’est devenu Montréal et de folles aventures se succèdent.

C’est la première bande dessinée écrite et dessinée par Cab, de son vrai nom, Caroline Breault. Elle a imaginé un univers réaliste et fantaisiste à la fois. Ses dessins remplis de couleurs mettent en scène des personnages tout aussi colorés dans leur personnalité et leurs comportements. L’accident nucléaire a provoqué chez certains des mutations physiques amusantes et surréalistes. On s’identifie toutefois aux personnages grâce au réalisme de leurs sentiments. Ils deviennent d’autant plus attachants que cet univers nous est connu même s’il est rempli d’éléments délirants. Au-delà des apparences parfois trompeuses, c’est la vérité des relations humaines qui l’emporte. La science-fiction ne fait que donner un cadre qui stimule notre imagination. Cab est une bédéiste à découvrir et à suivre.

CAB, Hiver nucléaire, Montréal, Front froid, 2014, 96 p.

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Prolifique bédéiste, Zviane est aussi musicienne. Les deuxièmes est une bande dessinée en noir et blanc qui passe par plusieurs teintes de gris. Un couple d’amants se retrouve à Amsterdam, seul, dans la maison prêtée par un ami. Leur rencontre est secrète car chacun est en couple de son côté. C’est pourquoi ils sont les deuxièmes.

Le temps pluvieux est idéal pour rester à l’intérieur dans une bulle amoureuse au milieu de l’immense maison moderne aux plafonds hauts et aux grandes fenêtres. Retrouvailles; marijuana; ébats amoureux; repas à deux; duos de pianos. La musique prend parfois toute la place dans cette histoire. Les amants s’en donnent à cœur joie, mais l’entente est précaire. Les dialogues hyperréalistes sont convaincants.

Faire l’amour se transforme en partition musicale et en chorégraphie. L’auteure a imaginé un langage musical traduisant les gestes amoureux au lit. C’est fou et amusant. Mais la sonnerie du téléphone interrompt les amants et les ramène à la réalité de leurs vies.

ZVIANE, Les deuxièmes, Montréal, Pow Pow, 2013, 128 p.

Saison festive

Elles ne sont pas parées de papier coloré et de rubans brillants, mais elles sont tout aussi scintillantes que des cadeaux sous le sapin. Voici nos suggestions de lecture, de films et de musique en cette saison festive. Nous vous souhaitons de joyeuses fêtes et vous offrons nos meilleurs vœux pour la nouvelle année!

Sylvie-Josée Breault recommande Déjà Noël de Frédérique Bertrand.

Tel un cadeau unique, ce roman graphique s’avère en tout point singulier. De par son emballage d’abord, car Frédérique Bertrand, illustratrice expérimentée, confère à l’ouvrage tout son esthétisme. La couleur, la calligraphie, d’élégants dessins réalisés à la feuille de carbone rehaussent les pages et attirent le regard. Le contenu étonne tout autant. L’auteure utilise un ton personnel et poétique où s’harmonisent parfaitement mots et images. Alors que s’amorce la course folle des fêtes (les emplettes, le déploiement de l’arbre de Noël, etc.), nous découvrons les réflexions d’un homme qui s’interroge sur la vie qu’il mène et sur sa relation de couple. Différente, stimulante, rafraîchissante, cette lecture représente un répit bienvenu en cette période des fêtes, disons-le, assez stressante.

 

Esther Laforce recommande Esprit d’hiver de Laura Kasischke.

Un matin de Noël commençant par une pensée angoissante et un retard n’annonce pas une journée de réjouissances. Ce sont les premiers éléments de tension de ce roman à l’écriture envoûtante, au cours duquel une mère est confrontée à sa fille adolescente. La journée avance au rythme des souvenirs qui lui reviennent de l’inquiétant orphelinat de Sibérie où elle a adopté sa fille, quelques années plus tôt. Les invités se décommandant les uns après les autres pour le souper de Noël, empêchés par un blizzard de plus en plus intense, c’est à un huis clos étouffant que le lecteur est convié, un de ceux capables de prolonger jusqu’au milieu de la nuit une ou deux soirées du temps des Fêtes.

 

Gisèle Tremblay recommande Des histoires de lutins de Jean-Claude Dupont.

Je le confesse, avant de lire Des histoires de lutins, de Jean-Claude Dupont, j’étais peu sensible à l’existence des lutins québécois. Comme tout un chacun, certes, j’avais entendu parler de la traverse de lutins de Saint-Élie-de-Caxton. Que Fred Pellerin me pardonne cependant, avec tout Saint-Élie : je n’y croyais pas, pantoute! Et pourtant… Dans une langue savoureuse, Jean-Claude Dupont narre vingt courtes histoires de lutins, plus convaincantes les unes que les autres, joyeusement illustrées de ses propres tableaux. De Gaspésie, de l’Île-aux-Grues et d’ailleurs au Québec, les témoignages affluent à propos des tours et facéties de ces petits êtres malicieux et chapardeurs. J’ai appris que les lutins québécois adorent les chevaux, qu’ils sont maniaques d’ordre et s’adonnent volontiers aux tâches domestiques. Saviez-vous que les lutins beaucerons, notamment, excellent à préparer le sucre à la crème?

Écoutez aussi cet extrait d’entrevue accordée à Marie-France Bazzo par l’auteur afin de savoir ce que l’on offrait en cadeau au Québec au siècle dernier.

 

Jean-François Barbe recommande Iroquoisie de Léo-Paul Desrosiers.

L’auteur de cet ouvrage en quatre volumes nous plonge avec un talent extraordinaire dans la vie tourmentée de la Nouvelle-France, de ses origines à la Grande Paix de Montréal de 1701. Il nous montre que pendant presque toute cette période, la survie de la colonie découlera des relations entretenues avec les peuples iroquois, peu à peu réunis dans un cadre confédératif.

Ces peuples, Desrosiers les présente comme vivant dans des démocraties, avec des majorités et des minorités, et avec lesquels il est toujours possible de nouer des alliances en fonction des intérêts des uns et des autres. Car les intérêts des Iroquois ne concordent pas toujours avec ceux des Anglo-Américains (et avant eux, à ceux des Hollandais) qui veulent la disparition de la Nouvelle Carthage qu’est, à leurs yeux, la Nouvelle-France. Parfois, certains gouverneurs au talent et au tempérament de chefs d’État, comme Frontenac, agissent avec habileté afin de détacher les Iroquois de la grandissante emprise anglo-américaine. La Nouvelle-France respire alors… jusqu’à la prochaine crise. Parfois, des gouverneurs sans vision jettent l’Iroquoisie dans les bras de New York et de ses chefs. Et la Nouvelle-France retient alors son souffle… dans l’attente de la prochaine bataille.

Desrosiers a écrit son grand livre dans les années quarante et cinquante, alors qu’il était conservateur de la Bibliothèque municipale de Montréal. Et heureusement pour les lecteurs d’aujourd’hui, « la plupart des interprétations de Desrosiers ont généralement bien vieilli », signale l’historien Alain Beaulieu en introduction. En raison d’une force d’écriture peu commune, qui était celle d’un écrivain convaincu et convaincant, le lecteur sera tenu en haleine tout au long des 1400 pages du récit. En préface, l’historien et éditeur Denis Vaugeois promet que « dès les premières pages », le lecteur sera « en état de choc ». Il a raison : … je l’ai été et le suis toujours.

 

Marie-Eve Roch recommande Brendan et le secret de Kells de Tomm Moore.

Brendan et le secret de KellsAu Moyen Âge, Brendan, un orphelin, vit sous la protection de son oncle, qui dirige d’une main de fer une abbaye en Irlande. Afin de terminer un précieux livre d’enluminures, il doit braver les dangers hors de l’abbaye, aidé par Aisling, une fée de la forêt. Ce film, une véritable splendeur visuelle, a remporté le prix du public au Festival international du film d’animation d’Annecy en 2009. Son graphisme rappelle par moments, mais de façon très moderne, l’enluminure médiévale, mêlant verts tendres, rouges sombres et ocres lumineux, sur une musique envoûtante de Bruno Coulais et du groupe irlandais Kila. L’intrigue pleine de rebondissements captivera les enfants, qui s’attacheront aux personnages de Brendan et d’Aisling. Les plus petits éprouveront peut-être quelques frissons lors de certains passages mettant en scène des loups, des Vikings ou le Grand-Sombre. Pour d’autres idées de films d’animation à visionner durant les Fêtes, consultez cette bibliographie sur le site de l’Espace Jeunes.

 

Catherine Lévesque recommande Des pas dans la neige de Maryse Letarte.

Maryse_Letarte_Des_pas_dans_la_neigeChaque année, j’ai beaucoup de plaisir à retrouver ce disque de Noël dont les textes sont amusants et touchants. L’album Des pas dans la neige est magnifique! Maryse Letarte y propose des chansons originales sur le thème de Noël et sur cette période de fin d’année. Cela nous change des classiques de Noël même si on les aime beaucoup.

Dans Ô traîneau dans le ciel, elle demande : qu’est-ce que Noël a fait de nous? – et offre une réflexion sur notre façon de célébrer. Entre Noël et le jour de l’an nous raconte la douceur d’être en pyjama à la maison avec celui qu’on aime durant les vacances du temps des fêtes. L’année qui s’achève nous fait planer et nous invite à dresser un bilan de l’année qui se termine.

J’espère que cet album traversera le temps et deviendra, à sa façon, un classique de Noël pour bien des gens!

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BERTRAND, Frédérique, Déjà Noël, Noville-sur-Mehaigne, Esperluète, 2010.

DESROSIERS, Léo-Paul, Iroquoisie, Sillery, Septentrion, 1999.

DUPONT, Jean-Claude, Des histoires de lutins, Québec, Les éditions GID, 2014, 51 p.

DUPONT, Jean-Claude, Indicatif présent. Jean-Claude Dupont, Montréal, CBC/Radio-Canada, coll. « Ils ont dit… Moments choisis des archives de Radio-Canada : 235-1 », 1999.

KASISCHKE, Laura, Esprit d’hiver, Paris, Christian Bourgois, 2013, 275 p.

Aussi disponible en format numérique.

LETARTE, Maryse, Des pas dans la neige, Mont-Saint-Hilaire, Disques Artic, 2008.

MOORE, Tomm et Nora TWOMEY, Brendan et le secret de Kells (The Secret of Kells), France / Irlande / Belgique, Mongrel Media, 2008, DVD, 75 min.

Complot: Le krach de 1929

À la maison d’édition Delcourt, on a eu la brillante idée de mettre en bande dessinée des événements de l’histoire en y ajoutant une théorie du complot. C’est ce qui a donné naissance à la collection Complot dont j’ai lu le titre Le krach de 1929.

Au lieu de présenter les événements historiques tels quels, on les transforme en oeuvres de fiction. On peut alors parler d’histoire alternative ou d’uchronie.

Dans ce cas-ci, on a imaginé que le krach de 1929, à Wall Street, avait pour origine un complot nazi orchestré par un jeune Allemand fraîchement diplômé en économie et particulièrement brillant.

C’est amusant de déformer ainsi l’histoire pour donner un nouveau sens aux événements de 1929 qui trouveront même des échos en Allemagne, jusqu’à servir la cause d’Hitler et du nazisme.

Le scénario de la BD a été conçu par Gihef et les dessins par Luc Brahy.

Cette collection n’en est qu’à ses débuts. Pour nous divertir avec d’autres événements marquants de l’histoire revisités par la théorie du complot, les ouvrages suivants paraîtront dans la même collection : La fin des Templiers, La bataille d’Hamburger Hill et Le mystère du Titanic.

En attendant la parution de ces titres, on peut aussi effectuer une recherche Sujet dans le catalogue Iris en utilisant les mots Complot Bandes Dessinées, ce qui donnera plus d’une douzaine d’autres titres à découvrir!

 

GIHEF, Complot. Le krach de 1929, Paris, Delcourt, 2014, 55 p.

Si vous avez compris, je me suis mal exprimé.

Bien trop sérieux, juste l’opposé d’une lecture de vacances, une histoire de l’économie? Surprise! Quelques heures absolument captivantes s’offrent à vous avec la lecture d’Economix : la première histoire mondiale de l’économie en BD de Michael Goodwin, illustrée par Dan E. Burr. Si vous avez envie d’apprendre tout en vous amusant (beaucoup!) et si vous pensez que l’importance du sujet dans nos vies mérite que l’on tente « d’apprivoiser la bête » (comme ma collègue blogueuse Véronique avec Petit cours d’autodéfense en économie), alors Economix est pour vous. 

Super instructive, claire et ordonnée, rigoureuse ET remplie d’humour, cette bande dessinée de près de 300 pages aux allures de roman graphique fait la preuve que l’économie n’est pas une matière réservée aux prétendus experts, leaders économiques et politiques en tête.

La bouille sympathique de l’auteur-narrateur guide le lecteur à travers quatre siècles, de la naissance du capitalisme jusqu’aux crises financières de 2008 et de 2011, en passant par l’industrialisation, les deux guerres mondiales, l’émergence de la société de consommation, la mondialisation, le 11-Septembre – suivi par la course aux armements – et j’en passe. Les grandes théories et les stars de la pensée économiste sont situées dans leur contexte historique : Adam Smith (la main invisible), J.M. Keynes (dépenser plus et intervention publique – le contraire de l’austérité), Malthus (la science lugubre), Marx, Friedman (laissez-faire) et bien d’autres. 

Grands industriels (barons voleurs, Henry Ford, marchands d’armes) et puissants financiers (Rockefeller, Mellon), super-corporations (Standard Oil, Enron) et leaders politiques (Roosevelt, Reagan, Gorbatchev, Bush, Obama), instances internationales (FMI, OMC), syndicats, mouvements citoyens (Occupy Wall Street, Printemps arabe) et grandes puissances émergentes (Chine, Inde) : les acteurs de l’économie sont représentés en pleine action et c’est absolument palpitant. 

Très drôles, les illustrations en noir et blanc aident beaucoup à la compréhension. Allez, je vous indique ma préférée. Il est question d’Occupy Wall Street. Parmi un groupe de protestataires, une pancarte émerge : «Quand les bibliothécaires défilent, on sait qu’on est dans le pétrin. » (p. 274)

Loin de s’effacer derrière une façade de prétendue objectivité, Goodwin et Burr assument un regard très critique sur les rouages de notre monde. Ils montrent que les pouvoirs économiques et politiques d’hier et d’aujourd’hui convergent en faveur de l’enrichissement exponentiel des plus riches, le fameux 1 %. Opinion publique, réglementation, police, lois, impôts, États : autant de vecteurs sociaux instrumentalisés et manipulés par les acteurs dominants de l’économie néolibérale dont l’influence et le pouvoir s’exercent au détriment des 99 autres. 

« Si vous avez compris ce que je veux dire, c’est parce que je me suis mal exprimé. » Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale américaine de 1987 à 2006 ( la Fed) , était un économiste reconnu pour s’exprimer en Greenspeak, charabia propre à décourager toute velléité de comprendre le domaine. 

À l’opposé, Michael Goodwin s’attaque à l’écran de fumée qui embrouille le discours économiste : son livre a augmenté ma confiance en ma capacité de comprendre ce discours. Cela m’incite à m’intéresser de plus près à l’économie, une dimension importante des affaires publiques.

Sable brûlant

Où vos vacances vous mèneront-elles cet été? Vers des plages au sable brûlant balayées par un vent chaud, au cœur de montagnes verdoyantes parsemées de beaux lacs bleus ou profiterez-vous plutôt de la ville, de ses rythmes et des parfums des fêtes de quartier? Quelle que soit votre destination, les suggestions de nos blogueurs sauront agrémenter vos vacances.

Marie-Ève Roch recommande D’une île à l’autre : chants et berceuses de Serena Fisseau

Image de Marie-EveQue vous ayez un enfant à endormir sous le parasol ou que vous cherchiez seulement un peu de dépaysement, je vous invite à paresser pieds nus au son des berceuses que nous offre, sobrement, la chanteuse française d’origine indonésienne Serena Fisseau. La voix chantée (ici grave et chaleureuse) dans tout ce qu’elle a d’universel, au seul rythme des percussions.

Coup de cœur 2010 de l’Académie Charles-Cros

 

 

Jean-François Barbe Les ghettos du Gotha et Promenades à Paris de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot

Dans certains quartiers de Paris, comme le XVIe arrondissement, habite une grande bourgeoisie extrêmement fortunée et hyper consciente de ses intérêts. S’inspirant des travaux sur la reproduction sociale de Pierre Bourdieu, les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot examinent de près, dans Les ghettos du gotha, comment cette classe sociale préserve son entre-soi par le contrôle de l’espace. Dans un autre ouvrage, les deux auteurs commentent le Paris d’aujourd’hui à travers quinze promenades sociologiques. Accompagnées de photos et de petites cartes, elles nous font découvrir d’autres angles de la Ville Lumière, comme la rue Oberkampf présentée comme le fief de la « bourgeoisie bohème » ou la Goutte-d’Or, comme « lieu de brassage culturel ». Deux livres pour un regard différent sur l’une des plus belles villes de la planète.

 

Sylvie-Josée Breault recommande Le bestiaire des fruits de Zviane

Le soleil traverse les cases de cette bande dessinée et les fruits exotiques y abondent. L’auteure les examine, les déguste puis, suivant une grille d’évaluation loufoque, rend son appréciation. Ce faisant, elle révèle leurs étonnants attributs par le biais d’anecdotes truculentes. En découle un concours que chacune des créatures fruitées espère remporter. Le ton léger et fantaisiste de l’album est rafraîchissant. Les croquis vifs et expressifs pimentent le tout.

 

 

Aurore Deterre recommande Bonjour tristesse de Françoise Sagan

L’été de ses dix-sept ans, Cécile, son père Raymond et sa jeune maîtresse partent en vacances sur la Côte d’Azur. La chaleur de l’été est écrasante, heureusement la Méditerranée n’est qu’à deux pas. Cécile y découvre la brûlure du sable sur sa peau, les premiers vertiges de la passion. Mais l’arrivée d’Anne, une femme séduisante et brillante dont Raymond s’éprend, va remettre en question leur vie légère et insouciante. Craignant de perdre sa liberté, Cécile va élaborer un jeu cruel. Publié en 1954, ce roman n’a pas pris une ride. Sa simplicité et la justesse des sentiments qui y sont dépeints sauront charmer chacun.

 

 

Esther Laforce recommande Cet été-là de Véronique Olmi

Un roman pour accompagner des vacances à la mer et qui nous tient en haleine avec le rythme lent d’un drame psychologique bien mené et écrit avec finesse. Trois couples, trois adolescents et deux enfants, réunis le temps de la fin de semaine du 14 juillet dans une grande maison située sur une plage de Normandie. On plonge dans les questionnements, les espoirs, les culpabilités et les dépits de ces personnages dont la vie, au sortir de leur séjour, sera transformée. Secrets enfouis, ruptures annoncées, amours déçus et amitiés indéfectibles sont au programme de Cet été-là.

 

 

 

Gisèle Tremblay recommande Le charme des après-midi sans fin de Dany Laferrière

Rythmé, plein de saveurs et de couleurs, ce petit bouquin se présente comme un saucisson découpé en rondelles, avec ses courts récits formant un tout bien ficelé. Le héros, c’est Vieux Os, alter ego de l’auteur, un adolescent tendre et drôle, encore à moitié pendu aux jupes de Da, sa grand-mère adorée. L’odeur du café – Da en boit sans interruption!  – se mélange au parfum enchanté des après-midi parfaits de l’enfance presque en allée. Au fil d’expériences inusitées, le garçon au drôle de nom va son chemin, entouré d’une foule de personnages bigarrés. Sous le soleil d’Haïti révélant mille détails de la vie quotidienne, la joie de vivre éclate et rayonne dans le Petit-Goâve de Dany Laferrière. Un très beau livre, aussi beau que son titre…

 

Christine Durant recommande Adios Hemingway de Leonardo Padura.

Quoi de mieux que de lire un petit roman policier en se prélassant au soleil? Que diriez-vous, alors, d’un roman policier relax dont l’action se déroule à Cuba? Dans Adios Hemingway, le célèbre détective Mario Conde, personnage d’une série de quatre autres romans policiers de Leonardo Padura, doit résoudre une énigme entourant le légendaire Ernest Hemingway, auteur américain qui a séjourné à Cuba entre les années 30 et 50. La lecture de ce roman est d’autant plus intéressante que l’auteur, avec son style, arrive de façon très habile à insérer des faits réels de la vie d’Hemingway dans une histoire de meurtre tout à fait fictive.

 

 

Marie-Line Champoux-Lemay recommande The great artistry of Django Reinhardt de Django Reinhardt

image de marie-lineDjango Reinhardt est l’un des guitaristes de jazz les mieux connus et les plus respectés, lui qui a littéralement introduit la guitare dans ce genre musical. Inventeur du jazz manouche et soliste virtuose (malgré un accident qui lui a fait perdre l’usage de deux doigts à 18 ans), il n’a jamais cessé de travailler son style. Ce disque à la couverture orange distinctive est son tout dernier enregistrement. C’est aussi un des quelques albums où il joue d’une guitare électrique, ce qui lui donne un son bien particulier. Les rythmes bondissants et les mélodies nostalgiques des huit pièces qu’il contient, dont Nuages, sa composition la plus célèbre, sont tout indiqués pour accompagner les belles soirées d’été.

 

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FISSEAU, Serena, D’une île à l’autre : chants et berceuses, Paris, Naïve, 2010.

LAFERRIÈRE, Dany, Le charme des après-midi sans fin, Montréal, Boréal, 2010, 241 p.

OLMI, Véronique, Cet été-là, Paris, Grasset, 2010, 281 p.

PADURA, Leonardo, Adios Hemingway, Métailié, 2012, 150 p. (Aussi disponible en version numérique sur PRETNUMERIQUE.CA)

PINÇON, Michel et Monique PINÇON–CHARLOT, Les ghettos du gotha : comment la bourgeoisie défend ses espaces, Paris, Éditions du Seuil, 2007, 294 p.

PINÇON, Michel, et Monique PINÇON–CHARLOT, Paris : quinze promenades sociologiques, Paris, Payot, 2009, 260 p.

REINHARDT, Django, The great artistry of Django Reinhardt, France, Universal Music France, 2010, ©1953.

SAGAN, Françoise Bonjour tristesse, Paris, Julliard, 2008, 155 p.

ZVIANE, Le bestiaire des fruits, Montréal, La Pastèque, 2014, 118 p.

Anxiété quand tu me tiens

Vous est-il déjà arrivé d’emprunter un DVD au club vidéo et de réaliser après plusieurs jours qu’il est en retard? De vous dire qu’il faut absolument le retourner, mais de procrastiner au point de rendre l’exécution de cette simple tâche de plus en plus en plus difficile?

Ce qui commence comme une anecdote drôle de la vie quotidienne se transforme en cauchemar pour l’auteure et illustratrice américaine Allie Brosh puisque, pour elle, le DVD fautif la paralyse littéralement, la clouant sur le divan pendant des jours.

Plonger dans Hyperbole and a Half, le tout premier livre d’Allie Brosh qui rassemble les meilleurs billets de son blogue autobiographique, c’est découvrir une personne fragile, vulnérable, prise dans la tourmente de la dépression. L’humour noir et l’autodérision ne sont jamais trop loin, toutefois, comme lorsqu’elle décrit cette journée où après l’extraction d’une dent, la bouche encore engourdie à la suite de l’intervention, Allie pique une violente colère à sa mère au restaurant. Sa pauvre mère n’a d’autre choix que de se plier à ses demandes, au risque de passer en public pour une marâtre abusant de son enfant handicapée.

Brosh accompagne ses billets de dessins crus, dépouillés, aux couleurs vives. Elle se met en scène et campe également les personnages et les endroits principaux de son univers : sa mère, ses chiens, son ami, leur salon. Son autoportrait, un personnage primitif composé de quatre ou cinq traits, sans nez, avec de gros yeux ronds, rend de façon puissante les émotions que Brosh nous décrit.

Parfois drôles, parfois troublants, les épisodes de sa vie sur lesquels Brosh ouvre grande la porte hantent autant le lecteur qui n’a pas connu la dépression que celui qui en a souffert.

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BROSH, Allie, Hyperbole and a half : unfortunate situations, flawed coping mechanisms, mayhem, and other things that happened. New York, Simon & Schuster, 2013, 369 p.

Macanudismes

Nul besoin d’être un fan fini de bande dessinée pour savourer les Macanudo de Liniers. Un néophyte goûtera peut-être même davantage le plaisir d’une lecture naïve de ces petits strips à l’aquarelle et au crayon. À mi-chemin entre l’absurde et la philosophie, les dessins de Ricardo Liniers font immanquablement sourire et prendre conscience de la valeur des toutes petites choses.

Les strips de la série Macanudo paraissent quotidiennement dans le journal argentin La Nacion. En 2008, les éditions de la Pastèque en firent l’heureuse découverte et décidèrent de prendre en charge la traduction, pour notre plus grand bonheur. Quatre recueils sont déjà parus en français et on en redemande. La force de Liniers repose sur son talent à mettre en scène des personnages d’une simplicité déconcertante, tout en renouvelant la manière de les animer. Quino et Watterson, par exemple, ont déjà illustré dignement la candeur de l’enfance et la richesse de son imaginaire. Et pourtant, Liniers parvient à meubler autrement un espace déjà bien habité par ses prédécesseurs. Ma favorite, la petite Enriqueta, est attachante d’ingénuité lorsqu’elle bavarde avec son ourson Madariaga qui, à son grand étonnement, ne lui répond jamais.

Et on se prend tout autant d’affection pour les autres personnages du bédéiste. Tous transitent autour des thèmes qui lui sont chers : la simplicité, l’innocence, la timidité, et quelquefois, le non-sens. Pas de morale assassine, pas de couperet et, surtout, jamais de jugement arbitraire ; seulement de petits instants de vie, des bonbons savoureux sans être trop sucrés. On adore Z-25 le robot sensible, toujours à la recherche d’expériences qui lui procureront une émotion. On cultive notre mélancolie grâce à Rinaldi le philosophe triste. Ou l’on rigole carrément des absurdités qui jaillissent de l’esprit du Monsieur Qui Traduit Les Titres De Films.

Et, chez Liniers, on savoure le temps qui passe, lentement. Avec lui, les silences des vignettes sans texte ont un sens aussi lourd que les mots. Lire les Macanudo peut être une véritable thérapie zen : on en sort béats et conquis.

LINIERS, Macanudo (4 tomes), Montréal, Éditions de la Pastèque, 2008-2013.

Qu’arrive-t-il à Lulu?

Dans la quarantaine, Lulu est mère de trois enfants : deux jeunes garçons et une ado. Elle est aussi la femme d’un homme colérique qui a un penchant pour l’alcool.

Un jour, après une entrevue d’embauche, Lulu téléphone à son sympathique mari pour lui raconter comment l’entrevue s’est déroulée, puis elle décide de ne pas rentrer à la maison immédiatement.

De fil en aiguille, l’absence de Lulu se prolonge. Elle part en cavale pour se donner l’oxygène qui lui manque dans sa vie familiale et fait des rencontres surprenantes. Elle ne cherche rien de particulier, sauf l’évasion.

Pendant ce temps, sa famille et ses amis s’inquiètent. Ce sont eux, réunis autour d’une table, qui nous racontent l’escapade de Lulu, car deux d’entre eux l’ont revue. Mais voyant Lulu transformée, ils n’ont pas réussi à la convaincre de revenir au bercail.

Nous, lecteurs, sommes complètement accros au destin de cette Lulu que nous connaissons à peine. Que va-t-il lui arriver?

Histoire captivante, Lulu, femme nue : un récit, est une bande dessinée en deux tomes d’Étienne Davodeau; elle sera bientôt portée au grand écran (http://lulufemmenuelefilm.wordpress.com/).

Une femme ordinaire qui a atteint ses limites, un scénario bien ficelé et une forme narrative originale remplie de rebondissements : voilà de quoi combler la lectrice que je suis et attiser ma curiosité pour découvrir d’autres histoires du même cru. On trouve à la Grande Bibliothèque vingt-deux ouvrages de cet auteur français, soit comme auteur unique, soit comme collaborateur.

Né en 1965 dans les Mauges de parents ouvriers, Étienne Davodeau a étudié les arts plastiques et fondé le studio Psurde avec d’autres passionnés de BD pour publier ses premiers travaux, aujourd’hui introuvables. La première publication officielle d’Étienne Davodeau remonte à 1992. Depuis, il n’a cessé de raconter la vie tumultueuse des gens ordinaires à travers ses bandes dessinées.

DAVODEAU, Étienne, Lulu, femme nue: un récit, Paris, Futuropolis, 2008.

Une BD instructive

Pourquoi Guy Delisle a-t-il écrit les Chroniques de Jérusalem? Parce que sa femme, qui travaille pour Médecins Sans Frontières (MSF), a obtenu un contrat d’un an en Israël et qu’il a choisi de la suivre. Il sera, pendant ce temps, l’homme de la maison; celui qui s’occupe des enfants et travaille, dans ses temps libres, à un nouveau projet de bande dessinée.

Il nous raconte donc en images son quotidien avec ses enfants qu’il mène à la garderie en se tapant les bouchons de circulation de Jérusalem. Au cours de l’année, il nous fait part de sa découverte des lieux saints : le mur des Lamentations, l’esplanade des Mosquées avec le Dôme du Rocher, le Saint-Sépulcre, le mont des Oliviers… Il découvre aussi quelques traditions religieuses du pays dont une assez cocasse.

Guy Delisle prend conscience de ce qu’est le fameux mur israélien, érigé depuis 2002 entre les Palestiniens et les Israéliens, long de 730 km et large de 50 à 100 mètres selon les endroits. Un mur de béton, de fils barbelés et de détecteurs électroniques où les portiques (ou « checkpoint ») sont contrôlés par l’armée israélienne. Il dessine ce mur et se fait souvent demander de quitter l’endroit car on n’a pas le droit de s’attarder près du mur. Les gens armés et les contrôles de sécurité sont omniprésents dans le pays, surtout aux abords et à l’intérieur des colonies juives où les visites guidées sont complètement différentes selon l’origine et le point de vue du guide.

Durant son séjour, quelques congrès, expositions de BD et ateliers viennent nourrir le travail de Guy Delisle. Il découvre comment l’attitude des étudiants varie selon les régions. Mais il a peu de temps pour avancer son propre projet de BD.

Entre les enfants, les gens de MSF de passage à l’appartement, le travail exigeant de sa femme et les péripéties du quotidien, le temps lui manque pour dessiner des croquis comme il aime le faire, en se baladant dans le pays. Quoi qu’il en soit, il finira par pondre ses Chroniques de Jérusalem. Il réussira également à nous donner envie de voyager, de faire nous aussi des croquis et de lire d’autres de ses séjours en dessins tels que Chroniques birmanes, Pyongyang et Shenzhen.

DELISLE, Guy, Chroniques de Jérusalem, Paris, Guy Delcourt productions, 2011, 333 p.

Souvenirs tendres : Blankets de Craig Thompson

(Pour faire suite, un peu par hasard, au billet de ma collègue Maryse…)

Les amateurs de romans graphiques connaissent fort probablement déjà l’existence de cet artiste de la bande dessinée américaine, j’ai nommé Craig Thompson. Mais que l’univers du trait, de la bulle et de l’encadré vous soit familier ou non, Blankets est une œuvre graphique et littéraire à découvrir sans faute. Un pavé totalisant presque 600 pages dans sa traduction française (Casterman, 2004), Blankets est un de ces livres que l’on redoute presque de terminer tellement sa lecture – les images – suscite l’émerveillement. Celui un brin mélancolique des souvenirs d’enfance. Et l’émotion vive des premières fois.

Dans Blankets, j’ai voulu essayer de répondre à une simple question : « Que se passe-t-il la première fois que l’on dort avec quelqu’un que l’on aime? [1] »

Craig Thompson dessine l’histoire d’un premier amour, celui de Craig, son alter ego élevé au sein d’une famille puritaine du Wisconsin. Le récit de cet amour naissant est enchâssé dans celui de l’adolescence tourmentée (comme le sont toutes les adolescences, mais différemment) de Craig, aux prises avec la culpabilité que lui a inculquée son éducation chrétienne fondamentaliste face à ses désirs et le sentiment de n’être à sa place nulle part dans cet horrible « vrai monde ».

Blankets est un récit d’inspiration autobiographique que l’on a qualifié de « roman graphique d’apprentissage ». La peur de grandir, le paradoxe des liens familiaux, la vulnérabilité et pourtant la sincérité des sentiments propres au passage du monde de l’enfance à celui de l’âge adulte sont autant de couches de sens qui donnent de la profondeur au récit. Les illustrations, tout en noir et blanc, foisonnent sur la page, libérées de leurs traditionnelles cases. Lyriques, parfois même expressionnistes (un style qui sied bien aux fabulations cauchemardesques ou apocalyptiques du jeune Craig), les images  traduisent de façon sensible les émotions du narrateur. Le trait de Thompson nous emporte doucement dans son univers intimiste et tendre, sous les neiges épaisses d’un hiver dans le Midwest américain.

Salué par la critique américaine lors de sa parution en 2004, Blankets fut couronné de huit prix prestigieux, dont deux Eisner Awards (2004), ainsi que du Grand Prix de la Critique (2005). Selon plusieurs, cet album consacre Craig Thompson comme l’un des grands de la bande dessinée américaine. Habibi est son œuvre la plus récente (Casterman, 2011 pour la traduction française).


[1] DELCROIX, Olivier, « Craig Thompson, l’étoile des neiges », Le Figaro Littéraire, 27 janvier 2005, p. 6.

Une vie illustrée

En 2006, la bédéiste américaine Alison Bechdel, a attiré l’attention des amateurs de biographies en bande dessinée avec la parution de Fun Home : une tragicomédie familiale. Dans ce livre touchant, elle décrit son enfance à Beech Creek en Pennsylvanie avec une mère absente et un père colérique. Ce père, personnage central de la vie de la petite Alison, est un être explosif qui cache sa véritable identité, son homosexualité. L’auteure sort elle-même du placard au début de la vingtaine et annonce à ses parents qu’elle est lesbienne. Elle entame un rapprochement avec son père, mais celui-ci meurt subitement quelques mois plus tard, happé par un camion (accident ou suicide?).

Bechdel lance maintenant une biographie de sa mère. Dans Are you my mother? A comic drama, on retrouve l’auteure après plusieurs années de psychothérapie et de psychanalyse, tentant d’expliquer son cheminement pour établir une meilleure relation avec sa mère. Pour ce faire, elle mélange de façon désorganisée des descriptions de ses rêves, des conversations avec sa mère, de longs extraits de ses lectures (Donald Winnicot, Alice Miller, Virginia Woolf) et des interprétations qu’elle en tire, ainsi que des échanges de ses séances de thérapie. Le tout, pas aussi bien illustré que dans Fun Home, donne un ouvrage où le lecteur se perd, demeure indifférent et est déçu de ne pas mieux comprendre Bechdel et sa famille.

À l’image de la vie de ses parents, Bechdel nous offre deux livres aux récits parallèles sur la vie de deux personnes, dont la relation n’est jamais approfondie. Voilà la tragédie qu’on aurait voulu que Bechdel nous raconte et nous dessine : l’union de ces deux individus, qui se sont déjà aimés, mais qui ont évolué tristement, si différemment.

Voici d’autres biographies en bande dessinée que vous connaissez probablement mais qui demeurent des incontournables : Persepolis, Sutures et Blankets : Manteau de neige.

Des mots aux images : œuvres littéraires adaptées en bandes dessinées

On a récemment pu voir sur Internet, une petite vidéo d’un artiste qui dessinait, une par une, toutes les scènes du roman Le vieil homme et la mer d’Hemingway. Vue en accélérée, cette vidéo est fascinante à regarder.

Souvent portés au grand écran, les classiques de la littérature se prêtent aussi très bien à une adaptation en bande dessinée. La collection Ex-Libris, de la maison d’édition Delcourt, est d’ailleurs consacrée entièrement à l’adaptation en bandes dessinées des grands classiques de la littérature.

Une adaptation réussie, et qui a fait beaucoup jaser à sa sortie en 1998, est celle de À la recherche du temps perdu de Marcel Proust par Stéphane Heuet. Utilisant un style de dessin aux lignes claires, semblable à celui d’Hergé, Heuet réussit à rendre l’univers de Proust, rempli des réflexions du narrateur, de ses rêves et de ses souvenirs. Heuet utilise d’ailleurs très peu de bulles de dialogue, mais laisse plutôt la prose de Proust remplir les cases où Heuet lui-même transpose les états d’âme des personnages.

Tout aussi réussie est l’adaptation de La métamorphose de Franz Kafka par Peter Kuper. Kuper utilise la méthode de dessin manière noire ou gravure sur bois pour recréer l’univers de Kafka. Kuper imagine Gregor Samsa avec un corps de cafard mais une tête humaine. On assiste à sa décadence physique à mesure qu’il est rejeté puis abandonné par sa famille. L’effet est saisissant : les dessins de Kuper hantent le lecteur plusieurs jours après avoir terminé la lecture de ce livre.

Finalement, il faut mentionner du côté québécois Séraphin illustré; sa parution débute en 1951 dans Le Bulletin des agriculteurs et se poursuivra tous les mois jusqu’en 1970. Cette œuvre a récemment été rééditée aux éditions Les 400 coups.

Y a-t-il d’autres classiques de la littérature que vous avez particulièrement aimés en bande dessinée?

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PROUST, Marcel (texte) et Stéphane HEUET (illustrations), À la recherche du temps perdu, Paris, Delcourt, 1998, 71 p.

KAFKA, Franz (texte) et Peter KUPER (illustrations), La Métamorphose et autres récits, Montreuil, Rackham, 2004, 137 p.

GRIGNON, Claude-Henri (texte) et Albert CHARTIER (illustrations), Séraphin illustré, Montréal, Les 400 coups, 2010, 261 p.




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