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La grande évasion de la pauvreté

18 septembre 2017 par Jean-François Barbe | Catégorie(s) : Essai

Angus Deaton fait partie des intellectuels qui apportent leur pierre à l’édifice du débat public en raison de leurs sujets d’étude et de la portée de leurs travaux.

Fin 2015, l’une de ses recherches a fait le tour de la planète : il y rapportait l’augmentation alarmante du taux de mortalité des Américains blancs de la classe moyenne à cause des surdoses de médicaments d’ordonnance et de drogues illégales, de l’alcoolisme et du suicide. Aux yeux de l’essayiste Fareed Zakharia, les proportions de ce phénomène sont dignes de la Russie d’après la chute de l’Union soviétique. L’élection présidentielle américaine en a rappelé la pertinence. En effet, d’après une étude statistique publiée dans The Economist, l’état de santé de la population aurait été le principal indicateur des régions ayant basculé dans le camp de Donald Trump.

L’étrange paradoxe d’une forte hausse de la mortalité touchant un milieu privilégié comme le sont les Américains blancs de la classe moyenne rappelle que le progrès ne suit pas une courbe uniformément ascendante.

Dans son livre intitulé La grande évasion, Angus Deaton explique que depuis une centaine d’années, l’humanité a franchi des pas de géant. Les revenus réels ont explosé et la mortalité infantile a fondu comme neige au soleil. Les progrès sont rapides : en 1981, deux humains sur cinq vivaient avec moins d’un dollar par jour, comparativement à un sur sept en 2013.

Un élément du livre fera particulièrement discuter : la pertinence de l’aide internationale au développement. Deaton estime que les 135 milliards dépensés en aide internationale en 2014 l’ont été en pure perte.

Bien écrit, La grande évasion entraîne le lecteur sur la pente de l’optimisme raisonné. Car l’auteur montre aussi qu’il reste encore du chemin à faire avant que le progrès n’illumine la vie de tous. À travers le monde, des centaines de millions de personnes vivent dans un état de grande misère. Dans un pays aussi riche que les États-Unis, des inégalités creusent de profonds sillons et raccourcissent des vies. « Pour beaucoup de gens à travers le monde, les choses vont encore mal », a dit Angus Deaton en recevant son prix Nobel d’économie en 2015.

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