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Alan Taylor et la Révolution américaine

13 septembre 2017 par Jean-François Barbe | Catégorie(s) : Essai, Histoire des États-Unis

En exigeant des taxes afin de renflouer ses coffres vidés par la guerre de Sept Ans, Londres donne le coup d’envoi de la Révolution américaine. Selon l’auteur de American Revolutions, une partie des élites coloniales craignait que ces taxes servent à financer la défense des territoires amérindiens de l’ouest des Appalaches. Car depuis la Proclamation royale de 1763, les Amérindiens disposaient d’un grand territoire, à l’ouest de cette chaîne de montagnes, théoriquement à l’abri de la convoitise des colons et des investisseurs fonciers comme George Washington et Benjamin Franklin.

Alan Taylor réinterprète l’histoire de la Révolution américaine en soulevant les contradictions des patriotes et en établissant les causes matérielles de l’implication des colons et des élites coloniales en tant que forces motrices des événements.

Dans son récit, les grandes décisions se prennent aux dépens des Amérindiens et des esclaves noirs, comme l’entrée des sudistes dans le camp patriote en raison de la politique britannique d’affranchissement des esclaves. Dans son récit, les massacres se suivent, l’opportunisme règne, l’intimidation à l’égard des loyalistes se transforme en guerre civile. Et dans les rangs patriotes, la corruption s’étend au point de susciter le retournement politique de Benedict Arnold, ex-alter ego de George Washington qui vint près de conquérir la ville de Québec en 1775-1776.

Dans cette logique d’intérêts, l’issue de la guerre d’indépendance découle d’un rapport de force et de la capacité des patriotes à s’imposer comme garants de l’ordre et de la propriété privée. Elle ne résulte pas de l’élan populaire vers l’édification d’une société affranchie des carcans de l’Ancien Régime, comme l’avait développé Gordon Wood.

En raison du talent de l’auteur et de l’étendue de sa culture historiographique, ce livre sera lu pendant plusieurs années. Et il sera également âprement débattu. Taylor évalue-t-il les limites de la Révolution américaine avec un regard du XXIe siècle? En proclamant l’égalité de tous, la Révolution ne minait-elle pas l’esclavagisme? Comment expliquer l’attrait de la Révolution américaine au XIXe siècle – au Québec notamment – si ce n’est par sa libération des énergies créatrices emprisonnées par le colonialisme? Les contradictions des fondateurs de la République américaine ont-elles été dépassées? Sinon, qu’en reste-t-il?

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