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Stupeur et tremblements entre l’Occident et l’Orient

20 mars 2016 par Catherine Lévesque | Catégorie(s) : Films, Littérature française

Je ne connaissais pas l’écriture d’Amélie Nothomb et mes connaissances sur le Japon sont limitées. À la lecture de son roman, Stupeur et tremblements, j’ai vécu une double initiation.

Cette auteure, fille de diplomate, a vécu sa petite enfance au Japon et en a conservé une vision idyllique. C’est pour cette raison qu’à l’âge adulte, elle décide d’y retourner. Après de nombreux efforts, elle décroche un contrat d’un an comme interprète dans une grande multinationale de Tokyo. C’est à partir de cette histoire vraie qu’Amélie Nothomb a écrit son roman. Quelle est la part de vérité et la part de romanesque? Je n’en sais rien, mais l’histoire est amusante et drôlement bien racontée.

Amélie est engagée à la section import-export de la compagnie Yumimoto. Elle y fait la connaissance de Fubuki Mori, sa supérieure immédiate. Celle-ci est une magnifique Japonaise de 29 ans, toujours célibataire, qui a mis sept ans pour obtenir son poste actuel, une ascension rare pour une femme. Charmée par sa beauté et par sa gentillesse, Amélie attend ses ordres. Les premiers viendront de M. Saito, le supérieur de Mlle Mori. Il s’agit d’écrire une lettre d’invitation pour une partie de golf. Malgré son application, Amélie doit sans cesse recommencer son travail, car il ne satisfait pas M. Saito. De guerre lasse, celui-ci lui demande plutôt de lui servir un café. Amélie se met alors à servir le café ou le thé à chacun des employés de sa section.

Tout va bien jusqu’au jour où on lui demande de faire la même chose pour un groupe de clients en visite. Comme elle parle japonais couramment, Amélie passe de nombreux commentaires en faisant le service, ce qui entraîne un malaise général au sein du groupe, particulièrement auprès des dirigeants de Yumimoto. C’est alors qu’elle fait la connaissance de M. Omochi, le supérieur de M. Saito. Scandalisé par le manque d’humilité d’Amélie, il lui demande de ne plus parler japonais alors que c’est pour la connaissance de cette langue qu’elle a été engagée!

Amélie multiplie les gaffes au sein de cette entreprise où la hiérarchie règne. Si elle ne reçoit pas d’ordres précis, elle prend des initiatives qui lui sont reprochées par la suite, car elle a volé le travail d’un autre ou n’a pas respecté la hiérarchie. C’est ainsi que sa relation avec Fubuki va se dégrader, car celle-ci se sent humiliée par le comportement d’Amélie, dont elle se croit responsable. Un jour, à cause d’elle, Fubuki subit la fureur d’un de ses supérieurs devant tout le monde. C’est l’humiliation suprême. Elle court se réfugier dans les toilettes pour pleurer seule. Amélie, pleine de compassion, vient la consoler, mais c’est une gaffe de plus. Elle n’a pas respecté le dernier bastion de l’honneur de Fubuki : ne pas montrer ses larmes. Amélie devra payer chèrement cette offense…

Heureusement, cette histoire est racontée avec beaucoup d’humour, car il s’agit véritablement d’un choc culturel entre l’Orient et l’Occident où les notions de respect, de hiérarchie et d’honneur ne sont pas les mêmes. J’ai reconnu là certaines caractéristiques semblables à celles du peuple indonésien que j’ai connu lors d’un échange culturel de huit mois à l’âge de vingt ans. Je me souviens à quel point le regard du groupe était important pour préserver son honneur. On ne devait pas montrer ses émotions aux autres. Sans compter la notion de respect qui était différente de la nôtre, y compris l’importance de la hiérarchie liée au statut ou à l’âge des personnes.

C’est sans doute à cause de cette expérience que j’ai tant apprécié ce roman et aussi à cause de tous ces petits boulots que j’ai pu faire où je me questionnais ou m’inventais des histoires comme le fait Amélie. J’ai dégusté cette lecture intelligente, ri du côté caricatural de l’écriture et compris le succès d’Amélie Nothomb. Après la lecture du roman, j’ai vu le film qu’en a tiré le réalisateur Alain Corneau et dont l’interprète principale est Sylvie Testud. J’ai trouvé que le choc culturel y est très bien rendu, mais l’humour d’Amélie est beaucoup moins présent que dans le livre. C’est tout de même intéressant de voir cette histoire en images, même si le roman reste imbattable!

 

NOTHOMB, Amélie, Stupeur et tremblements, Paris, Albin Michel, 1999, 174 p.

CORNEAU, Alain, Stupeur et tremblements, Westmount, Christal films, 2006, 107 min.

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