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D’une grande modernité, les Patriotes

7 octobre 2015 par Jean-François Barbe | Catégorie(s) : Histoire du Québec

par Jean-François Barbe

Spécialiste du XIXe siècle québécois, Gilles Laporte publie Brève histoire des patriotes, un livre en format poche qui reprend, dans ses grandes lignes, un ouvrage beaucoup plus dense publié en 2004 sous le titre de Patriotes et Loyaux.

En avant-propos, l’auteur dit vouloir détruire trois mythes. Le premier, que le mouvement patriote se résumerait aux rébellions armées de 1837 et de 1838. Le second, que le mouvement se limiterait à Montréal et à sa couronne et le troisième, que le mouvement aurait été spontané et désorganisé.

Le premier chapitre met la table. En une quinzaine de pages, l’auteur dessine les contours de la société québécoise du début de cette décennie alors que la paroisse constitue l’univers de base de la population francophone. « L’immense mérite du mouvement patriote, écrit-il, aura été de tisser des liens si forts entre ces « républiques paroissiales » (Allan Greer) qu’il y aura lutte nationale visant la réforme des institutions politiques ».

Intitulé Quarante ans de lutte politique, le second chapitre décrit les enjeux de l’époque: pouvoirs de la Chambre d’assemblée élue par rapport à l’oligarchie britannique; contrôle des taxes; accès aux terres agricoles monopolisées en Estrie par la British American Land Company. Qualifiant l’Estrie de la région la plus « prometteuse » du Bas-Canada, l’auteur estime que sa fermeture aux colons canadiens-français avait « réveillé le spectre de l’assimilation ».

Ces enjeux ne peuvent toutefois être résolus à travers le jeu des institutions politiques, bloquées autant à Londres qu’auprès de l’administration coloniale. En réaction, s’enclenche un processus de radicalisation de la population et de certains députés patriotes, en particulier des plus jeunes tels Wolfred Nelson, Jean-Olivier Chénier et François-Marie-Thomas de Lorimier. Des assemblées publiques se font de plus en plus nombreuses, rassemblant jusqu’à 5 000 personnes. Elles « désavouent les autorités métropolitaines et encouragent la création d’institutions parallèles issues du consentement des gouvernés ».

Cette radicalisation compliquera la stratégie du chef patriote, Louis-Joseph Papineau, qui consiste à « faire pression sur le gouvernement ». L’échec de l’insurrection n’est pas la conséquence de cette stratégie, dit l’auteur. « Le Parti patriote était d’abord une formidable machine politique destinée à remporter des élections et à mener une lutte parlementaire, nullement à collecter des armes et à commander des bataillons ».

Les chapitres trois et quatre portent respectivement sur le mouvement patriote et sur le soulèvement de 1838. Les similitudes du combat des patriotes avec celui des réformistes du Haut-Canada (Ontario) existent, dit l’auteur, mais jusqu’à un certain point seulement. D’une part, l’appui populaire aux réformistes du Haut-Canada est faible. D’autre part, les attaques armées y seront peu nombreuses, et seront surtout le fait d’Américains cherchant à susciter l’implication de leur pays afin d’annexer le Haut-Canada.

Que cherchaient ultimement les patriotes? Quelque chose d’une grande modernité : l’instauration d’un gouvernement, au Bas-Canada, selon « un principe d’électivité à tous les niveaux », ce que l’auteur désigne comme « l’américanisation des institutions ». Par sa nature, un tel État aurait été « de facto souverain ».

Le chapitre cinq, Une mobilisation à la grandeur du Bas-Canada, constitue le cœur de l’ouvrage et sans doute, la contribution majeure de l’auteur à la compréhension du combat patriote. Sur près de 150 pages, on trouve seize portraits régionaux couvrant la totalité du territoire québécois à l’exception du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie. On constate alors que la mobilisation patriote dépend notamment de la présence ou non de noyaux de peuplement loyalistes, de places stratégiques pouvant constituer des objectifs militaires, et des prises de position des élites locales.

À titre de chargé de cours au Département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal, Gilles Laporte donne l’un des rares cours universitaires, au pays, portant sur l’histoire des Patriotes. À l’évidence, il connaît son sujet et est au fait des recherches spécialisées. Son style est clair et coulant: on a affaire à un très bon vulgarisateur.

À noter: Gilles Laporte est également responsable du site Les Patriotes de 1837@1838, que l’historien et auteur Louis-Georges Harvey a déjà qualifié « d’incontournable » pour l’initiation à l’histoire des patriotes. Le site permet notamment d’en savoir davantage sur 12 000 individus ayant participé aux mouvements patriote et loyal. Une boîte de recherche, au coin supérieur droit du site, permet de savoir si on pourrait avoir des ancêtres parmi les patriotes … ou les loyaux, ne serait-ce qu’en rapport à des signataires de pétitions.

Notons également que Gilles Laporte a déjà écrit une biographie des Molson. Dans un compte-rendu publié dans Recherches sociographiques, le sociologue Jean-Jacques Simard de l’Université Laval avait souligné la « foisonnante érudition historiographique » et le « singulier talent de vulgarisateur » de l’auteur.

LAPORTE, Gilles. Brève histoire des patriotes, Québec, Septentrion, 2015, 361 p. Également disponible en format électronique.

2 commentaires pour “D’une grande modernité, les Patriotes”

  1. Félicitations pour ce livre. Même si le titre dit: Brève histoire des patriotes, je l’ai trouvé très intéressant. J’ai appris beaucoup.

    Merci Gilles Laporte.

  2. Est-ce que le chant « Un Canadien errant » n’a pas été écrit à la mémoire des patriotes?

    MB

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