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Nous célébrons du grand Vaudreuil…!

29 septembre 2015 par Jean-François Barbe | Catégorie(s) : Histoire du Québec

par Jean-François Barbe

La plume au fourreau fait partie de ces livres qui témoignent de la qualité de la relève universitaire actuelle.

Il s’agit de la version remaniée d’un mémoire de maîtrise déposé en 2012 au Département d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal. Ce mémoire a obtenu le prix Andrien-Thério de la revue Lettres québécoises et le prix Jacques-Cotnam de la collection L’Archive littéraire au Québec des Presses de l’Université Laval.

Au départ, l’auteur a eu l’idée fort originale d’examiner le contenu d’obscurs poèmes et chansons guerriers composés en Nouvelle-France et dans la Province of Quebec (jusqu’à l’invasion américaine de 1775-1776) en tant que « discours identitaire ». Ces textes avaient été écrits afin d’être chantés par tout un chacun sur des airs connus de l’époque. Facilement mémorisables, ils ont joué, dit l’auteur, un rôle important dans la naissance de l’opinion publique.

Le premier chapitre porte sur l’image qu’ils renvoient de la collectivité existant en Nouvelle-France. Le terme « Canadien » n’apparaît qu’au début de la guerre de Conquête. Ce vocable s’incarne alors dans la personne de quelques dirigeants militaires victorieux ainsi qu’à travers le personnage du milicien, ce combattant en armes issu des rangs de la population.

Remportée par la Nouvelle-France en 1756, la bataille de Chouaguen (aujourd’hui Oswego, dans l’État de New York) a inspiré quelques chansons. S’intitulant « Nous célébrons du grand Vaudreuil… », l’une d’entre elles porte sur le dernier gouverneur de la Nouvelle-France, Pierre de Rigaud de Vaudreuil, qui chapeautait alors la milice et les forces auxiliaires amérindiennes. Dans cette chanson, Vaudreuil mène les « Canadiens » à la victoire et il participe, dit l’auteur, à la construction d’une identité autre que française.

Après Chouaguen, la figure du roi de France s’efface et les références aux Canadiens et aux miliciens deviennent plus nombreuses. Poèmes et chansons contribuent ainsi à « la naissance d’une conscience nationale ».

Mais ce développement sera bref.

Avec la Conquête, les héros guerriers à la Vaudreuil tombent dans l’oubli. L’auteur pense que les poèmes et les chansons qui suivent, jusqu’à l’invasion américaine de 1775-1776, ont été « écrits par et pour l’élite » qui cherche sa place au sein de l’Empire britannique d’Amérique du Nord.

Les trois autres chapitres portent sur les représentations des Canadiens, des collectivités amérindiennes et des « figures de l’Anglais ». L’auteur fait alors appel à des outils de sémiotique narrative, ce qui confère à son texte un aspect pointu qui pourrait rebuter le lecteur pressé.

BOULANGER, Éric. La plume au fourreau : culture de guerre et discours identitaire dans les textes poétiques canadiens du XVIIIe siècle, 1755-1776, Québec, Presses de l’Université Laval, 2014, 300 p. Également disponible en format électronique.

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