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Résilience et enfants malchanceux

16 août 2015 par Jean-François Barbe | Catégorie(s) : Psychologie

par Jean-François Barbe

Spécialiste de la petite enfance et auteur à succès, le neuropsychiatre Boris Cyrulnik est connu pour son travail sur le concept de résilience, cette force intérieure qui permet de se relever après des coups durs. Les vilains petits canards, son livre qui a popularisé cette notion, ont été publiés à plus de 500,000 exemplaires!

Sa réflexion sur la résilience est issue de sa propre histoire. À l’âge de six ans et demi, Boris Cyrulnik perd subitement ses parents. Arrêtés lors d’une rafle à Bordeaux, en France, parce qu’ils sont Juifs, ses parents périront à Auschwitz. Le petit Boris, lui, survivra, protégé par une institutrice et grâce à beaucoup de combativité et d’intuition sur ce qu’il lui fallait faire et ne pas faire.

La résilience, précise-t-il dans ses mémoires, est le fruit d’un environnement sécurisant, créé par les parents et les proches, plus spécifiquement par la mère. Avec la sienne, dit-il, il a eu la chance de nouer un « lien précoce » d’attachement sécurisant. « La présence de ma mère m’avait donné confiance en moi », précise-t-il.

Mais qu’arrive-t-il si le traumatisme survient lorsque l’enfant n’a pu intégrer ce type de liens affectifs protecteurs, soit parce que la rupture est survenue trop rapidement, soit parce que l’environnement maternel est trop carencé pour susciter la confiance nécessaire?

La majorité de ces enfants auront peu de chances de s’en sortir. Dans un travail pionnier de psychologie expérimentale (Anna Freud) effectué en 1946, René Spitz a montré les dégâts psychiques de l’abandon des nourrissons. Placés dans une institution hospitalière, sans contact avec la mère et sans attention suffisante du personnel, plusieurs nourrissons de moins d’un an glissent vers le retrait, la dépression, le marasme. « Enfants privés d’amour, dit René Spitz en conclusion, ils deviendront des adultes pleins de haine. » Nous sommes loin de ce qu’est la résilience, puisque la violence de ces enfants devenus adultes ne les conduira qu’en prison ou six pieds sous terre.

Dans Quand un enfant se donne « la mort », Boris Cyrulnik explique ce qu’il peut arriver à des préadolescents dont « les parents sont devenus des bases d’insécurité ».

« Leur propre malheur imprègne dans la mémoire du petit une sensation de mort imminente qui reste impossible à calmer », écrit-il. En conséquence, les idées de suicide peuvent se développer et, parfois, être carrément mises en œuvre. Avant l’âge de neuf ans, l’enfant peut envisager une telle idée, mais il ne comprend pas, selon Cyrulnik, son caractère irrémédiable. S’il se donne la mort, pense-t-il, ce sera par erreur, en croyant pouvoir éventuellement rattraper son geste.

Ce livre étudie ainsi les causes des suicides des enfants de moins de douze ans. Il passe en revue diverses théories explicatives dont la théorie de l’attachement à laquelle se rattache René Spitz. Mais contrairement à ce dernier, Boris Cyrulnik est plutôt optimiste : « Il suffit en effet d’une seule relation structurante avec un autre parent, un ami, une rencontre avec un adulte signifiant pour redresser la barre et corriger l’orientation », pense-t-il.

Boris Cyrulnik fait constamment référence aux travaux de chercheurs spécialisés, comme l’illustrent les quelque 175 notes de bas de page de ce petit livre. Comme tout est rédigé dans un style intelligible, avec des explications claires, on apprend beaucoup et de façon réellement agréable… même si nous sommes loin des sujets qui ont habituellement la cote : nourriture, voyages, vélo.

CYRULNIK,Boris, Quand un enfant se donne «la mort». Attachement et sociétés, Paris, Odile Jacob, 2015, 158 p.

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