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Quartiers disparus

10 mars 2015 par Catherine Lévesque | Catégorie(s) : Documentaires québécois

Le Centre d’histoire de Montréal a présenté une magnifique exposition de juin 2011 à septembre 2013 intitulée Quartiers disparus. Le matériel de départ de cette exposition est une collection exceptionnelle de photographies d’époque conservées aux Archives de la Ville de Montréal. Elles ont été prises par des photographes municipaux qui avaient pour mission de fixer sur la pellicule les immeubles de trois quartiers qui allaient être démolis : le Red Light, le Faubourg à m’lasse et le Goose Village. Considérés comme vétustes et insalubres, ces quartiers ont été détruits pour construire des logements sociaux, des routes et des immeubles.

Pour donner vie à ces photographies, le Centre d’histoire de Montréal, spécialisé dans l’histoire orale, a interviewé d’anciens résidents de ces quartiers, des intervenants de l’époque et des experts. Les témoignages, résultat de 75 heures de tournage, ont fourni une multitude de regards intéressants sur cette période de grands bouleversements urbains.

Cette exposition a connu un tel succès que les visiteurs ont exprimé le désir qu’elle subsiste dans un livre. Paru aux Éditions Cardinal en 2014, Quartiers disparus est un livre de table chic, sur papier glacé; les 121 photographies noir et blanc retenues sont accompagnées de nombreux témoignages comme dans l’exposition du même nom.

Les photos de ces quartiers populaires, habités surtout par des familles, illustrent des maisons à logements, des gens penchés à leur fenêtre, travaillant dans leur cour ou occupant les trottoirs. On y voit aussi des commerces de quartier : épiceries ou restaurants du coin, barbiers, ateliers divers, cordonneries, blanchisseries et garages.

Les témoignages ajoutés aux photos nous permettent de voyager dans le temps et de sentir combien ces quartiers grouillants de vie ont été importants pour leurs résidents.

Quartier essentiellement canadien-français, avec une part d’immigrants d’Europe de l’Est, le Red Light était situé en bonne partie au nord de la rue Sainte-Catherine jusqu’à Ontario, entre Saint-Dominique et Sanguinet. Il avait mauvaise réputation à cause des maisons de prostitution et des établissements de jeu dominés par le crime organisé. L’expression Red Light, dont l’origine est multiple, désigne à travers le monde les quartiers urbains où le commerce du sexe est important.

Vers 1950, les trois quarts des logements de ce quartier ont plus de 60 ans; ils sont délabrés, leur plomberie est défectueuse et le tiers n’ont pas de baignoire. Ils seront détruits pour faire place aux Habitations Jeanne-Mance – des logements sociaux – inaugurées en 1959 et comprenant 877 appartements.

Le Faubourg à m’lasse était un quartier francophone aux frontières mal définies. Il était situé entre le fleuve et la rue Sainte-Catherine et entre le Vieux-Montréal et le quartier Hochelaga. On croit qu’il doit son nom à la proximité du port où avait lieu le déchargement des barils de mélasse ou encore au fait que ses habitants, pauvres, mangeaient de la mélasse plutôt que du sucre car elle était moins chère.

Les logements y étaient disparates et vétustes avec des hangars recouverts de tôle à l’arrière. Ils ont été démolis (1953-1955) pour élargir le boulevard Dorchester (René-Lévesque) et bâtir la Place Radio-Canada et son stationnement (1963-1964) entre les rues Dorchester, Wolfe, Viger et Papineau.

Goose Village (Village-aux-Oies) était situé en bordure du fleuve Saint-Laurent (où l’on pouvait chasser les oies), tout près du pont Victoria. On l’appelait également Victoriatown. C’était une petite enclave résidentielle dans une zone ferroviaire et industrielle entre la rue Mill au nord, Bridge à l’ouest et Riverside au sud et à l’est. Ses petites maisons à deux étages avec des hangars avaient surtout été bâties de 1870 à 1900 et mal entretenues. Ce quartier multiethnique et anglophone a été démoli en 1964 pour construire l’autoroute Bonaventure et l’Autostade Expo 67 par ailleurs démoli à la fin des années 1970.

Dans les années 1950 et 1960, la lutte aux taudis était une véritable croisade. Les gouvernements avaient un discours de rattrapage face à la modernité. C’était la Révolution tranquille et la fièvre de l’Expo 67.

La bibliographie de Quartiers disparus est riche de nombreux ouvrages sur l’histoire de Montréal disponibles à la Grande Bibliothèque et de cartes et plans disponibles en ligne sur le site de BAnQ.

Si vous avez le loisir de vous plonger dans ce magnifique volume qu’est Quartiers disparus, vous voyagerez dans le temps et découvrirez une partie de la richesse historique de Montréal et de ses quartiers où nous circulons et que nous croyons connaître.

 

CHARLEBOIS, Catherine et Paul-André LINTEAU, (dir.), Quartiers disparus, Montréal, Cardinal, 2014, 311 p.

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