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Les Amérindiens des États-Unis et la question du génocide

21 janvier 2015 par Jean-François Barbe | Catégorie(s) : Histoire des États-Unis

par Jean-François Barbe

Depuis une dizaine d’années, d’ambitieux historiens veulent élargir notre compréhension des causes de la destruction des peuples amérindiens aux États-Unis en comparant leur situation passée à des conflits du XXe siècle ayant mené à des déportations de masse ou encore, à des génocides.

Par exemple, l’impitoyable conquête militaire des Amérindiens du Texas par les Anglo-Américains a été réinterprétée par le très coté historien Gary Clayton Anderson comme un événement précurseur des « nettoyages ethniques » dont l’ex-Yougoslavie des années quatre-vingt-dix se rendra tristement célèbre.

Effleuré par Timothy Snyder dans Terres de sang, le parallèle entre l’Allemagne nazie à la recherche d’« espace vital » à l’Est et la ruée vers l’Ouest (du Far West) des Anglo-Américains a été mené à son point ultime par Carroll P. Kakel. Dans le cadre d’une thèse de doctorat récemment publiée, ce jeune historien soutient que la ruée vers l’Ouest a abouti à des « guerres génocidaires de conquêtes, soutenues par l’État ».

Face à ces nouvelles mises en perspective, un spécialiste des études sur les génocides s’est mis de la partie. Dans un livre intitulé Native America and the question of genocide, Alex Alvarez s’interroge sur la pertinence du concept de génocide appliqué à l’histoire des Amérindiens des États-Unis. Rattaché au Martin-Springer Institute for Teaching the Holocaust, Tolerance, and Humanitarian Values de la Northern Arizona University, ce spécialiste de la question est également professeur de criminologie.

Ça promet. Mais parce qu’il compte moins de 200 pages, son livre ne peut pas, pour reprendre les termes de l’auteur, donner de « réponse définitive » à une question qui est tout, sauf simple, puisqu’elle exige notamment une connaissance approfondie de plus de trois siècles de relations entre Anglo-Américains et Amérindiens.

Le livre s’ouvre avec une citation du leader Chaouanon (Shawnee en anglais) Tecumseh, mort en 1813 : « Où sont passés les Pequots, les Narragansetts, les Mahicans, les Pokanokets? Ces tribus, déjà puissantes, ont disparu en raison de l’avarice et de l’oppression de l’Homme Blanc, comme la neige fond au soleil ».

Or, mis à part les Pequots, l’auteur n’étudie pas les causes de la disparition des peuples mentionnés par Tecumseh.

Son livre s’attache surtout à définir ce qu’est un génocide. Selon l’auteur, s’il n’y a pas d’intentionnalité d’extermination, si la tuerie n’est pas exhaustive, systématique et délibérée, si elle n’est pas effectuée par l’État (ou par procuration), comme l’Allemagne nazie à l’égard des Juifs et de peuples d’Europe de l’Est, on ne pourrait alors pas parler de génocide.

En d’autres termes, un massacre n’est pas toujours synonyme de génocide.

L’auteur pense ainsi qu’aux États-Unis, les massacres d’Amérindiens ont été nombreux, mais que les cas de génocides ont été rares.

Il en mentionne deux : les Pequots, d’ailleurs exterminés avec la participation active d’autres Amérindiens dont les Agniers (ou Mohawks), ainsi que les Amérindiens de Californie au XIXe siècle, mis en pièce lors de la ruée vers l’or.

Souvent donné en exemple lorsqu’il est question de guerre bactériologique, le général Jefferey Amherst ne serait peut-être pas, selon l’auteur, le génocidaire auquel on se réfère souvent. Rappelons qu’Amherst avait clairement exprimé par écrit une intention d’extermination des troupes de Pontiac en 1764. « Vous feriez bien d’essayer d’infecter les Indiens avec des couvertures, ou par toute autre méthode visant à exterminer cette race exécrable ». Mais en l’absence de preuves sur les résultats, il serait impossible, dit l’auteur, d’affirmer que ses intentions se sont effectivement concrétisées.

Par ailleurs, l’auteur croit que les visées assimilationnistes des écoles de réserves américaines de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle devraient être qualifiées de « génocides culturels ».

De ce livre très prudent, on peut conclure, pour employer les mots de l’auteur, « à la complexité d’appliquer le concept de génocide au traitement historique des Amérindiens des États-Unis ». C’est déjà ça!

ALVAREZ, Alex. Native America and the question of genocide, Lanham (Maryland), Rowman & Littlefield, 2014, 203 p.

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