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Un classique en psychologie collective

2 novembre 2014 par Jean-François Barbe | Catégorie(s) : Documentaires québécois, Essai

par Jean-François Barbe

Après la bataille des plaines d’Abraham, « tout se recroqueville subitement, nous désintéresse jusqu’au sursaut des Patriotes de 1837. Puis vient la torpeur définitive : plus notre histoire se fait contemporaine, plus elle s’éloigne et devient brumeuse ».

L’auteur de ces lignes, Jean Bouthillette, est l’homme d’un seul livre – mais c’est tout un livre –, Le Canadien français et son double.

Publié en 1972, Le Canadien français et son double a été décrit par Pierre Vadeboncoeur comme « l’essai le plus pénétrant, le plus concis et en même temps le plus dramatique qu’on ait jamais écrit sur l’aliénation psychologique (et politique) des Canadiens français ».

Quarante ans plus tard, on le redécouvre à la faveur d’une conjoncture où la souveraineté, selon le titre du récent recueil d’articles de Serge Cantin, est « dans l’impasse ».

À la suite de Jean Bouthillette et de Fernand Dumont qu’il nous invite également à relire, Serge Cantin constate que les Québécois ont intériorisé le regard et le discours de l’Autre, celui du conquérant, celui du Canadian. Il en résulte une conscience de soi négative, retournée contre elle-même. Elle est sujette aux emprunts avec un « enthousiasme naïf ». C’est ainsi qu’en ayant adhéré au multiculturalisme canadian, affirme Serge Cantin, « les Québécois demeurent encore et toujours vulnérables aux entreprises de culpabilisation dont ils font régulièrement les frais ».

Pour sa part, dans son essai politique Derrière l’État Desmarais : Power, Robin Philpot s’inspire de Jean Bouthillette afin de brosser un décapant portrait de soi-disant élites, éternelles minoritaires, heureuses et fières de l’être, prospères mais sévères envers leurs concitoyens, également minoritaires.

Dans Ce peuple qui ne fut jamais souverain, Jean-François et Roger Payette veulent montrer, à partir du cadre conceptuel du Canadien français et son double, que la crainte de l’affrontement et le consentement à la minorisation folklorisée conduisent à un cul-de-sac. Ce qui menace la nation québécoise, disent-ils, c’est l’idéologie de la survivance, ou le fait de « vouloir se maintenir » comme seule perspective.

Identifiée par l’auteur du Canadien français et son double, cette « féroce envie de prendre congé de soi-même » existe. Il en est de même de cette « grande fatigue » et de « cette sournoise tentation de la mort », constate Robert Laplante, qui connaît bien ses classiques. Toutefois, ajoute ce dernier, « de puissants courants tentent de s’arracher à toutes ces formes de consentement à l’impuissance et au renoncement à la responsabilité pleine et entière ».

Selon Bouthillette, nous sommes en présence de courants de vie convergeant vers l’indépendance du Québec, laquelle, dit-il, nous rendra « universels d’emblée ».

BOUTHILLETTE, Jean, Le Canadien français et son double : essai, Montréal, l’Hexagone, 1989, 97 p.

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