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En direct des classes de francisation

16 octobre 2014 par Jean-François Barbe | Catégorie(s) : Documentaires québécois, Politique Canada-Québec

par Jean-François Barbe

Les journaux québécois sont tapissés de commentaires, de billets d’humeur et de blogues. Où sont donc passés les reportages sur le terrain visant à élargir notre compréhension des grands enjeux de l’heure? Curieusement, c’est en lisant le livre d’une … blogueuse, que j’ai eu l’agréable sentiment d’enfin lire un reportage digne de ce nom.

Enseignante en francisation auprès d’immigrants adultes depuis 2007, l’auteure connaît bien ses sujets : l’immigration, l’intégration et l’avenir de la langue française. Étant donné qu’elle est blogueuse au Journal de Montréal, Tania Longpré sait également s’exprimer.

Et comme elle dispose d’une bonne capacité de réflexion et d’indignation – ce qui est le contraire de la résignation ou du « confort et de l’indifférence » –, il en résulte un livre qui nous tient en haleine, du début à la fin.

L’auteure nous présente ainsi, comme s’y on y était, sa réalité professionnelle et celle de ses collègues enseignants en francisation auprès d’enfants, d’adolescents et d’adultes. À partir de l’expérience vécue, étayée de nombreux exemples, on se familiarise peu à peu avec des réalités sociopolitiques plus larges.

Dans bien des cas, dit-elle, les immigrants de première génération ne manifestent aucun intérêt à participer à la culture québécoise, ni même à parler français. L’ignorance des questions de l’heure est totale. Cet isolement volontaire s’explique notamment, dit-elle, par « notre échec à les intéresser adéquatement à notre société », découlant entre autres choses de la forte influence des partisans du multiculturalisme.

Une autre source de cet échec résiderait dans la concurrence des services gouvernementaux fédéraux. Les agents d’immigration de Citoyenneté et Immigration Canada présentent le Canada comme un pays anglophone et le Québec comme une province aux racines francophones folklorisantes; les papiers officiels remplis à l’aéroport Montréal-Trudeau sont en anglais; la moitié des décisions rendues par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada à Montréal sont en anglais, etc.

En conséquence, poursuit l’auteure, « c’est souvent dans la deuxième ou même la troisième génération qu’on pourra voir un début d’intégration ».

L’auteure préconise notamment d’augmenter les ressources financières consacrées à la francisation. Actuellement, les immigrants qui s’inscrivent dans des classes de francisation de 30 heures par semaine touchent environ 120 $ par semaine, ce qui « ne peut pas rivaliser avec le salaire qu’un nouvel arrivant peut se faire au travail ».

Elle signale aussi qu’il faudrait mettre à jour le matériel d’enseignement, « vieillot et mal adapté », tout en multipliant les cours de francisation dans les entreprises. Elle ajoute que la formation devrait inclure des volets histoire, culture et citoyenneté de façon à favoriser l’apprentissage de codes culturels de base, ce qui permettrait par exemple de mieux se préparer à des entrevues d’emploi où il faut parler de soi, ce qui, dit-elle, est mal perçu dans certaines cultures africaines.

L’auteure estime aussi qu’il faut franciser les lieux de travail en appliquant la Charte de la langue française aux entreprises de moins de cinquante employés, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle.

Elle pense également que le Québec devrait faire comme les pays à forte affluence migratoire que sont l’Australie, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, et exiger des immigrants la connaissance de la langue française avant de s’installer ou, à tout le moins, un engagement ferme d’apprentissage de la langue dans un délai fixe de quelques années.

LONGPRÉ, Tania, Québec cherche Québécois pour relation à long terme et plus : comprendre les enjeux de l’immigration, Montréal, Stanké, 2013, 199 p.

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